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Full text of "Annales des Sciences Physiques et Naturelles d'Agriculture et d'Industrie; publiee par la Societe Royale d'Agriculture, etc"

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QUAI DES CÉLESTINS ; 49. 
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CHEZ Me HUZARD , LIBRAIRE-ÉDITEUR, 


RUE DE L'ÉPERON, 2. 


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LYON. — IMPRIMERIE DE BARRET,. 
PLACE DES TERREAUX , 20. 


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TOME 1°. 


MARS 1839. 


LYON, 
CHEZ BARRET, LIBRAIRE-ÉDITEUR, 


PLACE DES TERREAUX , PALAIS DES ARTS, 19 et 20. 


SAVY , LIBRAIRE-ÉDITEUR, 
QUAI DES CÉLESTINS , 49. 


PARIS, 
CHEZ M° HUZARD , LIBRAIRE-ÉDITEUR, 


RUE DE L'ÉPERON, 2. 
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TABLEAU 


LE LA 


SOCIÉTÉ ROYALE D'AGRICULTURE, 


HISTOIRE NATURELLE ET ARTS UTILES 


DE LYON. 


au dc mars 1839. 


mra eg. 


BUREAU. 


MM. 


fuver &, préfet du Rhône, président d'honneur. 

Manrin %, maire de Lyon, second président d'honneur. 

Borrex, docteur-médecin, président. 

Monrax, docteur-médecin, vice-président. 

Hévow, directeur de la Pépinière départementale, secrétaire- 
général. 

Lecog, professeur à l'École royale vétérinaire, secrétaire-adjoint. 

Muzsanr , bibliothécaire-adjoint de la ville de Lyon, secrétaire- 
archiviste. 

Serince , directeur du Jardin-des-Plantes, conservateur des ma- 
chines et instruments araloires. 

Descuamps , pharmacien , trésorier. 


Vi 


1810. 


1812. 


1817. 


1818. 


1821. 
1822. 


1824. 


1825. 


1829. 


1830. 


MEMBRES TITULAIRES 


PAR ORDRE D'ANCIENNETÉ DE NOMINATION. 


MM. 


Pezrerrer, docteur-ès-sciences , ‘ancien pharmacien de 
première elasse aux armées, rue Syrène , 1. 

De Sr-Dinrer , propriétaire, rue Vaubecour , 17. 

Lacène , propriétaire , place Louis-le-Grand, 11. 

Dusar des Alines, propriétaire , place Louis-le-Grand , 24. 

Rarxarp, professeur à l'École royale vétérinaire, quai de 
l'Observance. 

Ducas ( Thomas ) #, propriétaire, rue Royale , 29. 

Descamps , pharmacien , rue Sit-Dominique, 15. 

Boucaarp-Jamson, ingénieur-mécanicien, rue Vaubecour, 2. 

Terme #: , docteur-médecin, membre du Conseil général 
du département, rue du Pérat, 20. | 

Jaxson :#, docteur-médecin , ancien chirurgien-major de 
l'Hôtel-Dieu, place du Concert, 9. 

De FréwiNvizze, propriétaire, rue du Plat, 8. 

Gomix, chimiste-teinturier, quai St-Benoît, 51. 

Cosre , conseiller à la Cour royale , rue St-Dominique, 13. 

Tasareau # , ancien capitaihe du génie, doyen de la Fa- 
culté des sciences, rue de l'Arbre-Sec, 44. 

PruxezLe, ancien professeur de la Faculté de médecine de 
Montpellier , membre de la Chambre des députés, place 
de la Miséricorde , 11. 

Garior, propriétaire à Francheville, rue du Bœuf. 

De Béxevenr , propriétaire, rue du Bœuf, 34. 

Puvis, ingénieur en chef des mines et usines, cours 
d'Herbouville , 1, 

Durasquier jeune, architecte , rue St-Joseph #3. 

Borrex, docteur-médecin , rue Neuve, 7. 

Jurie , conseiller à la Cour royale, rue Troïs-Maries , 1. 

Marnevon, négociant-manufacturier , port St-Clair, 23. 

GuizarD père, inspecteur émérite de l'Université, place 
des Célestins, 


1830. 


1831. 


1832. 


1833. 


1834. 


1835. 


1836. 


1837. 


vij 

Monran, docteur-médécin, ancien chirurgien-major de 
la Charité, place des Célestins , 5. 

SERINGE, directeur du Jardin-des- Plantes , professeur à la 
Faculté des sciences, place de La Déserte. 

Hamon, jardinier en chef du Jardin-des-Plantes, place de 
la Déserte. 

Buissox, pharmacien, rue Louis-le-Grand. 

Duran», conseiller à la Cour royale, piace des Cordeliers, 2. 

Mercx, manufacturier, quai Pierre-Scize. 


Renaux, chimiste manufacturier, place Henri IV, 45. 


Héxox, directeur de la Pépinière départementale, quai de 


l'Observance. 

Muzsanr, naturaliste, bibliothécaire-adjoint de la ville , 
quai St-Benoît, 42. 

Macne, professeur à l’École royale vétérinaire, quai de 
l'Observance. 

Revercuon %, négociant et propriétaire, petite ruc des 
Fêuillants, 9. 

Partsez , professeur de chimie , faubourg de Vaise. 

GRANDPERRET , propriétaire , rue du Plat, 3. 

GRANDIEAN , mécanicien ; rue Ste-Hélène , 6. 


Dorurrs pe Maconex, propriétaire, quai St-Clair; 1. 
Duquarre , notaire honoraire , rue Tourrette , 8. 


Jourpax , docteur-médecfn , directeur du Muséum d'histoire 


naturelle, professeur de zoologie et de physiologie à la 
Faculté des sciences:, palais St-Pierre. 


Lecoe, professeur à l'École royale vétérinaire, quai de 
l'Observance. 

Turarrair, propriétaire , rue Vieille-Monnaie, 2. 

Guimer %, ingénieur-civil, rue de la Martinière, 1. 

Gansouz % , docteur-médecin, ancien chirurgien-major 
de l'Hôtel-Dieu, place Louis-le-Grand , 1. 

PrauxT , juge-de-paix, à St-Cyr. 

Pravaz, docteur-médecin , directeur de l'institution ortho- 
pédique , montée St-Laurent, 5. 

Bourcrer ( Jules ), négociant, place Tholozan, 19. 


AzexanDRe :& , secrétaire-général de la Préfecture, 


1838. 


Rocuer , inspecteur des biens des Hospices ,; rue des 
Célestins, 3. 

Bixav , professeur à la Faculté des sciences. 

Fourwer , professeur à la Faculté des sciences. 

Imserr , docteur-médecin , rue du Pérat, 18. 

Durasqurer aîné, docteur-médecin,montée des Carmélites,11. 

Lurzer ( Gabriel }, propriétaire etpépiniérisle , à Écully. 

Rey , professeur adjoint à l'École royale vétérinaire ; quai de 
l'Observance. | 

Sauzey , conseiller à la Cour royale, rue Tramassac , 26. 

GuuzarD fils, chef d'institution, montée du Gourguil- 
lon , 31. 

Repiquer , docteur-médecin , rue Dubois , 30. 

Poruon , fabricant , rue du Garret , 3. 


Dans la séance du 15 décembre 1837, la Société a dé- 
cidé que ses Membres seraient répartis, suivant la nature 
de leurs travaux, en trois sections égales, sous les dénomi- 
nations suivantes : 1° Section des Sciences physiques et na- 
turelles ; 2° Section d'Agriculture; 3° Section d'Industrie. 


TABLEAU DES MEMBRES TITULAIRES, 


Sciences, 


MM. 
Perrétrrer. 
Dusrar des Alines. 
Rarnarpn. 
JaAnson, 
Cosre. 
TaBarEAu, 
Borrex. 
Monrars. 
SERINGE. 
Merck. 
Hévox. 
Mursanr. 
JourDAN. 
Lecog. 
TurArFaIT. 
Bineau. 
Fourwer. 
Imgerr. 


Dupasquier aîné. 
Rey. 


PAR ORDRE DE SECTION. 


ES 
= 


Agriculture. 


MM. 


De Sr-Diprer. 
Lacène. 

Ducas. 
BoucaaArD-JamBon. 
TERME. 

De FrémiNyizze. 
PRUNELLE. 
GarioT. 

De Bénévenr. 
Jurre. 

Hamox. 
Duranr. 
MAcxe. 
GRANDPERRET. 


Dopvrrs DE MAconex. 


Duquarre. 
GENsouL. 
Bourcrer. 
ALEXANDRE, 
Lurzer. 


Industrie. 


MM. 


Descrawps. 
Goxix. 

Puvis. 
Duprasqurer jeune. 
MArnEvon. 
Guizzar» père. 
Bursson. 
ReEnaux. 
REVERCHON. 
PARISEL. 
GRANDIEAN. 
Gurner. 
Pravcr. 
Pravaz. 
Rocner. 
SAUZEY. 
Gurczan» fils, 
Rerrquer. 
Porno. 


ASSOCIÉS VÉTÉRANS. 


MM. 


Acuer # , président de chambre à la Cour royale , rue du Plat, 6. 
Bezzer de St-Trivier , propriétaire , rue de la Charité. 

Czerc , professeur d'astronomie à la Faculté des sciences, place du 
Collége. | 
Guerre , ex-bâtonnier de l'Ordre des avocats , rue des Célestins , 4. 

Laxorx , pharmacien , à la Guillotière. 

Momwrèe (le comte Othon de), président de l'administration de la 
Pépinière départementale , place Louis-le-Grand , 21. 

Rémon , propriétaire, rue Confort, 15. 

Tissrer , pharmacien, ancien professeur de chimie, place des 
Capucins. ; 


ASSOCIÉS CORRESPONDANTS. 


MM. 


ArruauD de la Ferrière ( comte ) 4 , à Pierreu. 

AupouIx, membre de l’Institut, professeur au Muséum d'histoire 
naturelle , à Paris. 

Basrer , pharmacien , à Orange ( Vaucluse }. 

Baricrar, pharmacien , à Mâcon ( Saône-et-Loire ). 

Becov , propriétaire , à St-Hyppolite, 

Berza O. x , directeur de la Ferme expérimentale de Grignon 
( Seine-et-Oise ). 

Berevar , propriétaire à Montpellier ( Hérault ). 

Berxanr , directeur de l'École royale vétérinaire de Toulouse 
(Haute-Garonne ). 

Berruaun , ingénieur-en-chef des ponts-et-chaussées , à Châlons 
(Saône-et-Loire ). 

BLor (Sylvain ) : , sous-préfet de Villefranche ( Rhône ). 

Boxarous ( Matthieu ) 4: , correspondant de l'Instñut, directeur du 
Jardin royal d'agriculture , à Turin, | 

Boxpx ( Comte de )C. #& , à Paris, 

Bourier de Beauregard, 


xj 

Bonne , pharmacien , à l'Arbresle ( Rhône ). 

Braver , docteur-médecin , à Annonay (Ardèche ). 

Bresissox , propriétaire , à Falaise ( Calvados ). 

Bussox , ingénieur , à Paris. 

Car , pharmacien , à Paris. 

Caxvoze ( Aug. Pyr. de ) &, associé étranger de l'Académie des 
sciences, à Genève. 

Carrier (Amans)#,secrétaire-général de la Préfecture de l'Aveyron, 
à Rodez. 

Carrier-TroLLr, propriétaire , à Trolli. 

Cavenxe % , ingénieur-en-chef des ponts-et-chaussées , à Paris. 

Cuapurs de Montlaville, membre de la Chambre des députés. 

Cuarmerrox ( chevalier ) #: , au Bois-d'Oingt (Rhône). 

Cuavaxne, professeur, à Lausanne ( Suisse ). 

Cuexaun-Desporres , propriétaire , au Mans ( Sarthe ). 

Cusswer ( chevalier de ) % , à Montpellier ( Hérault ). 

Créer , ancien juge à la Cour criminelle , à Montpellier (Hérault). 

CLior-Bex & , médecin, directeur de l'École de médecine d'Abou- 
Zabel, en Égypte. 

Derorx-Marescreux, propriétaire, à Maresereux. 

Devezer , professeur de mathématiques, à Lausanne ( Suisse ). 

Dusoucnace de Brangues , propriétaire , à Brangues. 

Dusoucnace , propriétaire , à Grenoble ( Isère ). 

Dosruxrausr , chimiste-manufacturier , à Paris. 

Duuoxr , à St-Ouen (Seine-et-Oise ). 

Düupazaïs , propriétaire , à Valence (Drôme). 

Faucné & , inspecteur du service de santé , à Paris. 

Favre , médecin-vélérinaire de la république de Genève , à Genéve. 

Fceury , propriétaire , à St-Vallier ( Drôme ). 

Garzrar» , pépiniériste , à Brignais ( Rhône ). 

Ganxier , bibliothécaire-adjoint de la ville d'Amiens ( Somme ). 

Gasrarix ( Adrien de) C. & , pair de France , à Paris. 

Gasparin ( Auguste de) #, membre de la Chambre des députés, 
à Orange ( Vaucluse ). 

Gaves, à Chambéri. 

Gasrarp , docteur-médecin , à Oullins ( Rhône ). 

Gaxsouz ( Justin ) , agriculteur , à Peyzieux ( Ain ). 

Géranpo ( baron de )O. :% , conseiller d'état , à Paris, 


xij 

Goxpoux ( Charles), chef des cultures au Fleuriste de la couronne ;, 
pare de St-Cloud ( Seine-et-Oise ). 

Gras ( Scipion ), ingénieur des mines, à Grenoble ( Isère ). 

Guérin , docteur-médecin , à Avignon ( Vaucluse ). 

Guerrar , à Rive-de-Gier ( Loire ). 

Guizar» ( Achille), docteur-ès-sciences, près d'Issoire (Puy- 
de-Dôme ). 

Guxéranr , docteur-médecin , à Lons-le-Saunier ( Jura ). 

Harowr , directeur de l’École vétérinaire d’Abou-Zabel , en Égypte. 

Harzann, naturaliste , à Philadelphie ( États-Unis + 

Héricann »E Tuurx ( vicomte le ) O. # æ , ingénieur en chef des 
mines, à Paris. 

Hucues, avocat, à Bordeaux ( Gironde ). 

Hurrrez-n’Arsovaz, à Montreuil-sur-Mer ( Pas-de-Calais ). 

Huzan» fils 4%, médecin-vétérinaire , à Paris. 

Jacog ‘# , vétérinaire en premier au 11° de dragons. 

Lam % , conseiller de Préfecture , à Caen ( Calvados ). 

Lavazerre , propriétaire, à Grenoble ( Isère ). 

Laviexe, sous-préfet, à Belley ( Ain ). 

Lecoo , professeur de minéralogie , à Clermont (Puy-de-Dôme ). 

Lezam (comte de) % æ, à Clermont (Puy-de-Dôme ). 

Macuco (de), près le Puy. ( Haute-Loire ). 

Marcer pe Serres, naturaliste ; à Montpellier ( Hérault }. 

Manrix aîné #, docteur-médecin , à St-Rambert (Ain). 

Marrix-Burnix , pépiniériste, à Chambéri. 

Marrneu-ne-Domsasre À , directeur de la Ferme-modèle de Roville- 
(Meurthe ). | 

Mexsor »'Ezsexe , propriétaire , à Couléon. 

Miicer-D AugenroN , membre de la Commission forestière des Py- 
rénées , à Toulouse ( Haute-Garonne ). 

Morz , professeur d'agriculture au Conservatoire royal des arts et 
métiers, à Paris. 

Muxer , propriétaire. 

Murnvox Æ, capitaine d'artillerie, au Hâvre ( Seine-Inférieure). 

Nivière ( Césaire ), propriétaire-cultivateur , à Peyzieux (Aïn). 

Noz 3, professeur d'éloquence , à Paris. 

Nornor, ( Louis ), naturaliste , à Dijon ( Côte-d'Or ). 

Ovazas ( vicomte d’ }, propriétaire. 


xiij 
Pazwrerr, botaniste, à Milan. 
Pépin , chef de l'École botanique au Jardin du roi ; à Paris. 
Pérer , président du Tribunal civil, à Trévoux (Ain ). 
Pevrer-Larrer ( Alphonse }, propriétaire, à St-Étienne ( Loire ). 
PrerrarD % , chef de bataillon du génie, en retraite , à Verdun 
( Meuse ). 
Ponerns (marquis de) #:, maire de Feurs ( Loire ). 
Posuez DE VERNEAUX , propriétaire , à Paris. 
Posvez, propriétaire, à Grenoble (Isère ). 
Pourer , à Marseille ( Bouches-du-Rhône ). 
Puvis (Maximilien) % , ancien officier supérieur d'artillerie, à 
Bourg (Ain). 
Rarsann , docteur-médecin, à Annonay (Ardèche). 


Ramsureau (comte de ) # , pair de France, préfet du département 
de la Seine , à Paris. 


RevizLon , mécanicien, à Mâcon ( Saône-et-Loire ). 

Rosnx (de), à Valenciennes (Nord). 

Rozrer , docteur-médecin , à Heyrieux ( Isère). 

Rozrères ( de), à Messimy (Rhône }. 

Saint-Martin ( de ), professeur de chimie , à Turin. 

Saroz, vélérinaire , à Saint-Pétersbourg. 

Secuix , chimiste-manufacturier , à Annonay ( Ardèche ). 

SERVIN-DE-CoRNoN , propriétaire, à Cornon. 

SYLVESTRE ( baron de) % 4, membre de l’Institut, à Paris. 

Taerrague, directeur du jardin Litta, à Lainate ( Lombardie ». 

Tessier , manufacturier, à Valleraugue ( Gard). 

Turiégaucr DE Berneaux , homme de lettres, à Paris. 

Tissor, propriétaire à Beauregard (Ain). 

Trocuu %, membre du Conseil supérieur d'agriculture, à Belle- 
Ile-en-Mer (Morbihan). : 

Trozzrer x, médecin de l'Hôpital civil, à Alger. 

Trourcaur , ancien professeur de botanique , à Autun ( Saône-et- 
Loire ). 

Vazror, docteur-médecin , professeur d'histoire naturelle, à Dijon 
( Côte-d'Or ). 

Vazoup , propriétaire , à Ste-Foix ( Rhône ). 

VazrerGa 1 Civrons ( comte ), à Turin. 

Varenne-Fenize ( de); , à Bourg ( Ain). 


xiv 

Varez , médecin-vétérinaire , ancien professeur à l'École royale 
vétérinaire d'Alfort, à Paris. 

Vmasran, propriétaire, à Auch (Gers )- 

Vizza , directeur de la monnaie ; à Turin. 

Vnex &, docteur-médecin, professeur d'histoire naturelle , à 


Paris. 
Vocer, vétérinaire au 7° régiment d'artillerie. 


Warox , docteur-médecin , à Carpentras (Vaucluse }: 


SUR 


DES ŒUFS DE VER A SOIE 


EXPOSÉS À UNE BASSE TEMPÉRATURE , 


PAR 


M. Marraru BONAFOUS, 


CORRESPONDANT DE L'INSTITUT DE FRANCE ; DIRECTEUR DU JARDIN ROYAL 
D'AGRICULTURE DE TURIN , ETC. 


La question de savoir quelle est la plus basse température 
que l'embryon du ver à soie puisse supporter; n'étant pas 
complètement résolue, tous les faits qui tendent à éclairer 
cette question méritent d’être signalés. Déjà, pendant l'hiver 
de 1829-30 , je soumis des œufs de ce bombyx à un froid 
de 18 à 20°R. , sans que le germe en souflrit d'une manière 
sensible : tel est le fait consigné dans mes AMotes au livre 
chinois de M. Stanislas Julien , que j'ai reproduit en langue 
italienne. Depuis lors, une seconde expérience m'a offert le 
même résultat. 


F SUR DES OEUFS DE VER A SOIE , ETC. 

Au mois de novembre 1837, J'introduisis une once de 
graines de ver à soie ( race piémontaise ) dans un bocal de 
verre , garni à l'ouverture d’une toile à jour , et J'exposai cette 
graine à toutes les variations de température, en fixant le 
bocal contre la face extérieure d’un édifice situé sur le pla- 
teau du Mont-Cenis, à 2,066 mètres au-dessus du niveau de 
la mer ‘. Ces œufs de ver a soie , en butte à l’action d'un hi- 
ver des plus rigoureux , subirent un froid prolongé de plus 
de 20° R. Retirés au mois d'avril 1838, leur éclosion fut 
aussi égale, aussi complète que celle des œufs que j'avais 
constamment tenus à une température au-dessus de zéro. 

Je me propose , d’après ce résultat , d'observer si , en sou- 
mettant les œufs de plusieurs générations successives à un 
froid naturel aussi intense , s’il est possible, je n'obtiendrai 
pas une race plus robuste , plus rustique , plus adaptée sur- 
tout aux climats rapprochés de la limite où le muürier cesse 
de prospérer. 

! M. Bonafous possède, à cette élévation, une ferme qu'il destine à des essais 
d’acclimatation propres à augmenter les ressources des populations alpines. 


* 


TERRAIN NÉOCOMIEN 


DB LA DROMEB 


M. Duval, 


MEMBRE DE LA SOCIÉTÉ GÉOLOGIQUE DE FRANCE. 


On trouve dans le midi de la France des terrains calcaires 
fort développés, que, pour d'excellentes raisons , on rapporte 
aux formations comprises entre le lias et les terrains tertiai- 
res. Cette conclusion générale est rigoureuse ; mais, habitués 
que nous sommes à nous faire de ces terrains des idées prises 
dans les descriptions excellentes faites des terrains analogues 
de l'Angleterre , il nous est fort diflicile de nous reconnaître 
ici. Veut-on descendre dans les détails? rien ne se ressemble; 
et si, par un examen plus approfondi et par l'étude des fos- 
siles , on parvient à faire quelques rapprochements heureux , 
en somme, on voit assez promptement que plusieurs des ter- 
mes de cette série anglaise , adoptée comme type, manquent 

Tr. 5 L 


4 TERRAIN NÉOCOMIEN 

totalement, et que les autres existent sous une forme tout-à- 
fait différente. On trouve, dans certaines couches, des fossiles 
caractéristiques; puis, à côté de ceux-ci, on en trouve d’autres 
tout nouveaux. On arrive enfin à ce résultat général : que les 
causes, qui agissaient pendant la formation de la série oolithi- 
que et de celle du grès vert et de la craie, n'étaient pas les 
mêmes ici qu'en Angleterre ; que s’il y a dans les résultats 
de grandes analogies , il y a aussi de grandes différences, et 
que les espèces fossiles elles-mêmes offrent des points nom- 
breux de séparation. 

Sans doute, sous le rapport de la simplicité, ce résultat n’a 
rien de flatteur; mais, outre qu'il est assez naturel de s’atten- 
dre à ne trouver dans les phénomènes de ce genre jamais des 
identités , il est intéressant pour le géologue de constater ces 
effets divers et de les étudier avec soin. 

Les terrains jurassiques n’ont pas , depuis peu , donné lieu 
à de grandes découvertes ; il n’en a pas été de même des ter- 
rains qui leur sont superposés. Les géologues de Neufchâîtel 
et de Porrentrui sont arrivés, par une étude suivie et atten- 
tive, à distinguer certaines couches de leurs environs de 
toutes les couches précédemment décrites , soit dans l’oolithe 
supérieure, soit dans la craie inférieure. [ls ont même trouvé 
des différences assez importantes pour en faire un terrain 
nouveau sous le nom de terrain néocomien , et tout porte à 
croire que ce nom restera dans la science. 

Cette découverte acquiert une importance chaque jour plus 
grande ; chaque jour on retrouve dans diverses localités le 
terrain néocomien, et la nécessité de sa création dans la 
science apparaît de mieux en mieux. En même temps , il est 
évident que l’on doit lui appliquer toutes les observations gé- 
nérales que je faisais tout-à-l'heure sur les apparences di- 
verses que présentent les mêmes formations en différents 
points de leur développement. 


s ht 


DE LA DRÔME. 5 

Au mois de mars 1838, j'ai parcouru une certaine étendue 
de ce terrain dans le département de la Drôme. J'étais dans 
la compagnie savante de M. Fournet, professeur à la Faculté 
de Lyon, et son habile coup-d’œil m'a mis à même d'étudier 
ce que je voyais, beaucoup mieux que je ne l’eusse fait seul. 
Voici un court résumé de nos observations communes. 

Le terrain néocomien forme une longue étendue, du nord 
au sud, à travers tout le Dauphiné. La chaine principale com- 
prend, vers la frontière de Savoie, la Grande-Chartreuse , 
borde l'Isère jusqu’au Sapey , où elle tourne à l’ouest, puis 
reprend sa direction au sud, s’abaisse à St-Egrève, où l'Isère 
la traverse, se relève ensuite vers Sassenage et forme, par son 
prolongement, les hauts sommets des Véhémonts, dont l’un 
(la Moucherolle) à 2288 mèt. d’élévation. Cette chaîne est 
essentiellement néocomienne, et forme presque la limite 
de ce terrain vers les Alpes ; au contraire, en descendant 
vers la plaine, le néocomien s'étend assez loin à l’ouest ; 
mais, dans les fonds, il est presque partout recouvert 
par les molasses : formation tertiaire qu’on n’a, dit-on ; ja- 
mais trouvée sur les sommets et qu’on croit , pour cette rai- 
son , postérieure au soulèvement des Alpes. Pour nous , nous 
oserons dire en passant que cette conclusion nous paraït con- 
testable, parce que dans beaucoup de points nous avons vu 
les molasses participer à l’inclinaison des couches qu’elles re- 
couvrent. 

Le néocomien de Neufchâtel est caractérisé par un certain 
nombre de fossiles particuliers. Je citerai avant tout, d’après 
les échantillons que je dois à l’obligeance de M. Voltz, 
l’Ammonites asper , Spatangus retusus, Terebratula bipli- 
cata acuta (de Buch), Terebratula depressa , Pholadomya 
Langü , Gryphæa aquila , Exogyra Coulont, Trigonia alæ- 
formis, Pecten quinquecostatus , Serpula heliciformis. La 
roche elle-même est un calcaire grisâtre , marneux et tendre. 


6 TERRAIN NÉOCOMIEN 

Le néocomien a été classé dans la craie dont il forme l’é- 
tage le plus bas, se trouvant ainsi entre le portlandien , sur 
lequel il repose , et le gault qui repose sur lui. 

Dans le département de la Drôme, cette craie inférieure se 
compose de deux couches fort puissantes , dont une surtout 
se voit presque partout , par la raison toute simple qu'elle est 
la couche supérieure. C’est elle qui forme les sommets des 
montagnes de Musan, ceux des montagnes qui couronnent 
l’ancienne Chartreuse de Bouvantes, ceux des deux flanes de 
la vallée d'Échevis ; enfin; ceux de la chaîne des Véhémonts, 
de la Moucherolle et de la Grande-Chartreuse. Cette couche 
se voit encore dans les vallées formées par les pentes anticli- 
nales partout où les couches de molasse la laissent à nu , 
ainsi dans la vallée de St-Jean-en-Royans et dans celle du 
Vercors. Au contraire, dans les vallées formées par le déchi- 
rement des couches , par une faille , comme celle d'Échevis, 
elle ne se voit qu'aux sommets des deux parois, et encore ici 
n’en voit-on que la coupe. 

Le calcaire qui la compose est d’un blanc plus ou moins 
jaunûtre, et dans beaucoup d’endroits cristallin, presque 
tonjours compacte à cassure conchoïde, généralement assez 
dur ; il parait peu altérable à l'air. Nous y avons trouvé , au 
sommet de Musan , le Pecten quinquecostatus , une Pinnie, 
etc; dans le Vercors , en face St-Agnan, une grande Wéri- 
née qui devait avoir au moins 6 pouces de long , ‘et dont 
l'espèce parait nouvelle ; mais l’état de conservation ne per- 
met pas de la déterminer exactement. Enfin, partout on y 
trouve répandus, avec une singulière profusion , des fossiles 
bizarrement contournés qu'on ne peut jamais dégager de la 
gangue d’une manière satisfaisante , et que quelques savants 
pensent être des dicérales , d’autres des voloaires. M. Gras, 
dans un très bon ouvrage sur la statistique de la Drôme, a 
désigné la couche qui nous occupe par le nom de calcaire à 


DE LA DRÔME. 7 
dicérates ou à caprines ; je n'ai rien vu cependant qui res- 
semblât aux caprines. Quoi qu'il en soit , la dissidence des 
opinions montre suflisamment que ces singuliers fossiles n’ont 
pas été obtenus jusqu'ici dans un état de conservation sufi- 
sant, malgré leur étonnante abondance ; il semble qu'il 
y ait presque toujours eu fusion du fossile avec la pâte de la 
roche : car on ne sépare jamais que des portions incomplètes. 

Le calcaire à dicérates contient en beaucoup d’endroits des 
traces de minerai de fer , et même des exploitations de ce 
minerai y ont été ouvertes en quelques localités. Ces mine- 
rais paraissent s'être déposés dans les vides du calcaire, et 
proviennent, sans doute , de la formation du grès vert qui a 
disparu de ces contrées. 

Dans la vallée d'Échevis, profondément excavée, nous 
avons pu étudier Jes couches inférieures du terrain. 

Sous le calcaire à dicérates , nous avons trouvé, en suivant 
le sentier qui descend de Sainte-Eulalie à Échevis , après 
avoir tourné la pointe dite de Penat , un calcaire bleu com- 
pacte dont l'épaisseur parait assez considérable. Celui-ci est 
immédiatement sous le calcaire à dicérates, ou du moins 
n'en pourrait être séparé que par une couche peu puissante. 

Dans ce calcaire bleu, nous avons trouvé queiques fossiles, 
entr'autres une assez grande quantité de Bélemnites , mais 
peu déterminables; cependant l’une d'elles était le Be/exinites 
dilatatus bien caractérisé. Nous y avons trouvé le Spaïangus 
retusus, une térébratule qui pourrait bien être la Biplicata 
acuta , deux espèces de Pecten et quelques Polypiers. Enfin, 
nous y avons trouvé encore un de ces fossiles que M. l'Éveillé 
a décrits sous le nom générique de Crioceratites, dans le II° 
volume des Mémoires de la Société géologique de France. 
Celui-ci m'ayant paru nouveau, J'ai cru devoir le faire con- 
naître sous le nom de Crioceratites Fournelii. Je joins ici la 
description de ce fossile qui, au premier abord , ressemble 


8 TERRAIN NÉOCOMIEN 

au Crioceratites Emericii de M. l'Éveillé, mais qui en diffère 
notablement. Il s'attache à ces fossiles un double intérêt, ce- 
lui de leur nouveauté et de leur rareté , et celui de leur gise- 
ment dans des couches dont la position La 5 exacte est 
encore à peine bien constatée. 

Les tours de spire du Crioceratites Fournetii (PI. 1) sont ap- 
platis; ils s’arrondissent vers la carène et vers la partie ventrale. 
Le test est orné de stries séparées de cinq en cinq par des côtes 
plus grosses, supportant trois rangées de tubercules distri- 
buées : l’une latéralement , et les deux autres sur les parties 
subdorsale et subventrale. Les stries et les côtes sont simples, 
moyennement apparentes et flexueuses ; mais les inflexions 
ne ressemblent point à celles des autres espèces connues. 
Elles sont à peu près droites en traversant la carène : il n’y a 
point de dépression ventrale, mais une convexité unie sur la- 
quelle les stries ne se prolongent pas, du moins visiblement. 
La coupe transversale des spires paraît être , sauf les défor- 
mations qu'a subies la coquille en passant à l’état fossile, un 
ovale assez parfait, et ceci me paraît un des traits les plus ca- 
ractéristiques de l'espèce. 

J'avais long-temps médité sur le Mémoire de M. l'Éveillé, 
et comparé les planches qui l'accompagnent avec mon Crio- 
cératite, avant de me déterminer à proposer une espèce nou- 
velle. M. Deshayes m'a objecté que les côtes étaient en nom- 
bre assez variable sur ces coquilles ; que ces côtes étaient plus 
ou moins saillantes suivant l’âge ; enfin , que l’âge avait aussi 
une grande influence sur la forme de la partie ventrale. 

À cela j'ai répondu : 1° que sur mon Criocératite le nom- 
bre des côtes variait entre cinq et sept, et sur le Crioceratites 
Emericii entre trois et cinq; 2° que le ventre du mien est 
lisse , tandis que sur celui de l’autre les stries se prolongent 
d'une manière très prononcée ; 3° que le ventre du mien est 
convexe , et celui de l'autre conçave ; et enfin, sur le tout , 


DE LA DRÔME. 9 
que les deux individus étant de même taille (l’un ayant 4 
pouces 6 lignes et l'autre 4 pouces 3 lignes de diamètre), il 
devenait probable qu'ils étaient à peu près de même âge , et 
que jusqu'ici l'esprit des maitres de la science avait été de 
distinguer par les noms ce qui se distinguait par les caractères. 
plus ou moins tranchés. 

L'association du Crioceratites Fournetii et du Belemnites 
dilatatus avec le Spatangus retusus et la Terebratula bipli- 
cata acuta, si celle-ci s’y trouve réellement , est fort remar- 
quable : le Spatangus retusus est ici un bon témoin, quoi- 
qu'on l'ait, depuis quelque temps , trouvé , dit-on , dans des 
couches assez élevées de la craie. Mais il ne saurait être 
question de placer plus haut celle qui nous occupe, et l’on 
ne sent d’autre besoin que celui de s'assurer qu’il ne faut pas 
la placer plus bas dans la série. 

Au-dessous de la couche de calcaire bleu fossilifère se 
trouvent, jusqu’au fond de la vallée d'Échevis, des alter- 
nances d’un calcaire bleu moins dur que le précédent , avec 
des assises marneuses un peu feuilletées de même épaisseur. 
Cette épaisseur varie de 6 à 10 pouces environ. J'ai voulu en 
vain trouver dans ces couches quelques fossiles ; toutes mes 
recherches ont été superflues, de sorte que jusqu’au jour où l’on 
en aura trouvé, il restera indécis de savoir si ces couches 
doivent être réunies au néocomien qui les recouvre, ou bien 
si elles font partie d’un terrain plus ancien. Dans tous les cas, 
leur étude est facile ; car elles forment de hautes murailles 
sur une assez grande étendue des deux bords du Vernaison 
qui coule au fond de la vallée. Ces couches inférieures con- 
tiennent beaucoup d’eau, et leur nature marneuse le fait fort 
bien concevoir ; le calcaire bleu, au contraire , et le calcaire 
à dicérates sont d’une grande aridité. 

Le terrain néocomien , qui se montre ici sous un aspect si 
particulier, se retrouve sur beaucoup d'autres points de la 


10 TERRAIN NÉOCOMIEN DE LA DRÔME. 

France. Je l’ai vu dans le département de la Meuse , aux en- 
virons de Bar-le-Duc , dans les minières de fer de Treveray , 
près Ligny, où la roche qui encaisse la mine est la roche in- 
férieure de ce terrain ; dans les plaines des sommets de Sa- 
vonnières en Perthois, etc. Enfin, M. Voltz m'a dit l’avoir 
trouvé dans la Haute-Marne, et M. Clément Mullet ,: dans 
les environs de Troyes (Aube ). — Espérons que, grâces 
aux travaux d'hommes éclairés, nous connaïîtrons de mieux 
en mieux cette intéressante formation. 


CONSIDÉRATIONS 


SUR LA 


THÉORIE ET L'APPLICATION DES LABOURS , 


PAR 


Ms DUPUITS DB MAGONBK 


D 
*# 
REC DEEE 0 


Mon but, en traitant cette matière , n’est pas de donner 
un travail complet, mais seulement de corroborer de l'expé- 
rience que j'ai acquise quelques points importants, et dy 
ajouter quelques observations neuves , fruits d’une longue 
pratique et d’un séjour continuel au milieu des champs. 

De toutes les opérations qui se rattachent à l’agriculture , 
celle des labours est sans contredit la plus importante, soit 
par ses résultats, soit par les soins et l'attention qu'ils exigent. 
Sans les labours , il n’y a pas de culture possible. La produc- 
tion des bois et des animaux utiles peut , à la vérité, s'en 
passer , toutefois là seulement où une population rare et no- 
made donne le temps au sol de produire ; en passant d’une 
région à l’autre ; mais le blé, la vigne et un grand nombre 
d’autres produits devenus nécessaires ne sauraient sufhre à la 
consommation , sans la culture et sans les labours. Cependant 
cette opération , tellement importante que la vie de l’homme 


12 CONSIDÉRATIONS SUR LA THÉORIE 

est basée sur elle, puisqu'elle est la source des matières in- 
dispensables à son existence ; cette opération , dis-je ; est 
abandonnée à la classe la plus pauvre et la plus ignorante. 
Hitons-nous de dire qu'un petit nombre d'hommes, amis de 
leur pays , exaltés par les idées de création qui se rattachent 
à l’agriculture , et par les immenses résultats qui en décou- 
lent, se sont appliqués sans relâche à en étudier la partie la 
plus importante , et ont éclairé des lumières de la science 
et de l'observation ce que l'ignorance avait jusqu'alors enve- 
loppé de ses ténèbres. Cependant , malgré le pas rapide que 
ces hommes de bien ont fait faire à l’agriculture , qui pourrait 
dire que la matière est épuisée ? Aussi, persuadé welle est 
inépuisable , et heureux d’avoir quelque chose à y ajouter 
après les hommes éminents qui en ont fait l'étude d’une 
partie de leur vie , je m’empresse de livrer au jour mes ob- 
servations , dans l'espoir d’être utile et d'appeler l'attention 
de ceux que leur goût appelle vers les opérations agricoles. 
J'entre en matière. 

Je partage les labours en trois classes : 

1° Les labours proprement dits ; 

2° Les binages ; 

3° Les labours de défoncement. 

Je définis les labours de la manière suivante : 

C’est une opération mécanique , qui a pour but d’exposer 
une couche plus où moins épaisse du sol à l’influence des 
agents producteurs , pour en augmenter la force de pro- 
duction. 


Ce qui distingue les binages des labours proprement dits , 
c’est qu'ils ont principalement pour but de détruire les plantes 
adventices, et d'empêcher la surface du sol de se durcir. 


Les binages sont presque toujours superficiels. 


Les labours de défoncement se distinguent des premiers 


ET L'APPLICATION DES LABOURS. 13 
par une plus grande profondeur , qui exige ordinairement 
deux opérations mécaniques dans le même sillon. 

Ces trois sortes de labour se distinguent encore de la 
manière suivante : 

Les premiers ont pour but la préparation du sol destiné à 
recevoir une semence ; 

Les seconds , le nettoiement du sol couvert de la plante ; 
et enfin les derniers servent spécialement à la plantation des 
grands végétaux, et, dans la culture ordinaire , ils sont une 
amélioration qui amène une plus grande production , ainsi 
que je l’expliquerai en son lieu. 


Les Labours. 


Les labours sont d'autant plus parfaits, qu'ils exposent une 
plus grande surface aux météores et au gaz , qui jouent un 
role important dans l’acte de la vie végétale. Plus la terre 
sera divisée , plus il sera facile aux météores et au gaz de 
la pénétrer. 

Le labour ramène à la surface une terre neuve , non épui- 
sée, qui, se saturant des agents producteurs , devient propre 
à la production. 

Si, avant Le labour , le sol est couvert de végétaux , cette 
opération les enfouit , et fournit un engrais par leur décom- 
position. 

Le labour , séparant les tiges des racines, procure encore 
un autre bienfait, en détruisant la vie des végétaux qui se 
nourriraient aux. dépens de ceux que l’homme cultive pour 
ses besoins. 

D'après ce que je viens d'exposer , on apercoit déjà l'im- 
portance d'un bon labour ; car, si la couche végétale est trop 
superficielle , les plantes pourront être atteintes par les agents 
destructeurs : la gelée , la sécheresse. 


14 CONSIDÉRATIONS SUR LA THÉORIE 

Si les plantes vivaces ne sont pas détruites , elles repousse- 
ront, quelquefois même avec plus de vigueur , aux dépens de 
celle cultivée , et diminueront d’autant son produit. 

Enfin , si l’imperfection du labour arrête l’influence des 
agents producteurs , la production en sera nécessairement 
diminuée. 

L'état du sol le plus convenable pour le labour est l’état 
mitoyen entre la sécheresse qui le réduit en poussière , ou en 
mottes qui prennent la dureté de la pierre, et l’état d’humi- 
dité qui le gâche. 

Par une grande sécheresse et une forte chaleur le labour 
occasione dans toute espèce de sol, et plus particulièrement 
dans les sables, l’évaporation de certaines matières fertili- 
santes ; et, dans les terres argileuses , leur durcissement qui 
s'oppose au passage des racines. 

Par une grande humidité les terres se gâchent ; se durcis- 
sent, au lieu de se diviser , lorsque l'humidité cesse ; et le 
labour, devenu inutile, doit être recommencé. Toutefois, les 
terres sablonneuses peuvent être travaillées presqu'immédia- 
tement après la pluie. 

Les terres , fraichement labourées , se laissent plus facile- 
ment pénétrer par l’eau ; et non seulement elles en retiennent 
un plus grand volume , mais encore , par leur porosité , elles 
permettent aux couches inférieures de s’en emparer en plus 
grande abondance. 

Elles ont moins à craindre l'effet de la sécheresse , non 
seulement parce que l’évaporation ramène à la surface l’hu- 
midité qui s'est amassée dans ses couches inférieures , mais 
encore parce que la porosité de la couche supérieure paraît 
mettre obstacle à une évaporation trop rapide, en détruisant 
en partie l'effet produit par la capillarité. 


Les labours d'automne sont les plus avantageux , au moins 


ET L'APPLICATION DES LABOURS. 15 
sous notre climat, et à part un très petit nombre de circon- 
stances *. 

Je ne connais d'exception à cette règle que pour certains 
sols qui ne se délitent pas à l'air , et qui se tassent facilement 
par les pluies ; et encore je crois que ce n’est une exception 
que pour les labours faits tard , et lorsque les pluies d’au- 
tomne sont abondantes et précoces. 


Mais, pour tout terrain qui se délite facilement à l'air, le 
labour d'automne le prépare merveilleusement à recevoir , à 
très peu de frais, une semence au printemps. 


Les labours , pour les semailles d'automne, doivent se faire 
de très bonne heure pour les terres fortes , et plus tard pour 
les terres légères. 

Il est des sols tellement consistants , qu'il est utile de 
saisir les premières pluies pour labourer et semer; or, comme 
elles arrivent toujours dans nos contrées , en la dernière 
quinzaine du mois d'août, quelque disposée que soit la saison 
à la sécheresse ; et que ces sortes de terrains se refroidissent 
facilement à la moindre pluie, non seulement il n'y a jamais 
d'inconvénient à semer de bonne heure , mais encore 1l y a 
presque toujours nécessité. Il s’en suit que, dans les sols les 
plus consistants , l’époque la plus favorable pour semer les 
céréales d'automne, sous notre climat , est la dernière 
quinzaine du mois d’août ». 


Et dans les terres légères , à exposition chaude, on peut 


1 Un célèbre agriculteur anglais prétend le contraire. Malgré son imposante auto- 
rité, je crois qu'il a pris ici l’exception pour la règle. Je concoïs que, sous un 
climat où l’hiver est long et très humide, le bon effet des labours d’aulomne soit en 
partie détruit ; parce que le grand espace que lon est obligé de mettre entre le la- 
bour d'automne et celui du printemps , et l'humidité continuelle dont la terre se 
salure , lui donnent le temps de se tasser et de se durcir. 

2 Il est de ces terrains dans la vallée du Léman, où les semailles faites après les 
premiers jours de septembre seraient souvent compromises. 


16 CONSIDÉRATIONS SUR LA THÉORIE 
souvent labourer et semer avec avantage les froments jusque 
dans le mois de novembre par la raison contraire. 

Je renvoie ce qui me reste à dire sur les labours aux arti- 


cles suivants. 


Les Binages. 


Si les labours sont indispensables pour faire produire une 
récolte , les binages , quoique moins importants , sont ce- 
pendant d'une grande utilité. 

Leur but principal est de détruire les plantes qui croissent 
spontanément au milieu de celles que le cultivateur a confiées 
au sol. 1 

Leur destruction profite principalement , non seulement 
parce qn'elles ne tirent plus aucune nourriture aux dépens 
des végétaux pour lesquels tous les frais de culture ont été 
faits, mais encore parce qu'elles enrichissent la terre de 
leurs débris. 

Il est de la plus grande importance de ne jamais attendre, 
pour biner, que les plantes adventices aient formé des se- 
mences qui renouvelleraient la plaie que l’on cherche à dé- 
truire par cette opération. 

La destruction des plantes adventices offre encore un 
avantage important dans certaines circonstances. La réver- 
bération de la chaleur solaire, étant beaucoup plus forte sur 
un sol nu, hâte la maturité des fruits , et augmente les qua- 
lités qui les distinguent , la saveur et la matière sucrée ; 
surtout dans les climats où la chaleur est à peine suffisante. 
Ils agissent donc rationnellement les vignerons qui multi- 
plient les binages , ainsi qu’on le pratique dans les vignobles 
du Bordelais, et dans la plupart de ceux qui fournissent les 
vins du premier ordre. 


La destruction des plantes adventices est toujours plus 


ET L'APPLICATION DES LABOURS. 17 
assurée et plus complète , lorsque , après avoir opéré par un 
beau temps, la pluie ne revient pas de plusieurs jours. 

* Les binages servent encore à augmenter la propriété ab- 
sorbante du sol, en le maintenant meuble à sa surface , et par 
conséquent aussi sa force de production. 

La terre , maintenue meuble à sa surface , redoute beau- 
coup moins la sécheresse que celle qui reste durcie. 

Le moment le plus favorable pour biner un sol durci, à 
l'époque des chaleurs , est peu de temps après une pluie qui 
aurait pénétré la couche dans laquelle doit se faire l’opéra- 
tion , aussitôt que la terre est suflisamment ressuyée. 

Il ya, au contraire, danger à fouiller le sol par une 
grande chaleur, lorsque la sécheresse est extrême , et que la 
pluie ne parait pas imminente ; et, dans cette dernière circon- 
stance, si la pluie est battante, ainsi que cela arrive souvent à 
cette époque, le binage devra être repris immédiatement dans 
les sols consistants. Cependantil en sera résulté un bien, parce 
que la pluie aura pénétré plus facilement ; toutefois, je doute 
que cette double opération soit économique. 

IL est important de détruire une erreur d'autant plus 
grande, qu’elle est accréditée dans l'esprit de personnes qui 
peuvent faire autorité par leur réputation de savoir : c’est que 
la sécheresse a moins de puissance sur un sol couvert de 
végétaux vivants. Ici, comme dans un article précédent , 
l'exception a été prise pour la règle. 

Lorsque le sol est couvert de grands végétaux qui présen- 
tent aux rayons du soleil un obstacle impénétrable, et un 
puissant abri contre les vents violents, la sécheresse a peu 
de puissance , parce que l’évaporation est presque nulle. De 
plus, les arbres élevés des forêts arrêtant les nuées et les 
brouillards, la pluie s’y forme plus fréquemment, et l’eau ne 
coulant presque jamais à la surface, quelle que soit sa violence, 
rien ne se perd , et le sol se trouve imbibé à une plus grande 


18 CONSIDÉRATIONS SUR LA THÉORIE 

profondeur que dans toute autre circonstance, tout le reste 
étant égal d’ailleurs ; mais il en est bien différemment, si le 
sol est couvert de graminées. Les racines tracantes de ces 
plantes et leurs nombreux sucoirs qui tapissent le terrain 
dans tous les sens , attirant l'humidité en raison de leur nom- 
bre , agissent avec plus de puissance pour dessécher le sol, 
que le faible abri de leurs tiges pour y conserver l'humidité. 

Il n’est pas de jardinier qui ne sache que, lorsqu'on éta- 
blit un semis au pied d’un espalier, et qu’on l'abandonne à 
lui-même sans arrosement, le sol se durcit et se dessèche 
au point de compromettre non seulement larécolte des fruits, 
mais encore l'existence des arbres en espaliers. 

Lorsque l'humidité est extrême, l’évaporation est plus 
grande à la surface sur un sol nu; mais lorsque l’excès d’hu- 
midité est dissipé, si le temps sec continue, les racines ab- 
sorbant l’eau en raison de l'élévation de la température ; la 
sécheresse gagne rapidement en profondeur le sol couvert de 
végétaux vivants ; tandis que l'humidité se maintient long- 
temps près de la surface sur une terre meuble exposée direc- 
tement à la chaleur solaire. 

Les plantes du genre des graminées sont au nombre de 
celles qui attirent le plus puissamment la sécheresse, soit 
parce que leurs racines sont nombreuses et superficielles, soit 
parce que leurs tiges grêles et leurs feuilles rares et étroites 
offrent peu d’abri contre le hâle et la chaleur solaire. 

Les plantes qui arrêtent le mieux le desséchement du sol 
sont celles à feuillage large et fourni, dont les racines sont 
essentiellement pivotantes ; or, comme la plupart des végé- 
taux ont le plus grand nombre de leurs racines tracantes, et 
que le principal rôle qu’elles sont appelées à remplir est d’as- 
pirer l'humidité du sol, je crois avoir dit avec raison que 
l'exception a été prise pour la règle. 

Lorsqu'une chaleur forte et soutenue succède immédiate- 


ET L'APPLICATION DES LABOURS. 19 
ment à un temps très humide, la terre se fend presque tou- 
jours lorsque le sable n'y domine pas, et alors les racines 
des plantes se déchirent et sont plus exposées à être dessé- 
chées. Le meilleur remède à cette plaie consiste à donner 
un binage aussitôt son apparition, lorsque l’écartement des 
plantes le permet. 

Une méthode peu connue et cependant très économique 
de biner sur les terres où les pierres n'abondent pas, c’est 
avec le ratissoir. Non seulement le travail avance rapidement, 
mais encore les plantes adventices sont bien détruites, et, 
l’ouvrier opérant à reculons, le sol se trouve dans les meil- 
leures conditions de nettoiement et d’ameublissement. 

Le sarcloir à cheval est encore plus économique , lorsque 
l’'espacement des plantes permet son emploi. 

Lorsque l’on veut retirer le plus grand produit possible 
d'une plantation de bois en taillis , ou en massif de futaies, 
on se sert avec le plus grand succès du sarcloir à cheval ou 
du ratissoir, l’année de la coupe pour le taillis; et, dans les 
massifs de futaies , toutes les fois que le durcissement du sol 
ou la destruction des plantes adventices l’exigent. 

Le succès de cette opération est si remarquable que je ne 
saurais trop la recommander. Il est des contrées où le prix 
des bois est tellement élevé que, en traitant les taillis de 
certaines essences de cette manière, on pourrait obtenir du 
sol un revenu plus élevé que par la culture des céréales. 

D'après ce que j'ai précédemment exposé , on apercoit 
l'utilité d’un léger labour immédiatement après l'enlèvement 
d’une récolte. Si le sol était profondément desséché , il fau- 
drait attendre pour cette opération qu’une pluie vint humec- 
ter la couche de terre dans l'épaisseur de laquelle doit se 
faire le labour. 

Je me résume en admettant en principe les faits suivants : 


L'état du sol le plus favorable à la production est celui où sa 
T. IL. 2 


20 CONSIDÉRATIONS SUR LA THÉORIE 

surface est dans le plus grand état de division, non seulement 
parce que les agents producteurs , l'humidité, la chaleur, 
les gaz la pénètrent plus facilement, mais encore parce que 
le principal agent destructeur , la sécheresse, a moins d’ac- 
cès dans un sol divisé à sa surface. 


Les Labours de défoncemenits. 


L'importance des labours de défoncements est bien loin 
d'être appréciée à sa véritable valeur. 

Non seulement l'étude en est encore dans l'enfance , mais 
encore quelques erreurs sont admises comme des vérités dé- 
montrées par la presqu'unanimité des agriculteurs instruits. 

Ces labours sont le dernier degré de la culture perfec- 
tionnée. Dans les contrées où ïls ne sont pas en usage, on 
peut dire hardiment qu'il reste encore beaucoup à faire, quel- 
que brillantes que paraissent les récoltes. 

Les bons effets de ces sortes de labour sont nombreux. 
Les principaux sont les suivants : 

41° Ils augmentent la faculté absorbante du .sol pour les 
agents producteurs; 

20 Ils donnent un plus libre accès aux racines ; 

30 Ils diminuent les effets désastreux de l'humidité sur- 
abondante ; 

4° Et ceux de la sécheresse; 

5° À quantité égale d'engrais , les récoltes sont en raison 
de la profondeur des labours. 

1° Cette vérité est facile à concevoir : une plus grande 
masse de terre étant remuée et soulevée, la chaleur, l’hu- 
midité et les gaz la pénètrent nécessairement avec plus de 
facilité; et apportant aux racines des plantes une plus grande 
somme de nourriture, leur vigueur et leur production en 
sont augmentées. 


ET L'APPLICATION DES LABOURS. 21 


20 Les racines , rencontrant moins d'obstacle dans une 
terre ameublie sur une plus grande profondeur , s’allon- 
gent plus rapidement, deviennent plus fortes et plus nom- 
breuses. 


3° Le volume du sol , augmentant en raison de la profon- 
deur du labour, peut aussi absorber l’eau dans la même 
proportion sans inconvénient pour les plantes, puisque l’hu- 
midité ne leur est nuisible ordinairement que lorsque l’eau 
regorge à la surface. 


4° Je n'ai jamais vu d'exemples de végétaux détruits par 
la sécheresse ;, même dans les sols les plus secs, lorsque les 
labours de défoncements sont combinés avec des binages 
faits à propos et avec d’autres opérations que je vais expliquer. 
Sous notre climat, il n’est pas de terre , quelqu’aride 
qu'elle soit en apparence, qui ne puisse donner quelque pro- 
duction *. C’est au cultivateur à savoir approprier ses cultures 
à la nature du sol ; ainsi, il est des végétaux dont l'existence 
est compromise à la moindre sécheresse : il en est d’autres, 
au contraire , qui la bravent, quelle que soit son intensité. Le 


1 Lorsque j'ai visité les sables des Dunes qui bordent le golfe de Gascogne, je 
n'ai pas.élé peu surpris d’y trouver une végétation extrêmement active. Cependant 
ces sables, dont la couleur indique absence de lhumus, et qui se laissent pénétrer 
par la chaleur au point de la rendre insoutenable , nourrissent des végétaux qui se font 
remarquer par une vigueur qu’ils n’alteignent ordinairement que dans les terres les plus 
fertiles. Gräce probablement à la profondeur à laquelle les racines peuvent atteindre, 
l'on y voit des chènes, des vignes, des figuiers dont les dimensions sont tout-à-fait 
extraordinaires. La sécheresse n’atteint pas ces sables aussi profondément que pourrait 
le faire croire leur perméabilité , puisqu’à la suite d’une chaleur forte et long-temps 
soutenue ; ils paraissent sensiblement humides au-dessous de 5 à G pouces seulement. 
Ceci viendrait à l'appui de opinion que-je soutiens, que la pulvérisation du sol à sa 
surface arrête l’effet de la sécheresse. Si le contraire a lieu quelquefois, lorsque l’on 
fouille le sol un peu profondément par une forte chaleur, c’est que le labour met en 
contact avec la partie intérieure encore humide la partie supérieure d’autant plus avide 
d'humidité, qu’elle en est absolument privée , el fortement échauffée. 

J'ai expliqué la manière la plus opportune de faire cette opération , lorsque j’ai parlé 
des binages, 


22 CONSIDÉRATIONS SUR LA THÉORIE 
nombre de ces derniers peut en ètre augmenté par quelques 
opérations manuelles, Enfin, il en est dont la croissance pa- 
raît être suspendue pendant une longue sécheresse, sans in- 
convénient pour leur existence , et qui reprennent avec force 
à la première occasion favorable, lorsqu'une pluie bienfai- 
sante vient ranimer la végétation. 

Cette disposition des végétaux à souffrir plus ou moins de 
la sécheresse tient surtout à la conformation des racines, 
ainsi que je vais chercher à l'expliquer. 

Lorsque le sol se dessèche complètement à une certaine 
profondeur , les sucoirs des racines qui s’y trouvent plongés 
sont anéantis , brülés, et la destruction d’une racine entrat- 
nant presque toujours la perte d’une partie aérienne de la 
plante, le mal est en raison du nombre des sucoirs que ren- 
ferme le sol desséché. Par conséquent , les végétaux à nom- 
breuses racines superficielles seront plus souvent touchés que 
ceux dont tous les suCoirs plongent à une profondeur à la- 
quelle la sécheresse atteint rarement sous nos climats. 

Parmi les premiers , se distinguent les graminées. Les cé- 
réales que nous cultivons pour leur grain, et les graminées 
qui forment le fonds de nos prairies ont un mode de végé- 
tation qu’il importe d'examiner. Lorsque la graine commence 
à germer, il s'élève d'abord une seule tige, et en même temps 
s'enfoncent verticalement dans le sol une cu plusieurs ra- 
cines. Il se forme successivement de nouvelles tiges au pied 
de la plante, et chacune d’elles amène un nouveau système 
de racines, qui , forcées par les premières de diverger, se 
rapprochent de la surface du sol; et les dernières formées 
seront d'autant plus superficielles, que leur nombre sera plus 
grand. Les désastres de la sécheresse seront donc en raison 
du nombre des racines , qui lui-même est en raison du nom- 
bre des tiges, tout le reste étant égal d’ailleurs ; aussi, dans 
les sols très légers et en même temps très substantiels, voit- 

; 


ET L'APPLICATION DES LABOURS. 29 
on les froments très beaux en tige, donner peu de grains, 
ou des grains retraits , lorsque la sécheresse se fait vivement 
ressentir. Dans les sols médiocres, mais améliorés par des 
labours profonds, le froment peut au contraire donner de 
bons résultats, là où le seigle ne produisait que des récoltes 
chétives sous l'influence d’un labour superficiel. 

Dans le premier cas, le tallement se formant à une époque 
où l'humidité ne manque jamais, le nombre des tiges et par 
conséquent celui des racines augmentant en raison de la 
nourriture qu'elles trouvent dans le sol, et l’évaporation, au 
moment de la formation du grain , enlevant rapidement l'hu- 
midité en raison de la légèreté du terrain et de Ja plus gran- 
de absorption des racines, les plus superficielles se trouvent 
desséchées, et par conséquent la production du grain dimi- 
nuée. Dans le second cas, les racines , rencontrant une terre 
plus profondément amendée, divergent moins, sont moins 
superficielles, et la production en devient plus assurée. Ces 
effets sont plus frappants encore dans les graminées vivaces, 
parce que la formation continue de nouvelles racines les for- 
ce à être éminemment tracantes ; aussi , leur culture n’est- 
elle avantageuse que sur les sols bas où l'humidité surabonde, 
ou tout au moins sur ceux qui par leur nature retiennent 
l’eau fortement. | 

Certaines plantes vivaces, telles que la luzerne, bravent la 
sécheresse dans les sols légers et brülants ; ce qu’elles doi- 
vent à une formation toute différente dans leurs racines. Il 
en part du collet une ou plusieurs qui tendent à s’enfoncer 
verticalement à une profondeur qui serait presqu'indéfinie , 
si la nature du sol le permettait ; et tout autour d’elles sortent 
de petites radicules qui paraissent spécialement destinées à 
alimenter le végétal. Aussi, lorsque ces radicules se trouvent 
en grand nombre près de la surface, la sécheresse les atteint 
facilement dans les sols légers , et alors les tiges sont anéan- 


24 CONSIDÉRATIONS SUR LA THÉORIE 

ties ou brülées, et la vie se trouve suspendue jusqu'à ce 
qu'une pluie abondante vienne ranimer la végétation en pé- 
nétrant un sol desséché d'autant plus profondément, que la 
masse des racines est plus considérable, et les labours ou 
binages sont moins fréquents; or, l'on apercçoit de suite ici l’a- 
vantage d'un labour profond : la racine pivotante rencon- 
trant un sol amendé à une grande profondeur, les radicules 
ne se forment pas principalement à la surface, comme dans 
une terre végétale superficielle, mais bien dans toute la pro- 
fondeur de la partie amendée; et, dès lors, la sécheresse 
atteignant un plus petit nombre de ces radicules, les ra- 
vages sont beaucoup moindres. 

Dans les grands végétaux, les arbres par exemple, leur 
mode de végétation et de culture sont tels, que l’on peut po- 
ser ce principe : qu'il ne dépend que du cultivateur qu’ils ne 
souffrent jamais de la sécheresse, ou du moins à de très 
rares exceptions près, et que, par conséquent , des plantations 
atteintes par cette plaie accusent presque toujours l’igno- 
rance ou la négligence du planteur. Je vais à ce sujet entrer 
dans quelques développements. 

La plus importante de toutes les opérations pour faire 
réussir une plantation est, sans contredit, le labour profond. 
Les grands végétaux, ayant plus de tendance que les plantes 
annuelles à plonger leurs racines profondément dans le sol, 
vont chercher leur nourriture dans la couche inférieure 
qui est toujours la plus substantielle après défoncement ,‘ et 
par conséquent ils sont à l'abri de la sécheresse en raison de 
la profondeur du labour; mais si, par une cause quelconque , 
il se forme des racines superficielles, alors la sécheresse les 
atteignant, le mal sera en raison de leur nombre, et elle 
pourra détruire une ou plusieurs branches, la tige même 
tout entière , suivant la quantité de racines atteintes. Cepen- 
dant , grâce à la profondeur du labour, les plus fortes étant à 


ET L'APPLICATION DES LABOURS. 925 
Vabri de cette plaie, la souche répoussera à la première oc- 
casion favorable ; si l’action vitale n’est pas déjà diminuée 
par l’âge, ou par une autre cause quelconque. 

Pour faire mieux comprendre ma pensée, je citerai un 
exemple : J'ai fait une plantation forestière dans un sol ex- 
trêmement sec; grâce au défoncement , ce taillis donne d’ex- 
cellents produits. Par une cause indépendante de la forme 
du sol, une partié se trouve arrosée naturellement dans les 
grandes pluies; et cette partie répose sur un sol plus sec que 
le reste de la plantation. Lorsque l’eau surabonde, la végé- 
tation y est comparable à celles des terres de la plus haute 
fertilité; mais aussi, lorsqu'en été la chaleur se fait vive- 
ment sentir ; et d’une manière continue, les racines s'étant 
formées en grand nombre à la surface sous l'influence de 
l'humidité; elles sont immanquablement atteintes dans un 
sol aussi léger ; et par fois l'extrémité des rameaux est dessé- 
chée par suite de cette plaie: 

C’est pour ne pas avoir connu ces circonstances que des 
plantations faites dans les pays chauds, tels que l'Algérie, 
ont dépéri. Là , les défoncements sont encore plus essentiels, 
et lorsque l'on arrose une plantation, elle dépérit imman- 
quablement si l’arrrosement est discontinué , parce que cette 
opération a forcé l'arbre à pousser des radicules superficielles 
qui sont bientôt atteintes , et qui compromettent son exis- 
tence si l'humidité vient à manquer. 

Lorsqu'on plante un arbre dans un sol aride , il est d’au- 
tant plus important de couvrir les racines d’une bonne terre , 
que la réussite d’une plantation dépend souvent de la pre- 
mière année. Il en est des végétaux comme des animaux ; 
lorsqu'ils ont souffert dans leur jeunesse , ils donnent rare- 
ment de beaux individus , quelques soins que l’on apporte 
plus tard à corriger ce défaut. 

Une opération de la plus haute importance, surtout lors- 


26 CONSIDÉRATIONS SUR LA THÉORIE 

que le sol est sec , c’est de l'entretenir net de plantes adven- 
tices par des binages suffisamment répétés, par les raisons 
que j'ai déjà expliquées. 

Avec tous ces soins, je suis parvenu à obtenir sur des sols in- 
grats, des gravierssablonneux très secs, de beaux arbres, même 
parmi quelques-uns de ceux qui sont les plus difficiles à élever. 
J'ai constammentobservé que, lorsque par une cause quelconque 
je négligeais les binages que je recommande si expressément, 
la sécheresse ne manquait pas d'occasioner quelques dégâts , 
de détruire quelques branches, lorsqu'elle persistait long- 
temps. 

J'ajouterai encore une recommandation importante pour 
ceux qui s'occupent de plantation : si l’on veut que des ar- 
bres prospèrent dans les sols secs , 1l faut avoir l'attention de 
déchausser quelquefois le pied des arbres dans la morte sai- 
son pour couper rez le tronc les racines superficielles qui 
pourraient s'être formées. Cette observation est applicable 
surtout à la vigne que l’on destine particulièrement aux terres 
les plus sèches. Les auteurs , qui appuient sur l'avantage des 
racines superficielles et sur la nécessité de les conserver, 
confondent les sols argileux qui se laissent pénétrer diffci- 
lement par l’air et la chaleur, avec les sols graveleux et sa- 
blonneux que ces éléments pénètrent avec une telle facilité 
qu'il s'y forme quelquefois des bourgeons partant de 18 pou- 
ces de profondeur, ainsi que je m'en suis assuré sous le cli- 
mat de Lyon. | 

Les végétaux qui prospèrent dans les sols chauds et légers, 
tels que la vigne , le pècher , l’abricotier , le melon, peuvent 
y donner des produits abondants au moyen des labours pro- 
fonds ; mais le cultivateur doit se méfier de cette fécondité : 
car , à la suite d’une chaleur vive et soutenue, la sécheresse 
peut compromettre non seulement la récolte, mais encore 
l'existence du végétal ; parce que l'absorption des racines 


ET L'APPLICATION DES LABOURS. 27 
étant augmentée en raison du nombre des fruits qui aspirent 
une grande masse de nourriture, cette absorption concourt 
avec la sécheresse de l'air et la sécheresse naturelle du sol , 
à épuiser les sucs nécessaires à la vie végétale. Aussi , le cul- 
tivateur intelligent qui entend ses intérêts s'empresse-t-il de 
décharger la plante d’une partie des fruits; et tel est l’effet 
remarquable de cet acte de prudence que la production en 
est toujours plus égale et souvent plus belle sur des sols in- 
grats en apparence, que sur des sols fertiles abandonnés à 
eux-mêmes. 

5° Il me reste à examiner l'avantage des labours profonds 
sous un dernier et très important point de vue. J'ai dit que ; 
à quantité égale d'engrais les récoltes sont en raison de la 
profondeur du labour. 

Il y a de la hardiesse de ma part à soutenir cette assertion, 
qui se trouve en contradiction avec le plus grand nombre 
des auteurs qui ont traité cette matière. Cependant, malgré la 
haute opinion que je professe pour quelques-uns d’entr’eux , 
je vais chercher à la démontrer par des raisonnements ap- 
puyés de fait. 

IL est vrai quelquefois que les labours profonds paraissent 
contraires à la végétation; mais ici, je ne crains pas de le 
dire , l'exception a été prise pour la règle. 

Lorsque la terre végétale repose à une très petite profon- 
deur, la profondeur à laquelle se font les labours ordinaires 
sur un sous-sol de craie, de sable, ou d'argile pure, et 
que l’un participe des défauts de l’autre, le défoncement 
est le plus souvent nuisible, et encore seulement pour les 
premières années s’il s’agit de culture de plantes annuelles, 
ct jamais s’il s’agit de plantation d'arbres, ou du moins n'en 
ai-je pas vu d'exemple. 

Il en est bien différemment, si le sous-sol est non pas seu- 
lement une terre d'alluvion, une terre renfermant de l'hu- 


€ 


28 CONSIDÉRATIONS SUR LA THÉORIE 

mus ; mais encore si, ‘par de certaines proportions des trois 
principaux éléments terreux, l'alumine ; la silice et la chaux, 
il est. susceptible de retenir sans excès l'humidité nécessaire 
à la végétation ; ou s'il peut servir d’amendement à la cou- 
che supérieure. Or, on ne peut s'empêcher de le reconnaitre ; 
c’est bien là le plus grand nombre des circonstances. J'ai 
cultivé sur une grande variété de sol ;: j'ai parcouru en ob- 
servateur bien des départements ;et le nombre des exceptions 
à Ja règle que je prétends étabhirest si petit, qu'il m'est im- 
possible de ne pas admettre comme une vérité; l’assertion 
que je développe en ce moment. 

Long-temps avant d'apprendre à connaître par la lecture 
la proposition que. je. cherche à combattre ; je m'étais 
aperçu que, partoùt où l’on fait des fosses pour planter des 
arbres , si l’on sème du blé sur toute la-surface du champ ; 
les tiges et les épis sont plus beaux sur la place où les arbres 
ont été plantés, quoique la meilleure terre: ait été placée au 
fond de la fosse. De là nécessairement je fus porté à conclure 
que l’approfondissement du labour était avantageux. Lorsque 
plus tard je connus l'opinion contraire professée par’ le plus 
grand nombre des hommes capables qui se-sontoccupés de 
la science agricole, je m’empressai d'y réfléchir, et je mul- 
tipliai mes observations qui n’ont sérvi, je dois le dire, qu'à 
me maintenir en opposition, avec eux. J'arrive aux faits : 

Losque par un défoncement l’on aura amené à la surface 
une terre aride, infertile , si l’on plante un arbre de manière 
que les racines plongent immédiatement dans la terre végé- 
tale, il végètera avec beaucoup plus de force que st l'on 
s'était contenté de planter dans des fosses aprés un simple 
labour. Les racines , plongeant au fond de la fosse et ren- 
contrant sur les côtés une terre rebelle, se nourrissent aux 
dépens de la terre végétale accumulée dans cette fosse, ct 
lorsqu'elles La lapissent en entier, la végétation faiblit, les. 


ET L'APPLICATION DES LABOURS. 29 
racines remontent à la surface, et viennent chercher leur 
nourriture dans la petite couche de terre végétale qui sur- 
monte le sous-sol rebelle. Ainsi, au bout de peu de temps 
l'arbre languit, et la sécheresse atteint fréquemment les ra- 
cines qui ont été forcées de revenir près de la surface cher- 
cher leur nourriture. Si le sous-sol est imperméable à l’eau , 
les fosses la retiendront , et les racines pourriront inévitable- 
ment. Maintenant , si l’on considère que les arbres ont une 
propension à enfoncer leurs racines, et qu'elles vont cher- 
cher la bonne terre partout et à quelque profondeur qu'elle 
se rencontre , je n'aurai pas besoin d’insister davantage pour 
admettre comme une vérité le bon effet des défoncements, 
dans toutes Les circonstances, pour les grands végétaux. 

J'arrive. aux plantes herbacées : c’est Jà le point le plus 
délicat; celui qui exige le plus de développement. 

Il est des plantes qui profitent merveilleusement d’un la- 
bour profond, quoique le sous-sol paraisse rebelle à la vé- 
gétation. Je me contenterai d'en citer une espèce. Les cul- 
tivateurs ont déjà deviné que je veux parler de la famille des 
choux. J'en ai planté sur des terrains dont le sous-sol était 
soit tantôt une argile, ou un gravier sablonneux tellement 
rebelles , que presqu’aucune herbe ne s'y montrait à la sur- 
face dans le courant de l’année, avec cette différence entre 
ces deux sols qu'ils croissent constamment avec vigueur 
dans le premier, et qu’ils souffrent dans le second, si la sé- 
cheresse est extrême. Cependant, tel est l'effet d’un labour 
profond, que, malgré l’avidité de ces plantes pour l'eau, 


elles poussent avec vigueur dans le gravier sablonneux pour 


5 
peu que la pluie se fasse ressentir de loin en loin. 

Voici un fait bien remarquable et auquel peu de personnes 
paraissent avoir fait attention : c'est que sur un sol défoncé 
pour la première fois, si le cultivateur a semé un grain 


quelconque , il arrivera , à la vérité quelquefois ; que très peu 


30 CONSIDÉRATIONS SUR LA THÉORIE 

de semences lèveront ; mais le petit nombre de celles qui 
prennent le dessus croît avec une vigueur extrême ; hors de 
proportion avec toutes celles que portent les champs voisins. 
Voici comment j'explique ce fait : Dans la plupart des se- 
mences le germe a besoin ; surtout dans le commencement 
de son développement , d’une nourriture substantielle et 
d’une certaine proportion de chaleur et d'humidité sans les- 
quelles il périt. En un mot, chez les plantes comme chez 
les animaux, c’est le moment le plus critique ; tout excès 
et toute mauvaise nourriture tendent à compromettre leur 
existence. Ainsi , lorsque le germe commence à se développer 
sous la seule influence de l’eau et de la chaleur , si les pre- 
mières radicules ne trouvent pas à leur portée une nourriture 
qui leur soit appropriée , la plante périt inévitablement ; si, 
au contraire , elles trouvent seulement de quoi les alimenter, 
elles languissent à la vérité d’abord ; mais , lorsqu'elles arri- 
vent à la terre végétale devenue le sous-sol , elles prennent 
tout-à-coup un accroissement prodigieux qui s'explique par 
les raisons que j'ai précédemment données. Cet accroissement, 
ou plutôt ce changement d’état de la langueur à la plus 
grande force vitale, est quelquefois s: prompt que, la pre- 
mière fois que j'ai observé ce phénomène, j'étais tenté de le 
prendre pour un rêve. 

D’après le fait que je viens d'expliquer, on peut conclure 
que s’il était possible , après un labour profond , de placer la 
semence de manière qu'elle puisse végéter assez long-temps 
pour arriver à la couche inférieure , le résultat d’un pareil 
labour serait toujours avantageux , à de très rares exceptions 
près. Eh bien! ce moyen est le plus souvent entre les mains 
du cultivateur. Ainsi , lorsque la nature du sous-sol lui per- 
mettra d'espérer de grands résultats de cette opération , il 
pourra approfondir le labour d’un seul coup à la profondeur 
qu'il croira la plus convenable ; et la perte de temps sera peu 


ET L’APPLICATION DES LABOURS. 31 


de chose , si le labour est fait de bonne heure en automne. 
Il est des sous-sol qui s’améliorent tellement par leur expo- 
sition aux météores , que , dès le printemps suivant , sur une 
petite fumure , on peut y semer et se flatter d'obtenir une 
récolte presque toujours très belle. Les plantes qui réussissent 
le mieux dans cette circonstance sont l'avoine parmi les cé- 
réales, les pommes de terre, et par-dessus tout les choux , 
et principalement encore ceux qui ont été semés à part pour 
être repiqués à demeure. L'extrémité des racines, par cette 
opération , se trouvant à portée de la terre végétale placée 
dans le fond du labour , donne le moyen à ces plantes de 
croître immédiatement avec vigueur. 


Quant aux sous-sol les plus rebelles, si l’on ne craint pas 
de sacrifier une année, l’on parvient à opérer sa transforma- 
tion par deux labours complets : l’un au printemps suivant , 
et l’autre sur la fin de l'été, qui, associés à des bimages 
convenables , mélangent le sol dans toutes ses parties , en 
font un tout homogène , et assurent au second printemps une 
récolte remarquablement belle , quelque petite que soit la 
fumure. 


S'il pouvait y avoir doute sur ce que je viens d'annoncer 
pour les labours de défoncement qui rencontrent un sous-sol 
rebelle , relativement à la quantité d’engrais qu'ils néces- 
sitent , il n’en serait pas de même lorsque le défoncement 
serait opéré sur un sol précédemment défoncé. C'est bien 
alors que l’on peut dire , sans aucune espèce de restriction : 
A quantité égale d'engrais , les récoltes sont en raison de la 
profondeur des labours. Que si je rencontrais encore des 
contradicteurs , je leur dirais que depuis 20 ans que Je 
m'occupe de culture , j'ai eu constamment de plus belles ré- 
coltes que mes voisins sur des sols semblables , en employant 
moins d'engrais ; ce que je ne peux attribuer qu'à l’'amélio- 


32 CONSIDÉRATIONS SUR LA THÉORIE 
ration des labours profonds dont j'ai, depuis long-temps , 
apprécié le mérite. | 

L'effet de ces labours se fait ressentir pendant longues 
années. Pour les cultures annuelles , il suffit de le renouveler 
à chaque période d'assolement. Pour les grands végétaux , ils 
s’en ressentent toute leur vie ; quelle que soit sa durée. 

La différence de l'accroissement entre des ‘arbres plantés 
en même temps, mais sous des conditions diflérentes , aug- 
mentant suivant une progression remarquable , si lon consi- 
dère que les volumes sont en raison du cube des dimensions, 
on en conclura ; lors même que l’on n'aurait fait aucuneex- 
périence comparative, que l'avantage des défoncements pour 
les plantations d'arbres est énorme ; et qu'il vaut mieux 
planter peu à la fois en défoncçant, que de planter de vastes 
espaces sur de simples labours. 

Je ne saurais résister au désir de citer le fait sui- 
vant qui peut servir d'exemple : J'avais toujours entendu dire 
que tout labour était inutile pour les plantations d'arbres 
verts, les pins particulièrement ; et ; quelque peu disposé que 
Je fusse à le croire , je pensais néanmoins que l'avantage 
comparé aux frais pouvait être insignifiant. Cependant , en 
visitant une forêt de pins maritimes semés depuis 9 à 10 ans 
dans les landes de la Gironde, je m’apercus que quelques 
toufles d'arbres dépassaient leurs voisins dans la proportion 
de 1:à.2, et que par conséquent il y avait entr’eux l'énorme 
différenee de 1 à 8; c’est-à-dire , que les uns pouvaient avoir 
8 fois autant de matière ligneuse. Cette différence tenait à ce 
que l'on avait fouillé, dans ces parties, le sol à environ 
30 pouces, pour en extraire des pierres ferrugineuses qui s'y 
trouvaient près de la surface. Or si, dans l’espace de 9 à 
10 ans , la différence de 24 pouces, entre les deux labours , 
en à apporté une aussi grande dans le volume des arbres ; 
différence qui pourra être centuplée , lorsque les premiers 


ET L'APPLICATION DES LABOURS. 33 
s'exploiteront pour la charpente, comment pourrait-on hé- 
siter à faire les frais convenables en présence de pareils 
résultats ? 

Je dois faire remarquer que cette augmentation de produit, 
soit pour les grands végétaux , soit pour les plantes herbacées, 
a lieu sans augmentation d'engrais. 

Je termine ce Mémoire par quelques considérations d’au- 
tant plus importantes , qu’elles ont trait à la culture ordinaire. 

Les plantes, qui profitent le plus d’un défoncement , sont 
celles à fortes racines : les choux , la luzerne , le sainfoin ou 
esparcette ; le trèfle, le maïs, etc. Celles ; au contraire , qui 
paraissent le moins en profiter, ce sont les céréales , quoique 
cependant les récoltes en soient réellement plus belles, moins 
casuelles et moins sujettes à verser. Si l’on. se bornait à la 
culture des céréales , il serait possible que la différence du 
produit ne füt pas en rapport avec-l'augmentation des frais : 
tout au moins je. n’oserai l’aflirmer ; mais si, comme cela 
doit être ; les céréales alternent avec d’autres plantes , soit 
fourragères , soit économiques , dès lors l'avantage est incon- 
testable , et j'ajouterai d'autant plus grand que l’assolement 
est plus long. 

Grâce au défoncement , il est possible de cultiver les 
plantes les plus épuisantes sur des sols qui ne donnaient au- 
paravant que de chétives récoltes de grain. Ainsi, j'ai vu 
changer par un seul défoncement en bonnes terres à froment, 
des, sables reposant,sur une, glaise imperméable. Ces terrains 
étaient alternativement noyés et brülés, et les récoltes y 
payaient rarement les frais ; tandis que , par cette opération, 
ils se sont trouvés à l’abri de toutes les intempéries ; et ont pu 
suflire aux exigences des plantes les plus difliciles. 

La plupart des auteurs , dans leurs raisonnements sur les 
labours profonds s’appuient sur la longueur des racines du 
blé. Tous sans exception afirment qu'elles ne plongent pas 


34 CONSIDÉRATIONS SUR LA THÉORIE 

à plus de 8 à 12 pouces, et encore n’arriveraient-elles jus- 
que-là que lorsque la terre végétale atteint cette profondeur *. 
Étrange erreur , dont il serait si facile de s'assurer ! Ils igno- 
rent donc que, dans toutes les céréales sans exception , les 
premières racines s’enfoncent perpendiculairement sur une 
longueur double des tiges; à moins que le sous-sol ne soit 
imperméable : ce qui changerait alors leur direction , mais 
ne diminuerait pas leur longueur. Ainsi pour un froment de 
3 pieds d'élévation , les 3 racines qui se forment simulta- 
nément , au moment de la germination , vont à 6 pieds dans 
l'intérieur du sol, lors même que le sous-sol se compose 
d'une terre en apparence infertile. 

Je donnerai une dernière preuve à mon assertion que je 
cherche à faire passer en principe , et cette preuve n'est pas 
assurément la moins concluante. 

C’est que sur les sols en apparence complètement infertiles 
la plus grande partie des végétaux peut y croître , et y déve- 
lopper des semences susceptibles de se reproduire sous la 
seule influence des agents extérieurs : l'air, l'eau , la chaleur 
et la lumière. 

Les expériences de Rozier et de Duhamel pouvaient déjà 
le faire pressentir ; mais des expériences qui ne laissent aucun 
doute, et dont il a été rendu compte dans les séances de 


1 Lorsque le blé-froment commence à germer , il se forme simultanément trois 
racines qui s’enfoncent perpendiculairement dans le sol, en divergeant un peu, Ces 
racines pénètrent le sous-sol, lors même qu'il est infertile en apparence, pourvu 
seulement qu’il soit perméable. A mesure que la plante croît et forme de nouvelles 
tiges , il se forme aussi de nouveaux systèmes de racines qui s’écartent des premières 
en se rapprochant de la surface. Ces racines sont fibreuses et minces comme des fils 
déliés depuis leur naissance jusqu’à leur extrémité. Tout autour d’elles se forment de 
petites radicules très courtes, ayant les mêmes apparences. La finesse de ces racines 
est telle, que l’on conçoit comment l'erreur que je signale a pu se propager. Le point 
de rupture exige la loupe pour être aperçu. A la sortie de l’hiver , les premières racines 
atteignent déjà au moins 2 pieds, et finissent par arriver à la longueur du double des 
tiges, lorsque la plante est entièrement formée. 


ET L’APPLICATION DES LABOURS. 35 
l'Institut des 19 et 26 novembre dernier , viennent corro- 
borer ce que j'avance d’une manière irrécusable. 

Ainsi, dans un terrain entièrement dépourvu d'humus, 
tel que du sable chauffé préalablement au rouge , plusieurs 
plantes ont accompli le cours de leur vie, ont formé des 
semences qui ont elles-mêmes parfaitement germé et végété, 
et enfin ont acquis une dose d'azote, base de la matière orga- 
nique , beaucoup plus forte que celle que renfermait la 
semence. 

‘Cette vérité ressort peut-être mieux encore d’un fait pra- 
tique bien connu de la masse des cultivateurs : c’est que sur 
un sable ou gravier en apparence dépourvu d'humus, si l’on 
parvient à y faire passer un courant d’eau continu , la surface 
se couvre spontanément d'une foule de plantes qui font la 
base des bons prés ; plantes qui croissent avec vigueur , et s’y 
développent complètement sans addition d'engrais. 

En un mot, toutes les fois qu’un sol par sa bonne organi- 
sation , l’alumine , la silice et la chaux en certaines propor- 
tions, sera apte à s’'échaufler convenablement et à conserver 
facilement l'humidité à sa surface , la végétation s’y fera re- 
marquer spontanément, füt-il entièrement dépourvu d’humus. 

Je termine en donnant à ma proposition toute l'extension 


possible , et je dis : Toute terre peut produire constamment 
la même récolte par le seul fait des labours et sans addition 
d'engrais, au moyen d'un repos dont la longueur sera en 
raison inverse de son aptitude à se saturer des agents 
extérieurs. 

Ainsi il est des terrains dont la fertilité naturelle est si 
grande , qu'ils produisent constamment sans engrais et avec 
le même succès, blé sur blé chaque année. Je me contenterai 
de citer, en France, le Marais dans le département de la 
Vendée, et en dehors, les terres volcaniques de la Sardaigne. 


Quant aux sols de nature opposée, je puis citer un exemple 
Ts II, L 


36 CONSIDÉRATIONS SUR LA THÉORIE 

qui m'est personnel : Je possédais un terrain de la nature la 
plus sèche et la plus ingrate ; un sable granitique en pente, 
reposant à quelques pouces sur un banc de roche. L’éloigne- 
ment de ce terrain de la propriété principale était si con- 
sidérable , que non seulement il eût été dispendieux d'y 
faire transporter des engrais ; mais encore il n’y avait pas 
d'économie à y faire conduire le bétail pour pâturer. Cepen- 
dant ce terrain si ingrat , si brülant , produisait tous les 
5 ans la même récolte de seigle ; et, par conséquent, 4 ans 
de repos combinés avec les labours suflisaient pour y donner 
un résultat économique , un produit net. L'on voit donc 
que, pour que toute espèce de sol puisse produire con- 
stamment et sans engrais la même récolte , il ne lui faut que 
des labours convenables joints à un repos en rapport inverse 
avec sa nature plus ou moins fertile. | 

Mais cette proposition ne peut s’admettre en thèse géné- 
rale | économiquement parlant, sauf les circonstances que 
je viens de citer, parce que l’addition des engrais augmen- 
tant la production de manière à donner un produit net beau- 
coup plus élevé, le cultivateur qui se bornerait à produire 
par le seul fait des labours, ne pourrait entrer en concur- 
rence avec celui qui ajouterait les engrais. 

Les circonstances les plus-favorables pour opérer les dé- 
foncements sont les suivantes : 

Lorsque la couche de terre arable repose sur un sol ren- 
fermant des débris de matières organiques , telles que les 
alluvions qui couvrent le fond des vallées ; 

Lorsqu'une argile tenace repose immédiatement sur un 
sable ou une marne de quelque nature qu’elle soit : ce cas 
est fort rare , si toutefois il se rencontre dans la nature ; 

Lorsque le sable repose sur une marne argileuse ou sur 
une glaise : ce dernier cas est’ assez répandu, j'en connais 
un grand nombre d'exemples ; 


ET L'APPLICATION DES LABOURS. 37 

Enfin, lorsqu'une terre arable quelconque repose immé- 
diatement sur un sol composé des trois principaux éléments 
tenus dans de bonnes proportions. 

Je me résume: toute terre est apte à donner naissance 
spontanément à un certain nombre de végétaux. Cette apti- 
tude est augmentée par les labours, et cela en raison de leur 
profondeur. Ils corrigent les défauts des différentes natures 
de sol, la sécheresse des sables , la ténacité et la froideur des 
argiles. Les engrais , par d’autres causes, produisent les 
mêmes résultats ; non seulement ils fournissent aux plantes 
une nourriture directe par la solubilité dans l’eau d’une par- 
tie de leurs éléments, mais encore ils donnent du liant aux 
sables, et diminuent les désastres de la sécheresse par leur 
avidité pour l’eau ; ils rendent les argiles plus douces et plus 
perméables, et empêchent leur prompt refroidissement par 
leur aptitude à prendre et à retenir la chaleur. Ainsi, les 
faits et le raisonnement se réunissent pour démontrer que, si 
les récoltes sont en raison de la masse des engrais à 
égale profondeur des labours , la force de végétation 
des plantes est aussi en raison directe de la profondeur du 
labour à quantité égale d'engrais. 


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CONTAGIEUX 


DES BÊTES A CORNES, 


PAR 


AN, Bernard , 


DIRECTEUR DE L'ÉCOLE ROYALE VÉTÉRINAIRE DE TOULOUSE 3 EX-TITULAIRE ET 
CORRESPONDANT DE LA SOCIÉTÉ ROYALE D’ACRICULTURE ; HISTOIRE 
NATURELLE ET ARTS UTILES DE LYON. 


LD 0— 
MÉMOIRE COURONNÉ. 


— 21e 0 — 


« Pâturage et labourage sont 
« les deux mamelles de l'État. » 


SuLLY. 


Une maladie terrible est venue à différentes époques déso- 
ler nos campagnes, frappant cet animal précieux, qui, 
après avoir fertilisé les champs par un travail lent et pénible, 
fournit au peuple sa nourriture la plus saine et à l’industrie 
toute sa dépouille , comme si rien de lui ne devait être inutile 
à l’homme qui l'élève et le nourrit. 

A l’aspect de ce fléau qui s'étend avec une effrayante rapi- 
dité , tous les gouvernants se sont émus ; ils ont senti qu'il 


40 TYPHUS CONTAGIEUX 

frappait au cœur la fortune de l'État, et ils ont appelé toutes 
les lumières qui pouvaient conjurer le mal. Leurs vœux n’ont 
point encore été accomplis : la science médicale , jusqu’à ce 
jour du moins, n’a obtenu que quelques guérisons isolées ; 
et, dans son impuissance , elle s’est vue obligée d'indiquer à 
l'administration un moyen plus désastreux que le fléau lui- 
même : car celui-ci ne frappe pas de mort tous les animaux, 
et plus généreux que la massue de l'assommeur, il abandonne 
quelques-unes de ses victimes au vrai médecin, à celui qui ne 
veut pas, qui ne doit pas désespérer toujours des ressources 
de son art. 

Heureusement ce n’est qu'a de longues époques que se 
montrent ces calamités publiques ; mais elles ne doivent pas 
nous trouver en défaut : le temps du danger n’est pas celui 
de la prudence et de la réflexion. IL etait donc digne de la 
Société d'agriculture de la seconde ville du royaume d’appe- 
ler de nouvelles recherches sur cette question importante. 

Heureux celui qui, s'associant parfaitement à ses utiles 
vues , aura bien mérité de cette compagnie et de la recon- 
naissance publique ! Ce doit être pour un homme de bien une 
douce et flatteuse récompense. 


{er POINT. 


Décrire succinctement le typhus contagieux des bêtes à cornes *. 


Cette maladie , qui s’est montrée à des époques très éloi- 
gnées, a du présenter quelques variétés selon les temps, les 
lieux, les complications, et peut-être aussi dans les descrip- 


* Respectant les limites dans lesquelles la Société a cru devoir renfermer ce sujet 
et les conditions du concours, jai renvoyé à des notes explicatives les points impor- 
tants qui se rattachent au fait principal de la contagion , et qui forment dans celte 
grande question un tout presque inséparable, 


DES BÈTES À CORNES. 41 
tions qu'on en a données suivant les idées médicales de l’épo- 
que et des auteurs. 

Malgré ces différences réelles ou apparentes , on remarque 
dans les tableaux qui en sont restés des traits généraux , une 
physionomie particulière qui constitue en quelque sorte l’es- 
sence, ou mieux le caractère par lequel cette affection se dis- 
tingue de toutes les autres. Ce sont ces grands traits que nous 
devons exposer ici, sauf à indiquer ensuite les nuances parti- 
culières. 

De même que toutes les maladies aiguës , celle-ci offre dans 
le développement de ses phénomènes trois périodes que l'on 
a appelées temps, et qui répondent au début , à l'état et au 
déclin. Ces symptômes nombreux, pour plus de facilité, nous 
les exposerons, autant que possible , dans l’ordre de leur suc- 
cession et dans les appareils d'organes ou leurs fonctions, 
ainsi qu'ii suit : 1° sensations et habitude extérieure ; 2° cir- 
culation et respiration ; 3° digestion; 4° sécrétions et ex- 
crétions. 


fer vewrs. — Début. 


1° Abaïtement ou exaltation qui donne à l'animal un air 
d'inquiétude et de fureur ; il regarde à droite et à gauche, 
flairant l'air, hochanit la tête. Les pupilles sont diiatées, l'œil 
fixe et animé; tout, en lui, annonce une sorte d’agitation ver- 
tigineuse : frissons, tremblements convulsifs partiels, sur- 
tout au coude et au grasset; grincements de dents, ho- 
quets, etc. 

Horripilation, peau sèche et adhérente , quelquefois em- 
physémateuse et crépitante; grande sensibilité, principalement 
de la colonne épinière ; roïdeur des articulations , contracture 
générale , lassitude extrême. | 

2° pouls plein, vite et fréquent ; coloration de toutes les 
muqueuses apparentes, avec excrétion de mucosités blanches 


42 TYPHUS CONTAGIEUX 
ou jaunâtres ichoreuses excoriant les surfaces auxquelles elles 
adhèrent, les larmiers, le chanfrein, le mufle, écumeuses 
dans la bouche et les naseaux ; haleine chaude, oppression , 
toux quinteuse. 

30 Anorexie, bouche chaude et pâteuse , déglutition difi- 
cile, soif vive, gonflement du ventre et surtout de l’hypo- 
condre droit , constipation. ; 

4° Urines rares, colorées , d’une évacuation difficile ; di- 
minution du lait qui devient séreux , bleuâtre ; les mamelles 
sont flasques et flétries. Vers le soir, on remarque ordinaire- 
ment de l'exaspération dans tous les symptômes. 

La durée moyenne de ce temps est de 2 à 3 jours; s'il se 
prolonge , la maladie a moins de gravité. 

Tousles auteurs assignent comme phénomènes précurseurs 
les plus constants : l'accélération du pouls, une plus grande 
sensibilité, les frissons ; le sang est noir sans sérosité ; le lait 
moins blanc, salé et légèrement amer, il ne lève point sur 
le feu et se prend en grumeaux. 


2€ rEmps. — Etat. 


19 Tous les sens sont obtus : somnolence interrompue 
par des secousses convulsives ; soubresauts dans les tendons ; 
spasmes. | 

Peau alternativement chaude et froide ; les reins et la co- 
lonne épinière sont d’une telle sensibilité, que l’animal fléchit 
jusqu’à terre quand on le presse sur cette partie. 

2° Pouls vite, petit et dur ; toux plus faible, mais plus pé- 
nible ; oppression plus grande, accompagnée de plaintes et de 
gemissements. 

3° Soif toujours vive, anorexie, trumination , langue 
chargée d'un enduit visqueux jaunâtre ; on entend une sorte 
de bruissement dans la bouche ou des éructations; gonflement 
ct douleur de l'épigastre avec de légers signes de coliques; 


DES BÊTES A CORNES. 43 
la constipation s’est changée en une diarrhée fétide de ma- 
tières d’abord colorées, qui deviennent ensuite blanchîtres, 
semblables à la lavure de vaisselle ; d’autres disent à des dé- 
bris d’intestins. Ces matières sont projetées au loin avec 
épreintes , ténesmes et dégagement de gaz. 

4° Urines pâles, troubles, plus rares et plus fétides ; le lait 
est tari. 
Durée de 2 à 3 jours. 


3° Temps. — Deéclin. 


Passé le 5° jour, s’il n'y a pas eu de décroissement dans 
les symptômes : 

1° La tête est penchée sur le côté; le regard est morne , 
l'œil terne et enfoncé dans l’orbite ; état soporeux continuel, 
affaissement considérable. 

Parties extrêmes du corps froides et insensibles , sueurs 
partielles, gonflement emphysémateux des parties latérales 
du corps. 

2° Pouls petit, mou, inégal et régulier, qui va en s’effa- 
cant; muqueuses d’une teinte livide et plombée, mucosités 
mêlées de stries de sang et d’une odeur insupportable, la 
bouche s'ouvre à chaque inspiration ; celles-ci deviennent de 
plus en plus pénibles et sont accompagnées de gémissements 
ou de mugissements. 

3° Flanc creux, digestions sanguinolentes d’une odeur m- 
fecte, urines décolorées souvent striées par du sang noir. 

4° Dans les derniers instants de la vie , l'anus reste béant’; 
les digestions sont nulles ou continuelles, toute sensibilité 
est éteinte, les plaintes cessent, la bête tombe et meurt 
dans un profond accablement , le plus souvent du 7° au 10° 
jour. 

Quand la terminaison doit être heureuse, indépendam- 
ment des signes communs à toutes les maladies, tels que des 


44 TYPHUS CONTAGIEUX 

symptômes moins graves ou leur diminution graduée ; on re- 
marque à la peau, dans quelques circonstances , une éruption 
de boutons que tous les auteurs ontregardée comme une crise 
salutaire ; mais cette éruption ne forme pas un caractère pro- 
pre de cette maladie; elle n'en est pas constante et ne s’est 
montrée que dans quelques cas du typhus bénin, au déclin de 
la maladie et dans sa 3° période. 

Aucune maladie des bêtes à cornes ne présente dans son 
cours une marche plus régulière, une uniformité plus con- 
stante. À la vérité, on l’a vue quelquefois se compliquer acci- 
dentellement de maladies enzootiques qui en ont imposé sur 
sa nature et ont jeté beaucoup de confusion dans la descrip- 
tion. On a vu régner en même temps le glossanthrax, la 
fièvre charbonneuse, avec ou sans développement de tumeurs, 
l’angine et la péripneumonie gangreneuse , la fièvre aphteuse. 
Mais ainsi que M. Leroi en a fait la remarque en 1814 , les 
symptômes très distincts de ces maladies indigènes n’alté- 
raient en aucune facon la marche de l'affection principale qui 
suivait son cours accoutumé. 


Autopsie. 


Les lésions cadavériques forment d’autres signes essentiel- 
lement liés à la description de la maladie ; je les dirai aussi 
succinctement. 

Prompte putréfaction des cadavres ; les vaisseaux sont rem- 
plis d’un sang noir dépouillé de sérosité et se prenant en 
caillots grumeleux ; le cœur et ses enveloppes présentent des 
taches ou plaques noires ressemblant à de fortes échymoses. 

En général, toutes les muqueuses sont parsemées de ces 
mêmes taches qui varient de couleur depuis le rouge vif jus- 
qu'au brun foncé, noirâtre avec épaississement et friabilité du 
tissu ; mais ces lésions se rencontrent principalement dans les 
organes digestifs et surtout dans l'intestin grêle (duodenum). 


DES BÉTES À CORNES. 45 
Le résidu alimentaire y est liquide et en petite quantité, 
trouble , d'un blanc jaunâtre, et mêlé à des gaz fétides. 

Dans le feuillet on voit des aliments secs et durs qui en- 
traînent avec eux la couche épidermoïde (epithelium). Cette 
circonstance , qui existe dans toutes les maladies aiguës , gra- 
ves, est cependant plus prononcée dans celle-ci, au point 
que beaucoup d'anciens auteurs la regardèrent comme une 
lésion principale. 

La vésicule du fiel est toujours très distendue par une bile 
noire et fluide ; le foie, la rate, les reins , le poumon, etc., 
sont presque toujours sans altérations. Des auteurs disent 
même en avoir trouvé très peu dans les viscères abdominaux. 
(Dupuy et Girard.) 

L'extérieur du cerveau présente aussi quelques-unes de ces 
taches rouges ou noires ; de l’intérieur des membranes s'é- 
chappe un fluide aériforme. La sérosité des ventricules est 
plus abondante, plus colorée. Quelques-uns ont trouvé le 
cerveau et surtout la moëlle épinière plus ramollis ; d’autres 
auteurs les disent à l’état naturel. Mais un point sur lequel 
tous les observateurs s'accordent, c’est que toutes ces lésions 
sont d'autant moins appréciables que la mort a été plus 
prompte. 

Je ne m'arrêterai pas à discuter la prétendue nature de 
cette maladie , ni à mettre d'accord les diverses dénomina- 
tions qu’on a voulu lui imposer * ; elles sont étrangères à mon 
sujet et n’appartiennent déjà plus qu’à l'histoire de la science. 
Ces hypothèses , plus ou moins ingénieuses , ont pu avoir de 
l'attrait tant qu'on a cru qu'elles mettraient sur la voie de 
quelque indication thérapeutique importante. L'expérience a 


1 Peste du gros bétail, morveuse, dyssenterique , varioleuse , bovine hongroise, 
fièvre maligne, bilieuse et putride, ardente et pestilentielle, bilioso-inflammatoire, 
typhoïde continue avec redoublement ; bos-hongroise , maladie humide , exotique et 
typhus , typhus contagieux. Ce dernier nom est généralement adopté. 


46 TYPHUS CONTAGIEUX 

prononcé, et le vieux mot de typhus, précisément parce qu'il 
est vague et ne préjuge pas la nature de la maladie , me sem- 
ble préférable. 

Dans l'opinion la plus récente, le typhus n’est et ne peut 
être qu'une gastro-entérite. Quelle raison pourrait donc nous 
autoriser à faire ainsi abstraction de tous les désordres au pro- 
fit de quelques-uns ? Est-ce parce que la maladie semble 
commencer par les organes digestifs ? Mais le plus souvent 
c’est le système cérébro-spinal qui en donne les premiers si- 
gnes. Serait-ce que le premier appareil fournit les principaux 
symptômes ? On les a vus dominer tour-à-tour dans chacun ; 
et le plus constant , le plus caractéristique , l’altération de la 
sécrétion muqueuse , se retrouve dans plusieurs , et elle dé- 
pend bien un peu, je suppose, de celui qui en fournit les 
matériaux , le système circulatoire , sous l'influence du sys- 
tème nerveux. Enfin , les lésions anatomiques ont-elles con- 
firmé cette préférence ? pas davantage. On a pu voir les 
principales dans chaque appareil , chaque organe , selon les 
opinions du jour et des auteurs , comme aussi elles ont manqué 
dans chacun , à son tour, suivant les époques et les circon- 
stances de la maladie; et il est digne de remarque que ces 
lésions sont d'autant moindres, que la mort a été plus prompte, 
c’est-à-dire la maladie plus grave et plus intense. 

Quoi qu'il en soit, il nous suflira de dire que le typhus porte 
une atteinte profonde à tout l'organisme. Si quelques symptô- 
mes et certaines lésions semblent indiquer , par leur prédo- 
minance ou une manifestation plus sensible , qu'il a frappé 
plus fortement sur tel ou tel point de l'économie, la mala- 
die n’a pas pour cela cessé d’être générale ; car tous les prin- 
cipaux centres de la vie sont altérés dès le début jusqu’à la 
fin. 

Au reste, ces idées de généralisation et de localisation 
tour-à-tour exploitées en médecine, ne sont pas des erreurs, 


DES BÈTES A CORNES. 47 
mais les deux faces d’une question qui se développe à mesure 
qu'elle est mieux étudiée; et l’on est sur le point de recon- 
naître que toute maladie grave est à la fois générale et 
locale. 

On a vu le typhus apparaître dans ces circonstances mal- 
heureuses où des guerres lointaines entraînent de grands dé- 
placements d'animaux pour l'approvisionnement des armées, 
alors que ces animaux sont exposés à l'action d’an nouveau 
climat, aux fatigues d’un long voyage et à toutes les priva- 
tions qui en sont la suite, la disette, la mauvaise alimenta- 
tion, le défaut d’abri contre les intempéries , l’entassement 
dans des lieux étroits et mal aérés , etc. 

De même que dans toutes les épizooties , les grands agents 
de la nature et tout ce qui forme l’ensemble d’une constitu- 
tion atmosphérique , l'air , l’eau, le calorique, l'électricité, 
etc., doivent avoir leur part d'influence dans la production 
de ce fléau, puisqu'alors on voit régner aussi ce qu'on appelle 
une constitution médicale qui imprime son cachet à toutes les 
maladies sporadiques les plus simples et les plus diverses ; 
mais le typhus ne se montrant qu’à de longs intervalles , ne 
faut-il pas en conclure qu’il doit se rencontrer, dans la com- 
binaison de ces causes générales, des conditions particulières 
encore peu connues et dont l'association est rare ? (NOTE 1"°.) 

Quoi qu’il en soit, une fois engendré, le typhus s'étend et 
se propage dans toutes les directions , indépendamment des 
saisons , des climats et de toutes les circonstances générales 
ou locales qui peuvent exister ; mais c’est assez, comme com- 
plément, sur ce point , qui ne fait pas partie de la question : 
j'arrive au plus important , celui sur lequel la Société d'agri- 
culture insiste avec raison. 


TYPHUS CONTAGIEUX 


PS 
[e 2) 


2e POINT. 


M 


Indiquer et apprécier les mesures administratives à opposer à cette 
maladie , en insistant spécialement sur les avantages et les incon- 
vénients de l'abattage tant des animaux malades que des suspects, 
et sur les moyens de rendre cette mesure le plus efficace et le moins 
onéreuse possible. | 


La question ainsi posée part d’un fait indubitable et géné- 
ralement reconnu, la contagion du typhus. Effectivement, 
les observateurs de tous les temps l’ont vue se propager par 
toutes les voies de communication : l’inoculation, le contact 
immédiat, celui des corps chargés des émanations typhoïdes, 
les fumiers, les dépouilles des animaux , les fourrages ; et, 
enfin, l’air lui-même, messager d’autant plus funeste qu'on 
ne peut arrêter sa course , semble pouvoir la porter à une 
certaine distance. 

Ce n'est pas moi qui nierai la contagion en présence de 
faits si graves , si nombreux, attestés par tant d’observateurs 
habiles, et qui se sont reproduits à toutes les époques ; mais 
il importe de faire la part des temps et de préciser les faits , 
afin de bien apprécier leur importance et leur valeur quant 
aux conséquences qu’on en peut déduire. 

Il y a deux espèces de contagion : 1° celle des virus ou 
matières spécifiques développant, par le contact ou leur intro- 
duction dans l’économie , une maladie identique sur tous les 
individus , à quelques rares exceptions près : la rage, le cla- 
veau , la vaccine appartiennent à cette classe. 

Dans la seconde on trouve le typhus, les affections gangre- 
neuses et toutes celles qui, par une altération profonde, sem- 
blent produire, même pendant la vie , une sorte de décompo- 
sition des matières animales, lesquelles acquièrent alors un 
degré de malignité tel, que tous les corps qui en sont impré- 


DES PÊTES A CORNES. 49 
gnés transmettent la maladie dans un rayon plus ou moins 
étendu dont le malade est le centre ou le foyer. 

Cette autre contagion a recu le nom d'infection miasma- 
tique qui lui convient mieux , non que l’on sache très bien ce 
que c'est qu'un virus, un miasme ; mais ces dénominations 
nous représentent un ordre de faits différents, et cela nous 


suffit. 
Ces maladies miasmatiques , à la manière des maladies 


aiguës , accidentelles, ont une révolution en quelque sorte 
fatale, qu’on remarque , non pas seulement dans l'individu , 
mais encore dans l'espèce elle-même ; elles ont des périodes 
bien marquées de début, d'état et de déclin, comme si la 
maladie se dévorait elle-même en s'étendant. À chacune de 
ses périodes de croissance et de décroissance correspondent 
aussi différents degrés d'infection; l’activité du miasme s’use, 
elle devient nulle sans doute dans quelques circonstances ; 
sans cela comment concevoir que la maladie puisse s’éteindre, 
quand son foyer est continuellement alimenté ? 

Les virus ne s’altérant pas sensiblement , on pourrait, par 
des inoculations successives, étendre  presqu'indéfiniment 
les maladies de la première classe : on ne le pourrait pas des 
maladies miasmatiques ; vient un temps, une époque où la 
matière manque , elle est épuisée ou transformée. 

Le miasme s’use, disais-je , c'est peut-être à tort ; car, plus 
faible ici, on le voit souvent se reproduire là-bas avec une 
nouvelle intensité. D’où vient donc que dans le même lieu , 
quand il aura frappé un plus grand nombre d'individus, alors 
que la contagion devrait augmenter en proportion de sa cause, 
d’où vient que tout-à-coup elle s'arrête ?Cet effet, encore inex- 
pliqué , n’est , sans doute, que le résultat d’une loi générale 
applicable à toutes les contagions. 

En effet, si le miasme ne s'affaiblit pas, c’est peut-être 
que le sujet est devenu moins apte à en ressentir les atteintes; 


50 TYPHUS CONTAGIEUX 

il se sera familiarisé avec la cause étrangère, à mesure qu'elle 
prenait ses droits de cité, par une sorte d’inoculation lente 
et progressive qui, en modifiant la disposition de ses organes; 
lui a donné les moyens de résister aux forces toujours crois- 
santes de son agresseur. 

A cette explication se rattache le fait bien connu que les 
veaux des vaches qui ont eu le typhus avant de devenir mères, 
sont constamment affectés de la maladie d’une maniere bé- 
nigne. N'est-ce pas là une sorte d’inoculation naturelle , 
d'acclimatation dans le sein de la mère? Alors aussi l’inocu- 
lation produit en eux de moindres effets ; c’est probablement 
encore par cette raison que la maladie, reparaissant dans un 
pays ; n'y trouve plus la même facilité de propagation. 

Enfin, généralisant davantage cette idée , ne pourrait-on 
pas dire que c’est ainsi que paraissent agir presque toutes les 
causes de maladies ? Leurs effets sont d’autant moindres que 
l'économie y est plus habituée : ici, se présente à la mémoire 
de tous l’histoire de ce roi qui était parvenu à prendre im- 
punément d'énormes doses de poison. 

A l'exemple des auteurs, j'ai laissé dans la deuxième classe 
des maladies qui me semblent très différentes : les unes pro- 
duites par des miasmes spécifiques , les autres résultant des 
émanations qui s’échappent des malades accumulés comme 
cela a lieu dans toutes les affections graves : la fièvre jaune, 
les affections gangreneuses , putrides , adynamiques , les fiè- 
vres d’hôpitaux, de prisons, etc. Cependant ces maladies 
diffèrent essentiellement; celles-ci agissent indistinctement 
sur toutes les espèces et ne déterminent pas toujours une 
même affection comme celle du miasme : il faut l'entassement 
d'un grand nombre d'animaux pour produire un foyer d’in- 
fection ; tandis que dans le premier cas un seul animal suflit, 
que dis-je , non pas même l'animal malade , mais un inter- 
médiaire quelconque , Souvent même un sujet suspect avant 


DES BÊTES A CORNES. 51 
que la maladie se soit développée en lui, comme on dit en 
avoir vu des exemples dans le typhus. 

Il faudrait donc distinguer ces choses , et si je ne craignais 
de multiplier les noms là où la confusion est déjà très grande, 
je proposerais d’appeler l’une infection simple, et l’autre in- 
fection miasmatique. La première, en cflet, ressemble davan- 
tage à celle des effluves, puisque, dans l’une comme dans 
l’autre, ce sont des matières organiques en décomposition qui 
produisent la maladie , et seulement sur les individus qui se 
trouvent pendant un certain temps dans leur sphère d'activité; 
tandis qu'au contraire la matière spécifique du miasme a 
plus de rapport avec celle du virus par son mode de propa- 
gation , et les maladies produites par ces deux causes mérite- 
raient seules le nom de contagieuses. 

M. de Gasparin , qui a traité le sujet des contagions avec 
une grande hauteur de vues , a rapproché ces deux infections 
sous le nom unique de miasmatique; mais il laisse pressentir 
la nécessité de la distinction que je viens d'établir, quand il est 
forcé de convenir que les maladies par miasmes sont très ra- 
res dans le mouton; et, citant un exemple de simple infection 
dans le transport d'un grand nombre de ces animaux pendant 
la guerre d'Amérique, il dit : « Voilà bien une espèce de ty- 
phus des bêtes à laine ; mais il est douteux qu'il ait eu la 
puissance de se communiquer. Cependant, s'il y avait un 
grand nombre d'animaux malades à la fois, il est probable 
que l'air vicié pourrait aussi se charger des particules morbi- 
fiques ; mais les exemples manquent, et rien ne nous donne 
le droit d'établir une contagion à distance dans les bêtes à 
laine. » On peut ajouter que le cheval n'en offre aussi aucun 
exemple :. 


" Ce qui jette de la confusion dans cetie question difficile, c’est que les malières 
contagieuses n’ont pas de caractères tranchés : se ressemblant par quelques points, 


TM 4 


TYPHUS CONTAGIEUX 
J'ai dit qu'il faut être de son temps : la contagion du 
typhus est réelle, incontestable ; mais n’a-t-on pas exagéré 


Qt 
kg 


ses eflets? La peur, dit-on, grossit les objets ; les médecins 
et les vétérinaires n’ont pas cédé à la peur eux-mêmes. Mais, 
trop préoccupés des idées de l'époque ; n'ont-ils pas accueilli 
souvent des renseignements inexacts ou exagérés ? Ont-ils 
contrôlé et vérifié tous les faits ? J’en doute , et l’on pourra en 
douter si l’on considère qu’ils n’ont recueilli pour la plupart 
que ceux qui sont conformes à l’idée de la contagion ; les au- 
tres ont été négligés où mis dans la classe des exceptions ; et 
ces exceptions étaient peut-être nombreuses. 

On n’a pas assez fait la part des influences générales dans 
le développement de la maladie et celle des causes locales et 
individuelles qui la font éclater cà et à sur différents points. 
Tout a été mis sur le compte de la contagion, et, une fois cette 
idée arrêtée, on n’a pas manqué de trouver une cause, si pe- 
üte füt-elle : tantôt un bœuf hongrois ou anglais, un cuir, 
une poignée de fourrages ; tantôt un mendiant , de l’eau cou- 
rante , une poule , etc. On n'a pas vu qu'à ce compte, le mé- 
decin et le vétérinaire auraient été les plus grands fléaux de 
l’époque; car on ne les a pas assommés, eux , on n’a pas même 
brülé, ni lavé tous les jours, ainsi que le recommandent 
certains auteurs , leurs habits de laine et leurs souliers im- 
prégnés de l'air des étables, de la fiente et du fumier des 
malades. 

On remarquera sans doute que je ne cite pas de faits con- 


elles différent sous beaucoup d’autres ; ainsi, par exemple, la clavelée me semble 
présenter le double caractère des maladies à virus par son mode d’inoculation , et des 
affections miasmaliques par sa marche croissante et décroissante, et sa propagation à 
l’aide des corps intermédiaires ; enfin , elle a peut-être un troisième caractère : celui 
de maladie épizootique ou enzootique, si Pon n’adopte pas opinion qu’elle est, comme 
la petite vérole , le seul résultat d’une contagion importée. De là, la difficulté d'établir 
des classifications régulières : aussi ne pousserai-je pas plus loin cette comparaison » 
dans la crainte de rendre plus obscure une question que j’ai voulu éclaircir. 


DES BÊTES A CORNES. 53 
tradictoires (NOTE 2°); c'estquejene les ai pas vus moi-même, et 
je pense qu’on les a beaucoup négligés; la preuve, c'est qu'on à 
dit vaguement : le typhusest contagieux, mais non comment 
et dans quelle circonstance. Cependant, cette contagion di- 
minue d’abord , puis elle cesse : cela est évident ; mais cette 
observation est tirée d’une induction générale , plutôt qu'ap- 
puyée sur des faits positifs. Du reste , la nature de cette ques- 
tion, devant une société savante, ne comporte pas ces détails. 
(On les trouvera plus loin.) 

Les faits sont les mêmes à toutes les époques , et pourtant 
quelle différence entre les opinions du jour et celles du siècle 
dernier ! 

La contagion de la fièvre jaune était bien avérée, quand 
les précieux documents du docteur Chervin sont venus jeter 
au moins le doute dans les esprits les plus prévenus. Les la- 
zarets et les quarantaines ont perdu de leur importance. 

Le choléra effraie en ce moment (1836) toute l'Italie, on 
établit des cordons sanitaires , il les franchit ; on défend aux 
médecins de voir les malades , aux prêtres de les assister ; on 
ne trouve personne pour ensevelir et enterrer les morts, et 
cependant le fléau poursuit ses ravages avec plus de ténacité 
qu’en France, où l’on s’est borné à de simples mesures de 
précaution qui ont fait renaître la sécurité. 

Qui aurait nié la contagion de la morve établie par des 
faits depuis des siècles , aurait passé pour un insensé ; cepen- 
dant aujourd’hui de nombreuses expériences laissent au moins 
la question indécise, si elles ne font pencher la balance. On 
ne brûle plus les harnais dans les régiments, et l'État perd 
moins de chevaux qu’autrefois; grâce à l'instruction des 
vétérinaires et à l'observation mieux entendue des règles 
d'hygiène. 

« Il semble, dit M. de Gasparin, qu'il devrait rester peu 
« de doutes sur la nature contagieuse des maladies : c’est un 


54 TYPHUS CONTAGIEUX 

« fait facile à vérifier que celui d’un animal sain , qui par 
« son seul contact avec un animal malade acquiert la même 
« maladie; cependant, le doute plane sur la plupart des 
« contagions. Vicq-d’Azir était allé jusqu’à croire que toute 
« maladie de la peau était contagieuse, et nous disputons cette 
« qualité à des maladies à qui tous nos devanciers l'avaient 
« accordée.» 

On peut donc répéter ici la remarque que nous avons faite 
ailleurs : contagion et non-contagion, dans une même mala- 
die, sont peut-être deux points opposés d’une même question 
qui pourront se concilier, quand on aura mieux étudié les cir- 
constances qui appartiennent à l’une et à l’autre. Déjà l’on 
sait que l'infection peut se développer dans quelques condi- 
tions particulières qui donnent à des maladies ordinairement 
simples et inoffensives un caractère de putridité et de pro- 
fonde décomposition ; telles sont : la morve aiguë , l’angine 
et la péripneumonie gangreneuse. 

Mais nous, vétérinaires de l'empire, nousne sommes peut-être 
‘pas aptes à décider cette question ; il est difficile de dépouiller 
entièrement le vieil homme. Le débat est donc entre les jeunes 
vétérinaires qui, formés en présence de ces deux opinions, 
n'ont pas encore pris parti pour ou contre : c’est à eux qu'il 
appartient de les juger sans prévention et avec impartialité. 

Ces considérations étaient nécessaises pour se bien poser 
en face du dernier membre de la question : » Zndiquer et 
apprécier les mesures administratives à mettre en usage dans 
cette circonstance, etc. » 

Un écrivain a dit judicieusement que la littérature est l’ex- 
pression de la société ; ne peut-on pas appliquer cette haute 
pensée à la législation qui est ou doit être aussi l'expression 
de la société ? Elle doit tenir compte de toutes les opinions, 
représenter tous les intérêts ; les lois contraires à ces opi- 


DES BÈTES À CORNES. 95 
nions qui sont aussi. des intérêts sont enfreintes ou mal 
exécutées. 

Or, s'il est vrai que la nature dans sa marche providen - 
tielle, ainsi que l'observation le démontre, a pris soin d’ar- 
rêter le fléau, de poser des limites à la contagion , 1l nous 
reste moins à faire, non que j'admette cette maxime déjà 
vieille : laissez faire, laissez passer ; non, l’action adminis- 
trative doit être toujours présente pour diriger , aider , proté- 
ger. Mais la science médicale n’a-t-elle donc pas fait un pas ? 
Faudra-t-il, comme par le passé , développer en cordon cet 
appareil militaire, barrière impuissante, tout au plus propre à 
jeter l’effroi dans l’âme des timides, éveiller dans les autres 
une basse cupidité, et à porter partout dans les relations com- 
merciales une ficheuse perturbation. (nort 3 Pas) 

frons-nous, désespérant de l'avenir de la science , assom- 
mer comme autrefois tous les animaux indistinctement , 
établir dans les campagnes une vaste et inutile boucherie ? 
Car, suivant l'opinion des contagionistes quand même..., on 
n'atteindra pas toutes les causes de la contagion, toutes les 
émanations échappées des malades, tous les corps qui en ont 
été imprégnés et dont on ne peut pas se défier autant que du 
malade. Et ces monceaux de cadavres vont-ils perdre tout de 
suite leur funeste propriété ? Si vous les mettez dans une seule 
fosse , quel immense foyer d'infection ! si vous les dispersez , 
quelle étendue ! 

Et si, ayant exécuté cette mesure digne d’un autre âge, la 
terre qui les recouvre , l'air qui les environne , les COrps qui 
les ont touchés, partagent la maladie ; si, indépendamment 
(le la contagion, il se forme une constitution atmosphérique 
générale ou locale qui la continue ; quelle déception !! 

IL faut donc reléguer dans le vieil arsenal des lois et l’his- 
toire de la science cette mesure de l’assommement en masse 
(noTE 4°), la flétrir comme inutile au moins, dangereuse 


56 TYPHUS CONTAGIEUX 

peut-être ct toujours préjudiciable et onéreuse à la fortune 
publique. En effet , la contagion est importée ou bien elle se 
développe dans le lieu même ; dans tous les cas, on n’est or- 
dinairement averti du danger qu'au moment où dejà il est 
presque impossible d’y apporter remède par ce moyen, et 
alors l’assommement aurait le résultat ficheux que je viens 
de signaler. 

Cependant, comme en matière de loi il ne faut rien 
faire inconsidérément, disons dans quelle circonstance il 
serait possible d'appliquer l’occision avec quelque avantage. 

Une maladie contagieuse vient-elle à se manifester dans 
un pays voisin de la France! le gouvernement, après avoir 
interdit l'entrée des animaux étrangers , envoie sur les 
lieux un commissaire spécial pour étudier le caractère de la 
maladie. 

Pendant ce temps, on organise en France le service des 
épizooties qui doit être permanent. Toutes les autorités et 
surtout les vétérinaires ont recu l'éveil; ils sont sur leurs 
gardes, munis du rapport du commissaire spécial ; ils épient 
en quelque sorte la maladie pour l’étouffer en germe. De fré- 
quentes visites sont ordonnées ; on répand dans les campagnes 
des instructions simples et faciles sur les moyens de recon- 
naître la maladie et de s'en garantir; des indemnités ou des 
primes d'encouragement sont offertes aux propriétaires qui 
les premiers en auront signalé la présence 

À la première apparition, les animaux sont séquestrés ; et, 
dès que la maladie est patente, bien et dûment constatée, 
l'autorité ordonne leur sacrifice. Ils sont abattus avec toutes 


1 Telest, à mon avis, le plus sûr moyen de rendre la déclaration efficace , à la dif- 
férence de ces peines contre la non-déclaration qui, sans doute , n’ont jamais été ap- 
pliquées ; en effet , comment prouver qu'un propriétaire a dû connaître la maladie con= 
tagieuse , qu’il a dà seulement savoir que ses animaux étaient malades ? M. de Gasparin 
voudrait aussi, avec raison, voir disparaître de la loi les peines aflicüves, qui, dans 
celle circonstance , on! souvent empéché son application. 


DES BÈTES A CORNES. D7 
les précautions indiquées dans les réglements; tous les objets, 
qui ontété en contact avec eux, sont désinfectés, ou détruits, 
s'ils sont de peu de valeur. 

L'opération est exécutée en présence de l'autorité , sous la 
direction du vétérinaire commissionné par le département 
ou l'arrondissement. Le meilleur procédé, pour l'exécution, 
serait de faire conduire ces animaux au lieu où les fosses ont 
été préparées , accompagnés de plusieurs personnes : les unes 
chargées de recueillir soigneusement la fiente et toutes les 
matières qu'ils auraient pu répandre ; les autres, d’écarter tous 
les animaux et tous les objets qui se trouveraient sur leur pas- 
sage. Arrivés à l'endroit désigné, ces animaux seraient tués 
sans eflusion de sang et enterrés dans les fosses avec la couche 
de terre sur laquelle ils se sont débattus en mourant et avec 
leurs peaux tailladées. ( Ces peaux pourraient être utilisées 
comme nous le dirons ailleurs ; mais, dans l'hypothèse où 
noussommes placés, cette perte est minime, et, pour plus de 
sureté , il vaut mieux en faire le sacrifice.) 

On agira de même à l'égard des animaux morts qui doivent 
être voiturés ou portés, mais non traînés par des animaux 
d’une espèce différente. Il est toujours prudent de prendre les 
autres précautions si souvent recommandées, telles que de 
recouvrir les cadavres d’un lit de chaux ou de charbon, de 
fouler la terre qui les recouvre, de la garnir d’épines, de 
pierres , etc. 

Ayant toujours égard à la circonstance que nous avons sup- 
posée , les suspects me paraissent devoir être signalés , mar- 
qués ctrester séquestrés sous la surveillance d'un commissaire 
spécial (le vétérinaire du lieu), à qui ils seront représentés 
à toute réquisition.s Jusqu'à la manifestation de la maladie, 
qu'on pourrait appeler la preuve du délit, ce sont des préve- 
nus ; dans l’ordre judiciaire , la loi ne doit pas les frapper 
comme des coupables , sous peine d'atteindre des innocents. 


58 TYPHUS CONTAGIEUX 

D'ailleurs, ces animaux n’ont pas tous communiqué avec les 
malades, de la même manière. Les surveiller , recueillir à 
cet égard des renseignements précis, n'est-ce pas un moyen 
de découvtir les nombreuses voies de la contagion ? 

Mais, aussitôt que la maladie se déclare, ces animaux su- 
bissent le sort des premières victimes. 

Ce que nous venons de dire d’un pays comme la France, 
par rapport aux États circonvoisins , on peut l'appliquer de 
département à département, de canton à canton, etc. Le ty- 
phus n'est point originaire de nos pays ; il a toujours été im- 
porté en France, ainsi que l’attestent tous les faits dont se 
compose l'histoire de cette maladie. 

Ainsi, la mesure de l'abattage sera peu onéreuse; car 
nous avons supposé le moment d'introduction de la maladie 
dans un cercle très étroit. Une indemnité entière devra être 
accordée aux propriétaires , afin qu'ils subissent sans se plain- 
dre, sans arrière-pensée, la libre exécution de la loi. La 
science médicale aussi saura sacrifier ses avantages à de plus 
grands intérêts. 

Alors on aura retiré de l'abattage tous les résultats possi- 
bles. Si tel est son pouvoir, la maladie sera étouflée , abat- 
tue ; mais si, au contraire, de nouveaux malades surgissent 
sur d’autres points , les limites de cette mesure se posent na- 
turellement : c'est qu'elle n’a pu atteindre toutes les matières 
de la contagion, ou que ces matières se renouvellent ou se 
perpétuent par des causes inconnues et qu'il faut étudier. 
C’est qu'enfin l'abattage sera devenu ; comme nous l'avons 
dit , inutile, peut-être dangereux el toujours onéreux ; car il 
frappe ; sans retour , des animaux que la maladie eût épar- 
gnés , d’autres que l’art eüt sauvés pôur son instruction à 
venir. 

Il nous reste à examiner les autres moyens à doivent être. 
mis en usage dans cette circonstance. 


DES BÉTES A CORNES. 59 


Les causes générales du typhus étant la plupart inconnues 
ou hors de notre atteinte , le premier , le véritable fléau, dans 
ce cas, c’est le malade lui-même et les corps qui ont subi son 
contact, peut-être même l'atmosphère qui l’environne. Tel 
est le point de départ des mesures administratives qui doivent 
s’opposer à la contagion. 

En première ligne se place l'isolement ; isoler le malade , 
c’est l’éloigner des animaux sains, ou transporter ceux-ci hors 
de son influence funeste. 


Le premier mode est presqu'impraticable , ou du moins ce 
ne serait pas sans danger que l’on transporterait ces animaux, 
arrivant dans toutes les directions et disséminant partout sur 
leur passage les germes de l'infection , et pour aller où ? hors 
de la commune, c’est-à-dire sur le territoire d’une autre qui 
s'en effrayerait à juste titre ! Et dans quel lieu les déposer ? 
dans des hangars, espèces de lazarets construits à la hâte 
pour un nombre illimité d'animaux qui peut dépasser toutes 
les prévisions !. Mais cet entassement, indépendamment de 
ses dangers pour l'individu malade qui serait plongé au mi- 
lieu des causes actives de la maladie , n'aurait-il pas un autre 
effet plus fâcheux , celui d'accroître, d’aviver, en l’alimentant 
sans cesse , le foyer de l'infection ? 

Et ces malades, ainsi parqués sous une surveillance qui, à 
la vérité , deviendrait plus facile , qui les traiterait ? le vétéri- 
naire de l'administration : il méritera , je n’en doute pas, 
toute votre confiance ; mais aura-t-il aussi celle de tous les 
propriétaires à qui elle serait imposée contre ce principe de 
liberté, bien ou mal compris de nos jours , qui veut que cha- 
cun dispose de son bien dans les limites de la loi ? Or, le trai- 
tement des animaux par tel ou tel moyen ne dépasse pas ces 
limites. 


C’est donc dans l’étable où elle a pris naissance qu'il faut 


60 TYPHUS CONTAGIEUX 
renfermer la maladie ; tel est le premier mode de l'isc- 
lement. 

Le second consiste à éloigner de ces espèces de lazarets , 
foyers circonscrits et d'autant plus limités, qu'ils sont plus 
dispersés, tous les animaux sains et les suspects pour préve- 
nir leur contact et toute espèce de rapprochement. 

Ceux-ci peuvent être déplacés sans imconvénients; mais où 
iraient-ils ? sains aujourd'hui, ils peuvent être malades de- 
main ; ils doivent donc refluer sur quelque point du domaine, 
une écurie, une grange, un hangar, etc., pour laisser le 
champ libre aux malades qui exigent plus de soins et de sur- 
veillance. Dans tous les cas , les suspects ou ceux qui ont été 
en contact plus immédiat avec les malades (car tous les ani- 
maux d’une même ferme sont plus 6u moins suspects) , se- 
ront distingués par des marques particulières et mis à part 
pour qu'il soit plus facile d’épier les premiers développements 
de la maladie , s’il y a lieu. 

IL est préférable, ai-je dit, d'abandonner aux malades le 
local où les premières atteintes du mal se sont fait sentir; par 
là on éviterait d'infecter plusieurs étables et des déplacements 
qui ne seraient pas sans inconvénients. Cependant, si ce lo- 
cal était très vaste et les malades peu nombreux comparative- 
ment aux autres animaux , il.y aurait nécessité à leur assi- 
gner quelqu’autre endroit de la ferme, isolé autant que possi- 
ble. Ces divers arrangements seront motivés sur la dispo- 
sition des lieux et autres circonstances. 

L'isolement ne consiste pas seulement dans la séparation 
du sujet qui porte en lui les causes de l'infection, il comprend 
encore la surveillance de tous les objets qui peuvent être 
chargés du miasme : les aliments, les harnais, la litière, les 
fumiers, etc. Une partie des provisions de la ferme devra être 
exclusivement réservée à l'usage des malades; ils seront 
abreuvés à part , dans l’étable même , qui devra Ctre aérce 


DES BÊTES À CORNES. 61 


tous les jours par des ouvertures pratiquées; si elle en manque, 
par des ventilateurs , des famigations, etc. 


La bticre et les fumiers surtout exigent une attention par- 
ticulière. Ils ne seront point rassemblés en tas ou en masse, 
susceptibles de fermenter et d'accroître les forces de la ma- 
tière mfectante ; ils devront être enlevés chaque jour et même 
plusieurs fois par jour , s’il en est besoin , pour être transpor- 
tés dans un endroit isolé de la ferme , où ils seront brülés ou 
enfouis à une certaine profondeur. 


Le meilleur mode de transport consiste en un tombereau 
trainé par un cheval, si les fumiers sont fournis par un grand 
nombre de malades ; sinon, une civière, un petit cuvier porté 
à bras, dans lequel les fumiers seront recouverts de substances 
susceptibles de retenir ou d’absorber les émanations, soit un 
lait de chaux vive ; un chlorure, du charbon, du sable, etc. 
Une couche de ces substances sera aussi répandue sur la fosse 
ou les fosses ; car il vaut mieux disséminer les matières que 
les amonceler. 


Les animaux morts seront traités et transportés de la même 
manière avec les précautions que nous avons déjà indiquées ; 
mais nous reviendrons sur ce sujet en parlant des moyens 
d'utiliser les peaux. ( NOTE 5°.) 

Quant aux objets servant à l'entretien | au travail et au 
pansement des malades , il suflira de les laver souvent et de 
les employer exclusivement à leur service , et, autant que 
possible ; d’affecter à ce travail une personne qui ne soit pas 
chargée du. soin des autres animaux. De fréquents layages à 
l'eau chaude, bouillante, acide ou alcaline, qui dispersent la 
matière contagieuse , ou la détruisent à mesure qu'elle se 
forme ; enfin , l’aération des étables , complètent ce dernier 
moyen et en assurent les effets. 

Tel est l'isolement aussi complet qu'on puisse espérer de 


62 TYPHUS CONTAGIEUX 
l'obtenir dans les campagnes , si l’on ne veut le rendre trop 
onéreux et plus diflicile à observer. 

Pour en assurer l’exécution, plusieurs mesures, parmi celles 
qui ont été recommandées ,; méritent d'être conservées. 

Vient d’abord le recensement de tous les animaux de la 
commune, pour prévenir les soustractions que ne manque- 
raient pas d’inspirer la peur ou la cupidité. Des tableaux dres- 
sés par les vétérinaires aux ordres de l’administration consta- 
tent le chiffre total, celui des malades et des suspects. Des 
marques particulières les distingueront mieux que ne pour- 
raient le faire des signalements toujours difhciles ou in- 
complets. 

Pour rendre plus certains les effets du recensement, il faut 
conserver les amendes et les indemnités. Celles-ci ne seraient 
accordées qu'aux propriétaires qui auront observé scrupuleu- 
sement les mesures prescrites , d’après des certificats délivrés 
par le vétérinaire et l'autorité locale. Il serait d’un bon effet 
moral de consacrer au paiement de ces indemnités le produit 
des amendes encourues par les propriétaires négligents ou 
infidèles. 

Déjà ces indemnités ont été très utiles dans les temps d’é- 
pizooties pour déposséder du traitement des malades , les em- 
piriques , les charlatans et autres prétendus guérisseurs à qui 
les autorités ont refusé avec raison le droit et la capacité de 
délivrer des certificats. Le rôle d’une bonne administration 
n'est pas de punir et réprimer toujours ; elle doit aussi pré- 
venir et encourager uülement. 

Telles sont les mesures qui doivent resserrer le fléau dans 
les limites où il a éclaté primitivement, et s'opposer à sa dis- 
sémination. Suivent celles qui seraient propres à garantir le 
territoire limitrophe ; que ce soit un département , un can- 
ton , une commune , etc. 


On a beaucoup vanté autrefois l'interdiction des foires et 


DES BÊTES A CORNES. 63 
marchés et l'établissement des cordons de troupes. Par le 
temps qui court, ces mesures pourront paraître sévères et 
onéreuses ; plusieurs penseront qu'elles sont inutiles. 

Défendre les foires et marchés, pourquoi ces entraves à un 
commerce utile ? pour empêcher la vente de quelqu'animal 
malade ou suspect! Mais elle est sévèrement défendue par 
des réglements qu'il faut conserver , et qui prononcent une 
forte amende contre de pareilles infractions ; mais le recen- 
sement et les marques vous donnent le moyen de constater et 
de prévenir cette fraude. — Sans doute , va-t-on dire; mais 
qu'importe la punition du coupable, quand le mal est produit 
et poursuit sa route ? — À cela je réponds que c’est en secret 
et sur les lieux mêmes où sont attirés d’avides spéculateurs que 
ces animaux , les malades surtout , sont ordinairement vendus 
à vil prix , et non dans les lieux publics où les acheteurs, 
avertis par les différents actes de lautorité , de l'existence 
d'une maladie contagieuse dans tel endroit, sont tous inté- 
ressés à dévoiler la fraude. 

D'ailleurs, l'autorité locale ne devra permettre la vente 
sur la place publique , que des seuls animaux dont les pro- 
priétaires justifieront d’un certificat constatant que le pays 
d’où ils proviennent n’a point été exposé à la contagion. Bien 
entendu que ceux de ces animaux qui porteraient les marques 
particulières dont il a été question ; seront rigoureusement 
exclus des foires et marchés ; ils devront être saisis et abattus 
sur-le-champ. 

Ces simples précautions prises et bien exécutées ; à quoi 
serviraient vos cordons de troupes ? Qu’auraient-ils fait dans 
la maladie des provinces méridionales, s’il est vrai qu'elle y 
fut apportée par des cuirs de la Zélande débarqués à Bayonne? 
S'il s’agit d’un département, d'un canton ou seulement d’une 
commune , les limites naturelles n’en sont pas tellement dis- 
posées qu'on ne puisse profiter d'un sentier , d’une haie ou 


64 TYPHUS CONTAGIEUX 
d'un fossé pour se livrer à la contrebande, si ce commerce 
illicite offrait assez d'avantages pour faire braver les dangers 
d'une forte amende et la réprobation que doit encourir tout 
citoyen qui viole les lois faites dans un but d'intérêt public. 

Mais si l’air et les vents se chargent de la propagation ; si, 
malgré toutes les précautions que nous avons indiquées ; les 
animaux d'une autre espèce, des corps inanimés , l'homme 
lui-même, ont transporté la contagion; si la maladie éclate 
cà et là contre toutes les prévisions de la science , alors c'est 
une nouvelle étude de la maladie qu'il nous reste à faire. En 
attendant, l’action administrative est suspendue, ou du moins 
ses réglements ne subsistent plus que comme un avertisse- 
ment du danger , une crainte salutaire. 

L'administration s'arrête... Je me trompe, elle n’a plus 
à réprimer puisqu'elle ne sait plus sur qui doit peser la res- 
ponsabilité ; mais il lui reste d’autres devoirs à remplir, une 
tâche plus douce et plus digne d'elle, celle de relever et sou- 
tenir le courage des habitants par des instructions simples et 
d'une facile exécution pour diminuer la mortalité. Il lui reste 
à distribuer des secours pour adoucir les rigueurs du fléau et 
faire bénir partout cette sage et paternelle protection qui fait 
son plus beau caractère. 


RÉSUMÉ ET CONCLUSION. 


I. Le typhus des bêtes à cornes est une maladie d’origine 
étrangère qui ne s’est montrée chez nous qu’à de longs inter- 
valles et dans des circonstances déterminées. 

IL. Sa propagation en France et dans d'autres pays où 
elle à toujours été importée met en évidence le fait de sa con- 
tagion. Cette contagion, comment a-t-elle lieu ? on ne sait. 
J'invoque ici le témoignage de nos meilleurs auteurs ; tous 


DES BÊTES A CORNES. 65 


conviennent que les faits sont contradictoires : c’est un des 
points les plus importants de la science , il faut l’étudier. 


III. Or, une législation qui accorde des primes d’encou- 
ragement à la délation, qui s’oppose à l'étude de la maladie 
par l’assommement de tous les malades ; qui réunit et confond 
sous la dénomination vague de contagieuses, des maladies au- 
jourd’hui très distinctes; cette législation, dis-je, n’est plus 
en harmonie avec les idées et la science de notre époque. La 
preuve, c’est qu'elle est tombée en désuétude ; en 1815, 
elle ne recut nulle part son entière exécution. 


IV. Telle est la législation actuelle sur les maladies con- 
tagieuses des animaux, aussi vague que l’idée sur laquelle 
elle repose , la contagion en général ; elle est pleine d’er- 
reurs et de contradictions. IL y a autant de contagions que de 
maladies contagieuses. Les classifications peuvent être utiles 
pour leur étude pathologique ; elles sont toujours arbitraires 
et fausses dans l’application toute pratique des mesures mé- 
dico-légales. | 

V. Il faut une nouvelle loi et des réglements particuliers 
pour chaque contagion. 


VI. Les affections charbonneuses et gangreneuses, qui sont 
ordinairement enzootiques et épizootiques , ne se communi- 
quent que par l’inoculation. Si quelquefois elles ont paru se 
propager par l’entassement des individus malades, ce n’était 
pas le résultat d’une véritable contagion, mais les accidents 
d’une simple infection , accidents toujours très limités et qui 
cessent par la dispersion des malades. 

VII. Prévenir les causes de ces maladies ou les corriger , 
avertir des dangers de l’moculation et de l'infection ; par 
excès de prudence , recommander l'isolement : tel est le but 
qu'on doit se proposer. Pour cela, il faut des conseils et non 
des lois : c’est l’affaire de la science, et elle y parviendra 


66 TYPHUS CONTAGIEUX 
quand ses organes seront mieux entendus, quand les vétéri- 
naires jouiront de toute la considération qu'ils méritent. 

VIII. La clavelée, véritable contagion, donnerait lieu à 
un réglement basé sur les principes que l’on trouve exposés 
dans les ouvrages de MM. de Gasparin et Girard. Les régle- 
ments en vigueur, en y apportant quelques modifications , 
suffisent pour la contagion de la rage. 

IX. Enfin, la contagion toute spéciale du typhus exige 
aussi un réglement particulier. Le malade , voilà le fléau. Le 
tuer dans quelques cas , l’isoler toujours , ainsi que les objets 
qui ont eu contact avec lui ; tel est le point sur lequel doit se 
concentrer la sollicitude administrative : l'isolement et toutes 
les précautions qui s'y rattachent et en assurent le succès. 

Le reste appartient à la science , aidée de l'influence du 
gouvernement. Ce sont des conseils d’une facile exécution sur 
les préceptes de l'hygiène, la désinfection ( note 6°) et sur 
le traitement de la maladie. ( nor 7°. ) 

Telles sont les bases d’une nouvelle loi qu'appellent de 
leurs vœux tous les amis de l’art vétérinaire. Tous reconnais- 
sent que les lois anciennes qui régissent la matière exigent 


une réforme prochaine. ( NOTE 8°.) 


« De même que la lillérature , lalégislation 
« doit être l'expression de la société. » 
Pensée empruntée à M. ne Boxauv. 


DES LÈTES À CORNES. 67 


note A’. 


Causes et origine du typhus contagieux. 


J'ai dit que, pour produire cette maladie , indépendamment des 
causes générales et occasionelles qui sont communes à toutes les 
épizooties , il devait s’en rencontrer de spéciales , ou du moins une 
certaine combinaison de causes peu connues et dont l'association 
est rare. 

En effet, le typhus ne s’est montré dans nos pays qu’à de longs 
intervalles ; après des périodes de 20 et quelques années , et tou- 
jours pendant les guerres qui ont opéré un grand déplacement 
d'hommes et d'animaux venant du Nord , Nord-Est , principalement 
de la Hongrie , de la Dalmatie , ou de l'Allemagne. Ce fait bien 
reconnu doit, au moins , nous faire supposer dans les animaux de 
ces pays une prédisposition particulière au développement de cette 
maladie ; sans cela on l'aurait vue se montrer, à d’autres époques , 
et dans les mêmes circonstances générales. 

Il ne seraït pas difficile, en effet, de trouver dans l'histoire des 
Guerres dont notre pays a été le théâtre toutes les conditions géné- 
rales auxquelles on attribue la production de ce fféau ( moins l’ori- 
gine des animaux), différence de climat, pénurie d'aliments , 
encombrement des animaux , privations et souffrances de toutes 
sortes , et pourtant on ne citerait pas d’autres exemples de typhus 
bien constatés. 

Barberet cite une maladie épizootique qui se montra dans l’île de 
Minorque, en 1756 , sur des bœufs venus'de l'Auvergne. Il l’attribue 
à la différence du climat de leur pays froid et humide comparé à 
l'ardeur d’un soleil brûlant auquel ces animaux étaient exposés tout 
le jour, sans abris , n'ayant, pour se désaltérer , ni herbe fraîche, 
ni eau pure, rien qu'un pâturage brûlé, une eau saumâtre et 
bourbeuse. Ils languissaient, maigrissaient à vue d'œil, leur souffle 
était brûlant , et ils finissaient par pisser le sang. 

Voilà bien quelques causes générales et occasionelles du typhus; 
mais les caractères de la maladie sont ceux d'une vive inflammation. 

Paulet fait la remarque que le typhus était inconnu dans la Hol- 
lande , avant l’année 1745 , époque à laquelle s'ouvre son commerce 

T. 5 


68 TYPHUS CONTAGIEUX 


d'animaux avec la Hongrie. Avant ce temps , ses pâturages humides, 
son climat insalubre étaient les mêmes , et, sans doute , elle avait 
supporté des guerres et entretenu des relations commerciales avec 
d'autres peuples. 

La France , l'Italie, la Suisse et l'Angleterre nous offriraient aussi 
des exemples de commerce lointain ou de guerres avec déplacement 
d'animaux, ete., mais pas de typhus, hors la circonstance particu- 
lière que nous avons fait connaître. 

Que fallait-il done pour la production de cette maladie ? sans 
doute , des bœufs hongrois, dalmatiens , ou allemands. Mais , dit- 
on, cette maladie est inconnue dans ces pays ,; au dire d’autorités 
dignes de foi; on n'y voit qu'une enzootie commune à plusieurs 
autres contrées, véritable affection charbonneuse très différente du 
iyphus contagieux, et les animaux alteints de cette maladie ne sont 
pas ceux que l’on choisit pour une longue expédition. 

Soit; mais qui peut répondre que ces prédispositions ne sont pas 
changées par les circonstances en celles qui donnent lieu au typhus, 
en place du charbon qui aurait frappé ces animaux au milieu de 
leurs habitudes locales? On ajoute : ces prédispositions auraient 
dû, au contraire, être annulées par le seul fait de l’émigration , 
comme cela se remarque erdinairement dans les enzooties. Cette 
observation aurait quelque valeur, s’il s'agissait d’une émigration 
lente et sagement conduite , et si ces prédisposilions n'étaient 
qu’accidentelles , au lieu de tenir peut-être profondément à la race 
ou à la constitution de ces animaux. 

Au reste, que cette prédisposition à engendrer le typhus dans les 
circonstances données existe dans d’autres animaux que ceux de la 
Hongrie ou de l'Allemagne , je ne le nie pas; maïs rien ne nous 
autorise à l’admettre autrement que comme une simple supposition, 
jusqu'à ce qu’on cite un seul cas de typhus produit par des animaux 
venant des climats méridionaux ou de l'Ouest. 

Quoi qu’il en soit de ces observations, plusieurs auteurs , parmi 
lesquels on distingue MM. Hurtrel d'Arboval et Rodet, pensent que 
cette maladie peut naître spontanément dans toutes les contrées ; 
lorsque les animaux y sont exposés aux causes qui la suscitent 
dans le bœuf hongrois, Cette idée paraît prendre sa source dans 
l'opinion professée par ces auteurs : qu'il n'y a qu'une seule épi- 
zootie , et que le typhus contagieux, de même que le typhus char- 


DES :BÊTES A CORNES. 69 


bonneux, ne sont autre chose qu'une gastro-entérite; mais les 
faits qu'ils citent sont peu propres à faire partager cetle opinion, 


Le premier de ces auteurs nous dit que, dans la Cerdagne, se ren- 
contrent toutes les conditions d’insalubrité qui donnent naïssance à 
ces maladies ; aussi, n'est-il pas étonnant que le typhus contagieux 
y exerce quelquefois ses ravages. Ce typhus contagieux dont parle 
ici M. d’Arboyal, c’est sans doute le charbon qui est à ses yeux une 
même chose; car, après avoir décrit d'une manière très exacte et 
très détaillée ces deux maladies , il s’eflorce de prouver qu'aux 
yeux de tout homme de bon sens , ce ne sont que des gastro- 
entérites. Cependant c’est le même auteur qui dit (pag. 414 de son 
Dictionnaire ) que le typhus épizootique n'est pas épidémique * dans 
nos pays, c'est-à-dire qu'il n'est pas le résultat des altérations gé- 
nérales du fluide atmosphérique ; qu'il est seulement contagieux 
dans toute la force du terme. Pourrait-il en dire autant du typhus 
charbonneux ? 

Or, nous nous croyons obligés de demander pourquoi ce typhus 
contagieux des Pyrénées orientales reste si bien cantonné chez lui, 
qu'on n’a jamais entendu parler de son extension dans les lieux 
circonvoisins, ni en France, ni en Espagne ; tandis que l’autre a 
ravagé plusieurs fois toule l'Europe. Évidemment, il y a ici quelque 
confusion dans les mots ou dans les choses. 

Quant à M. Rodet, il écrit sous les mêmes inspirations ; maïs il 
ne se pose pas franchement , comme le premier, en face de la 
question : il élude la difficulté , il déclare n’avoir pu observer que 
très superficiellement le typhus de 1814, à cause de ses occupations 
militaires, et il ne le décrit que sur quelques faits isolés. C’est une 
circonstance fâcheuse; car s’il eût vu beaucoup d'animaux malades , 
ou à défaut, s’il eût consulté les nombreuses descriptions des au- 


5 Jadopte cette acception du mot épizootie, Il faudrait ne l'appliquer qu'aux mala- 
dies dues à des causes générales ; le nombre des animaux attaqués n’est qu’une 
condition secondaire. Par exemple : si, dans un troupeau de moutons bien tenu, où 
jette une bète galeuse, tous seront bientôt atteints de la maladie, et ce ne sera 
point-une épizootie, Un chien enragé mord 40 ou 50 chiens qui, à leur tour, pro- 
pagent la maladie sur un grand nombre d’autres animaux : toutes ces causes sont indivi- 
duelles , et ne donnent pas lieu à des épizooties. Ilen est de même du typhus dont 
les causés générales w’existent point dans nos pays ; quand il s’y propage , c’est par 
ka cause: individuelle de la contagion : ilne peut y avoir. que la forme épizootique, 


70 TYPEUS CONTAGIEUX 


teurs , il n’eüt pas donné le nom de typhus à cette description vague, 
sans signes caractéristiques que l’on trouve dans son Mémoire. 

Selon lui, la maladie attaquait de préférence les animaux les 
plus faibles : ce qui est contraire à tout ce qu’on a écrit sur le typhus. 
Exceplé quelques symptômes généraux, tels que le trouble varié 
des actions vitales, la suppression du lait et du mucus du mufle qui 
étaient constants, tous les autres signes sont à peu près éventuels. 
« Quelquelois il y avait toux et fièvre; l'animal faisait quelquefois 
« entendre des beuglements plaintifs, d’autres fois de simples gé- 
« missements ; il donnait parfois des signes de douleur vive à l’in- 
« térieur du corps, d’autres fois il était abattu et tranquille. Dans 
« quelques animaux, il y avait dyssenterie ou flux par les naseaux ; 
« mais, dans d’autres, des tumeurs inflammatoires critiques plus 
« ou moins prononcées : enfin , les animaux qui échappaient à ses 
« ravages ne paraissaient pas susceptibles d'en être de nouveau 
« affectés. » 

Dans les 44 cas de récidive cités par Leroi, ainsi que dans ceux 
qu'ont observés Volpi et le marquis de Curtivron, on ne dit pas 
qu'il y eût aucun signe apparent capable de faire reconnaitre si ces 
animaux seraient de nouveau affectés du typhus; l’un d’eux en fut 
guéri deux fois. 

Je le répète : il est fâcheux que cette description vague et incom- 
plète du typhus jette du doute sur l'identité des maladies qu'on a 
voulu lui comparer. 

Par exemple : au siége de Dantzick (1806-1807), où l’on fut 
obligé de nourrir les chevaux de cavalerie avec la paille des toits, 
les fatigues de la guerre et la pénurie d'aliments « occasionèrent , 
« dans l’armée et chez les habitants, une grande mortalité de che- 
« vaux et autres animaux, du nombre desquels la diminution fut 
« encore augmentée par la consommation de l’armée en viande... 
« Au retour de la belle saison , après le départ de l’armée , l'air 
« et les eaux , viciés par une grande quantité de cadavres jetés dans 
« les rivières , la disette , les travaux excessifs , produisirent de si 
« funestes effets, qu’on vit périr en un seul jour jusqu'à 60 per- 
« sonnes; et il se manifesta sur les bêtes à cornes une maladie 
« contagieuse que l’on ne pouvait regarder autrement que comme 
« un véritable typhus. Cetie maladie s’étendit ensuite par la conta- 
« gion jusque dans l'ile de la Nougat, où les causes qui l'avaient 


DES BÊTES À CORNES. 11 
« produite dans le pays d'Elbing n'avaient jamais existé , au moins 
« d'une manière aussi absolue. » 

Puis vient la description de ce typhus qui avait pour symptômes 
précurseurs (voir ceux que lui assignent tous les auteurs) « le 
« marasme , la faiblesse , les maladies psoriques , une diarrhée 
« habituelle, l'épuisement et une sorte de fièvre hectique qui fai- 
« sait quelquefois périr les animaux, d’une manière sporadique , 
« par extinction lente et graduée des forces vitales , lesquelles 
« étaient déjà usées par le jeûne et les souffrances des maladies 
« soit de la peau ; du système lymphatique , ou des organes 
« digestifs. » 

A la vérité , cette maladie , quand elle n’était plus sporadique et 
qu’elle acquérait tous les caractéres d’une épizootie , présentait 
d’autres symplômes : « troubles variés des fonctions organiques , 
« stupeur, suppression du lait et du mucus du mufle; flux nasal, 
« dyssenterie , beuglements , tumeurs critiques , ete. » 

Un autre typhus, observé par cet auteur et qu'il ne décrit pas, 
régnait aux environs de Madrid, en 1810; mais « ces maladies ne 
« déterminaient pas toujours (dit-il) des ravages assez multipliés , 
« pour qu'on pût les regarder comme de véritables épizooties , 
« quoiqu'on ne leur opposât parlout dans les campagnes que 
« des prières et des amulettes : c’est qu'à l'approche de l'armée 
« française, on éloignait la plus grande partie des animaux. » 

Or, après avoir lu ces descriptions , on peut se demander, je 
pense, si c'était bien là cette maladie unique qui à plusieurs fois 
ravagé l'Europe, avec sa contagion si rapide et si subtile , qui s’é- 
tend dans toutes les directions, indépendamment des saisons, des 
climats et de toutes les conditions hygïéniques et atmosphériques , 
générales ou locales. Si c’est un fyphus (le nom n'y fait rien), 
est-ce bien le même que celui qui se joue des cordons sanilaires 
et de toutes les mesures prescrites par de sévères réglements, celui 
qui a résisté souvent à la grande opération de l’assommement ? 

« En Espagne, diles-vous, il n’y avait presque plus d'animaux 
« pour propager la maladie. » Mais le vrai typhus ne se serait pas 
arrêté à si peu de chose, ni à des prières et des amulettes ; à défaut 
d'animaux de la même espèce, n’eût-il pas traversé la mer, enve- 
loppé dans un cuir ? 

Peut-on démontrer la contagion avee évidence, quand elle est si 


12 TYPHUS  CONTAGIEUX : 

limitée, et qu'elle s'exerce au milieu d’influences générales ou lo- 
cales , qui ont agi sur un grand nombre d'animaux de différente 
espèce et même sur l'homme? Ne sont-ce pas là de ces maladies 
ordinairement sporadiques , auxquelles des causes plus intenses et 
plus générales donnent ce caractère de gravité épizootique , et qui 
peuvent produire l'infection , mais non le véritable miasme, 

J'ai dû examiner longuement l'opinion de ces deux autorités 
vétérinaires , parce qu'elle me semble contraire aux faits , et qu’elle 
tend à rétablir la confusion de ces maladies sous le nom générique 
et vague de peste, typhus , épizootie, ete. , qui rend la lecture des 
anéiens auteurs si difficile et si rebutante. 

Je leur oppose l'autorité de M. Leroi qui a étudié le typhus 
contagieux sur plus de 1000 sujets, en qualité de commissaire du 
gouvernement pontifical, et qui en a donné la description la plus 
exacte. 

Cet auteur distingue si bien cette maladie qu'il appelle exotique , 
par rapport ä son origine , des affections épizootiques et enzootiques 
indigènes , que , l'ayant vue compliquée de ces dernières : le glos- 
santhrax , la fièvre charbonneuse avec ou sans exanthêmes ; la 
pneumonie , la gastro-pnetmonite , ete. , il cite cette particularité 
digne de remarque : que chacune d’elles a suivi son cours régulier , 
de manière que les affections indigènes cessèrent les premières ; 
tandis que la maladie exotique continua à régner. D'où il conclut 
que les éléments de ces diverses maladies qu'il appelle générales et 
fébriles ne sont pas de nature à se combiner , au lieu que cette 
combinaison est facile entre le typhus et les affections locales : ce 
qui expliquerait très bien la diversité des descriptions qu’on a 
données d'une maladie aussi identique ; aussi régulière que le ty- 
phus contagieux. 

Plus loin , le même auteur ajoute d'autres distinctions non 
moins importantes : « Les flux de sang (dit-il) ne peuvent , dans 
aucun cas , être pris pour la maladie exotique. Dans la première » 
les matières dyssenteriques sont souvent du sang presque pur ; 
elles ont très peu d’odeur, et s’accompagnent presqne toujours 
d'hématurie; enfin, elles forment le symptôme primordial de ces 
maladies. » 

Dans le typhus , au contraire , il n'y a presque pas d'exemples 
d'hématurie , très peu de symptômes inflammatoires. La dyssenterie 


DES PÊTES À CORNES. 73 


est toujours combinée à la diarrhée qui est le phénomène capital 
et consécutif, c’est-à-dire , propre à la seconde période, de même 
que la dyssenterie appartient à la troisième période qu'il appelle 
de dégénération gangreneuse et de désorganisation. 

A l'exemple de cet auteur,je ne n'arrête pas à tracer les caractères 
distinctifs des affections charbonneuses, ils sont trop connus; mais 
il importe d'établir la distinction entre le typhus et la péripneu- 
monie gangreneuse qu’il nomme fiéore pneumo-gastrique , d'autant 
plus que les mêmes causes occasionelles semblent capables de pro- 
duire ces deux maladies. 

Dans la dernière , on ne voit pas dès le principe cet écoulement 
de matières ichoreuses par le nez et par les yeux ; ce n’est que vers 
la fin qu'un écoulement mêlé de sang a lieu par les naseaux. Sa 
marche est plus lente (15 à 30 jours), plus continue , et ne pré- 
sente aucune période distincte. La diarrhée n’a pas toujours lieu , 
et n'est jamais combinée avec la dyssenterie. Enfin , les symptômes 
principaux et les lésions se montrent également dans les appareils 
pulmonaire et digestif; tandis que, dans le typhus, les poumons, 
le foie , la rate et les reins ne présentent ordinairement aucune 
altération , si ce n’est accidentellement. C’est alors ce que Leroi 
appelle une combinaison de maladie locale. 

En résumé, le typhus est une maladie étrangère, non enzoolique, 
ni épizootique dans nos pays : elle y est seulement contagieuse ; 
mais d'une contagion propre et tellement différente de celle qu'on 
observe quelquefois dans nos maladies épizootiques, que ce grand 
caractère seul , indépendamment de son origine, aurait dû suffire 
pour la distinguer de toutes celles auxquelles on a voulu la comparer. 

Ici se présente , pour terminer , une sage réflexion de Paulet : 
« Tant que l’on croira (dit-il) que la science des mots est celle 
« de l'art; tant que l’on s'imaginera devoir classer les maladies à 
« raison de leur siége ou d'un symptôme particulier, au lieu de 
« considérer l’ensemble de leurs caractères et la cause qui les pro- 
« duit, on en fera 3 et plus d’une seule , comme en 1711. Ce que 
« Rammazini appellera une pelite vérole , sera une dyssenterie pour 
« Seroëckius, pour Lancisi une peste nerveuse. De là, confusion 
« dans les mots et dans les choses. » 

IL aurait pu ajouter, s'il eût prévu ce qui arrive aujourd'hui : 
ou bien, de plusieurs maladies on n’en fera plus qu'une ; ce qui 
est aussi funeste aux intérêts de l'art. 


74 TYPHUS CONTAGIEUX 
NOTE 2°. 


« Si je ne cite pas de faits contradictoires sur la contagion , c'est 
que je ne les ai pas vus moi-même. » 


_Ges faits , où les puiser? dans les auteurs qui, pour la plupart, 
se sont copiés les uns les autres , ou les ont acceptés tels quels de 
ceux qui les racontent ! Ces auteurs sont presque tous des médecins 
ou des académiciens les plus distingués de l'époque. « Jamaïs (dit 
Paulet) on ne fit tant d'honneur aux animaux. » Mais étrangers à 
la pratique vétérinaire , enlevés à leurs habitudes pour aller étudier 
au loin et dans une grande étendue de pays les maladies des bes- 
liaux , ils ont dû voir beaucoup de choses trop rapidement et s’en 
rapporter souvent à des récits qui portent l'empreinte des préjugés 
de l'époque. 

On est étonné , à bon droit, de les voir transporter dans la 
pharmacie des étables, des formules de médicaments qui figureraient 
mieux sur la table parfumée d’une petite maîtresse : les erèmes 
d'avoine , les émulsions d'amandes, les pruneaux, les raisins d'Es- 
pagne , les figues , Le miel rosat, etc. 

Les causes de ces maladies, ils les rapportent tantôt à une 
éclipse , une comète, tantôt à une grande quantité de cigales , de 
sauterelles , de chenilles , de reptiles venimeux , etc. , à des éga- 
gropiles, ou à la piqüre des frelons qui se seraient nourris de la 
chair des malades les années précédentes. (Épiz. de 1711 et 1712.) 

Dans leurs descriptions souvent incomplètes ou inexactes , sous 
des noms qui varient selon les temps et l'opinion des auteurs, il 
n’est pas toujours facile de reconnaître ces maladies que d’autres 
auteurs confondent sous la dénomination commune de maladie 
contagieuse , peste , épizootie, ete. ; ce qui fait que , croyant à une 
seule contagion , ils citent toujours les mêmes faits et prescrivent 
les mesures préservatrices , quoique leur mode de communication 
soit très différent. 

Quelqu'un élève-t-il des doutes sur la contagion du typhus , par 
exemple? Ils ne manquent pas de citer des faits pris dans la peste de 
homme : l'inoculation du charbon , ou le passage de la maladie 


dans une autre contrée , ou à toutes les espèces, les sangliers , les 
oies , les lapins, etc. 


DES BÊTES A CORNES. 75 

Mais il y aurait quelque témérité , à moi obscur vétérinaire, de 
porter un jugement sur les écrits d'hommes aussi recommandables 
que les Lancisi, Rammazini, les Scroëckius, Cothénius, les Vicq- 
d'Air, les Paulet , ete. ; je les laisse parler eux-mêmes. 

Le célèbre Vallisneri, après avoir énoncé l'opinion, que ce sont 
des vêtements qu’on devait brûler et qu’on aurait repris sans pré- 
caution , l’année suivante , qui donnèrent lieu au retour de la maladie 
dans le territoire de Padoue (1711 et 1712), ajoute ces paroles 
remarquables , dit Paulet, et pleines de modestie : « Je mets l'hy- 
pothèse des virus pestilentiels au rang des choses probables ; mais 
comme nous autres médecins (à parler entre nous) jouons à qui 
devinera le mieux dans la recherche des causes des maladies , il 
nous faut d’autres preuves avant d'établir une opinion comme 
évidente. » 

Vieq-d’Azir, et c’est aussi l'opinion de M. Leroi, pense « que 
les écrits de Lancisi, Rammazini et Fracastor ont servi de source 
et de base à la majeure partie des ouvrages qui, à des époques 
postérieures , traitèrent du typhus. » 

« Il est remarquable (dit Leroi) que , dans l’épizootie de 1740 
à 1750 , aucun auteur ne fait mention des exanthêmes , si ce n’est 
dans de rares exceptions ; et la différence que présente sous ce 
rapport la description d'une même maladie qui , à la même époque 
ou à peu de distance , se montra dans toute l'Italie (1711 et 1712), 
fait supposer que les deux grands médecins , qui en firent l'histoire, 
s'en sont rapporlés souvent à des relations inexactes plutôt qu’à 
leur propre observation. » 

Buniva s'exprime à peu près de la même manière à l'égard de 
Vicq-d’Azir à qui il accorde une grande finesse de tact et d’obser- 
vation. « Mais (dit-il) ce n’est pas tout, pour un médecin , que 
d'acquérir les connaissances des vétérinaires , il faut se familiariser 
avec eux et avec les paysans , fréquenter habituellement les étables , 
en un mot, faire toutes les fonctions du vétérinaire ; sans cela, le 
médecin s'expose à beaucoup de méprises, et ce demi-collaborateur 
pourrait bien n’offrir, en place de l’observaiion!, que des élucubra- 
tions infidèles. » 

Ces témoignages peuvent être facilement appuyés de beaucoup 
d'exemples qui jettent, au moins, du doute sur les faits dont se 
compose l'histoire de la contagion. Assez d’autres ont répété et recopié 


76 TYPHUS CONTAGIEUX 


ceux qui établissent cette propriété du typhus; je ne m'attacherai 
qu'aux premiers , et je vais les puiser aux mêmes sources. 

En première ligne , il faut placer ces quantités d'animaux qui ont 
été préservés de la maladie par des moyens insignifiants bien jugés 
aujourd'hui. Pour qu'on ait pu croire à leur efficacité , il faut sup- 
poser, quoiqu'on ne le dise pas, que ces animaux avaient été exposés 
à la contagion comme ceux qui en furent atteints, et alors il en résulte 
deux choses : ou la maladie n’est pas toujours contagieuse et de la 
même manière, ou bien ces animaux en ont été réellement pré- 
servés , mais par toute autre cause, sans doute l'isolement. 

En 1745, tout un village du Bourbonnais (Bazu-la-Forêt) fut 
préservé par des sétons ou orties , des mastigadours, ete. L'efficacité 
de ce moyen fut si authentiquement reconnu , que le Parlement de 
Rouen le publia, à la suite d'un arrêt du 47 mars 1745. 

D'autres fois, on attribua la même faculté à l'usage du sel. Lors 
de l'épizootie de 1770 , Needham dit qu'on amena en Hollande des 
bœufs hongrois qui furent placés impunément au milieu des ma- 
lades : ce qui était dû au sel dont ces animaux font un grand usage 
dans leur pays. Cependant , ajoute-t-on , la maladie était 
très contagieuse , puisqu'elle pénétra en France par la Flandre; et 
l'École vétérinaire d’Alfort prescrivit les mesures préservatrices 
qu'on met en usage dans le cas de typhus contagieux. Cette maladie 
paraît être une angine gangreneuse. 

Le marquis de Curtivron tenta inutilement de donner le typhus 
à deux jeunes bêles , en les recouvrant de deux cuirs frais pro- 
venant d'animaux morts de cette maladie. Les mêmes expériences, 
répétées par Vicq-d'Azir à quatre reprises différentes sur 8 vaches, 
eurent le même résullat; tandis qu'en France et en Piémont, on 
crut l'avoir inoculée en plaçant sur Le dos d'animaux sains les habits 
de personnes qui avaient donné des soins aux malades. Il est vrai 
que de 6 bêtes sur lesquelles on tenta cette expérience , 3 seulement 
tombèrent malades. En lialie, on fit avouer à un maréchal qu'il 
avait plusieurs fois donné la maladie par des attouchements ; enfin 
On & pu croire, disent les auteurs, qu'un vétérinaire de Pianezza 
l'avait transmise par ses lancettes. 

Comme lous ces faits sont vagues ! Tous les vétérinaires n'avaient- 
ils pas des laneeltes et des habits? ne faisaient-ils pas des attou- 
chements comme ce maréchal ? 


DES BÊTES À CORNES. 11 

A Îs-sur-Tille, 6 vaches maigres, qui ne furent jamais séparées des 
autres, ne furent point atteintes de la maladie (1746). Dans la 
Basse-Saxe , se reproduit un fait semblable cité par le docteur Even : 
les animaux faibles et maigres, vivant avec les malades dans les 
mêmes pâturages, ne contractèrent point la maladie. 

Enfin , Barberet a fait boire de l’eau mêlée à la matière des 
écoulements pestilentiels ; il a fait respirer l'air qui avait été ren- 
fermé dans le même vase. Cette eau , il l’introduisit dans le rectum , 
et il en lava plusieurs fois des plaies faites à dessin : le tout 
sans effet, 

: À eôté de ces exemples qui seraient sans doute plus nombreux , 
si les auteurs, moins prévenus par l’idée de la contagion absolue , 
avaient pu les remarquer et surtout les rapporter, nous pouvons 
citer des exemples de contagion , mais tellement exagérés, qu’ils 
pourraient servir de preuves contraires. 

Tout le monde connaît l'histoire du fameux bœuf Poromée venant 
de la Hongrie , et qui a emprunté son nom au propriétaire de l'étable 
où il fut recueilli en 1711. C’est à ce bœuf que le célèbre médeein 
Cothenius attribue toutes les contagions qui se sont montrées de- 
puis cette époque, malgré les longues interruptions qui les séparent. 

On a prétendu que l’épizootie de 1745 fut introduite dans la 
commune de Mortara par un ruisseau où des bêtes malades s’é- 
taient désaltérées; à Sommariva, par des bœufs qui léchèrent une 
corde qui avait servi à tirer le cadavre d’une bête morte de la ma- 
ladie; et ce qui est plus extraordinaire , dans la commune d’'Acqui, 
par du foin qui se trouvait près des écuries où la maladie avait 
régné , et que des proprictaires achetèrent à vil prix. 

Le marquis de Curtivron , déjà eité , fait arriver en France 
l'épizootie de 1743 par le Rhin avec l'armée du roi, revenant de 
la Bavière ; et Paulet assure que cette maladie, qui se continuait 
en 1745, existait déjà en 1742 dans la Lorraine et les Vosges où 
elle fut décrite par Bagard. 

A une autre époque , on attribua aussi l'épizootie de 1711 à une 
maladie semblable qui n’éclata qu'en 1712. 

On trouvera tous ces faits dans l'histoire des épizooties de Paulet 
que tous les auteurs modernes ont recopié ; on y remarque le sui- 
vant qui n’est pas moins singulier : « Une femme venait de donner 
un remède à une vache malade ; elle retire son bras de la bouche; 


718 TYPHUS CONTAGIEUX 


et le porte humide de bave sur le sein d’une jeune fille qui lui 
avait désobéi : celle-ci meurt du charbon. » On ne dit pas ce qui 
arriva à la vieille, et personne ne le demande ; on rapporte le fait 
tel quel, sans réflexions , eomme une chose toute naturelle. 

À ces exagéralions, nous pouvons ajouter la confusion faite par 
les auteurs de toutes les maladies contagieuses en une seule , ayant 
même faculté de propagation. 

C’est ainsi que l’École d’Alfort , en 1770 , proposa pour la ma- 
ladie qui régnait alors (angine gangreneuse) un plan de mesures 
préservatrices, qui fut appliqué sans modification (en 1711 , arrêt 
du Conseil-d’État du 13 mars) à la maladie décrite par Dufot, et 
qui paraît être le typhus ; car, suivant cet auteur , elle était conta- 
gieuse dans toute la force du terme. Ce plan, pour le dire en pas- 
sant, n'empêcha pas la maladie de continuer ses ravages en 1773. 

Dans l’épizootie charbonneuse décrite par Audouin de Chaïgne- 
brun , et celle de la Finlande par Hartman, on voit encore les 
mêmes idées sur la contagion et les mêmes mesures employées. 
On alla même jusqu’à donner l’ordre de saisir une peau qu’un curé 
s’obstinait à garder , et de brûler non seulement la peau , mais 
encore la maison où elle avait été préparée et même le presbytère !!! 
C'était porter loin la prévoyance. 

Nicolau regarde la contagion de l’épizootie de La Rochelle comme 
fort douteuse, et Paulet se croit en droit de répliquer que cette 
faculté de se communiquer quand même on ne pourrait pas la dé- 
montrer, il faut toujours la supposer, surtout lorqu’il est prouvé 
qu'elle a existé dans des cas semblables. Il y a, dit-il ailleurs, des 
contagions qui se'communiquent à plusieurs espèces; mais il est 
vrai que les symptômes de la maladie sont rarement les mêmes. 

Ces mêmes lois qui s'appliquent indistinclement à toutes les 
contagions, on les laisse subsister aujourd'hui, quoiqu'on sache 
très bien que chaque maladie a sa contagion propre. 

Quand j'exercais les fonctions de vétérinaire en chef d'un dé- 
partement, je fus envoyé par le Préfet pour étudier une maladie 
contagieuse qui s’était montrée dans plusieurs communes : c'était 
une fièvre charbonneuse très limitée. À cette occasion, le Maire, 
ancien notaire et possédant en cette qualité tous les réglements 
publics sur la matière, avait développé tout l'appareil des me- 
sures usitées dans les grandes contagions : des poteaux étaient plan- 


DES BÊTES A CORNES. 79 


tés à tous les confins de la commune; des affiches avaient été 
placardées partout et envoyées dans toutes les communes voisines , 
les foires et marchés étaient suspendus. Heureusement ce maire 
n’avait point de troupes à sa disposition; il n'aurait pas manqué de 
faire cerner la commune, barrer toutes les avenues, et peut-être 
même de faire assommer tous les chiens , les poules et les lapins du 
canton. Qui aurait pu le blâmer de cet excès de zèle? les lois l'y 
autorisaient , lui en faisaient un devoir. 

A mon arrivée, les habitants étaient dans une grande conster- 
nation. Je les rassurai, ainsi que le maire, sur les dangers de cette 
maladie qui tenait à des causes purement locales , et qui sévissait cà 
et là dans quelques élables et sur des individus isolés. C'était dans 
les grandes chaleurs de l'été ; une petite rivière presqu’à sec, la 
seule qui existât pour l’abreuvage des animaux, avait été barrée et 
formait une marre dans laquelle on avait jeté de la coque du 
Levant pour empoisonner les poissons. Précédemment ses inon- 
dations avaient couvert les prairies les plus basses. 


Le cours de la rivière fut rétabli, des mesures hygiéniques indi- 
quées , les chaleurs cessèrent et avec elles le grand fléau et la peur 


qu'avait inspirée le formidable appareil de mesures déployées par 
le zélé magistrat. 


Je voudrais citer aussi des faits qui attestent par quelles voies 
s’établissent les contagions; mais ceux-ci sont aussi vagues que 
les précédents. 


« Malgré tout ce qu’on a écrit et répété à cet égard, dit Paulet, on 
ne citerait pas une seule observation bien faite et assez concluante 
pour prouver que ces maladies se propagent par la voie de l'air. 
Au contraire , on voit souvent dans le même village , dans la même 
cour , une étable infectée et l’autre intacte, et dans une nom- 
breuse écurie quelques malades seulement; de sorte qu’il faudra 
réduire la contagion au seul malade et aux humeurs qui s’en 
échappent. » 

C’est aussi le sentiment de Vicq-d’Azir, que les animaux ne 
peuvent contracter le typhus que par la voie de la déglutition; d’où 
il résulte qu'un animal, qui n’est pas blessé et qui s’infecte , a avalé 
le principe de sa maladie. Cette matière étant déposée sur quelques 
corps, on conçoit , en effet, avec quelle facilité un bœuf peut se 


80 TYPHUS CONTAGIEUX 


l'approprier avec son mufle et ses lèvres humides , et sa tête mobile 
qu'il promène en tous sens. 

M. de Gasparin émet la même opinion sur la contagion de la cla- 
velée. M. de Berg, au contraire , croit qu’une étable placée sous le 
vent sera nécessairement infectée jusqu'à 200 pas de celle où règne 
la maladie ; mais ce qui est singulier après une telle opinion , c’est 
que la contagion est arrêtée , dit-il, quand les animaux sont sépa- 
rés par des eloisons qui s'élèvent seulement un peu au-dessus d'eux; 
laissant une libre circulation à l'air dans les parties supérieures de 
l'étable. IL s’est assuré de ce fait, qui a dû lui paraître bien extraor- 
dinaire ; du moins je le juge tel. 

Peut-être en est-il de la contagion du typhus comme de celle du 
choléra. La Commission des médecins de Lyon , envoyée pour étu- 
dier cette maladie à Paris, a fait les remarques suivantes : 1° que 
les communes placées sous le vent de Paris ont été les plus mal 
traitées ; 2° que la cause matérielle de l'infection agit en raison de 
sa quantité , aidée de certaines circonstances qui favorisent sa pro- 
pagation : tel est l’entassement dans les lieux bas et humides, ce 
qui explique pourquoi l'on peut toucher sans danger des malades 
isolés , et comment, dans quelques cas, les cordons sanitaires ont 
élé impuissants pour arrêter les progrès de la maladie. 

Je ne puis mieux terminer cette note que par cette réflexion de 
M. de Gasparin : « Jusqu'à ce jour les maladies contagieuses des 
animaux n’ont pas été assez étudiées ; elles portent peut-être en elles 
les caractères de contagion et de non-contagion , selon les cireon- 
stances , les climats et les prédispositions. » 

Ainsi, on ne rencontre partout dans les faits que contradiction ;, 
incertitude ou confusion : voilà les bases de la législation actuelle, 


NOTE 3€, 


Cordons sanitaires , emploi des troupes. 


On cite l'exemple de quelques pays préservés de l’épizootie par 
celte défense à main-armée , surtout en Italie ; on peut en trouver 
beaucoup d’autres dans lesquels ces mesures se sont montrées in- 
suffisantes ou inutiles. Comment auraient-elles arrêté le typhus 
de 1745 , s’il est vrai qu'il fut apporté dans les provinces méridio- 


DES BÊTES A CORNES. 81 


nales de la France par des euirs débarqués à Bayonne , venant de 
la Zélande ? Si la maladie est aussi contagieuse qu’on le dit, opposez 
donc à l'air un rempart de baïonnettes; à un chien, à une poule, 
le qu? vive d’une sentinelle ? 

En 1711-1712, malgré les mesures prises du côté du Piémont , 
on ne put empêcher la maladie de pénétrer en France. Toute la vi- 
gilance des magistrats de Turin ne put faire que la maladie de 1735 
s’éteignît avant 1739. Celle de la Swabe, apparaissant en 1743 , se 
continue jusqu'en 1745. Celle de 1771 se réveille avec une nou- 
velle fureur en 1773 ; enfin , le fameux typhus de 1740 ne s'arrête 
qu'après dix ans de ravages par toute l’Europe, ete. 

L'adoption de l’assommement n'est-il pas encore une preuve de 
l'inefficacité des autres mesures préservatrices ? Et pourtant que 
pourrait-on ajouter de précautions rigoureuses à cette ordonnance 
du roi (1739), qui défend tout commerce de bestiaux et autres 
marchandises avec les pays infectés; qui preserit de faire rétrogra- 
der comme suspects , sur toute la frontière , les commerçants, voi- 
turiers , voyageurs, passagers ou aulres qui ne seraient pas munis 
de certificats de santé attestant que les pays d’où ils proviennent ou 
qu'ils ont traversés , eux et leurs marchandises , n'étaient pas atta- 
qués par la maladie ; ladite ordonnance ne faisant exception qu’en 
faveur des officiers qui ont fait la dernière campagne en Hongrie , 
pourvu toutefois qu'ils constatent, par un certificat authentique, 
qu'ils ont fait depuis cette époque une quarantaine en pays non 
suspects? — ( Ordonnance du roi du 6 janvier 1739). 

D'autres faits prouvent qu’on s’est souvent garanti de la conta- 

gion par l'observation rigoureuse du seul isolement. On lit dans une 
lettre de Rosing , que dans la Westphalie , du côté de Munster (en 
1774), on ne vit point la maladie attaquer des villages entiers , 
mais seulement quelques maisons çà et là.« C’est(dit-il) que les ha- 
bitants de ce pays sont très propres; ils lavent et nettoient soigneu- 
sement leurs étables chaque jour, et font prendre l'air à leurs 
animaux. » 
: Dans la maladie de 1745-1746 , les villages de Curtivron, de 
Tarsul , de Moley , dans la Bourgogne , n’eurent aucun malade; on 
l'attribua à leur éloignement des grandes routes et aux précautions 
recommandées par le marquis de Curtivron , pour éviter toute com- 
munication avec les villages infectés. 


82 TYPHUS CONTAGIEUX 


Lors de la dernière apparition du typhus en France (1814-1815), 
on vit aussi la maladie suivre la marche des troupes alliées. À quel- 
ques exceptions près , les parties de la France qui n’eurent point de 
communiealion directe avec elles en furent préservées : tout le lit- 
toral de la Loire, isolé en quelque sorte par l'occupation de l’armée 
française , etc. 19° 

Enfin , on peut, je crois , faire honneur à l'isolement de ce grand 
nombre d'animaux préservés dans tous les temps , bien plus sûre- 
ment par celte mesure que par les orties , les mastigadours et au- 
tres prétendus préservatifs. 


NOTE 4€, 
Assommement , occision générale des malades et des suspects. 


Les partisans de cette mesure se fondent : 1° sur l'impossibilité 
d'empêcher les communications, malgré la sévérité des mesures pre- 
serites pour l'isolement; 2° sur l’avidité et l'imprudence des cultiva- 
teurs qui propagent la maladie par la vente des animaux malades et 
de leurs peaux, ou qui cachent ces animaux et ne les déclarent qu’à 
la dernière extrémité , extorquant ainsi l'indemnité que le gouver- 
nement destinait aux honnêtes gens; 3° sur la difficulté d'obtenir 
d'eux les précautions nécessaires pour le traitement et la désinfee- 
tion dans ces temps de malheur, où ils sont exposés sans défenses 
à la séduction des empiriques et de tous les guérisseurs ; 4° enfin, 
sur l'inefficacité même du traitement. 

On n’a done pas voulu voir que presque toutes les raisons, sur 
lesquelles on fonde la nécessité de cette mesure, peuvent être tour- 
nées contr'elle. 

En effet, Buniva , l’un. de ses plus ardents partisans, se voit forcé 
de convenir que d’abord cette opération ne marcha pas très bien ; 
parce que les experts feignaient de ne pas reconnaître la maladie , 
et administraient des remèdes en secret. D’un autre côté, les ani- 
maux n'étaient pas strictement séquestrés ; ce qui fit qu’en 17174 , 
dans le Hainaut , on assomma long-temps et inutilement. 

Pour assurer le succès de cette opération, il veut qu’on sévisse 
contre quiconque s'oppose à la désinfection ou {a néglige ; contre 
les experts et les propriétaires qui administreraient des remèdes aux 


DES BÈTES A CORNES. 83 


malades. 11 ne propose rien moins que de tuer et enterrer tous les 
lapins du canton, tous les chiens et les chats des maisons infectées 
(pourquoi pas les autres ? ), d'empêcher tous les animaux de sortir. 
« Des officiers , dit-il , y veilleront. » Il va jusqu'à faire appel aux 
évèques et à tous les ministres des autels, pour qu'ils disposent le 
peuple à la résignation. 

« Qu'on se garde ( dit Vieq-d'Azir) d’une loi aussi sévère , si l'on 
« n'a pas le courage de la faire.exécuter partout et en même temps. 
« Au lieu d’un projet utile , on exercerait une suite de vexations 
«aussi onéreuses à l'État qu'à charge aux particuliers. Il faut re- 
æ courir à la force-armée et à la troupe de ligne. Dans les Pays-Bas, 
« on employa des magistrats distingués par leurs lumières et leur 
« crédit, Enfin, si ce moyen n'avait pas tout le succès possible la 
« première fois , il faudrait y revenir sans se lasser , sans se décou- 
« rager. » 

Selon la remarque de Brugnone, il paraît prouvé par l'expérience 
que l’assommement n'abrége pas la durée des maladies contagieuses, 
et il est probable qu’on a altribué souvent à son efficacité la cessa- 
tion d'une maladie qui tirait à sa fin d’après la loi générale de leur 
décroissement, après un temps plus ou moins long. En effet, l'Italie, 
où l'on n'a jamais pratiqué celte opération , n’a pas plus souffert du 
typhus que les pays où cette mesure fut adoptée. La contagion de 
1814 s'éteignit naturellement en France , après une durée de 
deux ans. 


Ainsi , pour ce qui précède , indépendamment des dépenses énor- 
mes qu'elle occasiona , la mesure de l'assommement en masse est 
jugée sans appel. Elle diminue , à la vérité , les causes de la conta- 
gion; mais elle ne les atteint pas toutes. Elle ne dispense pas des 
autres mesures de précaution pour l'isolement des besliaux et la dés- 
infection. Des animaux sont sacrifiés, qui auraient pu guérir par 
les efforts de la nature ou par l’art, et d’autres (les suspeets) qui 
n'auraient peut-être jamais été infectés. Enfin , il serait possible que 
dans le principe on l'appliquât à une maladie qui ne serait pas 
contagieuse. 

Dans tous les cas , on exige pour cette opération une surveillance 
si active et des moyens tellement austères , que ,transporiés, s'ils 
étaient encore applicables , à la mesure moins onéreuse de l’isole- 


M 6 


84 TYPHUS CONTAGIEUX 


ment , ils préviendraient toutes les difficultés qu'on lui suppose et 
suffiraient pour la rendre tout-à-fait efficace. 

Pour ne rien oublier d'important , je résume ici les résultats de 
l'inoculation , autre mesure vantée comme préservatrice : 

41° Elle n’a paru utile que sur les veaux nés de vaches qui avaient 
guéri du typhus contracté par elles avant de devenir mères , sans 
doute parce que la maladie spontanée eût été ee eux très bénigne, 
ainsi que la remarque en a été faite ; 

2° La maladie inoculée est, en général , aussi meurtrière que celle 
qui résulte de la contagion ; et, dans quelques circonstances, elle 
a fait plus de victimes ; 

3° Elle multiplie les foyers de contagion, et perpétue la maladie 
en la rendant, en quelque sorte ; enzootique comme en Hol- 
lande , ete. 


NOTE ˰. 
Usage des viandes , moyens d'utiliser les peaux. 


Il y a peu de choses sur l'usage des viandes dans les anciens au- 
teurs , sinon des observations exagérées et contredites par celles de 
nos jours. Pour prouver le danger de l’usage des viandes dans les 
temps d'épizooties , ils prennent leurs exemples tantôt dans le char- 
bon, tantôt dans le typhus, les affections gangreneuses , ete. Les 
chiens qui s’en nourrissent, ils les font périr de la rage (Basse-Hon- 
grie , fait rapporté par Barberet), ou de toute autre maladie qu’on 
ne désigne pas. 

En voici de plus positifs : À l’occasion d’une dyssenterie qui ré- 
gnait en 1759 , et qu’on attribua à l'usage de la viande de quelques 
bœufs venus de Hongrie, il y eut une querelle entre le peuple et 
les bouchers ; et le sénat de Venise défendit, sous peine de mort, 
de vendre du bœuf, du lait et du fromage. Pendant la maladie de 
1745 , une diarrhée dyssentérique se montra aussi sur les soldats 
du régiment Royal-Bavière, qui mangèrent de la viande des ani- 
maux infectés ; on ne dit pas que cette maladie existât dans le peu- 
ple, qui, sans doute, en avait aussi fait usage. Ajoutons à cela 
quelques accidents très limités, la diarrhée , produite par le lait de 
quelques vaches malades. (Gohier.) 


DES BÊTES A CORNES. 8) 


Les faits observés de nos jours par des autorités connues de nous 
me semblent mériter plus de confiance. On sait qu'en France et en 
Italie, pendant l'épizootie de 1814 , des armées entières, de nom- 
breuses populations, même les malades des hôpitaux, en ont fait 
usage impunément pendant plusieurs mois. ( Huzard.) 

Les affections charbonneuses sporadiques et enzootiques ne sont 
pas rares en France; il n’y a pas d'années qu'il ne s’en montre 
dans plusieurs localités. A part quelques accidents d'inoculation 
par imprudence, on ne cite pas de maladies produiles par l'usage de 
ces viandes. 

Mais pour ne parler que de la maladie qui nous occupe (le ty- 
phus), la question a été résolue en 1814. Cette viande est sans doute 
une mauvaise alimentation , une nourriture peu substantielle ; mais 
elle est sans danger pour l'homme qui en fait usage. Et, si l'on con- 
serve les réglements faits à ce sujet, que ce soit parce qu’on ignore 
encore si cette viande ne serait pas.une des causes nombreuses de 
là propagation du typhus; ce qui détruirait l'efficacité des mesures 
d'isolement. 

Plus tard , avec les progrès rapides de l’industrie , il se formera , 
sans doute , sur plusieurs points de la France, des établissements 
semblables à celui de M. Payen, à Paris ; alors les animaux morts 
transportés avec précaution, et ceux qui seraient abaltus, pourront 
leur être livrés sous certaines conditions. Il n’est pas douteux qu’un 
animal , transformé en quelques heures , par le feu et la vapeur , 
en différents produits chimiques ou agricoles , doit être incapable de 
propager la maladie. 

Quant aux suspects, ils peuvent très bien être employés à la 
consommation , mais sur les lieux, avec les précautions connues : 
1° un certificat de santé sera délivré par le vétérinaire et légalisé 
par l'Autorité; 2° le boucher n’entrera pas dans l’étable , l'animal 
sera tué dans les 24 heures et sa peau portée à la désinfection. 

Dans un cas d’abattage limité comme celui que nous avons sup- 
posé , nous avons dit qu’il serait prudent d’enterrer les peaux tail- 
ladées , cette perte étant minime. Mais , dans toute autre circon- 
stance , elles doivent être utilisées ; tous les auteurs sont d'accord 
sur ce point : Vicq-d’Azir , Guersent , Hurtrel-d'Arboval , etc. 

L'expérience démontre, en effet , que lavées et passées à Ja chaux 
immédiatement après le dépouillement des animaux , et ensuile au 


86 TYPHUS CONTAGIEUX 


tannage , elles perdent la faculté de transmettre la maladie ; mais il 
faut que cette opération soit fidèlement exécutée , et elle ne peut 
l'être que par des personnes à qui cette entreprise sera concédée 
sous certaines conditions, et sous la surveillance de l'Autorité ou 
de ses délégués. (Écarrisseurs autorisés par l’art. 9 de l'arrêt du 16 
juillet 1784.) Le recensement et les marques qui indiquent le nom- 
bre des animaux morts donnent un moyen facile de s'assurer des 
soustractions, et les auteurs en seraient sévèrement punis. 


NoTE 6°. 


Désinfection des écuries , harnais et autres objets. 


Pendant le règne de la maladie, il est prudent, avons-nous dit , 
de pratiquer les fumigations, les lavages, l’aération des étables, ete.; 
ces mesures ne sont pas moins uliles , quand la maladie a cessé. 


L 


Le miasme du typhus paraît avoir pour véhicules ordinaires les 
matières ichoreuses ou les mucosités qui s’échappent des naseaux , 
de la bouche et de l'intestin. Dans quelques circonstances, la bile , 
le lait, le sang et toutes les humeurs peuvent inoculer la maladie. 
Ces matières contagieuses peuvent-elles se répandre et se soutenir 
dans l'air pour être transportées à distance ? Les opinions sur cette 
question sont partagées ; peut-être cela n’a-t-il lieu que lorsqu'elles 
sont en masse, dans l'air humide, fournies par un grand nombre 
d'animaux, et non dans les conditions de l'isolement. Cetle remar- 
que a élé faile dans le choléra de Paris; ce qui explique l’inefficacité 
des cordons de troupe dans quelques cas. (apport de la Commis- 
sion des médecins de Lyon, déjà cité.) 

Dans le doute, il sera prudent de mettre en usage les fumiga- 
tions acides, celles de chlore, qui, si elles ne détruisent pas le 
miasme , ont loujours l'avantage de neutraliser les mauvaises odeurs 
et de renouveler l'air. 

Des expériences positives prouvent qu’en elfet les acides et les 
alcalis , même concentrés , ne détruisent pas cette propriété conta- 
gieuse ; aidés par l’action de l’eau et du feu , il se pourrait qu'ils 
produisissent cet effet. Quoi qu'il en soit, c’est un moyen de pro- 
preté et de dispersion des matières , qui, étendues , perdent bien 


DES BÊTES A CORNES. s7 
plus tôt leur funeste propriété que concentrées dans des lieux fermés 
où l'air se renouvelle mal. 

Il résulte des expériences de Vicq-d'Azir, Camper et Munichs 
sur l’inoculation , que les liquides animaux dans un vase fermé ont 
perdu leur action au bout de quatre jours ; qu'ils la conservent plus 
long-temps (quatorze jours) par un temps sec et froid, si le vase est 
privé d'air; et jusqu’à trois mois, sices matières sont en masse. 
(Sanie des cadavres dans leurs fosses.) L'air hâterait-il leur décom- 
position par son renouvellement ? c’est probable. Ces faits, examinés 
de nouveau , seraient d’un haut intérêt. 


On a remarqué que la contagion est moindre ou nulle pendant la 
convalescence : cela s'applique, sans doute , aussi au déclin ou 
époque de décroissance de la maladie ; mais malheureusement per- 
sonne n’a pensé à en faire l'observation. 


En attendant, comment faire concorder ces expériences et ces 
observalions avec les exemples de contagion si extraordinaires rap- 
portés successivement par tous les auteurs? Ce matelas qui commu- 
nique la peste au bout de 7 ans, ces habits , ces étoffes qui la con- 
servent aussi plusieurs années ; enfin, ces cordes qui , oubliées pen- 
dant 80 ans dans le coffre d’une église à Venise, renouvellent la 
peste et font périr 10,000 personnes. (Le sénateur Trincavel.) 


Si ces faits n’inspiraient pas quelques doutes , il ne faudrait plus 
croire à la possibilité d’une désinfection , et il faudrait craindre de 
regarnir jamais une étable dépeuplée par une maladie contagieuse. 
Heureusement cetle panique est restée dans les livres , et les auteurs 
modernes, les chimistes surtout (Serrulas) , pensent que l’eau est 
le grand dissolvant de tous les miasmes , et qu’une fois dispersées 
dans la masse atmosphérique , ces matières ne sont bientôt plus à 
craindre. 

On nettoiera donc à grands layages d’eau chaude, bouillante , 
acide ou alealine tous les objets qui ont pu être souillés par le con- 
tact des malades ou des malières qui s’en échappent : rateliers , 
mangeoires, voitures , harnais , habits de laine , ete. Les murs se- 
ront ensuite reblanchis , le sol ou le pavé retourné, ete. 

Toutes ces précautions prises et exécutées minutieusement , on 
peut, je crois, sans danger , repeupler les étables ; mais il serait 
mieux d'attendre que la maladie fût arrivée à son déclin, on qu'elle 


88 TYPHUS CONTAGIEUX 


eût entièrement disparu du pays. En attendant , les travaux seraient 
exécutés par des animaux d’une autre espèce. 


NOTE 7°. 
Traitement préservatif et curatif. 


Après les mesures d'isolement , de propreté et de désinfection, le 
meilleur préservatif , le plus sûr ést l'observation des règles de l'hy- 
giène : nourriture saine , sans profusion , travail léger , pansage ré- 
gulier , air pur , assainissement des habitations , etc. 

Tous les autres préservatifs sont jugés inutiles ou nuisibles : sai- 
gnées, sétons, purgatifs, mastigadours, etc. Un seul fait semblait les 
autoriser en théorie , c’est que les animaux les plus faibles et les 
plus maigres ont toujours été moins maltraités par la maladie; mais 
en quoi cette faiblesse constitutionnelle ressemble-t-elle à l'affai- 
blissement momentané et perturbateur que produisent les saignées , 
les sétons et autres évacuants ? Quoi qu'il en soit, l'expérience a 
prononcé, et l’on peut aujourd’hui regarder tous ces prétendus pré- 
servatifs comme insignifiants , sinon nuisibles. 

Tous les faits se réunissent aussi pour démontrer le peu de succès 
des divers traitements employés. Tous les agents pharmacologiques 
ont élé mis à contribution pour combattre cette maladie; mais on 
peut les ranger tous sous trois chefs principaux : 1° les traitements 
empiriques faits au hasard ; 2° ceux qui attaquent les symptômes 
d'après les souvenirs de l'expérience ou de l’analogie; 3° les traite- 
ments dits méthodiques ou rationnels , qui ont varié avec les doctrines 
médicales de l’époque : évaeuants, toniques , antiseptiques, anti- 
spasmodiques , antiphlogistiques ; etc. Tous ont échoué; c’est qu’au- 
cun agent, aucune doctrine n’a le pouvoir de combattre la variété 
d'accidents que présente une maladie aussi compliquée. 

Il en a été de même dans le‘choléra , cette affection de l'homme , 
d'origine étrangère comme le typhus ; et qui présente avec ce der- 
nier une grande analogie dans ses symptômes ; sa marche , sa con- 
tagion et ses lésions cadavériques. Il ne manque à cette ressem-— 
blance que la cyanose et les vomissements qui ne peuvent pas se 
montrer dans nos animaux. L'Académie royale de médecine confesse 
l'incertitude ou l'impuissance de tous les traitements proposés. — , 


DES BÊTES A CORNES. 89 


De nos jours, on a beaucoup vanté les bons résultats d’un traite- 
ment rationnel , basé sur la connaissance positive du siége et de la 
nature du typhus. Un seul exemple est rapporté , où je vois figurer 
un traitement bâtard qui proscrit généralement la saignée , indique 
les purgalifs huileux et salins , et dans lequel, après avoir affaibli 
le sujet par une diète rigoureuse , on ne craint pas d'en venir , pour 
relever ses forces , à l’acétate d’ammoniaque , aux toniques , etc. 


Si cetle médication a eu quelque succès, ne serait-ce pas, comme 
l'avoue son auteur , qu'on avait fait un choix de sujets en qui la 
maladie s’annoncçait par des phénomènes moins graves et moins 
alarmants , que les antiphlogistiques sont les moins perturbateurs de 
tous les agents , et laissent plus de latitude aux efforts de la nature? 
On remarquera aussi qu’en 1816 le typhus tirait vers son déclin. 


Cette impuissance de la médecine se révèlera toujours dans ces 
théories étroites, qui, sur la découverte de quelques signes et de 
certaines lésions , se prétendent en possession du secret de la na- 
ture, surtout dans ces maladies profondes qui minent tout l'organisme 
et épuisent rapidement toules les sources de la vie. Les exemples 
récents du typhus et du choléra en sont la preuve la plus évidente. 

Désormais, c'est dans les phénomènes nombreux de cette affec- 
tion avec ses accidents variés de symptômes, de causes , de lésions 
que nous devrons chercher de nouvelles indications qui , variées 
comme ces phénomènes eux-mêmes , devront être claires, faciles à 
remplir par des médicaments simples et peu coùûteux. Pour cela , il 
faudra abandonner ces énormes doses de substances exotiques qui 
ont si souvent ajouté aux pertes énormes causées par la maladie. 

Telle est aujourd’hui la tendance de la médecine , nous devrons y 
obéir. 


NOTE 6°. 
Législation actuelle relative aux maladies contagieuses des animaux. 


Depuis le commencement du siècle dernier jusqu’à 1815, il a 
paru sur cette matière 24 réglements , dont les principaux sont ceux 
du 10 avril 1714, 24 mars 1745, 19 juillet 1746, 10 octobre 
1774 , 30 janvier 1775 , 16 juillet 1784 , l'arrêté du Directoire du 
27 messidor an V, et l'ordonnance du roi du 27 janvier 1815. 


90 TYPHUS CONTAGIEUX 


La plupart de ces réglements prescrivent des mesures parlicu- 
lières appliquées à quelque localité et aux circonstances diverses 
dans lesquelles ils ont été rendus. 

Quant aux mesures générales applicables à tous les cas, elles sont 
répétées dans tous et surtout dans les plus modernes. Il serait donc 
tout-à-fait inutile de recopier les termes de tous ces arrêts, régle- 
ments ou ordonnances ; il me semble plus méthodique de montrer 
d’abord ia confusion et les nombreuses contradictions qui s’y ren- 
contrent, et d'en extraire ensuite les mesures générales qui peuvent 
encore être appliquées. 

Cette législation incohérente , comme nous le démontrerons tout 
à l'heure, est maintenue d’une manière générale par l’article 484 
du Code pénal, et plus spécialement par l’article 4° de l’ordon- 
nance du roi du 27 janvier 1815, qui en rappelle les principaux 
réglements. Mais il est bon de remarquer qu’elle a été, en quelque 
sorte, abrogée de fait; puisqu’à chaque circonstance qui se présente, 
on se croit obligé d'émettre un nouveau réglement sur la matière , 
soit pour rappeler les anciennes mesures, soit pour y en ajouter de 
nouvelles. 

Ainsi, cette vicille législation ne nous lie en aucune manière 
pour l’avenir. On peut dire qu’elle porte en soi sa condamnation 
comme inutile ou inefficace ; car, dans la plupart de ces arrêts , on 
lit, dans le préambule , ce considérant : « Le roi ayant été informé 
que la maladie épizootique qui régnait dans les États voisins a pénétré 
en France, où bien qu'elle y continue ses ravages , nonobstant les 
précaulions qui ont été prises par ses ordres pour en arrêter la cause 
ou diminuer ses progrès, ete.. elc. » 

Cependant il serait difficile de trouver des précautions plus mi- 
nulieuses et d'ajouter à la sévérité des mesures prescrites , soit par 
l'ordonnance du roi du 6 janvier 4739, pour arrêter la maladie à la 
frontière , soit par d'auires ordonnances pour prévenir ses ravages 
à l'intérieur; puisqu'après avoir ordonné l'assommement des dix 
premières bêtes malades par l'arrêt du 18 octobre 1774, celui du 
30 janvier 1775 , qui défend le traitement des malades permis par le 
Parlement de Toulouse , arrive, sans plus de succès, à l’occision 
générale , et, pour plus de sureté, confie l'exécution de ces mesures 
à la seule autorité militaire. £ 


On trouverait, sans doute, qu’il serait peu constitutionnel d’ap- 


DÉS BÊTES À CORNES. 91 
pliquer aujourd’hui l'ordonnance du 1€° novembre 1775, qui enjoint 
à tout officier , soldat ; cavalier ou dragon d’emprisonner ceux qui 
auraient résisté à leurs ordres. On peut recommander , comme me- 
sure de précaution , de ne laisser entrer dans les maisons , cours et 
étables où règne la maladie aucune bête à cornes, chevaux, cochons 
ou moutons ; et même les chiens; mais si l’on en fait l'objet d’une 
défense expresse, comme l’article 11 de l'arrêt du 31 janvier 1771, 
cette mesure peut paraître singulière. Quelle peine infligerait-on au 
propriétaire dont le chien aurait brisé sa chaîne ? 

Avant d'extraire de tous ces arrêts ce qui peut être bon à conser- 
ver , ne faudrait-il pas les mettre d'accord en faisant disparaître les 
contradictions qu'ils présentent ? 

S'agit-il de l'enfouissement des animaux morts ou abattus ? je 
demande quelle devra être la profondeur de la fosse. Sera-t-elle de 
3 pieds comme le veut l'arrêt du 16 avril 1714 , ou de 4 pieds selon 
le décret de l'Assemblée constituante du 6 octobre 1792, ou 10 pieds 
(arrêt du 16 juillet 1184) , ou 8 à 10 pieds (arrêts des 23 mars ct 
44 mars 1743-1745, ou 8 pieds (3 janvier ATT1 )? Est-il défendu 
de recouvrir les cadavres de chaux vive et de brûler les fumiers aux 
termes de ce dernier arrêt, ou le regarderai-je comme permis et or- 
donné par celui de 1743 (article 5)? 

Si, pour plus de sécurité, je préfère la plus grande profondeur 
des fosses , je pencherais , dans quelques circonstances , si le choix 
m'en était permis , pour la plus faible amende. Elles varient depuis 
20 livres, 100, 200, 300, jusqu'à 500 et 1,000 Liv. (16 janvier 
1714); et, dans tous les cas, je supprimerais la peine afflictive ; 
l'emprisonnement. 

Quant aux marques , je préfère le fer chaud (30 janvier 1771) au 
cachet de cire verte (16 juillet 1784). 

Mais est-il possible de laisser subsister aujourd'hui cet arrêt du 
16 juillet 1784, qui confond dans une même catégorie des maladies 
contagieuses aussi différentes que la morve, le charbon , la gale, 
la elavelée , le farcin et la rage ; et qui a pour base ce considérant : 
que la morve se perpétue par toutes sortes de voies , que l’écurie où 
un cheval qui en est atteint n’a fait que passer , les harnais et tout 
ce qui lui a servi, reçoivent et communiquent ce vice épidémique 
qui ne tarde pas à se développer , ele. , etc.? 

Au lieu de recopier sans fin ces éternels réglements, il me semble 


92 TYPHUS CONTAGIEUX 


qu'il est préférable de faire connaître leurs dispositions générales 
dans l’ordre du développement d’une maladie contagieuse , en rap- 
pelant les principaux arrêts qui les prescrivent. Ainsi, on aurait 
réunis tous les matériaux de l’ancienne législation, dans laquelle on 
pourrait puiser, pour de nouveaux réglements , les dispositions gé- 
nérales qui peuvent être appliquées dans certaines circonstances. 

1. Tout propriétaire ou détenteur d'animaux , à quel titre que ce 
soit, qui aura une ou plusieurs bêtes malades ou suspectes de mala- 
die contagieuse , est tenu , sous peine de 500 fr. d'amende, d’en 
avertir sur-le-champ le Maire de sa commune, qui les fera visiter 
par l'expert le plus voisin, ou par celui qui a été désigné par le dé- 
partement ou le canton. — (Arrêt du Parlement du 24 mars 1745. 
— Arrêt du Conseil-d'Etat du 19 juillet 1746 , article 3. —- Arrêt 
du 16 juillet 1784 , article \%, — Code pénal , article 459, — Dé- 
cret de l Assemblée constituante , 8 octobre 1191 , article 19.) 

Avant mème que le Maire ait répondu à cet avertissement, ce 
propriétaire , détenteur , etc. , devra tenir ces animaux renfermés , 
sous peine d'un emprisonnement de six jours à un mois , et d’une 
amende de 16 à 200 fr. — ( Code pénal , même article.) 

2. Lorsque, d’après le rapport de l'expert, il aura été constaté 
qu'une ou plusieurs bêtes sont atteintes ou suspectées d’une maladie 
contagieuse , le Maire en ordonnera la séquestration , afin d’'empê- 
cher qu’elles communiquent avec aucune autre. A cet effet , le pro- 
priétaire , etc. , Sera tenu de les nourrir dens des lieux renfermés , 
etil ne pourra, sous quelque prétexte que ce soit, les conduire dans 
les pâturages , ni aux abreuvoirs communs , sous peine de 100 fr. 
d'amende. — (Arrêt du Conseil-d'État du 19 juillet 1746 , art. 2. 
— Idem du 16 juillet 1784, art. 1er.) 

Si, de la communication mentionnée ci-dessus , il résulte une 
contagion pour les autres animaux , les contrevenants seront punis 
d'un emprisonnement de deux à cinq ans, et d’une amende de 100 
à 1,000 fr. , le tout sans préjudice de l'exécution des lois et régle- 
ments relatifs aux maladies épizootiques et de l'application des 
peines y portées. — (Code pénal, art. 461.) 

3. S'il s’agit d'un troupeau malade (bêtes à cornes, à laine ou 
pores) après la déclaration qui doit en être faite dans tous les cas 
et la visite, le Maire assignera sur le terrain de parcours ou de la 
vaine pâture ( si l’un et l'autre existent dans la commune ) un es- 


DES BÊTES A CORNES. 93 
pace où ce troupeau pourra pâturer exclusivement et le chemin 
qu'il devra parcourir pour se rendre au pâturage. Si ce n’est point 
un pays de parcours ou de vaine pâture, le propriétaire ne pourra 
sorlir son troupeau de son héritage. — (Décret de l'Assemblée 
constituante du 6 octobre 1T91 , titre 127, art. 19.) 

Dans le cas où le troupeau ne pourra être conduit au pâturage , 
il sera mis sous la garde d’un pasteur choisi par la communauté , 
lequel ne pourra conduire ce troupeau que dans le lieu qui lui aura 
été assigné, à peine de punition corporelle et de tous dommages 
et intérêts ,; dont la communauté demeurera responsable. — 
(Arrêt du Parlement du 24 mars 1743 , art. 1°.) 


Défenses sont faites aux communautés qui ont droit de parcours 
ou d'usage sur le territoire voisin, de l'exercer dès le moment 
qu'il y aura dans la communauté des bêtes atteintes de maladies 
contagieuses , à peine pour les habitants en contravention de ré- 
pondre solidairement de tous dommages et intérêts dont la commu- 
nauté demeurera responsable. — (Méme arrét, art. 2.) 


Le troupeau affecté de maladie contagieuse, qui sera rencontré 
sur les terres de parcours ou de la vaine pâture, autres que celles 
qui lui auront été assignées , et à plus forte raison partout ailleurs, 
pourra être saisi par le garde-champêtre et même par toute autre 
personne , et il sera conduit au lieu de depôt assigné par la muni- 
cipalité. 

Le maître de ce troupeau sera condamné à une amende de la 
valeur d’une journée de travail par tête de bêtes à laine et à une 
amende triple par tête d'autre bétail. — ( Décret de l'Assemblée 
constituante du 6 octobre 1791 , titre Il , art. 23.) 


4. Aussitôt que l'existence de. la maladie aura été constatée , le 
Maire en informera le sous-Préfet, celui-ci le Préfet et ainsi jus- 
qu'à l’Administration-Centrale. Des rapports devront constater le 
nombre des animaux malades , des morts , ete., etc. — (Arrét du 
19 juillet 1746.) 

5.En même temps, le Maire en instruira les propriétaires de sa 
commune par une affiche posée aux lieux où se placent les actes 
de l’Autorité publique. Ces affiches contiendront l’injonction aux 
propriétaires de déclarer le nombre des animaux malades qu'ils 
possèdent et leur signalement. Copies de ces actes seront envoyées 


94 TYPHUS CONTAGIEUX 


au sous-Préfet, de là au Préfet. ete. , ete. — (ÆArrét du 19 juillet 
1746 , art. 4.) 

Des signaux seront placés à la porte des maisons ou étables où 
règne la maladie, et aux principales avenues de la commune, qui 
devront être barrées. — (Arrêt du 30 janvier ATTA , art. 6.) 

6.Le Maire fera marquer sous ses yeux tous les animaux de la 
commune avec un fer chaud, représentant les lettres Met S, qui 
seront contremarqués de la lettre G , sur l'arrêté du Préfet, quand 
l'épizootie aura cessé.— (Arrêts du 19 juillet 746,16 juillet 1784.) 

Des poteaux , indiquant l'existence de la maladie , seront placés 
aux confins de la commune. — (19 juillet 1741 et A6 juillet 1784.) 

7. Défenses sont faites à tous vétérinaires, maréchaux , bergers ou 
autres de traiter aucun animal attaqué de maladie contagieuse , sans 
en avoir fait la déclaralion aux Autorités. — (16 juillet 1784, 
art. 4.) 

Afin d'éviter toute communication des pays infectés avec ceux 
qui ne le sont pas , le Maire ordonnera des visites dans les communes, 
afin de s'assurer qu'aucun animal n’en a été distrait. — (Arrêts du 
24 mars 1745116 juillet 1784.) 

Ces visites seront faites par les vétérinaires qui se feront accom- 
pagner par l'Autorité ou un officier public, à qui ils sont tenus de 
prêter leur ministère toutes les fois qu'ils en seront requis, comme 
aussi de se transporter dans les marchés publics, les écuries des 
maîtres de poste, entrepreneurs de messageries , loueurs de che- 
vaux et même des particuliers. — (16 juillet 1784 , art. 2 et 3.) 

À cet effet, il est défendu à toute personne de refuser aux vété- 
rinaires ainsi assistés, l'entrée de leurs étables ou écuries , d’ap- 
porter aueun obstacle à l'exercice de leurs fonctions. — (16 juillet 
1784 , art. 3.) | 

Ceux qui auront caché ou recélé un animal sain ou malade, lors 
des visites qui seront faites en exécution du présent arrêt, seront 
punis d’une amende de 500 fr. payable par corps , et sans pouvoir 
être modérée. — ( Arrêt du 18 octobre 1714, art. 6.) 

8. Si, au mépris de ces dispositions , un propriétaire, boucher , 
marchand ou tout autre, se permet de vendre ou acheter des bêtes 
marquées , alteintes ou suspeclées de maladies contagieuses , il sera 
puni d'une amende de 500 fr. 

Les propriétaires , ele. , qui feraient conduire ces animaux dans 


DES BÊTES A CORNES. 95 


les foires et marchés , ou dans tout autre lieu non infecté, seront 
responsables du fait de leurs conducteurs. — (Æ4rrét du 16 juillet 
1784, sant.5 et 6) 

Il est défendu aux hôteliers , cabaretiers , laboureurs ou autres, 
de recevoir dans leurs écuries ou étables aucun animal atteint ou 
soupconné de maladie contagieuse , sans en faire aussitôt la décla- 
ration. — ( Méme arrêt, art. T.) 

9. Tout fonctionnaire publie, et même les particuliers qui trou- 
veront dans les chemins, foires ou marchés un animal marqué de 
la lettre M, seront tenus de le faire conduire devant le juge-de-paix 
qui le fera tuer sur-le-champ en sa présence. — (Arrêt du 16 juillet 
1784, et arrét du Conseil-d'Etat du À9 juillet 1746.) 

10. Pourra l'Autorité commettre tel nombre d’écarrisseurs qui 
sera jugé convenable , lesquels seuls pourront faire l'enlèvement et 
l'écarrissage des animaux morts. 

Ces écarrisseurs ne pourront , sous peine d'être déchus de leur 
commission, d'amende ou de telle autre punition qu’il appartiendra, 
vendre e tdébiler aucune viande provenant de chevaux ou autres 
animaux qui auront été abattus pour être enterrés. — (Arrét du 16 
juillet 1784, art. 9.) 

11. Défense à toute personne de déterrer les animaux sous quel- 
que prétexte que ce soit, et aux tanneurs ou autres de vendre ou 
acheter les peaux des animaux affectés de maladies contagieuses , 
à peine de 300 liv. d'amende et même de punition corporelle. 
— (Arrét du Parlement du 24 mars 1143 , art. 6.) 

12. Cependant, comme il pourrait se trouver des bêtes saines 
dans un pays infecté , il sera permis aux propriélaires de les faire 
tuer chez eux, ou de les vendre aux bouchers aux conditions 
suivantes : 

1° L'expert aura constaté , par un certificat signé du Maire, 
qu'elles ne sont point atteintes de la maladie ; 

2° Le boucher n’entrera pas dans l’étable, et il sera tenu de 
tuer dans les 24 heures; 

3° Le proprictaire ne pourra s’en dessaisir , ni le boucher tuer , 
sous peine de 200 fr. d'amende, dont ils seront solidaires, sans la 
permission du Maire qui en fera mention dans ses états. — ( Arrét 
du 19 juillet 1746 , art. 8.) 

13. Tous les chiens d’un pays infecté seront tenus à l'attache , 


96 TYPHUS CONTAGIEUX DES BÈTES À CORNES. 


pendant le temps que durera la maladie. Ceux qui seraient trouvés 
divaguants seront tués sur-le-champ.— ( Loi sur la police rurale du 
19 juillet 1791.) 

14. Tout fonctionnaire publie, qui donnera des certificats ou 
attestations contraires à la vérité ,; sera condamné à 1,000 fr. 
d'amende et même poursuivi extraordinairement. — ( Arrêt du 24 
mars 1745, art. 14.) 

Dans tous les cas où des amendes auront été appliquées , aucun 
juge ne pourra les remeltre ou les modérer. Les jugements, qui 
interviendront en conséquence, seront exécutés par provision; et 
les délinquants, au surplus, seront soumis aux lois de la police 
correctionnelle. — (_Arrét du Parlement 1746 ; du Conseil 1746, 
art. 15; idem 1784 , art. 12.) 

15. Aussitôt qu’une bête sera morte d’une maladie contagieuse , 
au lieu de la traîner on la transportera à l'endroit où elle doit 
être enterrée , et qui sera au moins à 100 toises de toute habitation. 
Elle sera jetée seule dans une fosse de 10 pieds de profondeur avec 
sa peau tailladée. La terre sera foulée par-dessus et couverte d’é- 
pines et de pierres. 

Dans le cas où le propriétaire de la bête n’aurait pas la faculté 
d’en faire le transport , le Maire peut en requérir un autre , et même 
les manouvriers nécessaires , à peine de 50 fr. d'amende contre 
les refusants. Les voitures seront traînées par des animaux d'une 
autre espèce que celle attaquée, et les objets, qui auront servi à 
son usage, seront lavés à l'eau chaude et désinfectés par tous les 
moyens reconnus. 

Il est, en outre, défendu de jeter les animaux morts dans les 
rivières , les bois ou les voieries , de les enterrer dans les étables , 
cours ou jardins, à peine de 300 fr. d'amende et de tous dommages 
et intérêts. —(4rrét du Parlement de 1145 , art. 5; du Conseil de 
1784, art. 6.) 

16. Dans toutes ces circonstances , les contraventions aux ré- 
glements de police administrative seront punis d’une amende plus 
ou moins forte; mais le Code pénal peut les considérer comme 
des délits qui entraînent la police correctionnelle et l'emprison- 
nemenl. 


BSTRALITS 


DES 


PROCES-VERBAUX. 


Séance du 11 janvier 1839. — Présinence DE M. BoTTex. 


M. Thomas Dugas lit un rapport sur le Mémoire de M. Dralet, 
relatif aux propriétés du plâtre. Le fait dominant de ce Mémoire est 
l'opinion : que le plâtre agit plutôt sur le terrain que sur les feuilles 
des végétaux. 

M. Dupuits de Maconex pense que cet effet est loïn d’être prouvé. 
Il regarde le prompt effet du plâtre sur les légumineuses comme 
une conséquence du nombre et de la largeur de leurs feuilles qui 
arrêtent le gypse, avant qu’il arrive au sol. 

La Société accepte la proposition de M. Césaire Nivière, son 
correspondant , qui lui offre d'ouvrir , sous son patronage , un cours 
public et gratuit d'agriculture. Ce cours traitera spécialement des 
assolements , des engrais et de la comptabilité agricole. 

MM. Scipion Gras, ingénieur des mines, et Garnier , biblio- 
thécaire-adjoint de la ville d'Amiens , sont nommés correspondants. 

M. Jules Bourcier lit un rapport sur la filature d’un cocon du 
Phalæna Paphia faisant partie de ceux que la Bonite a rapportés 
«en France , et que M. le Ministre des travaux publics , de l’agri- 
culture et du commerce à confiés à une Commission , pour qu’elle 
étudiât la qualité de cette soie et les avantages qu’on en pourrait 
tirer, en même temps qu’elle rechercherait les moyens de filature. 

MM. Borrex, Président ; 
Lecoe , Secrélaire-adjoint. 


98 EXTRAITS 
Séance du 18 janvier. — PRÉSIDENCE DE M. Jurx. 


Une pétition adressée à la Chambre des députés par la Société 
d'agriculture de Lille, en faveur des fabriques de sucre indigène , 
est accompagnée d’une lettre demandani l'adhésion de la Société 
d'agriculture de Lyon. MM. de Saint-Didier , Alexandre, de Bé- 
nevent, Dupuits et Reverchon sont priés d'examiner cette pétition. 

M. Guillard père lit un rapport sur un Mémoire de M. Noirot- 
Bonnet, concernant le défrichement des bois dans la Haute-Marne. 

M. Jules Bourcier lit une notice sur une nouvelle espèce d'oiseau 
mouche qu'il nomme le Labrador. I met sous les yeux de la Société 
cet oiseau el les espèces Barbe-bleue et Cora, avec lesquelles le 
Labrador présente plusieurs ressemblances. 

M. Jourdan donne lecture d’un Mémoire de M. Duval, membre 
de la Société géologique de France , sur le terrain Néocomien de la 
Drôme. (Voyez pag. 3.) 

M. Deschamps présente un échantillon d'encre indélébile, de sa 
composition. Sur sa demande , une Commission ; composée de 
MM. Pelletier, Bineau et Magne , est chargée d’en faire l'examen. 


MM. Jon, Président ; 
Lecog , Secrétaire-adjoint. 


* 
+ + 


Séance du 25 janvier — Présidence DE M. Borrtex. 


Le Secrétaire lit une note de M. Mathieu Bonafous sur des œufs 
de ver à Soie exposés à une basse température. (Voyez pag. 1.) 

M. Dupuits de Maconex communique un Mémoire qui a pour 
titre : Plantation de la vigne , conduite les premières années ; es- 
pacement des souches , vignes pleines , joalles ou joualles , hautains , 
vignes hautes , vignes basses. 

M. Magne rend compte des Considérations sur l'amélioration des 
animaux domestiques , par M. Favre , médecin-vétérinaire du canton 
de Genève , correspondant de la Société. M. le rapporteur analyse 


DES PROGÈS-VERBAUX . 99 


ce travail, et termine en demandant qu'il soit inséré dans les 
Annales : « car, dit-il, en suivant les principes qui y sont exposés, 
les agronomes contribueront à la richesse publique par l'augmen- 
tation de leur fortune et de leur bien-être. » : 

M. Mulsant lit une note de M. Gaillemain sur une subslance 
qu'il désigne sous le nom d'Æntiseptique , et qui a, selon lui, la 
propriété de doubler la durée de la chaussure , en la rendant im- 
perméable à peu de frais. Une Commission est nommée pour exa- 
miner cette substance. 


Séance du 1% février. — Présinexce pe M. Borrex. 


M. Dupuits de Maconex lit un Mémoire sur les engrais et amen- 
dements qui conviennent à la vigne, sur la manière de les employer, 
sur l'influence qu'ils exercent et sur le moyen d’oboier à leur rareté. 
Il traite aussi des différentes manières de renouveler la vigne , soit 
par arrachement , soit par prooins. 

M. Repiquet, à l'appui de l'opinion des personnes qui pensent 
que les engrais nuisent aux qualités du vin, rapporte l'avis d’un 
propriétaire de Sainte-Foix qui affirme que les vins de cette localité 
ont perdu , depuis que l’on fume beaucoup les vignes. Autrefois , 
selon lui, on retirait moins de vin du vignoble de Sainte-Foix ; 
mais la qualité remplacait la quantité. 

M. Seringe cite comme effet notable de l'influence des engrais sur 
la saveur des végétaux , des légumes qu’il a eu l’occasion d'observer 
en Suisse et qui avaient un mauvais goût. Il rappelle aussi ce qui se 
passe dans les prairies où les vaches déposent leurs excréments. 
Deux ans après , des touffes d'herbes plus hautes, d’un vert plus 
foncé , eroissent dans ces places et restent d'autant plus apparentes 
que les bestiaux n’y touchent pas, repoussés sans doute par une 
saveur désagréable. 

M. Jules Bourcier dit qu'il est reconnu que la cornaille , dont on 
fait usage pour fumer les vignes autour de Lyon, exerce une in- 
fluence sur le vin. Il devient plus léger , plus aqueux , et contracte 


une légère odeur, 
ET É 


100 EXTRAITS 

M. Dupuils de Maconex pense que les émanations de l’engrais 
ne peuvent communiquer une saveur particulière au vin qu'autant 
qu’elles se trouvent en contact avec le raïsin. 

M. Seringe ne croit pas que l'absorption se fasse par la pellicule, 
mais que les feuilles qui absorbent les gaz ambiants les trans- 
meltent à la sève qui, par la circulation , peut les communiquer 
aux fruits. 

M. Dupuits de Maconex est persuadé que c’est par la pellicule 
du raisin seulement que l’arôme peut être vicié. Il rappelle qu'il 
suffit de suspendre des aristoloches au-dessus d’un cep, pour 
donner aux fruits la saveur de ces plantes. Pour prouver que l’a- 
rôme réside dans la pellicule , il rapporte qu’il a souvent expéri- 
menté que les vins qu’il récoltait à Côte-Rôtie étaient plus par- 
fumés , lorsqu'ils provenaient des dernières pressées. Des marchands 
de vins, auxquels il faisait goûter du vin retiré ainsi de grappes 
coupées et soumises au pressoir après la cuvée , crurent ce parfum 
factice , tant il était fort. 

M. Jourdan étaye l'opinion de M. Dupuils des expériences 
de M. Dutrochet , qui servent de base à la théorie sur l’endosmose 
et l'exosmose. Il compare ensuile chaque grain de raisin à une 
vessie pleine d’un liquide inodore et suspendue dans un vase qui 
renfermerait une odeur forte. Au bout d’un certain temps, cette 
odeur se communique au liquide retenu dans la vessie. Il eroit que 
la baie de raisin, qui conlient beaucoup d’eau, peut absorber les gaz 
qui l'entourent , et même les liquides. Il cite les graines éclatées 
après les pluies ou les matinées humides, et ne pense pas que la 
surabondance de liquide qui a occasioné cet accident provienne des 
racines. 

M. Magne pense que les vins peuvent prendre mauvais goût , 
non seulement par l'absorption qui s'opère par les racines, les 
feuilles et les différentes parties de la vigne , mais encore par suite 
des dépôls que les gaz laissent sur la grappe. Il donne comme 
preuve les fourrages récoltés dans les prairies de la Guillotière , 
qui sont fumées avec de la gadoue , et que beaucoup de bestiaux 
ne veulent point manger, parce qu'ils ont une odeur repoussante, 
Il combat l'opinion de M. Jourdan pour les causes qui font crever 
les baies de raisin. Selon lui , elles seraient bien plutôt dans la 
suppression de la transpiration , quand il pleut. Du reste , il convient 


Mbilia pou Le Linge des Geouta 
Cnnal, des Ociene ayrie et inclus: 


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DES PROCÈS-VERBAUX. 191 


que l'opinion de M. Dupuits sur la position de l'arôme est conforme 
aux idées recues. C’est , en général , dans les parties externes des 
fruits que se trouve le principe odorant : dans le zeste du citron , 
de l'orange. 

M. Bottex, pour montrer que ce ne peut être dans la pellicule 
que réside exclusivement l’arôme , objecte la manière dont se fait le 
vin blane qui a souvent un bouquet assez prononcé. 

M. Magne répond qu'outre le principe renfermé dans la pellicule , 
il doit y ayoir aussi dans le jus de raisin une saveur particulière. 

M. Dupuits de Maconex dit que l’arôme du vin est plus fort , 
lorsque le marc a été coupé plusieurs fois , et que jamais le bou- 
quet du vin blanc n’a la force de celui du vin rouge. 

M. Jules Bourcier expose aux yeux de la Sociélé un nouveau 
mélier mécanique , avec ses accessoires, pour la filature ou tirage 
des cocons ; il en donne la description. Ce métier, pour lequel 
MM. Bourcier et Morel ont pris un brevet d'invention, outre les 
avantages que présentaient déjà d’autres découvertes plus ou moins 
récentes, en offre plusieurs tout-à-fait nouveaux. 11 obvie à des 
inconvénients qu'on n'avait pas encore su prévoir ou éviter, et 
donne enfin les produits les plus beaux et les plus réguliers. Le 
bâlis en est simple, d’un dessin pur et grâcieux. On a laissé sur 
les guindres de ce modèle , qui est réduit à la proportion du quart- 
cubique , de belle soie tirée de vieux cocons. Les écheveaux détachés 
sont remarquables sous tous les rapports, surtout sous celui de la 
régularité du fil. 

La machine est mise en action, à l’aide d'une manivelle qui 
s’emmanche à l'arbre principal , lequel fait marcher des tambours 
de friction communiquant leur mouvement aux aspes ou guindres 
au moyen d'une poulie de friction, fixée à l’axe ou arbre de ces 
mêmes guindres sur lesquels se dévide la soie. Un des tourillons 
du guindre repose sur un levier à ressort, à mouvement ingénieux 
et facile qui, à la volonté de la fileuse , fait presser la poulie de 
friction contre un arrêt à support : opération qui a pour résultat 
d'arrêter immédiatement le guindre , sans obliger la fileuse d'y 
portier ses mains presque toujours mouillées, ni l'exposer à gommer 
ou à ternir la soie déjà dévidée. Un va-et-vient à cœur excentrique , 
placé à une des extrémités latérales du métier , recoit son impulsion 
de l'arbre des tambours de friction, et fait disposer la soie sur les 


102 EXTRAITS 
guindres avec une égalité parfaite , sans établir de cordons , tant 
est uniforme le balancement qui lui est propre. A la gauche de 
chaque fileuse , est un petit caisson fermant à clé , destiné à recevoir 
la pesée de cocons qui lui est confiée pour remplir sa journée: 
Par ce moyen , le propriétaire fileur peut être averti des infidélités , 
el arrive à calculer exactement la proportion de soie obtenue pour 
telle quantité donnée de cocons. Il peut, en même temps , juger du 
produit, du travail et des déchets de chacune de ses fileuses. Les 
siéges , à dos pliants , sont fixés à la partie antérieure du métier ; 
ils s’abaissent latéralement par une charnière , et se remettent en 
place au moyen d’une coulisse. Le porte-bassines est muni d'un 
rebord antérieur qui garantit la fileuse du jaïllissement de l’eau , 
quand elle bat ses cocons , et qui lui sert principalement à reposer 
ses brins purgés. La table est légèrement inelinée , et déverse l’eau 
dans une petite rainure pratiquée sur le bord extérieur. La tablette 
de dévidage supporte inférieurement ses filières et supérieurement 
la mécanique d’un système de croisure à lors déterminé , enfermé 
dans une boîte, surmonté de son écartement flexible appelé rejet 
de mariage , et qui porte les brins au château adapté à la règle du 
va-et-vient. Le croiseur mécanique offre d’abord un petit arbre, qui 
recoit à ses deux extrémités les deux brins de soie sortant des 
filières ; le tors est ensuite effectué par un mouvement de -rotation 
imprimé par la mécanique , qui est renfermé et qui marche, dès 
qu'on tire le bouton qui y est attaché. Sur la droite du métier , est 
placé le système du tirage dit à la tavelle, perfectionné , et auquel 
on à fait l'application du croiseur mécanique pour les fileurs qui 
persisteraient dans ce système. 

Voici le résumé des avantages qu’on relirerait de l'adoption de 
ce métier : 

1° Construction solide et commode ; 

2° Éducation facile des jeunes fileuses ; 

3° Facilité , aisance et propreté pour les fileuses ; 

4% Grande économie de temps , donnée par l’exécution promple 
de Le croisure mécanique;  — 

° Diminution dans les déchets du rage des cocons , et surtout 

ui le dévidage en fabrique ; 

6° Croisure déterminée par le filateur , invariable pour les 
üleuses ; 


DES PROCGÈS-VERBAUX. 105 
1° Surveillance mécanique pour la régularité du fil ; 

8° Même netteté , même rondeur , même nerf pour les grèges 
d'une même filature ; 

9o Enfin, et comme principe de ce qui précède , invariabilité 
dans la force des deux brins , puisque , dès l'instant qne l’un ou 
l’autre ne serait plus le produit d'un même nombre de cocons, 
ils ne pourraient se contrebalancer , l'équilibre serait rompu , le 
plus faible finirait par se casser , et l'écartement jetterait celui qui 
reste sur l’axe des guindres. 

Les économies positives que l’on obtiendra sur la filature d'une 
bassine pour 80 journées (temps moyen du travail des filatures, en 
général), et sur 32 kilog. ( produit moyen d’une bassine , pour 
les 80 journées ), sont basées sur ce qui suit : 

1° La promptitude de l'exécution de la eroisure mécanique 
donne , par bassine et par jour , un produit surpassant de 30 décagr. 
celui de la croisure à la maïn : soit, pour 80 journées , 2 k. 400 
dont la façon: économisée est de . . . . . . . . . . . 15. 

2° La croisure mécanique , ne pouvant se manquer 
ni se nouer, diminue le déchet du tirage des cocons dans 
la proportion de 1 p. °/, sur la production des 80 jour- 
nées (32 kilog. de soie) : ce qui, au prix moyen de 
60 f. le kilog. , offre un bénéfice réel de. . . . .... 19 20 

3° La plus value des soïes obtenues à l’aide du croi- 
seur mécanique serait : 

Pour celles de 1“ ordre 3f. 
Pour celles de 2° ordre 6 50 
Pour celles de 3° ordre 10 

Soit une moyenne de 6 f. 50 qui, pour les 32 ki- 

lmnmes monte ete aura pe he 1504208 


Somme des bénéfices . . . . . 242 20 


Que l’on remarque bien que ce bénéfice peut être obtenu par 
bassine dans toutes les filatures établies qui adopteraient le croiseur 
mécanique , dont le prix modique fixé à 15 f. prouve le désin- 
téressement qui an°me ies inventeurs; et que l'on calcule les profits 
énormes , montant en proportion des bassines, qu’ils offrent en 
retour de faibles dépenses. 

Le métier complet (son dévidoir, son porte-bassine et son ré- 
gulateur ) est coté f. 145. 


104 EXTRAITS 
Séance du 8 février. — Présence DE M. BoTrex. 


Une lettre de M. le préfet annonce que M. le ministre des travaux 
publics, de l’agriculture et du commerce accorde à la Société une 
subvention de 2000 f., destinée à favoriser les progrès de l’industrie 
agricole. 

Un Membre remarque , à propos d’une lettre de M. d'Hombres 
Firmas , que les tableaux météorologiques publiés sans avis préa- 
lable dans le recueil de la Société, pourraient induire en erreur ; 
car les observations faites à l'Observatoire de Lyon sont fréquem- 
ment en opposition avec celles faites à la campagne et sur les 
hauteurs, par suite de causes inhérentes à la localité. 

M. Guillard fils lit une ÂVote sur un végétal fossile des terrains 
houillers de Rive-de-Gier , qu’il dénomme Cycadium Cyprinopholis. 
L'écorce et le bois de cette plante avaient quelques analogies avec 
ceux des Cycas. 

M. Seringe donne lecture d’un manuscrit de M. Rivière , intitulé : 
Notes sur l'industrie séricicole et quelques observations touchant 
plusieurs lettres écrites à M. C. Nivière sur le méme sujet, par 
M. Gensoul , insérées dans la seconde livraison des Annales de la 
Société d'agriculture de Lyon. Ce Mémoire est renvoyé à l'examen 
de la Commission des soies. 


% 
+ * 


Séance du 15 février. — Présidence DE M. BorTex. 


Le Secrétaire donne lecture d'une Vote (manuscrite ) sur les Cal- 
céolaires cultivées au Fleuriste de la couronne , par M. Charles 
Gondouin. 

Un Membre demande des renseignements sur un petit cham- 
pignon parasite, de couleur vineuse, qui s'implante sur les racines 
de la luzerne. Il cite une jeune iuzernière dans laquelle cette ma- 
ladie a fait de grands ravages. 

M. Seringe dit que c'est le Rhizoctone de la luzerne (Rhizoctonia 
medicaginis de C.), qui présente de petits tubercules irréguliers , 
pourpres , lie de vin à l'extérieur, puis noirâtres, blancs en de- 
dans , charnus, fragiles , et des filaments de même couleur entor- 


DES PROCÈS-VERBAUX . 105 
tillés les uns dans les autres , recouvrant la racine de la luzerne , 
et se prolongeant à travers la terre pour se fixer sur les racines voi- 
sines. Les tubercules occupent ordinairement les bifureations de 
ces filaments , ct disparaissent dans un âge avancé. La luzerne dont 
les racines sont entourées se fane et ensuite se dessèche entièrement. 
La dévastation continue, en agrandissant toujours son cercle par 
le rayonnement souterrain de ce champignon. Une autre espèce du 
même genre , le Rhizoctone du safran (Rhizoctonia crocorum) , vit 
sur les tiges souterraines et les racines du safran cultivé. Elle fait 
beaucoup de dégâts dans le Gâtinais. Les filaments , qui couvrent 
toutes les parlies de la plante qui sont en terre, sont de couleur 
rousse , se ramifient de tous côtés, et présentent çà et là des tuber- 
cules de même couleur assez fermes. M. Seringe pense que ce genre 
renferme une troisième espèce , encore mal étudiée , qui attaque les 
rosacées ligneuses , surtout les racines des poiriers , des pommiers; 
celle-ci est blanche. Jusqu'à présent on n’a pas trouvé de meilleur 
moyen pour arrêter la propagalion du champignon que de faire, dans 
la partie saine , un fossé profond autour des luzernes ou des safrans 
attaqués , et de jeter la terre sur la partie dont les plantes sont 
malades , afin d'empêcher toute communication; ensuite on brûle 
cette terre. Il croit que le chaulage réussirait, en l’appliquant à la 
graine de la luzerne et aux bulbes de safran avant leur dissémination 
ou leur plantation; qu’il serait utile de ne semer la luzerne que 
dans les lieux secs et profondément défoncés. Il faudrait miner 
plus profondément le terrain dans les parties où l'eau a séjourné ; 
car on a remarqué que ces champignons se développent facilement 
dans les sols humides. Si de grandes parties d’une luzerne étaient 
atteintes par le Rhizoctone , il faudrait bêcher la terre , enlever les 
racines et les brûler sur place. On pourrait, jusqu'à ce que toute 
la luzerne fût retournée , faire quelques cultures partielles de 
plantes appartenant à une autre famille que celle des légumineuses. 
Lors même que la luzerne sera détruite , il ne faudra revenir sur 
ce sol avec la même plante qu'après plusieurs années, pendant 
lesquelles le Rhizoctone, ne trouvant plus de moyens de se nourrir, 
sera enlièrement détruit. 
M. Botlex rappelle qu’une autre plante parasile , la Cuscute , fait 
beaucoup de mal dans les luzernes , et demande s’il n’y a pas quel- 
que moyen efficace de la détruire. 


106 EXTRAITS 

M. Seringe récapitule ceux qui ont été employés jusqu’à ce jour , 
tels que de faucher fréquemment et très ras la luzerne , d'employer 
une faux trempée dans une dissolution de sulfate de fer, de faire 
un feu de paille sur la place où est la Cuscute, ou d'y répandre 
de la tannée. 

MM. Rozier, médecin à Heyrieux (Isère), et Gondouin , chef 
des cultures au Fleuriste de la couronne (Seine et Oise), sont 
nommés correspondants de la Société. 


Séance du 22 février. — PRÉSIDENCE DE M. Borrex. 


La Société a recu une lettre et un mémoire manuserit de 
M. Andrieu sur l'éducation des vers à soie. Ce travail est accom- 
pagné d’un modèle en petit de l'appareil qui porte les ablettes. mo- 
biles de M. Fasseur et de trois échantillons de cocons. Les uns 
sont des cocons ordinaires, jaunes et blancs , qui servent de type 
de comparaison; les autres sont de beaux cocons blancs de vers 
Sina, qui proviennent d'une éducation de M. Vasseur ; les troisiè- 
mes enfin , issus de la graine rapportée du Bengale par la Ponite , 
sont pelits, minces, allongés, comme pointus aux extrémités. Il 
semble , à les voir, que les vers qui les ont produits aient souffert , 
bien qu'ils aient été élevés dans la nouvelle magnanerie que le roi 
a fait établir daus son domaine privé de Neuilly , en 1838. 

M. Alexandre propose l'inscription de M. Andrieu sur le registre 
d'expeclative pour une place de Membre titulaire. 

M. Dupuits de Maconex pense qu'il serait très avantageux, sur- 
tout dans les appartements qui ont une grande élévalion , de monter 
les tablettes mobiles de M. Vasseur sur une chaîne sans fin, 
comme pour une noria. Ce serait un moyen d'utiliser tout l’espace. 

MM. Alexandre et Pothon observent qu’un perfectionnement 
analogue a été fait par le sieur Pelit. 

M. Alexandre , au nom de la Commission des soies, expose un 
échantillon de l’étoffe destinée à être offerte à sa Majesté la reine 
des Français. Cette étoffe est beaucoup moins remarquable par sa 
richesse que par la beauté de la soïe et la perfection avec laquelle 


DES PROCÈS-VERBAUX. 107 
elle a été fabriquée ; elle sort des ateliers de M. Mathevon , membre 
de la Société. Le dessin représente des branches de müûrier sur les- 
quelles des vers à soie vont chercher leur nourriture. La soie, ré- 
coltée dans l'atelier d’expérimentation de la Société , est due à des 
vers qui ont été nourris avec la feuille du Mürier multicaule. 

M. Dupuits de Maconex, à l’occasion de la taille du müûrier, 
rapporte qu'il a observé que, dans les endroits où on laisse un 
bouquet de feuilles après la cueillette, il arrive presque constamment 
que les yeux qui sont à la partie inférieure de la branche s’éteignent: 
tandis que, lorsqu'on ne laisse aucune feuille sur la branche , tous 
les bourgeons se développent. 

M. de St-Didier a la parole, comme organe de la Commission 
qui a été nommée pour examiner l'opportunité d’une demande faite 
par la Société d'agriculture de Lille , qui réclame l'appui des Sociétés 
d'agriculture pour une pétition qu’elle adresse à la Chambre des 
députés en faveur du sucre indigène. Il fait observer que la question 
des sucres présente plusieurs faces d’une haute importance, et 
que, soit par manque de documents, soit par suite de l'étendue 
même de cette question , elle n’a pu être étudiée par la Commission 
que sous ses rapports avec l’agriculture. La position actuelle de 
notre département semble le rendre étranger à cette discussion; car 
l'industrie sucrière se rattache à la grande culture , et peu de parties 
de notre territoire la permettent. M. le rapporteur pense que, loin 
d'accabler d'impôts cette industrie , l’une des plus puissantes pour 
porter l’agriculture à un haut point de perfection , il serait avan- 
tageux de lui accorder des primes et des encouragements, ou tout 
au moins de lexempter d'impôts pendant les cinq ou six premières 
années. Ce moyen, sans diminuer sensiblement le revenu public , 
donnerait une chance de plus au succès de cette industrie, et pro- 
duirait une notable amélioration dans l’agriculture; mais la question 
de la protection à accorder aux sucres indigènes se complique avec 
des intérêts d'une si grande importance : ceux, par exemple, des 
colonies et du commerce maritime. Elle a été l’objet de si vives 
discussions dans les hautes régions administratives , que la Com- 
mission pense qu'elle ne peut être traitée à fond sans de nombreux 
documents qui ne sont pas en son pouvoir. Néanmoins , elle croit 
que cette industrie peut être assimilée à toutes les industries qui 
commencent , et qui nécessairement froissent d’abord quelques in- 


# 


108 EXTRAITS 


térêts : maux inévitables qui disparaissent bientôt, et sont com- 
pensés par de grands avantages pour les masses. 

M. Paul Reverchon annonce à la Société que, frappé des diffi- 
culiés que présente dans beaucoup de localités l'emploi de la charrue 
à versoir fixe , et de la perte de temps que fait éprouver à l'extrémité 
de chaque sillon la charrue à versoir mobile, perte d'autant plus 
grande que l'étendue du champ est moindre, il a fait construire 
une charrue qui obvie à ce double inconvénient. Il propose à la 
Société de nommer une Commission pour la voir fonctionner et 
faire un rapport, s’il y a lieu. M. le Président désigne MM. Bou- 
chard, Gariot et Seringe. 


Séance du 8 mars. — PRÉSIDENCE DE M. BoTrex. 


Parmi les pièces de la correspondanee , se trouve une note de 
M. d'Hombres-Firmas sur une formation curieuse des environs 
d'Alais (Gard). M. Fournét est prié d'en rendre compte. Le nom 
de M. d'Hombres-Firmas est inscrit par M. Hénon sur le registre 
de présentation pour une place de correspondant. MM. Bottex et 
Lecoq appuient cette présentation. 

M. Olivier Mariéton , fermier à Chasselay (hameau de Varleroy), 
est inventeur d’une charrue qui présente des avantages tels, que 
les cultivateurs ses voisins l'ont adoptée. Le labour, même pro- 
fond, se fait avec beaucoup plus d’aisance qu'avec la charrue 
employée dans le pays. Les modifications portent principalement 
sur l'oreille et le soc; elle n’a point d’avant-train. M. Olivier Ma- 
riéton désire qu’une Commission soit nommée par la Société d’a- 
griculture , pour décider du mérite de son invention et la faire 
connaître si elle en est jugée digne; « car, dit-il, son but, avant 
tout, est d’être utile à ses concitoyens. » 

M. le Président prie MM. Gariot, Seringe et Bouchard, de voir 
cette charrue et de faire part à la Société du résultat de leur 
examen. 

M. Guillard lit un rapport sur le Mémoire de M. Rivière, in- 
titulé : Notes sur l'industrie séricicole et quelques observations 


DES PROCÈS-VERBAUX . 109 
touchant plusieurs lettres écrites à M. C. Nioière sur le même 
sujet, par M. Gensoul , insérées dans la 2% livraison des Annales 
de la Société d'agriculture de Lyon. X analyse ce Mémoire qui ren- 
ferme une réfutation des lettres de M. Gensoul, et plusieurs faits 
dignes d’un haut intérêt, notamment la description d'une machine 
nouvelle inventée par M. Damon, à l’aide de laquelle le magnanier 
est constamment averti par une sonnerie, si la ventilation a lieu 
dans son atelier. Cet appareil a été appliqué chez M. Delafarge et 
aux Bergeries de Sénart, où chacun a pu se convainere combien il 
est ingénieux et utile. s 


MM. Borrex, Président ; 
Hénox , Secrétaire-général. 


NOTE 


DÉVELOPPEMENT D'UN NUAGE PARASITE 


AU PILAT, 


PAR M: FOURNET 0 


PROFESSEUR DE GÉOLOGIE. 


a£de 
se 


Le développement des nuages parasites contre certaines 
cimes est généralement considéré comme l'indice d’une pluie 
prochaine , et cette idée existe surtout chez les habitants des 
alentours du mont Pilat. 

Souvent son arête culminante est surmontée de ce chapeau 
ou de cette perruque vaporeuse qui lui a valu son nom de 
Mons Pileatus ; d’autres fois les nuées , s’abaissant sur ses 
épaules, simulent une immense collerette au-dessus de la- 
quelle s'élèvent les têtes de la montagne ; plus rarement le 
voile se déroule de manière à l’envelopper jusqu’auprès de sa 
base ; enfin, ‘quelquefois un seul de ses flancs est visible , 


tandis que l’autre est plus ou moins masqué par un épais 
manteau. 


TA 8 


112 NOTE 

Toutes ces apparences proviennent surtout de l'allure va- 
riable des vents humides du Sud , du Sud-Ouest et de l'Ouest 
qui, frappant contre ce réfrigérant naturel, laissent aussitôt 
précipiter leur eau à l’état de vapeur vésiculaire , et ces con- 
densations doivent avoir lieu au Pilat plutôt que sur toute au- 
tre de nos montagnes lyonnaises ; parce que cette masse, s’é- 
lançant à 1,450 mètres au-dessus du niveau de la mer et à 
près de 500 mètres au-dessus des chaînes voisines, porte à 
une plus grande hauteur qu’elles l’action frigorifique des ré- 
gions élevées. Aussi, dès qu’une cause de précipitation de va- 
peur survient dans l'atmosphère ; c'est autour d'elle que sa 
manifestation commence , et son extension a lieu ensuite gra- 
duellement sur le reste du pays, suivant la direction des 
vents ; car une fois formées, ces vapeurs ne se redissolvent 
pas toujours immédiatement après avoir été entraînées au-delà 
du lieu de leur naissance. 

Si, par exemple, le vent du Midi règne avec une certaine 
force, on peut voir quelquefois tout le flanc septentrional de 
cette montagne parfaitement à découvert , tandis que le côté 
méridional se couvre d’épaisses nuées ; elles glissent le long 
des pentes, surmontent l’arête culminante et continuent en- 
suite leur marche dans le sens du vent en se maintenant alli- 
gnées sur toute la partie occidentale du département. 

Dans ce même moment , la partie du ciel, qui correspond 
à la concavité du bassin du Rhône, peut rester parfaitement 
limpide jusqu'aux Alpes; mais celles-ci, étant susceptibles de 
produire les mêmes effets que le Pilat , donnent souvent nais- 
sance à une bande parallèle de nuages couvrant tout l’horizon 
opposé. 

Si c’est par le vent du Sud-Ouest ou de l'Ouest que la pré- 
cipitation des vapeurs a lieu, alors la colonne traverse obli- 
quement ou perpendiculairement le bassin du Rhône, dont 
le Nord et le Sud jouissent encore d’une atmosphère pure 


SUR UN NUAGE PARASITE. 113 
ou moins chargée ; en un mot, le Pilat doit être considéré 
dans la météorologie lyonnaise comme un des pivots princi- 
paux sur lesquels les nuages peuvent se former , puis prendre 
toutes les directions possibles , et si je ne parle pas des effets 
des vents du Nord ou du Nord-Ouest , c'est qu'ils sont moins 
évidents pour nous ; parce que la montagne nous masque l’ho- 
rizon opposé, et que d’ailleurs ces mêmes vents nous arrivent 
presque toujours chargés de vapeurs condensées de plus loin. 
Quant au Nord-Est , il nous amène quelquefois des colonnes 
légères formées sur les montagnes du Jura , et qui, dans leur 
extension oblique, prennent la direction du Bugey vers le Pilat; 
et le vent du Sud-Est produit un effet inverse en passant sur 
les Alpes maritimes et dauphinoises. 

Mais laissons de côté ces apercus généraux pour nous occu- 
per des détails du développement d’un de ces nuages parasites 
du Pilat que j'ai eu le bonheur de pouvoir étudier complète- 
ment le 10 juin 1838; journée dans laquelle les circonstan- 
ces m’ayant amené dans son voisinage , je tins compte , 
comme (le coutume, des phénomènes météorologiques , pen- 
dant que mon collègue ; M. Clerc, faisait à Lyon les obser- 
vations correspondantes. Exposons, d'abord , quelles ont été 
les physionomies successives du ciel ; nous établirons ensuite 
les résultats numériques du baromètre et du thermomètre. 

Les vents du Nord-Ouest et du Nord régnaient depuis le 
3 juin, et le temps avait été constamment nuageux ou plu- 
vieux ; mais dans la nuit du 9, les étoiles avaient paru, et 
dans la matinée du 10, l'atmosphère , rafraîchie par le froid 
de la nuit, était saturée de cette vapeur blanchâtre légère et 
peu humide , que les habitants du pays distinguent d’avec les 
brouillards ordinaires sous le nom de ntible. Celui-ci se main- 
tint Jusque vers les 9 heures , instant où la chaleur du jour 
commencant à opérer sa dissolution, l’atmosphère s’épura 
de telle sorte , qu’à midi le ciel était d’un beau bleu et d’une 


114 NOTE 

limpidité parfaite à Lyon et dans les parties correspondantes 
des plaines du Dauphiné ; mais cette sérénité ne se manifesta 
pas à Givors. 

Dès les 10 heures du matin , après la première période de 
la dissolution du ntble , on put voir de légers nuages allongés 
dans la direction du Nord au Sud, s'établir au Zénith et sur 
le pourtour du Pilat, où ils formaient un stratus peu épais. 
Peu à peu des cirrhi filamenteux se détachèrent de ce stratus, 
et, quoique leur direction en longueur füt Nord-Sud, ils che- 
minaient comme poussés par un courant occidental , en em- 
piétant ainsi successivement sur les plaines dauphinoises , de 
telle sorte qu'à 4 heure de l'après-midi , au moment de la plus 
grande pureté du ciel à Lyon, ils s'étaient déjà étendus du 
côté des Alpes en dérivant toujours du Pilat. 

Pendant ces mouvements , le vent du Sud régnait en forme 
de brise dans les régions basses de l’atmosphère, et sa cha- 
leur maintenait une dissolution des vapeurs aqueuses si com- 
plète , que les Alpes se distinguaient avec la plus grande 
netteté. Je questionnai alors les habitants du pays qui, par 
leur position, sont à même de voir journellement à la fois 
ces montagnes et le Pilat ; leur rapport unanime a été que 
cette visibilité parfaite des Alpes n’était pour eux qu’un signe 
du vent du Midi et nullement d’une pluie prochaine ; que le 
Pilat était , sous ce dernier point de vue, leur seul indicateur, 
et qu'enfin sous peu la question de la pluie serait résolue. 

Ces phénomènes, précurseurs d'un changement de temps, 
durèrent jusqu’à 4 heures du soir ; les cérrhi étaient alors dé- 
générés en stratus et réunis à celui du Pilat, dont la masse 
était si fortement condensée autour des cimes , qu'elles ne se 
distinguaient plus qu'à peine au travers de cette nébulosité 
grise et presqu' opaque. 

Les cultivateurs me déclarèrent que maintenant le vent du 
Midi allait prendre le dessus, et, en effet , il soufilait avec une 


SUR UN NUAGE PARASITE. 5 
grande énergie dans les régions basses. Cependant la couche 
de vapeur ne masquait pas encore tout le ciel ; elle s’étendait 
du côté des montagnes lyonnaises jusqu’auprès d'Izeron , et 
l’espace restant vers le Nord ne présentait que des flocons 
pommelés et clairsemés. 

Le soleil déclinait : en plongeant , par rapport à ma posi- 
tion, dans le voile du Pilat ,il perdit d’abord son éclat , au 
point de pouvoir être considéré à l'œil nu; puis : disparut 
long-temps avant l’heure de son, coucher, parce que l’épais- 
seur du stratus s'accroissait constamment autour de la mon- 
tagne et au-dessus de la vallée du Gier , tout en conservant 
son extension générale de l'Ouest vers l'Est. Enfin ; dans la 
soirée , il se gonfla latéralement vers le Nord, de manière à 
couvrir Lyon et bien au-delà ; vers les 10 heures, le Zénith. 
de cette ville était d’un noir complet , les étoiles avaient dis- 
paru et une légère pluie tomba ; le lendemain, les vents du 
Sud et du Sud-Est dominèrent exclusivement dans les hautes 
et basses régions de l'atmosphère ; la journée fut pluvieuse ; 
des cumuli blancs , minces , poussés par ces vents, passaient 
continuellement au-dessus de la ville et ne laissaient des 
éclaircies que par intervalles : cet état, dura jusqu’au 15 juin. 

Voici donc un bel exemple du développement d’un nuage 
parasite indiquant un changement de temps; le vent du Sud 
venait remplacer celui du Nord , la vapeur se condensait à 
mesure autour de la montagne , et si, malgré la direction 
Sud du vent, les nuages ont gagné d’abord vers l'Est, on 
peut en trouver la cause dans l'orientation presque Est-Ouest 
du Pilat, en vertu de laquelle les vents bas sont infléchis 
dans le même sens ; mes nombreux voyages de ce côté m'ont 
fourni tant d'exemples de la constance de cette déviation du 
vent , que je puis la considérer comme complètement hors 
de doute. 


On pourrait encore y retrouver un exemple de la tendance 


116 NOTE 

assez habituelle aux cirrhi de s'épanouir latéralement, à partir 
d'un axe commun , de manière à affecter très souvent la dis- 
position des barbes d’une plume par rapport à la tige ; ainsi, 
dans la journée du 12 avril 1839 , le vent du Nord régnant 
avec violénce , un axe général de cirrhi s'était établi dans la 
direction du Bugey au Pilat ; mais à cet axe très délié et in- 
terrompu cà et là se rattachaient, par des pédicelles min- 
ces , des houppes blanches parallèles , symétriquement espa- 
cées qui, après un renflement très prononcé vers l'Ouest , 
s’effacaient ensuite au Zénith de Lyon, tandis qu'aucune n’é- 
tait tournée vers les Alpes. Dans l'exemple présent, la tige 
était évidemment dans le sens du vent régnant; mais les 
barbes lui étaient perpendiculaires d’un seul côté, et ce fait 
est très commun ; souvent aussi les barbes divergent dans les 
deux sens. 

Ces circonstances sont-elles dues à des épanouissements la- 
téraux du vent, ou bien à des répulsions électriques , comme 
le voudront peut-être quelques physiciens , ou bien à des ex- 
pansions produites par les retours alternatifs de la vapeur vé- 
siculaire à l’état gazeux, comme on pourrait le concevoir d’a- 
près quelques données de de Saussure : c’est ce que nous n'en- 
treprendrons pas de discuter ici. 

Voyons maintenant quelles ont été les indications des in- 
struments météorologiques : 


LYON. GIVORS. 


ER A 
BAROMÈTRE THERMOMÈTRE BAROMÈTRE THERMOMÈTRE 


RÉDUIT A ZÉRO. AU NORD. A ZÉRO. A L'OMPRE. 


État idi 
Elat moyen à midi dans les k 749,72 16,80 » » 


journées du 8 et9 juin, 
Gheures matin 744,45 42,50 


10 ‘d, 742,31 1640 747,90 16,5 

qiuos J midi T9 18,00 ; » 
Re A te : 
6 ‘., 139,06 920,80 TAA 70 29,0 

10 id, 13820 18,60 ; , 


Etat moyen à midi dans les 


journées du 41'et49 juin, À 156,72 18,70 à à 


SUR UN NUAGE PARASITE. 117 


En examinant ces nombres, on voit d’abord que le baro- 
mètre a sans cesse baissé à Lyon, et cela surtout dans la jour- 
née du 10 , en sorte que la différence entre les résultats , de 
10 heures du matin à 6 heures du soir, a été de 3,95 ; 
mais à Givors, dans le même intervalle , l’abaissement a 
été bien plus fort, puisqu'il s’est élevé à 6,20. 

La formation du nuage parasite était donc accompagnée 
d'une diminution énorme dans la pression locale comparati- 
vement à celle qui avait lieu dans l'atmosphère ambiante à 3 
ou 4 lieues de distance. 


Pour rendre cette inégalité plus sensible , il suflit de cal- 
_culer la hauteur de l'Observatoire de Lyon au-dessus de la 
station de Givors, d’après les deux éléments du matin et du 
soir ; ce calcul, fait avec les tables d’Oltmanns, donne, pour 
le matin, 59%,50 , et, pour le soir, 32,00 seulement. Si 
donc ces modifications dans le niveau général avaient eu 
réellement lieu , le Rhône eût éprouvé à Givors un exhausse- 
ment ou une crue d'environ 26,00 ; ce qui fournit, je crois, 
un des exemples les plus saillants de ces inégales pressions 
de l’atmosphère auxquelles M. Vaucher à attribué les seiches 
du lac de Genève. 


Maintenant , pour qu'un résultat aussi extraordinaire ne 
paraisse point douteux quant aux mesures, je dirai que le ba- 
romètre de l'Observatoire est un excellent instrument de For- 
tin, et que le mien est sorti des ateliers de Bunten ; que 
tous deux ont été comparés ; que j'ai pris mes hauteurs du 
soir en deux points diflérents, et en laissant chaque fois l’in- 
strument stationner assez long-temps pour se mettre en équi- 
libre de température avec l'atmosphère ambiante ; qu'enfin , 
l'observation du matin a été faite avec les mêmes soins et 
qu'elle donne d’ailleurs, à peu de chose près , l'élévation 
réelle de l'Observatoire de Lyon au-dessus du Rhône à Givors; 


118 NOTE SUR UN NUAGE PARASITE. 
d’où il résulte que l’on ne peut émettre aucune conjecture 
défavorable contre l’exactitude des observations. 

IL est presqu'inutile d’ajouter que je ne prétends pas dé- 
duire de ce fait unique une loi générale pour les variations 
du baromètre qui peuvent accompagner la formation des 
nuages parasites ; mais enfin ce premier exemple peut servir 
aux météorologistes , ‘et, par conséquent, je n’ai pas du hé- 
siter à le faire connaître. 


DESCRIPTION 


D'UN GENRE NOUVEAU 


DANS 


LA TRIBU DES LUCANIDES, 


PAR 


FA, CG, Mulsant, 


L'espèce, qui sert de type à ce nouveau genre, a le port 
du Lucane Cerf-volant , et quelque analogie avec certains 
Dorcus, par la forme de ses mandibules et de la partie pos- 
térieure de sa tête; mais il s'éloigne de tous les Lucanides 
connus jusqu’à ce jour, par le nombre des feuillets de la mas- 
sue des antennes. Le nom que nous lui avons imposé ex- 
prime cette particularité. 


Genre HEXAPHYLLUS. 


(£E, SIx3 pÔAdoy , FEUILLE.) 


Caractères. Antennes géniculées , de dix articles ; terminées par 
une massue pectinée , composée de six dents. 

Labre indistinet. , 

Mandibules des mâles corniformes , arquées , relevées et pointues 
à l'extrémité | armées d’une dent au côté interne. 


120 DESCRIPTION D'UN GENRE NOUVEAU 


Mâchoires terminées par un lobe soyeux et pénicellé. 

Palpes maxillaires allongés , grêles , subfiliformes , le 3° article 
tronqué en biseau et peu distinctement séparé du dernier. 

Languette bifide , soyeuse, pénicellée. 

Palpes labiaux , courts. 

Canthe peu prolongé sur les yeux. 

Pieds antérieurs dentés ; postérieurs épineux. 

Corps allongé, subdéprimé. 


H. PonrTgrranri. 


Tête et corselet noirätres ; le dernier marqué, de chaque côté, de 
deux gros points enfoncés ; élytres de couleur marron. 

Longueur du corps, 36 Mm-(151.) — Longueur des man- 
dibules, 9 "®+ 192 (41.) — Largeur du corps 16 mm. 
(6 1. 1/2.) 

Tête noirâtre , finement chagrinée , penchée et presque semblable 
dans sa partie antérieure à celle du L. cerf-volant ; post-épistome 
très distinct , transversal , séparé par une arête prononcée de l’épis- 
tome ; celui-ci infléchi, en demi-cerele ou en triangle eurviligne , 
caréné ; partie postérieure de la tête aussi grande que le prothorax, 
tronquée obliquement à ses angles antérieurs , presque en forme 
de parallélogramme , déprimée en dessus + couverte de points rap- 
prochés , ne présentant vers sa base aucune trace de rebords. 
Mandibules des mâles , brunes, ponctuées , diminuant de diemètre 
de l'origine à l'extrémité, armées d’une dent au milieu du côté in- 
terne , terminées en pointe et relevées vers leur sommet. Prothorax 
noïrâtre , semi-brillant; une fois aussi large que long ; orné de cils 
dorés à ses bords antérieur et postérieur ; sinueusement coupé en 
devant ; tronqué presqu’en ligne droite à sa base , et d’une manière 
oblique à ses angles postérieurs ; garni, dans son pourtour , d’un lé- 
ger rebord; médiocrement convexe en dessus; couverts de petits 
points, moins nombreux et moins sensibles sur son disque ; rayé 
dans son milieu d’un sillon peu apparent; marqué, de chaque 
côté , de deux gros points enfoncés placés transversalement sur la 
même ligne. Écusson en demi-cerele. Élytres de couleur marron ; 
un peu plus larges que le prothorax à sa base ; à peine plus larges que 


DANS LA TRIBU DES LUCANIDES. 121 
ce dernier dans son milieu ; trois fois aussi longues que lui; sub- 
épineuses à l'angle huméral ; infléchies au-dessous de l'épaule ; re- 
bordés sur les côtés ; diminuant de largeur et d’une manière curvi- 
ligne jusqu'à leur extrémité; médiocrement convexe, en dessus ; 
lisses, mais couvertes de petits points enfoncés. Dessous du corps 
brun , ponctué , plus fortement sur le poststernum et surtout sur la 
parlie inférieure de la tête; bords antérieur et postérieur du protho- 
rax ciliés ; poststernum garni d’un léger duvet. Pieds d’un brun mar- 
ron; les antérieurs armés de trois petites dents, dont la dernière 
bifide ; les postérieurs épineux. 


Cet insecte a été trouvé en mil-huit cent-trente-trois dans 
les bois de Roche-Cardon, par M. Clément-Lecourt. J'ai dé- 
dié cette espèce à M. de Pontbriant, entomologiste lyonnais. 


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NOTE 
SUR UN VÉGÉTAL FOSSILE 


DES 


TERRAINS HOUILLERS DE RIVE-DE-GIER 


( CYCADIUM CFPRINOPROLIS ), 


PAR 


M. GUILLARD runs. 


+-De+ 


Je dois à l’'obligeance de M. Fulchiron, propriétaire de 
mines à Rive-de-Gier, la possession de plusieurs fragments 
de végétaux fossiles, parmi lesquels se trouvent quelques 
Pécoptéris: , des Astérophylittes> , des vestiges de Calamites, 
plusieurs Sigillaires’ , enfin l’empreinte et la tige d’une plante 
qui ne paraît appartenir à aucun des genres décrits jusqu'ici 
par M. Ad. Brongniart. C’est celle que j'ai l'honneur de 
mettre sous les yeux de la Société. (PI. I., fig. 1-2.) 


1 P. arborescens. ( Ad. Brongniart , Histoire des Vegétaux fossiles ; t. 1, pl. 102). 
— P, gigantea. ( Ad. Br.,t.I, pl. 92.) 

2 Je désigne ainsi , d’après l’analogie du nom avec la forme, des empreintes fos- 
Siles pareilles à celles qui bordent l’Odontopteris Brardii dans l’Hist. des Wég. foss., 
t. 1, pl. 75. 

3 S. elongata ( Ad. Br., t.1, pl. 145), etc. L'une d’elles est un tronc de près de 
3 m de longueur sur0®,40 de diamètre à la base, et 0,25 au sommet. 


124 NOTE 

Au premier coup-d’œil, on pourrait la confondre avec les 
Sigillaires ; mais on reconnaît bientôt qu’elle ne réunit päs 
les caractères assignés à ce genre par le savant que j'ai 
nommé. Les voici, tels que M. Seringe les a rapportés dans 
la 4° livraison de nos Annales. ( T. 1, pag. 355 et suiv.) 


« Sigilaria. Tige simple ( rarement fourchue), non articulée , 
« portant les cicatrices des feuilles disposées par lignes régulières; 
« le plus souvent sillonnées en long; cicatrices circulaires , le plus 
« souvent oblongues ou ovales , ordinairement plus hautes que lar- 
« ges ; ni anguleuses , ni en carène inférieurement , marquées le plus 
« souvent de deux lignes aiguës ou presque droîtes , et toujours 
« assez parallèles , placées vers le milieu ou vers le haut de chacune 
« d'elles, » 


Notre fossile porte , au contraire, des écailles imbriquées, 
plus larges que hautes, en carène inférieurement, et sans 
aucune marque de séparation. De plus, M. Ad. Brongniart 
(T.I, pag. 407) fait valoir les traces des faisceaux vasculaires 
que portent toutes les cicatrices des Sigillaires comme un 
des caractères essentiels qui lient ce genre aux fougères ar- 
borescentes. Or, les traces vasculaires des Sigillaires sont au 
nombre de 3 ou de 2, linéaires , creuses , tandis que la dor- 
sale de nos écailles (PL. I, fig.3)est une proéminence unique, 
couronnée par une cicatrice lancéolée, 

Enfin , si l’on enlève l'écorce charbonnée pour dénuder le 
schiste argileux sur lequel elle est appliquée, on trouve dans 
les Sigillaires le relief des côtes extérieures, et les vestiges 
vasculaires presque toujours en même nombre et de même 
forme que sur l'écorce; les cicatrices des pétioles seules ne 
paraissent plus ; mais, dans notre fragment, la surface dé- 
pouillée de l'écorce (PL. I, fig. 2) n'offre plus aucune trace 
ni des écailles, ni du réseau que forment leurs extrémités , 
ni de leur ligne dorsale ; on n'y voit plus que des tubérosités 
dont la tête correspond au sommet de chaque écaille super- 


SUR UN VÉGÉTAL FOSSILE. 125 
ficielle, et un point déprimé placé sous l'angle inférieur de 
la carène. Ces tubérosités et ces points forment chacun des 
lozanges aussi réguliers que le réseau des écailles auxquelles 
ils correspondent. 

Notre fossile n’a donc pas les traits généraux des Sigillaires. 

Les différences deviennent encore plus sensibles , si l’on 
considère les caractères spéciaux des différentes sections de 
ce dernier genre. 


S. 1. Caulopteroides (Ad. Br.,t. 1, pag. 417). 

Tige à surface unie , sans côtes parallèles , sans sillons réticulés. 

Dans notre échantillon, la surface est entièrement occupée par 
les écailles. 

S. 2. Clathraria (Ad. Br.,t.1,p. 430). 

Tige treillisée par des sillons réticulés. 

S. 3. Sigillaria vera (Ad. Br.,t.1,p. 422). 

Tige à côtes à peu près égales et longitudinales. 

La nôtre ne présente ni côtes, ni sillons. 

S. 4. Lineolaria (Seringe, Ann. sc. phys. et nat. d’'agricul- 
ture et industrie de Lyon, t.1, p. 318). 

Tige sans côtes parallèles et sans sillons réticulés , mais gauffrée 
par des lignes en zig-zag. 


Dans la nôtre, au contraire, les écailles ne sont séparées 
que par leurs propres extrémités : il résulte de là qu’elles 
couvrent’entièrement la tige; caractère qui la rapproche des 
Monocotylédonés. 

« En eflet, dit M. Ad. Prongniart ( &. 7, p. 402), la plu- 
« part des feuilles des plantes Monocotylédonées s’insèrent 
« sur la tige par une base élargie amplexicaule, qui déter- 
« mine, après la chûte de la feuille , une cicatrice très éten- 
« due dans le sens transversal, formant souvent même un 
« anneau complet autour de la tige (graminées , palmiers), 
« et présentant dans tous ces cas peu de hauteur, même dans 
<c sa partie moyenne qui correspond à la partie la plus épaisse 
« de la feuille, de sorte que ces cicatrices sont presque liné- 


126 NOTE 
« aires ou de forme plus ou moins lancéolée, et toujours 


« placées transversalement par rapport à l’axe de la tige. » 

Plusieurs de ces caractères se retrouvent dans la plante 
qui nous occupe : les écailles, orientées d’après leur cica- 
trice, sont plus larges que hautes, de forme à peu près lan- 
céolée , et placées transversalement par rapport à la tige ; 
mais elles sont trop nombreuses et trop peu étendues pour se 
rapporter aux palmiers ni à aucune des familles à feuilles en- 
gaïnantes; tandis que leur disposition imbriquée ;, et leur 
forme en écaille de poisson, rappellent vivement, ce me, 
semble, l'aspect de la tige des Cycadées , de cette famille 
remarquable qui paraît être intermédiaire entre les Monoco- 
tylédonés et les Dicotylédonés *. 

La fig. 3 (PI. IT ) représente à mi-grandeur la tige d'un 
Cycas revoluta , que M. Saunier a mis à ma disposition avec 
la plus extrême complaisance. Elle a 0" , 40 de hauteur , 
sur 0%, 16 de diamètre; elle doit être âgée d'environ 
25 ans. On y reconnait les caractères de cette famille, ainsi 
résumés par M. Lindley°: « Arbres à tronc simple , cylin- 
« drique, croissant par le développement d'un seul bourgeon 
« terminal, et couverts par les bases écailleuses des feuil- 
« les : bois consistant en cercles concentriques; entre les- 
quelles sont les zônes cellulaires excessivement molles. » 


Nous ne citons que ce qui concerne la tige. 


On remarque , en outre , que les bases écailleuses portent 
un pétiole à leur aisselle , mais seulement dans la partie su- 


1 V. Lindleÿ, An introduction to the natural system of botany (London, 1850, 
p.xxvir et 245-6) ; et le Mémoire de M. Ad. Brongniart sur la tige des Cycadées 
(Ann. des Sc. nat., t. XNI, p. 389). 

2 (Anintrod., p.246.) « Trees, with a simple cylindrical trunk, increasing by 
the development of a single terminal bud , and covered by fhe scaly bases ofthe leaves: 
the wood consisting of concentric circles , the cellular zones between which are excce- 
dingly loose. » 


SUR UN VÉGÉTAL FOSSILE, 12 


=!" 


périeure du tronc : à mesure que l’on descend, on trouve 
les traces des anciens pétioles plus rares, parce que , flétris 
chaque année après la nouvelle pousse, ils ont été envelop- 
pés par les écailles ; enfin, les quatre derniers rangs de cel- 
les-ci n’offrent aucune trace de feuille, et les montrent ré- 
gulièrement imbriquées , comme dans le fossile qui est sous 
nos yeux. ; 

Examinons maintenant le revers et la texture intérieure du 
fossile. Le revers (PI. T, fig. 1. A-B) offre les tubérosités 
et les points déprimés ; que nous avons trouvés tout à l'heure 
en enlevant les écailles charbonneuses : ces tubérosités et ces 
points sont également en lozanges réguliers. Le revers cst 
donc aussi la portion extérieure d’une tige semblable à l'autre; 
mais les lozanges de l’une et de l’autre face sont parfaitement 
égaux, semblablement disposés, orientés de la même ma- 
nière : donc les deux faces forment la tige unique d'un même 
individu. L'examen de la texture intérieure confirme cette 
opinion ; en eflet, en regardant la tranche du fragment 
(PL. I, fig. 4), on la voit partagée dans sa longueur par une 
ligne, dont le noir charbonneux indique des couches li- 
gneuses. Ces couchés effectivement débordent( PL. I, fig. 2), 
l’une en cd, l'autre vis-à-vis en e f; et nous laissent voir 
leurs fibres serrées, parallèles et charbonnées. Nous avons donc 
dans cet échantillon fossile deux faces corticales et sem- 
blables , adossées l’une à l’autre , et deux faces ligneuses ap- 
pliquées l’une contre l’autre. Ce n’est donc pas seulement 
une écorce, mais une section complète d’une même tige, 
qui à été écrasée et applatie par la compression. Or, pour 
que cette déformation ait été possible, il faut que l'arbre ait 
eu la moelle très abondante , « les zônes cellulaires excessi- 
vement molles » , et les couches ligneuses au contraire fort 
rares : caractères qui distinguent si bien les Cycadées , que 


M. Ad. Brongniart les compare à la pousse annuelle des Di- 
à AS dx 9 


128 NOTE 

cotylédonés (Ann. des se. nat.,t.. XFT.;p. 393). Cette par- 
ticularité devient palpable en présence de la tranche d'un €. 
revolutæ, tiré des serres chaudes de M. Sédy. (PL. IT, fig. 2.) 

Notre fossile est donc , ‘dans son ensemble, tout-à- 
fait analogue aux Cycadées ; mais une différence grave dans 
les formes se fait apercevoir : l’écaille du C. revoluta 
(PL. IT, fig 4) se termine en pointe épineuse , tandis qué 
celles du fossile ont le bord supérieur à peu près circulaire. 

Toutefois, si l'on divise l’écaille du C. revoluta par une 
section verticale, de manière à voir son profil intérieur 
(PL. IT , fig. 5) , on la trouve composée de deux parties fort 
distinctes : l’une (a) allongée , aiguë, ligneuse, sèche, et héris- 
sant le tronc ; l’autre () en forme de cœur ; renflée ; utricu- 
leuse ; molle , et adhérente à la tige, en sorte que, si on 
essaie-de casser vivement l’écaille par le bout , l’épine se dé- 
tache par sa base, et la partie utriculeuse reste avec sa forme 
propre (PI. IT , fig. 6), qui paraît singulièrement semblable 
à celle de notre écaille fossile ( PL. I , fig. 3). Cette forme 
se dessine même sur l'enveloppe ligneuse de la plupart des 
écailles inférieures du Cycas revoluta. Une d'elles, brisée par 
accident , la représente avec la même fidélité *. 

J'ai observé des particularités analogues sur un Zamia hor- 
rida de MM. Martin-Burdin : seulement ses épines sont beau- 
coup moins aiguës. 

Or,en aidés à la loupé l'écaille fossile (PL. T, fig. 3), 
on découvre que, si la partie inférieure est parfaitement unie 
et d'une apparence utriculeuse , le bord supérieur porte : 
1° Les traces évidentes d’une déchirure sur toute sa demi-cir- 


1 Nous croyons pouvoir faire observer que l’ensemble de ces écailles constitue une 
véritable écorce , composée d’une couche utriculeuse et d’une couche fibreuse ; carac- 
tère qui sépare encore les Cycadées des Monocotylédonés. Mais ce qui ne les distin- 
gue pas moins des Dicotylédonés, c’est que les couches fibreuses revêtent la partie utri- 
culeuse , et forment ainsi la surface extérieure. 


SUR UN VÉGÉTAL FOSSILE. 129 
conférence; 2° une cicatrice lancéolée tout-à -fait semblable à 
celle que laisse une épine brisée à sa base; 3° la coupe cir- 
culaire de la peau ligneuse qui enveloppait l’écaille. 

On remarque enfin , sous l’écorce ; que les points dépri- 
més , que nous avons déjà signalés , renferment un reste char- 
bonneux , comme s'ils avaient servi de passage à ces fibres 
que M. Ad. Brongniart a vues dirigées des cercles fibreux in- 
térieurs aux bases des pétioles. 

On peut donc conclure que ces écailles fossiles portaient 
des pétioles à leur aisselle ; que chacune d'elles était termi- 
née par une épine proéminente ; que ces épines ont été cas- 
sées et enlevées comme toutes les feuilles des Sigillaires ; en- 
fin que le végétal, dont nous avons la tige fossile , appar- 
tient à la famille des Cycadées. 

N'ayant sous les yeux qu’une seule espèce de Cycas et une 
seule espèce de Zamia, je ne puis asseoir aucun jugement 
sur le genre ni sur l'espèce; c'est donc uniquement pour 
fixer les idées, et en attendant de plus amples études, que je 
proposerai de l'appeler Cycadium cyprinopholis (petit Cy- 
cas à écailles de carpe) : dénomination qui rappellerait la 
petitesse des écailles comparativement à celles du C. revo- 


luta, et leur apparence générale. 
CYCADIUM CYPRINOPHOLIS. 


Tige simple , entièrement revêtue par des écailles régulièrement 
imbriquées ; écailles égales de 0", 007 de hauteur sur 0", 018 de 
largeur, paraissant à peu près circulaires par le bord supérieur , 
anguleuses latéralement, carénées à la base; divisées par une 
dorsale renflée, laquelle sert de base à une cicatrice lancéolée; sur- 
face inférieure à l'écorce, semée en quinconce de légères tubérosités, 
dont chacune porte à son pied un point déprimé : à l'intérieur , 
couches de fibres parallèles. 

Gis. Terrain houiller. 

Loc. Mines de Rive-de-Gier. 


130 NOTE SUR UN VÉGÉTAL FOSSILE. 

Les Cycadées vivent actuellement dans les régions tropi- 
cales d'Asie et d'Amérique, au cap de Bonne-Espérance et à 
Madagascar. (Lindley , p. 247.) 


EXPLICATION DES PLANCHES. 
Pzraxcue I. 


Fig. 1.— Fragment du fossile, de grandeur naturelle. Il est ap- 
pliqué sur le schiste, et y laisse son empreinte, qui déborde en C D. 

À B revers du Cycadium dépourvu d’écorce. 

Fig. 2.— Face du Cycadium revêtu de son écorce, de grandeur 
naturelle : cette face était appuyée sur l'empreinte C D de la fig. 1. 

L'échantillon complet a 0" , 30 de longueur sur 0M, 25 de 
largeur. 

Fig. 3.— Une écaille de Cycadium , triplée. 

Fig. 4. — Tranche du Cycadium ; c’est la partie indiquée par les 
lettres c def dans la fig. 2. | 

Fig. 5.—Autre empreinte du Cycadium; la différence de l’imbrica- 
tion et de la nervure dorsale en fait peut-être une autre espèce, ou 
du moins une variété. 


PLraxcee Il. 


Fig.1.— Cycas revoluta, de grandeur naturelle, âgé de 5 ans, 
suivant M. Sédy. 


La tige À est partagée par une section verticale, pour montrer 
l'épaisseur de sa moelle. 

Fig. 2. — Coupe horizontale de cette même tige, grossie. Elle 
n’a qu'un seul cercle de fibres, 

Fig. 3.— Base d’une tige de 25 ans , réduite au quart. 

Fig. &.—Une écaille de latige précédente, de grandeur naturelle. 

Fig. 5.—Coupe verticale ou profil intérieur de cette même écaille. 


Fig. 6. — Portion utriculeuse de l’écaille, dépouillée de la pointe 
ligneuse. 


BUES 


AUX CULRTIVATBEURS 


SUR UNE 


ESPÈCE DE VER A SOIE A TROIS RÉCOLTES , 


NOMMÉE EN TOSCANE ÆREVOLTINE, 


PAR 


M. Marrureu BONAFOUS, 


CORRESPONDANT DE L'INSTITUT DE FRANCE y DIRECTEUR DU JARDIN ROYAL 
D’AGRICULTURE DE TURIN » ETS. 


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Depuis Olivier de Serres, dans son livre intitulé : La 
Cueillette de La soie , imprimé en 1599, jusqu’à Dandolo, 
la plupart des auteurs, qui ont traité de cette industrie, ont 
désapprouvé l'usage de faire , chaque année , plusieurs édu- 
cations de vers à soie. Leur opinion était principalement 
basée : 

1° Sur le préjudice occasioné au murier par lenlève- 
ment réitéré de ses feuilles e 

2° Sur l’action dangereuse des chaleurs de l'été et des 


fraicheurs de l'automne , pendant le cours des secondes édu- 
cations ; 


192 AVIS 

3° Sur la difficulté de retarder le développement des œufs 
réservés à une deuxième couvée, ou d'obtenir l’éclosion im- 
médiate des œufs de la première récolte, pour entreprendre 
une nouvelle éducation. 

Mais ces divers motifs, sans doute très plausibles à lé- 
poque où ils furent allégués, n’ont plus la même valeur, 
dans l’état actuel de notre industrie séricicole. 


En effet, si la première de ces objections repose sur ce que 
le mürier ordinaire ( Morus alba), déjà fatigué d’une pre- 
mière dépouille, ne peut sans danger pour son existence en 
subir une seconde, la même année ; je dirai que le mürier 
des Iles Philippines (Morus cucullata ), par son étonnante 
aptitude à se propager de boutures, sa croissance plus rapide, 
et le prompt renouvellement de ses feuilles, se prête incom- 
parablement mieux, dans les climats analogues à celui du 
Piémont , aux exigences d’une double ou triple éducation. 

Quant à l'observation que les chaleurs de l'été et les frai-, 
cheurs automnales mettent obstacle au succès des éducations 
ultérieures , on peut répondre qu'aujourd'hui les procédés de 
ventilation et d'assainissement, perfectionnés par M. d’Ar- 
cet, permettent aux éducàteurs de créer un climat artificiel , 
tel que l’âge et la santé du ver le réclament. 

Enfin, pour réfuter l’objection qui porte sur la difficulté 
de retarder la graine ou d’obtenir l’éclosion immédiate, je 
pense, et c’est là l’objet principal de cette Note , qu'au lieu 
de rechercher à retarder l’éclosion des œufs de vers à soie 
par l'effet d'une basse température , ou à obtenir l'éclosion 
peu de jours après la ponte (ce qui ne s'exécute pas toujours 
au gré des éducateurs ); le moyen le plus certain serait , à 
l'exemple des Chinois, de destiner aux éducations multiples 
une race particulière de vers à soie, dont les œufs, doués de 
la faculté d’éclore peu de jours après la ponte, permettent 


AUX CULTIVATEURS. 133 
d'entreprendre plusieurs éducations successives, tant que la 
végétation du mürier n’est point interrompue, 

Or, les Chinois ne sont pas seuls possesseurs d’une espèce 
aussi propre aux éducations multiples. 

Informé qu’il existait en Toscane et dans les deux Siciles 
une espèce ou variété de vers à soie, désignée par le nom de 
Trevoltini, c'est-à-dire vers à soie à trois récoltes, je me ren- 
dis, au mois d'octobre 1838, époque ordinaire de mes ex- 
cursions agronomiques , dans la petite ville de Pistoie , située 
près de l’'Ombrone , à six lieues de Florence ; et là, témoin 
de l’état prospère des nombreux ateliers de vers à soie que je 
visitai, au moment où ces insectes étaient, les uns à leur 
quatrième mué (de la 2° ou 3° génération), les autres à l’état 
de phalène ; témoin du bien-être que ce surcroît de richesse 
(évalué pour ladite année à vingt mille kilogrammes) ré- 
pondait chez le peuple des campagnes , je m'approvisionna; 
d'une quantité de graine assez considérable pour offrir aux 
cultivateurs le moyen d’expérimenter jusqu’à quel point le 
système d’une double ou triple éducation peut s'adapter à 
leurs intérêts agricoles. 

Je considère cette espèce, déjà acclimatée en Italie, 
comme d'autant plus intéressante que , lors même qu’on ne 
trouverait pas un avantage réel à faire plusieurs récoltes par 
année , elle serait utile : 1° pour renouveler les éducations 
qui auraient encore manqué par quelque accident; 2° pour 
servir à des expériences auxquelles ne se prêéteraient point 
les espèces, dont les œufs n’éclosent qu’une fois, ou ne don- 
nent naissance à quelques vers que par un phénomène ac- 
cidentel. 

Mais persuadé que, dans l’état actuel de notre industrie 
progressive, la question des doubles récoltes de soie, de- 
mande, pour être définitivement résolue, de nouvelles expé- 
riences et de nouveaux efforts ; J'invite les agronomes à con- 


134 ‘AVIS AUX CULTIVATEURS. 

sidérer que l'exemple des Chinois, nos premiers maitres dans 
l'art de gouverner le ver à soie, est un fait accompli depuis 
des milliers d'années , et que celui plus rapproché, mais trop 
peu connu des industrieux cultivateurs de Pistoie et des deux 
Siciles, doit éveiller l’émulation de tous les éducateurs , par- 
toutoù le climat et la main-d'œuvre n'offrent pas des obsta- 
cles insurmontables. 


QUELQUES CONSIDÉRATIONS 


SUR 


L'AMÉLIORATION DES ANIMAUX DOMESTIQUES, 


PAR 


FN, 4, @, Favre, 


MÉDECIN-VÉTÉRINAIRE DE LA RÉPUBLIQUE DE GENÈVE, MEMBRE DE LA SOCIÉTÉ 
DES ARTS DE LA MÈME VILLE, CORRESPONDANT DE L’ACADÉMIE ROYALE DE 
MÉDECINE , DE LA SOCIÉTÉ ROYALE D'AGRICULTURE ; HISTOIRE NATURELLE 
ET ARTS UTILES DE LYON, DE LA CHAMBRE ROYALE D'AGRICULTURE 
ET DE COMMERCE DU DUCHÉ DE SAVOIE ; ETC. 


PPS © 


Améliorer une race, c’est la modifier dans les formes ou 
les produits, en développer les capacités et en diriger les 
inclinations , afin d'en retirer plus d'utilité, ou pour satis- 
faire au goût et à la fantaisie. 

Le bénéfice du producteur est la condition vitale de toute 
amélioration. L’utilité générale, l’intérêt public, en sont le 
gage de stabilité, la garantie de durée. 

L'utilité, combinée avec la rareté, établit le prix des 
choses ; mais les productions les plus utiles ne peuvent être 
long-temps rares. Quand elles le deviennent momentanément, 
elles s'élèvent à une grande valeur, en raison de ce qu'elles 
sont utiles à un plus grand nombre. Elles acquièrent alors 
une valeur de circonstance, moins durable que la valeur 
idéale , à laquelle le producteur ne doit cependant accorder 
qu'une confiance momentanée, Les valeurs 2déales et tempo- 


136 QUELQUES CONSIDÉRATIONS 

raires sont la base principale des spéculations commerciales ; 
c'est la valeur positive qui doit être, à peu d’exceptions près, . 
la règle du producteur d'animaux domestiques. 

Il existe trois moyens d'améliorer : 1° le perfectionne- 
ment des races par elles-mêmes; 2° leur croisement avec 
des individus de race étrangère ; 3° l'importation de race, 

Tout ce qui a rapport à l'amélioration se réduit à deux 
questions principales : l'examen de convenance, et le choix 
des moyens. | 


$ I. Des convenances. 


1° Il ne convient jamais de tenter des améliorations qui 
exigent une avance de capitaux telle , que la non-réussite 
puisse compromettre la fortune. 

Le capital consacré à des améliorations doit toujours être 
en raison de la chance de succès. 

Quoiqu'il soit prudent de faire des essais en petit, il n’y 
a guère que les grandes entreprises qui puissent être lucra - 
tives. Celles-ci acquièrent une publicité , une vogue, qui pro- 
curent l'écoulement à des prix élevés ; puis , après la fièvre 
d’engouement, leur trop plein reflue, s'étend de proche en 
proche , et acquiert une utilité populaire; alors la valeur 
idéale cède à la valeur positive. 

Ce n’est que dans les grands établissements qu'on peut 
espérer la persévérance d'une longue suite d'observations , 
et qu'on obtient la certitude qui résulte de moyennes calcu- 
lées d’après des bases larges. 

Mais il faut être riche et dévoué au bien public, pour ces 
honorables entreprises. On ne verra jamais s'y livrer celui 
dont l'âme est ensevelie dans son gros porte-feuille, ni le 
marchand d'argent toujours occupé de hausse ct de baisse , 
ni le riche égoïste dont la mort sera la seule époque utile 


SUR L’AMÉLIORATION DES ANIMAUX DOMESTIQUES. 137 


d’une vie méprisable. Honneur et reconnaissance aux riches 
vertueux, à ces nobles exceptions, à ces philanthropes dévoués 
dont le cœur bat d'amour pour le bien public! 


2° La convenance d'améliorer peut naïître de quelques cir- 
constances passagères , telles que le caprice ou la manie d’un 
puissant de la terre, et la mode. L’utilité générale y est étran- 
gère; le producteur exploitant la fantaisie pour son intérêt 
personnel, les résultats sont fugaces comme le caprice et la 
mode qui en ont été les motifs. On peut y trouver du profit, 
mais sans aucun droit à la considération , aucun titre à la re- 
connaissance publique. 


Sous un roi dont la cruauté est livrée à l'exécration du 
genre humain, Louis XI, la race de chiens de chasse connus 
d’abord sous le nom de Beaux, puis sous celui de Greffiers, fut 
un moyen de fortune. Sous un autre roi que le poignard de 
Jacques Clément a sauvé de l'oubli, Henri IIT, une race de 
petits chiens nommés Chiens de Lyon, devint précieuse 
comme valeur pécuniaire. S'il en faut croire les historiens , 
ni son fanatisme religieux et ses débauches honteuses, ni 
les embarras d’un règne orageux et la pénurie des finances , 
ne purent le distraire de sa passion pour ses chiens. Il en por- 
tait ordinairement plusieurs suspendus à son cou, et ne les 
quittait pas pour donner audience à des ambassadeurs! Le 
président de Thou dit : « qu'il lui en coûtait tous les ans 
plus de cent mille écus d’or. » 

Quoique déjà bien loin de nous, 1l n’est pas sans intérêt , 
sans utilité, de rappeler des époques déplorables, où il était 
plus lucratif, plus glorieux, je ne dis pas plus honorable , 
d'élever, de perfectionner des oiseaux pour les plaisirs de cer- 
tains personnages , que d'améliorer les races des animaux 
domestiques dans l’intérêt de la société. 


Alors le duc de Milan, Galeazzo-Maria-Sforza . cédait au 


138 QUELQUES CONSIDÉRATIONS 
canton d'Uri la vallée Lévantine pour le tribut annuel de 
trois faucons et d’une arbalète . 

Alors le duc de Bourgogne, dont les oïseaux pour la fau- 
connerie étaient plus grands qne ceux mêmes du roi, en- 
voyait à Bajazet douze faucons blancs pour la rançon du 


comte de Nevers *. 
Alors un certain d'Interville, évèque d'Auxerre, faisait 


crucifier un de ses gardes pour avoir vendu à son insu quel- 
ques oiseaux de fauconnerie 3 

Alors la loi Gombette condamnait le voleur d'un épervier 
à une amende de huit écus d’or, ou à se laisser manger par 
cet oiseau cinq onces de chair sur les fesses on 

Alors des nuées de veneurs , fauconniers , fureliers , per- 
driseurs , oiseleurs , louvetiers , archers , valets de chiens, et 
tout l’attirail accessoire, composaient les trains de chasse 
des rois, des grands seigneurs, ravageaient les campagnes, 
ranconnaient les cultivateurs , et vivaient chez eux à discré- 
tion. Les charges de Grand-Veneur , Grand-Fauconnier , 
étaient des titres de faveur pour les hauts personnages * ; et 
Mézeray nous dit que « c'était un bien plus grand crime 
d’avoir tué un cerf qu’un homme. » 

La mode est souvent une convenance d'amélioration , 
mais locale et passagère. Varron nous apprend que, chez 
les Romains , un troupeau de cent paons rapportait à 
son maître environ trois mille de nos livres par an. 
C'était la partie la plus lucrative de la basse-cour 5. Un 


1 William Coxe, V’oyage en Suisse et dans le pays des Grisons. 

2 Choisy, ist. de Charles VI. 

3 Indication sommaire des faits qui prouvent la compétence de la justice sé- 
culière. 

4 Citée au liv. XIII de l'esprit , des usages, ec. 

5 Môêm. hist. sur lu chasse , par La Curne de Sainte-Palaye. 

6 Ex pavonibus fructus capiuntur majores quam &è gallinis. De re rusticä , Gb. HI, 
c. 4. 


SUR L'AMÉLIORATION DES ANIMAUX DOMESTIQUES. 139 
nommé Aufdius Lucro, ayant trouvé la manière de les 
engraisser , gagnait chaque année, à ce trafic, 600,000 
sesterces, environ 7,500 francs ‘. Servir des paons sur la 
table devint si fort à la mode, que Cicéron écrivait à Pœtus : 
« Jai osé donner à souper à Hirtius sans paon *. Outre nos 
oiseaux de basse-cour, les Romains engraissaient des trou- 
peaux de grues, de sarcelles , de tourterelles , de grives , et 
même de loërs dont les Italiens mangent encore , mais qu’ils 
n'élèvent pas. Le producteur retirait souvent plus de profit 
de cette partie de son exploitation que d’autres cultivateurs 
de tout le produit des terres de la ferme *. 

Des formes indépendantes de la bonté, et les différences de 
couleur, ont été souvent un motif de convenance pour le 
producteur de chevaux. 

3° Des considérations d’une toute autre importance que 
le caprice et la mode, doivent éclairer le producteur et dé- 
terminer les convenances d'amélioration. 

On entend par race certaines modifications de formes, 
transmises héréditairement , et perpétuées dans une longue 
suite de générations. Les qualités et les capacités en dépendent. 

Lorsque ces modifications rendent les individus moins 
propres au service , on dit que la race dégénère ; et le degré 
d'amélioration se mesure d’après l'aptitude à l'utilité. 

Le beau est la convenance des organes avec leur destina- 
tion. Toute amélioration considérée sous d'autres rapports 
n'est qu'un sacrifice à la mode, à la fantaisie , au caprice , 
sans utilité publique et sans base solide. 

Avant d'entreprendre l'amélioration d’une race, avant d’al- 
térer des formes acquises depuis long-temps, il faut com- 


1 Habitudes et Mœurs privées des Romains, par d’Arnay. 

2« Sed vide audaciam , etiam Hirtio cœnam dedi sine pavone. » 

3 Et ide ex his pastionibus ex un& villà majores fructus capere, quäm alëi 
fuciunt ex toto fundo, (Varro, lib. HI, cap. 2.) 


140 QUELQUES CONSIDÉRATIONS 
mencer par la bien connaître, en apprécier les avantages , 
les inconvénients , et remonter aux causes qui l’ont produite. 

L’élévation sur jambes des bêtes de trait , toute favorable 
qu'elle soit à la vitesse, ne convient que sur les sols unis. 
Dans les lieux coupés en montées et descentes , le point de 
tire se trouve à chaque instant ou trop haut, ou trop bas. 
Une portion des forces est employée sans avantage contre la 
résistance à vaincre , et cet inconvénient est en raison de la 
hauteur des animaux. 

La petitesse de la taille devient une qualité du gros bétail, 
ou du moins une condition nécessaire à son existence, sur les 
montagnes à défilés étroits , à sentiers rocailleux et difficiles. 

En général , les collines ne sont pas propices à la grosseur 
de la taille. L’élasticité des fibres, la bonté des pieds, l’agi- 
lité, la vivacité, plus d'énergie vitale, se remarquent non 
seulement dans les races aborigènes de ces localités, mais 
encore dans les individus qui y sont amenés et élevés. 

Les plaines basses, à gras pâturages , sont favorables au 
développement osseux et musculaire, à la taille grande et 
grosse. 

Des animaux à taille petite prospèreront sur les pâturages 
où des races de grande taille ne pourront subsister. Ils sont 
aussi moins délicats, moins difficiles sur la qualité de la 
nourriture. . 

Celui donc qui veut améliorer les races sous le rapport 
d'ampleur et d’élévation de taille, doit commencer par s'y 
préparer en améliorant ses pâturages et ses fourrages. 

Dans tous les pays , sous tous les climats, la bonne qualité 
et l'abondance de nourriture favorisent le développement des 
individus, et augmentent la taille des races. Cette observation, 
que tout nourrisseur a faite sur les races indigènes , n’est rien 
moins que vraie quant à celles importées. Un troupeau de 
vaches choisies dans la plus grande race de la Suisse fut 


SUR L'AMÉLIORATION DES ANIMAUX DOMESTIQUES. 141 
amené avec les bergers à la Malmaison; l'intérêt qu'y mettait 
l'impératrice JoséPmiNE ne put empêcher qu’elles ne fussent 
d'une maigreur extrême, mauvaises laitières , et qu’elles ne 
dépérissent. La nourriture était cependant abondante. 

Tous les cultivateurs savent qu'il faut assortir le bétail à la 
nature des fourrages; mais trop peu distinguent la qualité 
occulte que les fourrages tirent du sol. Quoiqu’en apparence 
entièrement semblables , ils pousseront à la graisse ou au 
lait, ou bien ils élèveront la taille et étioleront les in- 
dividus , etc. 

Depuis 30 à 35 ans, l'espèce ovine , et surtout la race 
mérinos, a été celle des animaux domestiques la mieux étu- 
diée. Quelle différence dans les formes et dans la qualité des 
laines , selon les fourrages , le sol et les soins hygiéniques ! 
La nourriture bonne et abondante grandit, grossit la taille , 
permet la quantité de laine ; mais elle est incompatible avec 
l’extrème finesse. La transhumance , l'estivage sur les mon- 
tagnes, le parc, sont favorables à la force, à l’élasticité de 
la laine, et nuisent à sa douceur. L’habitation dans les ber- 
geries à l'exclusion du parcage, rend la laine douce, mais 
d’une apparence plutôt cotonneuse que soyeuse. Les fourrages 
artificiels noërs , tels que le trèfle et l’esparcette, donnent un 
suint abondant et jaunâtre, préjudiciable à la vente sans 
cependant nuire aux qualités. Le foin-gazon, la paille et les 
fourrages-racines , dans des proportions convenables , favo- 
risent la blancheur des toisons et la douceur de la laine. 
L’extra-fin est le résultat de la plus grande faiblesse compa- 
tible avec la faculté de vivre et la puissance de reproduction. 
Ainsi c'est en vain que l’éleveur aura acquis des races extra- 
fines , s’il ne les soumet aux conditions, aux influences 
spéciales, 

L’Angleterre , dont quelques comtés sont favorables à la 
production des laines à peigne , n’a pu conserver la finesse 


142 QUELQUES CONSIDÉRATIONS 

des mérinos. Plusieurs années d’observations suivies sur les 
principales races anglaises à laine longue, ne m'ont pas 
encore prouvé qu’elles puissent garder leurs qualités sans 
altération dans le pays que j'habite , la partie méridionale de 
la Suisse francaise. 

La différence entre les pâturages alpestres des cantons de 
Berne, de Fribourg et la plaine des environs de Paris , celle 
des gazons humides de l'Angleterre aux herbes aromatiques 
du Jura, sont des motifs suflisants pour expliquer pourquoi 
les vaches suisses du pays d'En-haut dépérissaient sur les 
bords de la Seine, et pourquoi les bêtes à laine des races an- 
glaises, Cottswold , Leicester, Lincoln, s'élèvent difiieile- 
ment, et semblent dégénérer sur les pâturages élevés et sur 
les côteaux du canton de Vaud, en Suisse. 

L'expérience a prouvé que la différence de nourriture sous 
les rapports d'espèce, de qualité , de quantité, ou celle des 
lieux , tant sous le rapport de la nature du sol que sous ceux 
d’élévation et d'inclinaison, suffisent pour modifier les races 
et déterminer en elles un caractère local , contre lequel on 
ne lutte qu'avec effort, rarement avec avantage, et ja- 
mais sans des soins continuels. 

L'étude des causes des races est d’autant plus nécessaire , 
que quelques ressemblances de sites et d’habitudes hygiéni- 
ques ne suflisent pas pour garantir le succès. Les chevaux, 
qui pâturent dans les steppes unies et sablonneuses de la 
Tartarie, ont le sabot petit et élevé , la crinière longue, et 
quelquefois pendante jusqu’à terre. Ceux des déserts sablon- 
neux de l'Arabie ont le pied rond et très peu de crinière. Les 
chevaux sauvages, qui pâturent en troupes les Pampas du 
Chili , plaines élevées et peu fertiles, proviennent d'Espagne 
et sont abâtardis. Ces trois races , quoique vivant en liberté 
dans des plaines sablonneuses et inutiles, diffèrent de formes, 
de taille, de tempérament et de moyens. Les chevaux de la 


SUR L’AMÉLIORATION DES ANIMAUX DOMESTIQUES. 1443 
Camargue pâturent en pleine liberté sur un sol uni , aride , 
et ont les sabots très larges. Ainsi, malgré les ressemblances 
topographiques , les différences de ces climats agissent sur les 
individus, puis encore sur les fourrages; et l'influence de 
ces deux causes, qu'il est plus facile de signaler que de ca- 
ractériser , détermine les formes de ces différentes races. 

Chaque année ; en automne, des troupeaux de poulains, 
achetés en Suisse, viennent en Savoie où on les élève pour 
les besoins de l’agriculture. Le pays d’où ils sortent, et celui 
où ils arrivent, se ressemblent en tout sous les rapports 
topographiques. Ces poulains achetés sont ou des rebuts, 
ou au-dessous de la moyenne. Ils n’acquièrent en Savoie ni 
la taille ; ni la grosseur de leur race ; mais les jambes sont 
solides, les articulations prononcées , les sabots fermes; tan- 
dis que la race originaire manque de ces qualités. Ils sont de 
meilleur entretien , ont proportionnellement plus de force , 
et surtout plus de fond d’haleine. Ils se reproduisent et font 
une sous-race. 

Un de ces petits chevaux savoyards , acheté à Genève 
pour deux cents et quelques francs , est souvent allé de cette 
ville à Lausanne , et revenu diner le même jour , après avoir 
fait 23 lieues de pays. Il est probable qu'aucun cheval suisse 
n’en ferait autant. 

L’abondance de la nourriture , en foin-gazon de très bonne 
qualité, :et la trop grande chaleur des écuries, développent 
en Suisse les systèmes celluleux et musculaires. En Savoie, 
une nourriture moins substantielle, composée en partie de 
foin médiocre et de bonne paille, mais avec quelque peu de 
grains ; est favorable au développement osseux, à la densité 
et à l’élasticité des fibres. 


TH. 10 


ds. 
PES 
= 


QUELQUES CONSIDÉRATIONS 


$ 2. Des moyens. 


Chacun des moyens d'amélioration, perfectionner , croi- 
ser , importer ; a ses avantages et ses inconvénients , qui dé- 
pendent surtout des circonstances. On ne peut en tirer que 
des règles générales, dont l'examen des convenances déter- 
mine l'application. | | | 

1° Le perfectionnement des races par elles-mêmes est 
la plus lente et la plus sûre des améliorations. Quelques vé- 
térinaires disent méthode de progression; mais il y a aussi 
progression dans la méthode par croisement. Ce moyen ne 
compromet point l’aisance du producteur , parce qu'il n’exige 
pas de grosses avances, et il échappe aux inconvénients 
des innovations, dont le principal est la défaveur qui les 
précède. Il porte la persuasion avec lui et il entraîne par 
l'exemple ; car chaque voisin comprend le but, et juge qu'il 
peut y parvenir ou en faire son profit. Enfin , la certitude 
d’une progression croissante , celle de la stabilité et de l'uti- 
lité locale des résultats obtenus , sont des avantages précieux. 

Ges considérations sont concluantes en faveur du perfec- 
tionnement des races aborigènes , lorsqu'elles ne sont pas 
trop dégénérées. On ne risque jamais de faire des écoles, 
d’avoir des croisements décousus , de former des races qui 
ne conviennent pas au sol ou aux usages du pays. On va len- 
tement, mais sans arrêt, sans pas rétrogrades, sans risquer 
de prendre une fausse route ; et la lenteur se trouve compen- 
sée par la généralité du mouvement. 

Cette méthode n’est pas cependant sans inconvénients : une 
race s'améliore par le choix judicieux des accouplements, en y 
appliquant l’aphorisme médical ,contraria contrariis sanantur, 
corrigez les défauts par les défauts contraires. Ceux en plus 
de l’un sont mis en opposition avec ceux en moins de l’autre, 


SUR L’AMÉLIORATION DES ANIMAUX DOMESTIQUES. 145 
el vice vers4, avec l'attention d'éviter qu'il y ait excès de 
différence, sans quoi on n’obtiendrait pas la fusion des formes. 
On a dit qu'il faut corriger les défauts par les qualités oppo- 
sées : ce mot qualité, n'ayant, lorsqu'il s’agit des formes , 
d’autre signification que celle de justesse , proportion, ré- 
gularité , et ces qualités étant altérées dans la progéniture 
par les défauts de l’un des parents, le moyen d'amélioration 
se trouve insuflisant. L'opposition des défauts est impossible, 
lorsqu'on accouple les individus d’une même race, si le vice 
à corriger est très prononcé, et surtout quand le climat, la 
localité , y ont plus de part que la négligence ou l'ignorance. 
Alors, on procède par élection, en accouplant les individus 
chez lesquels le vice est moins prononcé, et en s’aidant des 
secours de l'hygiène. 

Un des mérites de la méthode par perfectionnement est 
de pouvoir être généralisée sur un grand espace à la fois, de 
pouvoir devenir une chose de mode chez tous les cultivateurs; 
mais l'amélioration étant lente, la persévérance devient la 
condition nécessaire du succès, et c’est en cela qu'est la plus 
grande des difficultés , quand il s’agit de la multitude. 

Cette méthode manque de partisans, parce qu'une amé- 
lioration lente et générale exclut les spéculations étroites de 
l'intérêt personnel ; parce qu’elle ne flatte pas l’amour-propre 
en fournissant à quelque individu le sujet d’un mémoire am- 
poulé ; parce qu’enfin le succès dépend surtout d'habitudes 
qu'il faut changer , d'erreurs qu'il faut rectifier , de préjugés 
quil faut détruire. 

Point de commissions d'achats, point de place d'inspec- 
teurs, de directeurs, de conservateur , de régisseur , d’ad- 
ministrateur. Rien pour satisfaire la morgue des puissants , 
et rien encore en faveur de leurs créatures. Que de motifs de 
réprobation ! 

Il suflit d'éclairer, d'encourager , de vouloir le bien du 


146 QUELQUES CONSIDÉRATIONS 
plus grand nombre. C’est la tâche honorable des Sociétés d'a- 
griculture ; les concours ct les primes assureront le succès. 

20 Le croisement par des individus de race étrangère.a 
le mérite de produire des effets plus prompts et plus grands. 
Il a lieu par l'importation des mâles plutôt que par celle des 
femelles, parce que celles-ci n’ont dans l'amélioration que 
l'influence d'unité numérique ; tandis que celle des mâles se 
mesure par leur capacité fécondante, et se compte dans les 
proportions de vingt, au moins, jusqu'à cent et plus contre 
un , selon les espèces. 

L'influence du mâle prédomine sur les formes extérieures, 
sur la couleur du pelage, sur la qualité des poils , des laines, 
des plumes. 

C’est à tort que quelques personnes attribuent à la mère 
plus d'influence sur les produits de la conception que n'en à 
le père, quoique les raisons qu’ils en donnent ne soient pas 
sans valeur. La différence de nourriture , disent-ils , qui agit 
à la longue sur l'adulte, dont les organes bien développés et 
jouissant de toute leur énergie n’ont qu’à assimiler , doit être 
bien plus forte , avoir bien plus d'influence sur le fœtus , dont 
les organes se développent , se forment et ne recoivent qu’une 
nourriture animalisée par la mère ; et cette influence mater- 
nelle , qui déjà a concouru à la conception , se prolonge pen- 
dant le développement du fœtus, et se continue pendant l’al- 
laitement avec une évidence telle , qu’elle agit même sur le 
moral. « Depuis long-temps , dit Sylvius de le Boë , j'ai ob- 
« servé que les enfants sucent avec le lait le tempérament 
« aussi bien que les inclinations que l’on remarque en eux 
« pendant le cours de leur vie, et qu’ils tiennent, à ces deux 
« égards, autant de leur nourrice que de leur mère. » On 
cite encore les maladies héréditaires , c’est-à-dire, la disposi- 
tion organique transmise aux enfants par voie de génération , 
plus redoutable quand elle est maternelle. 


SUR L’AMÉLIORATION DES ANIMAUX DOMESTIQUES. 147 

La réponse à toutes les objections tirées de la longue in- 
fluence de la mère pendant la gestation, pendant l'allaitement, 
est que celle du père, lors de la conception, suflit pour la 
contrebalancer. 

Mais c’est l'expérience qui doit décider. 

Linnée avait conclu , d’après des croisements de brebis de 
Suède avec des béliers mérinos et de brebis de cette race 
avec des béliers de Suède , que le mâle influait principale- 
ment sur les parties extérieures et la mère sur les organes 
internes. Les résultats obtenus du mélange de la race des 
chèvres d’Angora avec celles de Suède, confirmèrent son opi- 
nion ; les métis provenant d’un bouc d’Angora avaient les 
poils soyeux, et ceux qui provenaient d’un bouc de Suède 
avec une chèvre d’Angora les avaient plus grossiers. 

Comme il n’est pas nécessaire d’être un Linnée pour se li- 
vrer à ces expériences et faire de parcilles observations, je 
peux ajouter que les résultats obtenus à diverses époques, 
pendant vingt ans, sur des brebis de huit races différentes , 
de Suisse , du Piémont , de Souabe , de Savoie et de France, 
m'ont prouvé la supériorité de l'influence du mâle. 

Elle est incontestable dans la race des mérinos. Quand les 
béliers qui composent {a monte d’un troupeau sont nombreux, 
il existe entr’eux des différences ; elles se transmettent sur- 
tout aux mâles, et la filiation se reconnait facilement à la 
grosseur et à la direction des cornes , à la longueur et à la 
forme de la tête, aux poils du nez et des joues , aux propor- 
tions de l’encolure , au genre et à la qualité de la laine. 

La superfétation met en évidence cette supériorité mascu- 
line : une chienne , une chatte, pleines de différents mâles , 
font d’une, seule portée des petits très différents entr’eux, et 
ressemblant aux divers pères. Quant aux oiseaux de basse- 
eour , la prédominance du mâle est une vérité triviale. 

La proportion des puissances effectives du mâle et de la 


145 QUELQUES CONSIDÉRATIONS 

femelle, selon l'expression de Buflon , se prouve plus évi- 
demment encore dans les produits hybrides , mulets ou mé- 
us, qui résultent de l’accouplement de deux mdividus d'espèce 
différente. Les formes du père et celles de la mère, se res- 
semblant moins, peuvent facilement se distinguer dans leur 
progéniture. Le mulet tient plus de l’âne que de la jument , 
et le bardeau plus du cheval que de sa mère. Le chardonneret 
avec une femelle de serin, et un serin avec une femelle de 
verdier, produisent des métis qui ressemblent beaucoup plus 
au père qu’à la mère. La même influence se remarque sur les 
produits du canard musqué avec la femelle de l'espèce com- 
mune. 

Buffon a observé que la tête , les oreilles, la queue, les 
jambes , les sabots du mulet ont plus de rapport avec l'âne 
qu'avec la jument ; que la tête et la queue du bardeau , qui a 
le cheval pour père et l’ânesse pour mère , ressemblent au 
cheval ; et que tous deux tiennent plus de la mère que du 
père, non seulement pour la grandeur, mais aussi pour la 


forme du corps *. Il dit ailleurs que les oiseaux métis res- 
semblent à la mère par le corsage, et au père par la tête, la 
queue ; les pieds et les jambes. 

La tête est la partie sur laquelle l’influence du mâle se fait 
sentir plus généralement. Il en détermine la grosseur et les 
formes , la grandeur et la direction des oreilles , la grosseur 
et la courbure des cornes , leur nombre ou leur absence. 

Les produits des taureaux sans cornes avec les vaches com- 
munes ressemblent ordinairement aux pères. 

La variété des boucs à quatre cornes se reproduit avec les 
chèvres ordinaires ; et la présence ou l'absence de ces organes, 
chez les béliers, se transmet à leur race. 

Cependant, outre les cas particuliers , qui font exception à 


1 Supplément. — Tom.V. Des mulets. 


SUR L'AMÉLIORATION DES ANIMAUX DOMESTIQUES. 149 
ces règles générales , on peut objecter que les chevaux issus 
de juments à tête pesante et d’étalons de belle race, ont 
souvent la tête commune et plus ressemblante à la mère que 
les autres parties. 

L'influence plus grande de la part de la mère sur les 
organes internes par la conception et la gestation, et 
sur le tempérament et les inclinations par l'allaitement, 
sont moins évidentes que l'influence paternelle , et. peu- 
vent être mises en doute , du moins quant aux animaux. 
En créant une race , on altère les formes d’une espèce, on 
les développe, on les restreint , on les modifie , on crée des 
aptitudes physiques , et on décide de l'emploi et des qualités 
intellectuelles des générations à venir. L'influence de la ges- 
tation n’est dans tout cela que secondaire ; celle de l’allaite- 
ment est nulle, excepté sous le rapport sanitaire, comme 
qualité et quantité de nourriture. 

Les enfants élevés avec du lait de vache et ceux qui le sont 
encore plus facilement en tetant une chèvre, n’ont pas plus 
de rapport avec le tempérament et les inclinations de ces ani- 
maux que les enfants nourris par une femme. 

Le mulet hérite du tempérament érotique de son père, ct 
le bardeau ressemble , sous ce rapport , plus au cheval qu'à - 
l’ânesse. 

Le père influe sur l'extérieur , sur les organes de la vie de. 
relation ; il donne la couleur, la vigueur, et il modifie les 
formes. La mère, dit-on, influe davantage sur les organes 
intérieurs , sur les viscères ; mais, chez les chevaux, l’in- 
fluence de l’étalon sur les organes pulmonaires ne peut être 
contestée. : 

La grande supériorité de force et de dimension que la na- 
ture a donnée aux males de presque toutes les espèces domesti- 
ques , démontre que c’est par eux qu'il faut améliorer la gros- 
seur de la race. 


150 QUELQUES CONSIDÉRATIONS 

La prédominance du mâle dans les produits de la conception, 
et son influence qui se multiplie en raison de sa faculté fé- 
condante , en font le moyen principal de toute amélioration. 
C'est celui que la nature emploie pour empêcher la dégénéra- 
tion des espèces : pendant qu’elle fait naître chez les femelles 
un désir graduel, réprimé par l'indécision , elle allume dans 
le cœur des mâles les fureurs de l'amour , la jalousie , les ri- 
valités , les combats. La victoire devient le titre des plus vi- 
goureux et exclut les faibles, qui lavent dans leur sang le 
crime d’avoir voulu propager leur faiblesse. 


Non aliter fortes vidi concurrere tauros ; 

Cüm prelium pugne, toto nitidissima saltu , 

Expetitur conjux ; spectant armenta , paventque ; 

MNescia quem maneat tanti victoria regni *. 
Ov. 


Les mâles , à l’époque du rut , sont plus brillants de cou- 
leur ; la voix devient forte , l'allure fière et majestueuse , leur 
courage grandit avec leur audace ; ils deviennent « aimables 
à leurs belles , terribles à leurs rivaux. » 

On doit regarder comme une erreur le précepte de Vir- 
gile : « Que , si l’on veut obtenir de belles races, soit de che- 
vaux , soit de bœufs , il faut porter l'attention principale sur 
le choix des mères *. » 

La prépondérance de l'individu dans l’acte de la conception 
l'emporte souvent sur celle du sexe ; cela sert à expliquer 


1 Celle récompense , qui devient l’apanage des plus robustes, dit Virey, et qui 
écarte de la génération les plus faibles, nous montre le but de la nature cherchant la 
perfection des espèces aux dépens des individus, et opposant une barrière éternelle 
aux causes qui tendent perpétuellement, dans le cours de l'existence ; à détériorer ces 
espèces eL à abätardir les races. 

2 Seu quis, olympiciæ miratur præmia pulme , 
Puascit equos , seu quis fortes ad aratra juvencos , 
Corpora præcipuè malrum legat. 


SUR L'AMÉLIORATION DES ANIMAUX DOMESTIQUES. 101 
pourquoi, dans un grand nombre de cas, l'influence plus 
grande du mâle se trouve démentie. C'est ainsi que l'extrait 
d’un chien turc noir avec une petite femelle de roquet à man- 
teau gris-rougeâtre , ressemblait au père par le corps et à la 
mère par la tête. Dans ce cas, l'influence du mäle a été nulle 
pour les formes de la tête , parce que la femelle était indigène 
et le père sous l'influence débilitante d’une température trop 
froide pour sa race. 

« Lorsque les chiens turcs se mêlent avec des chiens d’au- 
« tres races , il se trouve, parmi les individus qui en provien- 
« nent, des chiens qui sont absolument sans poil , d'autres 
« qui ont du poil sur tout le corps, ou d’autres enfin qui 
« sont en partie couverts de poil et en partie nus *. » Un 
autre chien, issu d’une dogue à nez fendu et d'un père le- 
vrier , avait le nez fendu comme sa mère , avec des formes 
intermédiaires des deux races. On peut encore attribuer à la 
force, à l'énergie de la race, cette influence de la mère sur 
la tête. J'ai vu à Plain-Palais, banlieue de Genève, une fe- 
melle métisse issue de l’accouplement d’un gros dogue avec 
une jeune louve. La tête et les jambes ressemblaient à la 
mère. Le male était beaucoup plus gros et plus fort ; mais il 
appartenait à la race , et la femelle à l'espèce. 

Pendant quatre ans, à Coppet, chez M. de Staël, environ 
cent cinquante brebis mérines ont été livrées chaque année à 
des béliers à longue laine, des trois races connues , importés 
d'Angleterre. Les agneaux ressemblaient pendant les deux 
premiers mois à des mérinos; puis la toison cessait d'être 
ratinée et se rapprochait du père par la longueur, mais 
sans en avoir ni le lustre , ni l’élasticité, ni la force, ni l'é- 
galité des brins. Elle avait perdu le suint, mais elle conser- 
vait la mollesse et la douceur. La finesse mérine était dimi- 


1 Daubenton. (Descrip. du chien, hist. nat. de Buflon.) 


152 QUELQUES CONSIDÉRATIONS 

nuée des deux tiers, et le tassé de moitié. Les formes et la 
taille de ces métis de premier croisement avaient beaucoup 
plus de rapport avec les mères qu'avec aucun des pères. — 
Il faut considérer , pour expliquer cette prépondérance des 
mères , que la race mérine était acclimatée depuis vingt ans; 
que c’est une race antique, pure, forte, énergique et bien 
prononcée. Les béliers anglais, affaiblis par le développe- 
ment d’une taille colossale , appartenaient à des races bien 
récentes comparativement à l'autre ; leurs inclinations sont 
douces, leur caractère mou et indolent, leur constitution 
lâche, disposée à l'engraissement ; et ces mäles importés 
étaient sous l’influence d'un climat étranger. 

Elle tient du père , elle tient de la mère : expressions tech- 
niques chez les éleveurs de vaches, pour désigner la génisse 
dont le mâle a déterminé les qualités, ou celle qui ressemble 
à sa mère ; cette différence, qui est souvent du tout au tout 
entre des individus provenant du même taureau, tient au 
plus ou moins d'énergie de la force reproductive chez la fe- 
melle, comparativement au mâle. La versalité de ressem- 
blance ou avec le père ou avec la mère est plus rare , quand 
le taureau est d’une race bien caractérisée et qu’il jouit d’une 
grande force organique. Alors l'influence du père se porte 
jusque sur les organes qui ne se développent pas chez les 
mâles; de telle sorte que l’origine d’un taureau issu d’une 
vache faible laitière est d’un mauvais augure pour la bonté 
des génisses qui en proviendront. Comme c’est dans les gé- 
nérations croisées que les influences de père et de mère sont 
évidentes, Je citerai une observation que j'ai pu faire en 
grand et à loisir : La race bovine du canton de Schwitz, sur- 
tout la variété à poil brun-marron, est la plus robuste des 
grosses races suisses. Les produits de ces taureaux avec des 
vaches analogues pour la taille, mais de races différentes, 
ressemblent au père, ct n'ontque peu d’analogie avec la mère. 


SUR L'AMÉLIORATION DES ANIMAUX DOMESTIQUES. 153 
On croit que, dans toutes les espèces , la faiblesse relative 
du père, soit qu’elle provienne de son jeune âge , de sa con- 
stitution , ou de l'excès de copulation , lui fait perdre son in- 
flüence pour déterminer le sexe ; de sorte que ; dans ces cas, 
les femelles naissent en plus grand nombre que les mâles. 
Cette opinion est admise par les uns, contredite par les au- 
tres, et tous invoquent l'expérience. Buffon cite les peuples 
qui vivent en polygamie, les sérails des Musulmans, où il 
naît plus de filles que de mâles. M. Girou de Buwzareinges a 
rajeuni cette idée, et a essayé de démontrer par des expé- 
riences , sur des bêtes à laine, en 1825 et 1826 entr’autres , 
publiées dans divers journaux, qu’on pouvait faire naître 
à volonté un plus grand nombre de mâles ou de femelles. 
Pour obtenir plus d’agnelles , il a donné à des brebis fortes , 
bien nourries, âgées de 4 à 5 ans, des mâles de 10 mois, 
etila allié des brebis peu vigoureuses, de 4 ans et au des- 
sous, affaiblies par la nourriture, avec de forts béliers de 
3 ans , afin d'obtenir plus de mâles. Tout cela est appuyé par 
des chiffres ; cependant combien il existe d'observations con- 
tradictoires! M. Girou tire des nt lié semblables pour 
tous les animaux domestiques , même ceux de basse-cour *. 


En admettant que le principe ne soit pas illusoire , les con- 
ditions, pour obtenir plus de femelles, seraient la cause la 
plus active de l’abâtardissement des races. C'est la faiblesse, 
l'enfance, la débilité, pour base de la génération." Quels 
béliers que des agneaux de dix mois ! 


Fortes creantur fortibus et bonis ; 
Est in juvencis, est in equis patrum 
Virtus.... 


Des effets plus prompts, une marche plus rapide vers l’a- 


* Annales de l’agric. franc. , 1827-1898, p. 217 et suiv. 
3 Horace. (Ode : Qualem ministrum.) 


154 QUELQUES CONSIDÉRATIONS 

mélioration par la méthode du croisement, sont le résultat 
de la facilité qu'elle procure de corriger les défauts par les 
défauts opposés; mais ces avantages ne peuvent s'obtenir que 
par un choix judicieux de la race mâle : les erreurs sont ir- 
réparables. 

La race des males qu'on se propose d'introduire doit être 
en rapport de taille , d'aptitude et de conformation avec celle 
à améliorer, sans quoi les extraits manqueront de propor- 
tion ; comme , par exemple, un corps pesant et épais sur des 
jambes longues et déliées, ou une tête courte et grosse au 
bout d’une encolure mince et allongée. Lorsqu'il y a ressem- 
blance de structure, la différence de taille , si elle n’est pas 
très grande, ne nuit pas à la beauté de la progéniture. Une 
mère un peu plus forte, plus double que le père, donne l’es- 
poir d’un plus bel extrait que si c’était le contraire. La gros- 
seur du père n’est pas seulement une convenance pour les 
proportions de sa progéniture : les mâles de grosse espèce 
peuvent écraser les femelles trop petites, et rendre la partu- 
rition très dangereuse. L'accouchement des vaches est plus la: 
borieux que celui des autres femelles domestiques, et il arrive 
souvent qn'il devient impossible quand les taureaux sont d’une 
race beaucoup plus grosse. Les chiennes paient chèrement 
leur préférence pour les plus gros mâles. 

Dans quelque pays qu’on aille recruter les mâles, 1l est de 
la plus grande importance de ne les tirer que de races dès 
long-temps indigènes, et conservées sans alliance étrangère. 
L’étalon qui provient d’une race récemment formée à l’aide 
du croisement , tout modifié qu'il soit par son père et par le 
sang de quelques aïeux, n’en a pas recu l'énergie suflisante 
pour transmettre ses formes, et contrebalancer, par son in- 
fluence instantanée sur le produit de la conception, celle de 
la mère, qui est prolongée ct favorisée par l’action constante 
du sol, du climat, et de la nourriture , etc. 


SUR L’AMÉLIORATION DES ANIMAUX DOMESTIQUES. 155 

La migration doit se faire généralement du Midi au Nord, 
d’un pays plus chaud , ou du moins de température analogue, 
et jamais d’une localité beaucoup plus basse. C’est là une de 
ces vérités de faits, contre lesquelles les arguments théo- 
riques ne sont que de la phraséologie. Il est probable que le 
principe de vie, lorsqu'il est disséminé dans les individus à 
grosse corpulence, agit avec moins d'énergie que chez ceux 
à taille moyenne où il se trouve plus concentré. Peut-être en- 
core , la conservation, la réparation et le mouvement d'une 

sse “plus grande exigent-ils un plus grand emploi, une 
fee grande fraction de l'unité de vie; de sorte que les su- 
jets à grande taille et à grosses formes, ayant peu d'énergie 
vitale en surabondance, n’en peuvent pas beaucoup commu- 
niquer. 

Ce qui est vrai pour les individus ne l’est pas moins pour 
les races ; car si l'individu fait souvent exception , les races 
n’en font pas. Les lieux bas, les plaines à pâturages gras et 
abondants, les gorges des montagnes qui ne sont pas ouvertes 
aux vents , un climat tempéré et humide , disposent à la cor- 
pulence , à la graisse , en affaiblissant le ressort et l’élasticité 
des fibres. Les plaines sèches et élevées, les côteaux battus 
des vents , un climat chaud et sec, des pâturages plus aroma- 
tiques qu’abondants , produisent l'effet contraire. Ainsi les 
mâles tirés de cette première classe de pays ne perpétueront 
pas leur type, et leurs descendants iront en dégénérant ; tan- 
dis que ceux originaires des pays chauds et secs, ou secs et 
élevés, auront beaucoup plus d'influence génératrice et 
modifieront davantage leurs produits. 

Ces principes généraux suflisent pour expliquer pourquoi 
les chevaux africains connus sous le nom de Barbes, ceux 
de l'occident de l'Asie , persans ou arabes, ont toujours pro- 
duit , en Europe, des extraits plus gros que le père ; comme 
aussi les étalons espagnols, turcs, napolitains , produisent 


156 QUELQUES CONSIDÉRATIONS 

plus gros qu'eux en France et en Allemagne. On comprend 
pourquoi les étalons de race hanovrienne , wurtembergeoise , 
issus de croisement avec des chevaux anglais, et amenés, du 
Nord au Midi dans les dépôts d’étalons, en Savoie, produi- 
sent des chevaux peu vigoureux ct faibles surtout des jambes 
antérieures. Ils ont donné le même résultat en France. 

On ne saurait trop prévenir ceux qui se livrent à l’amé- 
lioration par le croisement, qu'il n’est pas rare qu'un mâle 
bien choisi, tant sous le rapport de race que sous celui des 
qualités, ne réponde pas à l'attente, quoique suflisamment 
assorti aux femelles indigènes. Les extraits viennent lariguis- 
sants, mal proportionnés : cet état de langueur se dissipe or- 
dinairement avec l’âge, et l'individu se forme un peu plus 
tard. L'emploi prématuré de tels sujets, moins formés que 
développés en taille, est la cause la plus nuisible aux amé- 
liorations des races ; elle répand la défaveur contre une opé- 
ration bonne, et elle dégoûte les bien intentionnés, qui ne 
devraient accuser que leur impatience. Quoique le défaut de 
proportions, le manque de fusion des formes du père avec 
celles de la mère, se corrige beaucoup moins avec l'âge et 
soit un manque de succès quant aux individus d’une première 
génération, d'un premier métissage, d'un premier croise- 
ment, il ne faut pas en inférer de même pour les générations 
de second et de troisième croisement. Ce prapier manque 
de succès, ces sujets décousus annoncent qu'on a outré l’op- 
position des défauts ; mais ces extraits femelles, dont le ca- 
ractère des formes a été profondément ébranlé, sont par cela 
même disposés à laisser prendre au mâle la prédominance 
dans l’influence génératrice. Leur accouplement avec le père 
est une condition du succès, et en devient la garantie. 

Croiser deux races, c’est les modifier toutes deux, en al- 
térer le type dans leurs descendants. 

C'est donc former une nouvelle race. Admettons les cir- 


SUR L'AMÉLIORATION DES ANIMAUX DOMESTIQUES. 157 
constances égales pour le père et pour la mère, et que l’un 
et l’autre exercent sur leur progéniture la moyenne d'action 
qui appartient à leur sexe ; il arrivera que les extraits ressem- 
bleront davantage au père. Mais cette égalité des circon- 
stances ne peut avoir lieu , et la différence est toute contraire 
à l'influence de l’étalon étranger ; il faut qu'il résiste aux 
différences de pays, de fourrages , etc. , ce qui a toujours 
lieu aux dépens de sa puissance génératrice ; d’où 1l résulte 
que celle de la mère est augmentée en proportion relative. 
Puis , les influences locales agissant en suite sur le dévelop- 
pement du métis , du jeune croisé , il s’en suit que , si l’in- 
fluence absolue du male peut être comptée en moyenne pour 
deux tiers , elle se trouve réduite par l'effet relatif à un tiers et 
souvent moins. 

Comme étalon , cet extrait dont l'existence n’a recu qu'un 
tiers d'influence paternelle ou d'amélioration, et qui paie 
encore l'influence fâcheuse du climat sur son père , ne peut 
être capable d’avoir plusde puissance effective génératrice que 
les femelles indigènes avec lesquelles on l’accouplerait; desorte 
que sa progéniture, tenant moitié du père et moitié de la 
mère , se trouverait n'avoir recu qu'un sixième de l'influence 
d'amélioration; et comme les causes locales agiront avec 
d'autant plus d'efficacité pour ramener au type que l’in- 
fluence paternelle sera moindre, celle-ci se trouvera réduite 
à peu de chose. Un tel métis doit être exclu comme propa- 
gateur de sa race. Son alliance avec les femelles issues de 
leur père commun serait mauvaise, non pour cause de pa- 
renté , car l’union de celles-ci avec l’étalon dont elles pro- 
viennent est nécessaire pour atteindre promptement le but. 
mais parce que les influences locales agiraient avec trop d'a- 
vantage sur des produits issus de parents sans type fixe , et 
de conformation équivoque ou altérée par lunion de deux 
races. 


158 QUELQUES CONSIDÉRATIONS 

L'évidence de ces motifs est trop apparente pour pouvoir 
être contestée ; mais puisque le croisement, ou le métissage, 
crée une race, quand peut-elle être considérée comme telle 
et se perpétuer par elle-même ? 

D’après l'opinion du plus grand nombre , c’est après un 
croisement non interrompu arrivé à la troisième ou quatrième 
génération , selon les espèces. 

Cependant, à cette époque, en admettant même que le type, 
le sang maternel, soient entièrement disparus, la race n'est 
pas établie invariablement. L'influence locale agit encore à la 
longue avant de fixer le caractère national ; et le choix ju- 
dicieux des accouplements, pendant cette période , décide à 
jamais des qualités de la race. IL arrive même assez souvent 
que l’action des causes locales est telle , que la nouvelle race 
dépérit , si l’on n’a recours de temps en temps à une nouvelle 
importation de mâles. Cela se remarque plus ordinairement, 
lorsque les étalons proviennent d'un pays trop diférent de 
celui où ils vont croiser. On nomme cette opération renou- 
veler la race. 

Désirant constater par une expérience facile l'influence de 
localité sur la taille des mérinos, quelques antenais âgés de 
5 à 6 mois furent pris dans la moyenne du troupeau de 
Carraz près Genève , et envoyés estiver sur le mont Salève 
avec d’autres troupeaux qui y allaient chaque année. Carraz 
est en plaine, presqu’au pied de la montagne; le troupeau ne 
quitte jamais la ferme. Lorsque ces agneaux revinrent à la 
bergerie après 5 mois, ils paraïssaient appartenir à une autre 
race. Beaucoup plus petits que la moyenne, le système osseux 
plus mince, les formes plus dégagées, les allures plus vives, 
plus légères, ils refusaient de se joindre au troupeau, et 
avaient dans les mouvements , dans le port , quelque chose 
de vif ou de sauvage. 

3° L'importation des races ae , qui parait être le 


SUR L'AMÉLIORATION DES ANIMAUX DOMESTIQUES. 159 
moyen d'amélioration le plus simple ; le plus expéditif , est 
cependant celui dont le succès est le plus incertain. 

Le père et la mère étant tous deux sous l'influence débili- 
tante du changement de pays, la progéniture naïîtra faible , 
incapable de résister à cette même influence. C’est pourquoi 
l'importation de la mère pleine aurait plus de chance de 
succès. La mère indigène contrebalance, en faveur de la 
santé de l'extrait, la cause de faiblesse provenant du père. 


« Depuis 550 ans qu’il y a des Mameloucks en Égypte ; 
dit Volney, pas un seul n’a donné lignée subsistante ; il n’en 
existe. pas une famille à la seconde génération : tous leurs 
enfants périssent dans le premier ou dans le second âge. Les 
Ottomans sont presque dans le même cas, et l'on observe 
qu'ils ne s'en garantissent qu’en épousant des femmes indi- 
gènes; ce que les Mameloucks ont toujours dédaigné. Qu'on 
explique pourquoi des hommes bien constitués , mariés à des 
femmes saines, ne peuvent naturaliser sur les bords du Nil 
un sang formé au pied du Caucase :. » 


La faiblesse des enfants qui naissent dans les Indes , de 
parents européens , est une chose connue. 


« Dans le Lodésan, les vaches, dès la troisième génération, 
perdent leurs qualités de bonnes laitières, au milieu de la 
plus abondante nourriture. Il faut , chaque année, en im- 
porter de Suisse *. » 


-La race des moutons mérinos ne peut se conserver en An- 
gleterre ; elle y perd la finesse et le tussé. Cette même race, 
en Saxe, dans quelques troupeaux en France, et aux environs 
de Genève, a acquis beaucoup en finesse ; mais, aux dépens 
du tassé et de la force de constitution, les formes se sont 


1 Voyage en Égypte. 
2 Lullin de Château-Vieux, (Lettres écrites d'Italie.) 
F0. 11 


160 QUELQUES CONSIDÉRATIONS 

étiolées. Les nombreux troupeaux de mérinos, qui ont été 
exportés dans les vastes pâturages de la Crimée , fournissent 
une laine dure et qui manque de finesse. 

A Coppet, canton de Vaud, en Suisse , chez M. de Staël, 
les agneaux issus de béliers et de brebis de diverses races à 
laine longue importées d'Angleterre ;, naïssaient petits , ché- 
tifs, et périssaient presque tous aux second et troisième mois. 
On ne put y remédier en partie qu'en donnant à ces agneaux, 
dès les premiers jours de leur naissance , une mère imdigène. 
J'ai observé les agnelages. de quatre ans, et deux générations : 
les formes et la toison s'éloignaient du type primitif. La laine 
des brebis et des béliers importés avait diminué de longueur 
dès la seconde année de leur arrivée , d'une manière trop 
prompte pour que l'âge en fût la seule cause. 

Les chèvres du Thibet, ou , plus exactement, les chèvres 
à duvet , importées en France en 1819 , avaient à peine, aux 
environs de Genève , suflisamment de lait pour nourrir leurs 
chevreaux , et tarissaient presqu’entièrement après le sevrage. 
Le duvet était plus fin que celui des chèvres indigènes sur 
les montagnes avoisinantes ; mais il n’était guère plus abon- 
dant. 

La race des chevaux normands , quoique exportée à di- 
verses époques dans plusieurs états de l’Europe, est restée 
particulière à la Normandie, et s'y est conservée , malgré les 
altérations que divers croisements lui ont fait subir. Les sous- 
races y restent distinctes : dans les quatre à cinq mille che- 
vaux réunis à la foire de Guibray (elle commence le 7 août 
et finit le 15), peut-on ne pas reconnaître ceux du Mel- 
raut, d'Alençon, de Caen, quoique tous chevaux nor- 
mands ? 

Pour ne pas multiplier les citations, je terminerai par un 
fait, dont j'emprunte la narration au vétérinaire Godine 
jeune : « Un riche propriétaire hollandais, M. Beyen , acheta 


SUR L'AMÉLIORATION DES ANIMAUX DOMESTIQUES. 161 
par mes soins, en 1806, un lot de mérinos, un étalon et 
une jument arabes, pour les placer dans ses domaines , au 
milieu des marais de son pays ; au bout de 6 ans , les pro- 
ductions diverses de cette colonie ne présentaient presque plus 
de ressemblance avec les animaux de souche ; les mérinos 
étaient énormes , leur laine allongée et grossière ne ressem- 
blait plus au produit superfin de leurs ascendants; les pro- 
ductions arabes étaient grandes , décousues , à pieds larges ; 
à ventre ample, à membres grêles, etc. : » 

49 Les importations sont quelquefois doubles et croisées : 
c'est ainsi que les races et les sous-races de chevaux de pur 
sang en Angleterre, proviennent , selon toute apparence ; 
d’une ancienne importation de juments normandes entr’au- 
tres et d'étalons arabes. 

Mre du Caylas, à Ecouen, près de Paris, a fait des croi- 
sements de brebis espagnoles , anglaises , ete. , avec des bé- 
liers africains, amenés de Nubie ou d’Abissinie, par l’ex- 
mamelouck de la Garde impériale, Barbarÿ. On a dit mer- 
veille des produits. Peut-on citer comme preuve (on l’a pu- 
blié) que l’un de ces béliers a été vendu par cette dame, en 
1830 , trente mille francs * ? 

Ce croisement en rappelle un semblable qui a été fait, il 
y à dix-huit siècles, par M. Columella , oncle de l’auteur de 
l'ouvrage intitulé : De re rustèca. Il acheta à Cadix des bé- 
liers sauvages (silvestres ac feri), arrivés d'Afrique avec 
d’autres animaux pour les combats. Il les allia avec des bre- 
bis de Tarente, qui étaient renommées pour la finesse de 
leur toison ; et , par suite de croisements, il obtint une race 


1 Observalions adressées à M. de Lorminat, au sujet d’un Mémoire de M. le duc de 
Guiche , sur Pamélioration des chevauxen France. ( Journ. de Méd. vèt. théor. et 
prat., cahier de mai 4830, p. 258.) 

2 Gazette des Tribunaux du 26 mai 1830: 


162 QUELQUES CONSIDÉRATIONS 
qui alliait à la douceur de la toison des mères la belle cou- 
leur des béliers africains :. 

Des milliers. de croisements par l'union de deux races 
étrangères ont été perdus pour la zoologie vétérinaire. Le 
hasard et la fantaisie les ont faits ; et les résultats n'ont pro- 
duit aucun bien pour l'amélioration des races domestiques , 
parce qu'ils ont été sans suite. La science n’y à rien gagné / 
parce que les faits n'ont pas été recueillis ou souvent mal 
observés. 


CONCLUSION. 


On améliore une race, quand on la rend plus profitable. 
Les qualités ne sont que relatives. Chaque espèce est suscep- 
tible d'autant de genres d'amélioration, qu'il y a de manières 
différentes de l'utiliser. On n’améliore pas les espèces ; on en 
détériore , au contraire , le type naturel ; de sorte que, quand 
ces animaux améliorés, mais plus réellement dégénérés par la 
servitude et avilis par l'esclavage, s’échappent vers ceux de 
la même espèce vivant en liberté, dans l'état de nature ; 
ceux-ci les méconnaissent , les dédaignent et les repoussent. 
Les qualités varient selon l'emploi : les unes sont physiques , 
les autres intellectuelles. On dit de quelques animaux qu’ils 
sont agiles , adroits, doux, obéissants, craintifs, courageux , 
intelligents , fidèles, etc. Pour les races destinées à la bou- 
cherie , on veut le volume et la pesanteur des chairs, les os 
petits proportionnellement aux autres parties, la qualité de 
viande , l’abondance de graisse , la facilité à engraisser dès 
le jeune âge. La masse , l’aplomb, la force de la charpente 
osseuse , la grosseur des muscles, distinguent le cheval de 
charrette ou de rivière. Tel n’est pas le cheval de main, aux 
formes élégantes , pour qui la souplesse , la liberté des mou- 


1 Dere rustica, Hb. VIL, c. 2. 


SUK L'AMÉLIORATION DES ANIMAUX DOMESTIQUES. 163 
vements, l'agilité , la vitesse sont nécessaires. Le mérite de 
quelques races est dans la laine, les poils, ou le duvet qui 
les couvre; celui d’une vache est dans ses mamelles ; celui 
d’un chien d'ordre , dans son nez , etc. 


Toute ancienne race, bonne ou mauvaise , à été formée à 
la longue par l’influence du pays , du climat, de la localité , 
de l'air, de l’eau, de la nourriture, de l'habitation, des 
soins, du travail ;-etc. C’est donc par ces choses qu'il faut 
commencer l’amélioration , en remédiant aux unes, en mo- 
difiant et en corrigeant les autres. 


L'amélioration de race, qui n’a pour résultat que le profit 
de celui qui s’y livre, n'est qu'une spéculation passagère. 
C’est l’utilité publique qui donne à ces entreprises la durée et 
la stabilité. Ce but suflit pour les rendre honorables ; mais la 
réussite exige des connaissances spéciales pour en apprécier 
les convenances , fixer le choix des moyens et les diriger vers 
le but, 


Il faut ou perfectionner , ou croiser , ou importer. 


Le perfectionnement des races par elles-mêmes réunit à 
l'avantage que présentent les animaux acclimatés et appro- 
priés aux usages , celui de pouvoir être déterminé facilement 
et dirigé à peu de frais dans tout un pays, avec certitude de 
plus ou moins de succès. On peut reprocher à ce moyen la 
lenteur des résultats. On peut objecter qu'il est impraticable, 
quand la race indigène est trop abätardie. Enfin il devient 
insuflisant , dès: que le perfectionnement reste station- 
naire. qi c 

Le croisement produit des effets plus prompts; il doit avoir 
licu par l'importation des males. L'influence des mères n’est 
pas assez efficace sur le pelage, sur les formes et sur les or- 
ganes de locomotion. C’est une vérité de fait, quoique mé- 
connue , contestée par plusieurs anciens et par quelques bons. 


164 QUELQUES CONSIDÉRATIONS 

auteurs modernes, au nombre desquels Marshal, qui a dit : 
« Tout dépend presque de la mère :. » D'ailleurs , l’amélio- 
ration provenant du père se compte par sa force prolifique ; 
la mère n'y concourt que comme unité. Il arrive souvent que 
la prépondérance du sexe est contrebalancée par celle de l’in- 
dividu ; ce ne sont là que des exceptions. Le choix de la race 
exige des connaissances spéciales, trop négligées par Les vété- 
rinaires , et ignorées de la très grande partie de ceux pour 
qui il serait un devoir qu’elles leur fussent familières. 

L'importation des mâles et femelles de même race est le 
plus prompt des moyens d'amélioration ; mais il est de tous 
le plus incertain et le plus dispendieux. Ces races amenées 
de loin, ou d’une localité différente , réussissent rarement : 
les pères et les mères souffrent du changement de pays, leurs 
productions sont faibles et résistent mal aux influences loca- 
les de modification. 

Il arrive souvent que le produit d’une mère de race étran- 
gère et d’un père d’une autre race aussi étrangère , est plus 
robuste que s’il provenait de parents importés de même race. 
C'est qu'alors il y a compensation pour l'extrait, dans la 
manière différente dont le changement de pays agit sur le 
père et sur la mère. 

Les considérations sur l'importation des races ne sont pas 
les mêmes quant aux espèces : on veut conserver les formes 
et les qualités distinctives des premières ; on veut acquérir 
les secondes, pour en faire usage selon qu'elles réussiront. 
C’est à l'importation que nous sommes redevables de presque 
toutes les espèces domestiques; et si la servitude a altéré le 
type primitif de la plupart jusqu’à le rendre méconnaissable ; 
les influences locales et domestiques ont ensuite formé les 
différences de races, toujours variables selon les causes de mo- 


4 Agr. pra. V, p: 16, de la trad. franc. 


SUR L'AMÉLIORATION DES ANIMAUX DOMESTIQUES. 16: 
dification. Les dindons sont venus de l'Amérique septentrio- 
nale. Les pintades , indigènes dans la Numidie et dans plu- 
sieurs contrées brülantes de l'Afrique, se sont acclimatées 
en Europe et-en Amérique. Le paon est originaire de l'Inde. 
Le coq sauvage ne se trouve que dans les forêts de l'Asie mé- 
ridionale et de l'Afrique, suivant Sonnini. C’est presque de 
nos jours que les vers à soïe sont venus en France; mais quel 
est le type du chien ? Est-ce la domesticité qui lui a donné la 
voix qu'il perdit en arrivant cn Amérique? Les autres ani- 
maux domestiques sont-ils originaires de la Tartarie ? Si le 
paseng des Persans, ou l’œgagre , sont la source de nos 
chèvres, le moufflon est-il celle des bêtes à laine ? L’écono- 
mie rurale ne peut-elle rien espérer , en Europe , de la cigo- 
gne et du lama ; du zèbre et du couagga ; du babiroussa, du 
peccari et du patira ; du chacal et de l'isatis ? Ne pourrait-on 
pas employer utilement le coati dans les vergers , le hérisson 
dans les jardins, le guépard pour la chasse ? Le coq de bruyère, 
la grosse perdrix , la grande et la petite outarde , ne viendront- 
ils jamais enrichir nos basses-cours ? Le canard musqué pro- 
duit avec le canard domestique des métis dont la chair est 
meilleure que celle de leurs parents : est-il impossible que 
quelques gallinacées, le coq de bruyère, la perdrix, le fai- 
san, s’allient avec la poule domestique ;, et fournissent des 
mulets ? 

Sans cesser de faire partie de l'hygiène vétérinaire , le per- 
fectionnement et l'amélioration des races indigènes , l’intro- 
duction des étrangères, et la formation de nouvelles races 
domestiques, appartiennent encore à l’économie publique. 
C’est un chapitre des devoirs du gouvernement envers la so- 
ciété. Lui seul peut se livrer à des essais souvent infructueux, 
et les suivre avec la persévérance qui les rend utiles. Sous ce 
rapport , 1l faut regretter que les expériences malheureuses , 
que les bévues, n'aient pas été enregistrées et publiées pour 


166 QUELQUES CONSIDÉRATIONS ; ETC. 
l'avancement de la science. Il faut désirer que l'amélioration 
et la conservation des races soient démontrées d’une manière 
pratique dans les écoles vétérinaires. Il faut espérer que les 
établissements publics , haras, bergeries , etc. , seront con- 
fiés aux soins, placés sous la surveillance de vétérinaires 
instruits, et cesseront d’être l'apanage de la bureaucratie 
et des faveurs ; car un très honnête homme , un bon citoyen, 
un excellent officier de cavalerie , un savant même, peuvent 
n'être que des machines inutiles ou nuisibles dans ces éta- 
blissements. 

Ma voix est faible contre de si grands obstacles ; mais si- 
gnaler des abus est un devoir dont ne peut dispenser même 
cette réflexion décourageante. 


SRE tenuique in puloyere sulcos 
Ducimus , et littus sterili versamus aratro. 
Juv. Sat. VIT. 


RAPPORT 


LA CHARRUE DE M. PAUL REVERCHON, 


AU NOM D'UNE COMMISSION COMPOSÉE 


DE 


MM. SERINGE , BOUCHARD-JAMBON ET GARIOT,; RAPPORTEUR. 


Messieurs , 


Chercher à perfectionner les labours avec des instruments 
plus convenables, joindre à ces recherches une instruction 
théorique et pratique , c’est sans doute bien mériter de l’art 
agricole, c’est se montrer digne de la gratitude de ses con- 
citoyens ; voilà ce que notre honorable collègue, M. Re- 
verchon , a l'habitude de faire, et vous connaissez dejà, 
Messieurs , ses œuvres dans un autre genre de profession :. 
Mais , peu satisfait de ses anciens titres , il a voulu encore, 
pour l'agriculture qu'il aime , nous donner une charrue de 
sa composition. 

Si le nombre des charrues se multiplie , si chaque localité, 
en quelque sorte, veut avoir sa charrue de prédilection ; si 
tous les amis de l’agriculture cherchent avec ce désir vif de 
faire mieux, que ce désir louable ne soit pas toujours cou- 


* M. Reverchon a été décoré, en 4834, pour la. belle fabrication de ses étofles. 


168 RAPPORT SUR LA CHARRUE 

ronné de succès, s’en suit-il qu'on ne doive plus se livrer à 
de nouvelles recherches ? non sans doute ; car, ce n'est que 
par ce zèle persévérantque noussommes parvenus en France, 
depuis 50 ans, à voir enfin surgir de ce nombre considérable 
d'instruments aratoires , deux charrues très remarquables par 
la perfection de leur construction et de leur grande utilité ; 
nous voulons parler de l& Dombasle et de la Grangé, qui, 
successivement sont venues se placer avec orgueil au milieu 
de notre conservatoire agricole, et semble jusqu'à présent y 
vouloir régner long-temps en souveraines. 

Tout en payant notre tribut d’admiration à ces deux chefs- 
d'œuvre , il n’en reste pas moins présent à l’esprit des agro- 
nomes, que la meilleure charrue sera toujours celle ; qui ;, 
avec le moins de puissance motrice , fera dans le plus court 
espace de temps possible le labour le plus profond. 

Qu'on ne croie pas qu'un enthousiasme irréfléchi qu'in- 
spirent ordinairement les choses nouvelles, nous fasse incon- 
sidérément porter un jugement sans avoir bien consulté notre 
conviction : nous dirons, d’abord , que ce n’est point encore 
assez ,; que d'autres problèmes sur cette matière restent à 
résoudre ; celui le plus pressant dans le moment et qui nous 
occupe , est pour les médiocres et petites propriétés qui n’ont 
que des pièces de terre peu larges et peu étendues ; il faut à 
celles-ci une charrue qu'il puisse, sans perte de temps, 
revenir labourer à côté du sillon pour son aller et son retour, 
et non passer comme les autres charrues connues à versoirs 
fixes, d’une sole dans l’autre ; qu’elle soit construite de ma- 
nière à gagner du temps et à éviter la manœuvre pénible du 
versoir comme cela se pratique avec toutes les charrues et 
araires à oreilles mobiles ou fixes. Que fallaitil donc faire 
pour cela ? il fallait construire une charrue-jumelle ; eh bien! 
Messieurs, M. Reverchon s’est très bien acquitté de cette 
tâche, il a fait comme M. Valcour, il a aussi imaginé un 


DE M. PAUL REVERCHON. 169 
araire double ; mais avec cette différence que celle de M. Re- 
verchon retourne mieux la terre et exige moins de force mo- 
trice ; elle obvie, en un mot, à tous les inconvénients dont 
nous avons parlé. 

Voici, si notre mémoire est bien fidèle , la description de 
cet instrument de labour : , 

Figurez-vous , Messieurs, deux charrues superposées l’une 
sur l’autre en sens inverse, liées ensemble , dont les manche- 
rons seulement sont communs : chacune d'elles a son versoir 
à la Montelimart fixe ; mais l’un est pour la droite et l’autre 
pour la gauche, c’est-à-dire, que lorsque l’une des charrues 
fonctionne , l’autre se trouve entièrement dessus et tournée 
le sep et le soc en l’air. On va croire, tout d’abord, que c’est 
une monstruosité ; mais pas du tout : sa construction, ou plu- 
tôt son bâti n’est point dépourvu de grâces, il est des plus 
simples et des plus ingénieux. Toutes les pièces qui compo- 
sent cette charrue-jumelle sont de fer, et dans les proportions 
géométriques voulues ; un sep léger auquel vient s'adapter 
un soc en demi-lance, et deux étancons servent à réunir le 
sep à la flèche : l’étançon antérieur, qui est perforé et 
qui se divise en deux pièces jointes l’une à l’autre , gra- 
due l’entrure et, par conséquent, sert de régulateur par 
le moyen d'une vis-écrou ; l'étancon postérieur , qui est 
un quart de cercle fixé à chacun des deux seps, sert éga- 
lement de point d'appui aux mancherons lors du mouvement 
de va-et-vient pour tourner la charrue. Les mancherons, qui 
sont mobiles, se trouvent fixés par un écrou à la flèche qui 
est commune aux deux charrues, de manière à laisser mou- 
voir ces mancherons comme leviers autour du quart de cer- 
cle formant l’étancon postérieur ; d’où il résulte que le labou- 
reur, arrivant au bout du sillon, n’a simplement quà lever une 
cheville de fer qui fixe les mancherons au quart de cercle et 
les abaisse sur le côté opposé où se trouve également une 


170 RAPPORT SUR LA CHARRUE 

mortaise ronde à jour , et une cheville de fer pour les fixer de 
nouveau ; ce qui se fait sans perte de temps , pendant que les 
chevaux font leur conversion, en dirigeant en même temps 
et de suite sa charrue sur la ligne de la tranche de terre à 
renverser ; ainsi de suite, l'instrument reprend aisément son 
entrure et fonctionne très horizontalement. Cette manœuvre 
s'opère avec facilité et sans peine, pour l’aller et le revenir , 
toujours à côté du sillon. | 

La flèche, qui est commune, comme nous l'avons dit, 
aux deux charrues , porte deux coutres qui sont assujettis par 
une vis de pression; elle est armée, en outre , d’une roue de 
20 pouces de haut , qui lui donne à la fois, un point d’ap- 
pui et de la fixité dans sa marche. 

Sur un sol garni d'herbes, argilo-siliceux de première 
classe, cette charrue-jumelle attelée de deux chevaux à fonc- 
tionné avec aisance ; elle a constamment labouré de 7 à 8 
pouces de profondeur , en prenant une tranche de terre de 
6 pouces; elle a donné au dynamomètre une force de trac- 
tion qui s'est élevée à 250 kilogrammes, qui est le terme 
moyen des charrues ou araires allant à cette profondeur , et 
en ne prenant qu'une tranche de terre de 16 à 17 centi- 
mètres de large. Le labour a eté bon , régulier et la raie bien 
nettoyée. 

Votre commission, Messieurs, dont j'ai l'honneur d’être 
l'organe, sentant toute l'utilité que peut avoir cette charrue 
entre les mains de la médiocre et de la petite propriété , vous 
propose, dans l'intérêt même de l’agriculture en général , de 
lui donner toute publicité non seulement par la voie des jour- 
naux de cette ville, mais encore par vos 4nnales, en Jjoi- 
gnant au texte explicatif un dessin lithographié de cette 
charrue-jumelle. 


DE M. PAUL REVERCHON. 171 


Charrue-Jumelle de Paul REvERGHON, propriétaire à St- 
Genis-Laval, membre de la Société royale d'agriculture 
de Lyon. 


Cette charrue , de fer forgé , est d’une grande solidité , elle pèse 
75 kilog. et coûte 120 francs à raison de 1 f.60 ce. le kilog.; le prix 
waärie selon le poids. Elle durera autant que deux charrues ordi- 
naires , puisque les parties sujettes à s’user sont doubles et ne tra- 
vaillent qu'alternativement. 

Elle a été construite par le sieur Perret, maréchal, à St-Genis- 
Laval, ouvrier adroit et très intelligent qui se charge de leur con- 
fection. 

A.— L'âge. 

BB.— Les socs en fer, la pointe et le tranchant en acier. 

CC.— Les seps. 

DD.— Les versoirs en tole forte. 

EE .—Les étançons intérieurs, avec des trous gradués pour régler 
la profondeur du labour. 

FF.—Les coutres, tenus par une vis de pression dans une coulisse, 

G.— Les mancherons. 

H. — La roue. 

I. — La chappe avec son crochet pour recevoir la volée. 

KK.— Tige en fer, pour tenir l’écartement des versoirs. 

L.— Étançon postérieur en demi-cercle, sur lequel glisse les man- 
cherons , pour se fixer au moyen d’une cheville à l’une ou l’autre 
de ses extrémités, selon le côté de la charrue qui doit travailler ; en 
les fixant dans le milieu , ils servent à conduire la charrue aux 
champs comme une brouette. 

MIM.— Coin en bois, pour fixer les socs. 

NN.—Goussets dans lesquels entre l'extrémité postérieure du soc; 
il doit avoir assez de jeu, pour qu’au moyen de petit coin en bois, 
on puisse faire varier la pointe du soc à droite ou à gauche, pour 
régler la largeur de la bande de terre. 


Les 


DRE Lo LES 
FFT Whà ous Gr 


A URS DPNTRRES 
26,9 MS 4 005), F4 LEE 


NOTE 


SUR LES ESPÈCES DU GENRE CALCÉOLAIRE 


CULTIVÉES AU FLEURISTE DE LA COURONNE, 


PAR 


M. Cuances GONDOUIN, 


CHEF DES CULTURES DE CET ÉTABLISSEMENT,, CORRESPONDANT DE LA SOCIÈTÉ 1. 


La culture des Calcéolaires , en Europe, date de 17173. 
C’est à cette époque que deux espèces. seulement ( C. pinnata 
RS. , et G. Fothergilli, R. S.)y furent introduites. Tout le 
monde sait que c’est à la forme de leurs fleurs, que ces 
plantes doivent leur nom générique. Elles attirèrent, un mo- 
ment , l'attention des amateurs de jardins ; mais bientôt elles 
tombèrent dans l'oubli, soit qu’on ne les appréciät pas, soit 
que les révolutions ou les guerres terribles, qui survinrent peu 
d'années après et qui bouleversèrent l’Europe , fissent négli- 
ger l’horticulture. Ce n’est que vers 1824 que l’on vit repa- 
raïître les Calcéolaires. Les Anglais en avaient fait connaître 
de nouvelles espèces. Loudon, dans son excellent. ouvrage 
(Hortus. Britannieus), publié en 1830, à Londres ,. en 
compte quinze espèces; depuis, elles ont bienaugmenté. Cha- 


x Cette note est un extrait d’un Mémoire plus étendu sur le même sujet que l’auteur 
a présenté à la Société. 


174 NOTE SUR LES ESPÈCES 

que annfe , les voyageurs nous en envoient des espèces de 
plusieurs points du globe, et, chaque jour , le semis en pro- 
duit des variétés dont les nuances et les formes sont très 
souvent fort éloignées les unes des autres. Bientôt il arrivera 
à ce genre, distendu par tous les individus nouveaux qui 
viennent s’y grouper , ce qui déjà est arrivé au genre Pelargo- 
nium et à plusieurs autres : les espèces et les variétés an- 
ciennes seront abandonnées pour les nouvelles; le grand 
nombre amènera la confusion. 

L'établissement du Fleuriste de la couronne (Parc de St- 
Cloud ) est loin de posséder toutes les Calcéolaires cultivées 
en France; néanmoins, nous en comptons un assez grand 
nombre parmi lesquelles plusieurs ont été obtenues par nous. 
En les énumérant, je n’ai pas le dessein d’en donner une 
description; j'indiquerai seulement, par une phrase à la 
suite de chaque nom, la couleur et la forme de la fleur. 
Comme la valeur que nous attachons aux variétés est en 
raison directe de la grandeur, du coloris, de l'éclat ou de la 
forme de leurs corolles, nous ne dirons rien de plusieurs 
Calcéolaires que le semis nous a données, dont les nuances 
sont ternes et difliciles à caractériser , en un mot qui ne mé- 
ritent pas l'attention de l'amateur; il ne s’agit ici que du 
fleuriste-cultivateur. 

Je range mes Calcéolaires en deux sections : dans la première 
sont les espèces annuelles, dans la seconde celles qui sont vivaces 
ou ligneuses. 

dre SECTION. 

C. Pranracnea, Rœm. et Sch., Syst. vég. — Fleurs jaunes, 

assez grandes. 


C. Prvxara, Rœm, et Sch. , Syst. vég. — Fleurs jaunes, petites, 
nombreuses, 


2e SECTION. 


C. Asa, Nobis. — Fleurs blanches, petites, nombreuses; fleurit 


DU GENRE CALCÉOLAIRE. 475 
très abondamment. Cette Calcéolaire , obtenue de semis par nous, 
n’est pas la même que celle désignée par les Anglais sous le même 
nom et qui lui estinférieure. 

C. para , Nobis. — Fleurs d’un blanc jaunâtre, petites; obte- 
nue de semis par nous. 
C. rrirozraTa. — Fleurs blanches et jaunes , moyennes. De peu 


d'effet. 

C. aucosa , Ruitz et Pavon, F1. per. —(C. rnrecrirozra, Willd. 
— C. Sazviærozra, Pers., Syn. pl.) — Fleurs d’un beau jaune, moyen- 
nes , disposées en thyrses très gros et très fournis. 


C. excezsa. — Fleurs d’un jaune doré , grandes ; en corymbe 
serré. 

C. Hopgana. — Fleurs jaunes, tiquetées de pourpre , grandes. 

C. rozypnemus. — Fleurs jaunes, tiquetées de pourpre foncé , 
grandes. 
| C. vensrcoLor. — (G. Arcequix.) — Fleurs jaunes et pourpres, 
grandes. 


C. Czroparia. — Fleurs jaunes, barbouillées de pourpre , gran- 
des et très belles. 


C. miraginis. — (C. encuanreur. — C. Cnarminc.) — Fleurs 
pourpres et jaunes, tiquetées de pourpre, grandes , allongées , ma- 
gnifiques. 


C. ExCELSA PuRPUREO-LUTEA , Nobis. — Fleurs d’un pourpre jau- 
nâtre , assez grandes , obtenues par nous du semis des graines du 
C. excelsa, hybridées par le C. Ælexandrina. Elle est plus élevée 
que le C. excelsa. 

C. ArexanpriNA. — Fleurs d'un pourpre terne , moyennes. 

C. Tazismax. — Fleurs pourpres, grandes. Cette belle plante se 
couvre de fleurs. 

C. arropurpurea. — Fleurs d’un pourpre foncé , petites. 

C. aracunordra, Bot. mag. — Fleurs lie de vin, assez grandes. 
La feuille est blanchâtre , cotonneuse. 

C. Semrromus. — Fleurs d’un eramoisi foncé , plus claires dans 
leurs parties supérieures , grandes , très belles. 

C. vroracea, Nobis. — Fleurs violettes moyennes. Cette belle 
plante est d’un port agréable. Nous l'avons obtenue du semis des 
graines du C. Talisman. 

TE 12 


176 NOTE SUR LES ESPÈCES 

Les Calcéolaires demandent une terre légère et substan- 
tielle , telle que la terre de bruyère mélangée avec du terreau 
et de la terre franche. Dans le moment de leur forte végéta- 
tion , on leur donnera de grands arrosements, et très peu 
pendant leur repos. Si on a soin de couper les tiges florales 
aussitôt qu’elles sont fanées, et de donner de plus grands pots 
quand les racines se contournent dans le fond et contre les 
parois , les fleurs se succèderont pendant long-temps. Durant 
l'hiver , il faudra les rentrer dans une orangerie ou une serre 
tempérée, et les placer, autant que possible, près des jours. 

On sème les Calcéolaires annuelles en septembre , et on 
obtient les fleurs à la même époque l’année suivante ; mais il 
en résulte deux grands inconvénients : il n’est pas facile de 
conserver, pendant l'hiver, de jeunes plants qui ont à peine 
trois ou quatre feuilles ; et, ce qui est plus grave, les fleurs 
qu’elles donnent plus tard ne sont pas, à beaucoup près , aussi 
belles qu'elles peuvent l'être. Voici quel est le procédé dont 
Je fais usage : je fais mon semis sous châssis, au mois de fé- 
vrier ; dans des terrines remplies de terre légère , quoiqu’un 
peu iourbeuse, comme la terre de saule , que je tiens con- 
stamment fraiche. Aussitôt que les jeunes plantes ont deux 
feuilles , je les transplante dans de petits pots de deux pouces 
contenant de la terre un peu plus substantielle ; et, lorsque 
les jeunes plantes ont tapissé de leurs racines les parois de 
ces vases , ce qui arrive ordinairement l’année suivante , je 
les rempote dans de plus grands (de quatre à cinq pouces ). 
Elles ne tardent pas à fleurir. Avec ce mode de culture, les 
fleurs ont l'avantage d’être mieux développées , plus éclatan- 
tes et de se succéder pendant toute la belle saison, du prin- 
temps à l'automne. Il arrive quelquefois que les Calcéolaires 
annuelles vivent plus d’une année et refleurissent encore , 
surtout quand elles n’ont point donné de graines. L’horticul- 
+eur ne cherchera pas à obtenir ce prolongement d'existence; 


DU GENRE CALCÉOLAIRE. PTT 
ear les fleurs sont alors chétives et ternes. Il sèmera tous les 
ans , et tous les ans il obtiendra ainsi une succession de jeunes 
plantes vigoureuses et belles. 

Les Calcéolaires ligneuses donnent peu de graines, et il est 
rare que les plantes qui en résultent reproduisent les espèces 
ou les variétés dont elles sortent : aussi, ce n’est pas le moyen 
que l’on emploie pour les conserver et les multiplier. On en 
fait, sans précautions particulières , des boutures en pleine 
terre , sous châssis, ou bien en pot dans une serre tempérée , 
depuis la mi-août jusqu’à la mi-mars. Les jeunes individus 
sont toujours plus beaux que les vieux pieds ; c’est pourquoi il 
faut renouveler souvent les Calcéolaires. Ces plantes sont 
beaucoup moins délicates qu’on ne le croit généralement. Il 
en est même quelques-unes de très rustiques : la C. rugosa , 
par exemple. Pour la conserver pendant l'hiver, j'entasse les 
boutures sous un chässis froid. Quand vient le printemps , 
elles sont très bien enracinées. Je les empote et, peu de 
temps après , Je les livre à la pleine terre , où elles prennent 
un grand développement et se couvrent de fleurs tout l'été. 


BKXTRAITS 
DES 


PROCES-VERBAUX. 


Séance du 15 mars 1839.— PRÉSIDENCE DE M. BoTTEx. 


Mie Henriette Bierson écrit que , depuis deux ans , elle élève des 
vers à soie sans le secours du mürier et dans toutes les saisons de 
l'année. Elle prie la Société de nommer une Commission pour sur- 
veiller une éducation qu’elle fera à Lyon, au mois de mai prochain. 
Des vers éclos depuis dix jours , et d’autres depuis cinq seulement , 
nourris avec le salsifix , sont mis sous les yeux des personnes pré- 
sentes. La Commission des soies est priée de suivre les opérations 
de M": H. Bierson. 

M. Gariot, au nom d’une Commission, lit un rapport sur une. 
nouvelle charrue inventée par M. Paul Reverchon. — (oyez 
page 167.) 

M. Mulsant lit une Votice historique sur Duvillers , naturaliste , 
l'un des fondateurs de la Société d'agriculture de Lyon. 

M. Dugas fait un rapport sur un Mémoire de M. Borne, phar- 
macien à l’Arbresle et correspondant de la Société; le titre de ce 
travail est : Vote sur la formation qui recouvre une partie des com- 
munes de l Arbresle, St-Germain et Neuilly. M. le rapporteur fait 
l'éloge de cette Note géologique. 

M. Guillard lit un rapport sur la brochure de M. Nolhac, rela- 
live aux étangs de la Dombe. M. Guillard, contre l'opinion de 
M. Nolhac , établit que les étangs sont la cause principale , sinon 


180 EXTRAITS 
unique, de l’insalubrité de la Dombe; que leur dessèchement est 
moins difficile qu'on ne le suppose généralement ; que ce dessè- 
chement favorisera les progrès de l’agriculture dans une grande 
partie du département de l'Ain. 

M. Rey rend compte d’un Mémoire ( Quelques considérations sur 
les douleurs rhumatismales du cheval) de M. Jacob, vétérinaire 
en premier au 11° régiment de dragons, correspondant de la So- 


ciété. Ce Mémoire renferme des observations intéressantes sur une 
affection encore peu connue. 


Séance du 22 mars. — PRÉSIDENCE DE M. BoTTex. 


M. Montain lit un Mémoire sur l'utilité qu'on pourrait retirer des 
végétaux. Il résulle des expériences faites par M. Bailly, médecin 
de l'Hôtel-Dieu de Paris, sur l'extrait cynarique amer obtenu de 
l'artichaut par M. Montain , que ce médicament réunit à ses pro- 
priétés fébrifuges l'avantage de ne pas fatiguer l'estomac , et de ne 
pas agir sur le cerveau, comme le fait quelquefois le quinquina. 
M. Montain s’est servi de l'extrait cynarique, pour donner de l’a- 
mertume à l’eau de mer factice. Le vin cynarique , qui présente à 
bon marché les propriétés du vin de quinquina , a été employé avec 
succès à l'Hospice de mendicité de Lyon. 

Ce Mémoire traite ensuite des propriétés économiques de l'Ona- 
gre, Œnothera biennis. Cette plante, originaire de l'Amérique sep- 
tentrionale, a été introduite en 1614 en Europe, où elle s’est très 
bien naturalisée. On mange ses racines en Allemagne , etses jeunes 
pousses peuvent servir de salade. Toute la plante a des propriétés 
émollientes; l’auteur pense que les graines sont diurétiques : c’est 
surlout comme moyen d'alimentation pour les bestiaux , qui en sont 
avides, que M. Montain recommande l'Onagre. Il l'a coupée plu- 
sieurs fois dans le même été ; elle a toujours repoussé avec vigueur. 

M. Montain a fait entrer dans le baume tranquille plusieurs 
plantes à vertus sédatives : le pavot, la laitue vireuse , la belladone, 
la jusquiame, la morelle , la digitale pourprée. Il donne une odeur 


DES PROCÈS-VERBAUX. 181 
agréable à ce baume, en y ajoutant, au printemps , des fleurs d’a- 
cacia; en automne, des fleurs de clématite : ces dernières lui ont 
paru légèrement calmantes, quoique le reste de la plante soit 
très irritant. 

M. Guillard rend compte de plusieurs numéros du Propagateur 
del Industrie de la soie en France. I appelle l'attention de la Société 
sur un article où l’on reproche à la ville de Lyon de n'avoir rien 
fait pour la mémoire de Jacquard. 

M. Guerre rappelle les honneurs rendus à la dépouille mortelle 
de Jacquard. Il annonce que la ville élève à 20,000 fr. la souscrip- 
tion pour le monument qui perpétuera sa mémoire , et qui consis- 
tera en une statue en bronze élevée sur la place Sathonay. « Vau- 
canson, dit M. Guerre, n’a obtenu qu’un buste, et Lassale, une 
seule inscription sur une planche. » 

M. Alexandre ajoute qu'un monument à la mémoire de Jacquard 
a-été inauguré solennellement dans l’église d'Oullins. 


MM. Borrex ; Président ; 
Lecoo , Secrétaire-adjoint. 


Séance du 12 avril. — PRÉSIDENCE DE M. BorTex. 


Parmi les pièces de la correspondance , se trouvent une lettre et 
un mémoire : récemment publiés par M. Bonafous , sur les vers à 
soie à trois récoltes. Des œufs de ces vers, et une traduction ma- 
nuserite de ce Mémoire faite par M. Bonafous , sont joints à cet envoi. 

M. Sylvain-Blot, sous-préfet de Villefranche , correspondant de 
la Société . soumet à son examen un manuscrit ayant titre : Caté- 
chisme ou Traité d'agriculture pratique , pour le département du 
Rhône , par Jean-Antoine-Morin, fermier de M. de Chaponay, à 
Morancé (Rhône). M. Gariot est prié d'examiner ce travail. 


1 Avviso ai coltivatori sui bachi trevoltini ossia bachi da tre raccolte di Matteo Bo- 
nafous , direttore del R. orto agrario. — Letto all! adunanza della R. società di agri- 
coltura del di 14 febbraio 1839. — Torino , 1839, in-8°. 


182 EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAUX. 

M. Hénon présente de la part de M. Pépin, chef de l'École bota- 
nique au Jardin du roi , correspondant de la Société , une nouvelle 
pomme de terre et un poireau. La première, qui se nomme Somme- 
lier , est recommandable par ses bonnes qualités. Elle est préférable 
à la pomme de terre de Rohan, donne des tubercules qui pèsent 
quelquefois 5 à 6 livres, sont farineux ct de très bon goût. Le 
Poireau gros-court *, communément cultivé dans les environs de 
Rouen , est connu à Paris, depuis quelques années seulement. II 
est précieux par les dimensions qu’il peut acquérir. En 1837, M. Des- 
marais en a présenté à la Société d’horticulture de Rouen plu- 
sieurs qui avaient 13 pouces de circonférence. Son goût est le 
même que celui du poireau ordinaire. M. Pépin multiplie celte 
plante, en la coupant à 6 ou 8 lignes au-dessus du plateau. Elle 
donne alors plusieurs cayeux qui se développent rapidement. Traité 
par ce procédé, le Poireau gros-court , peut reproduire de nouvelles 
tiges pendant trois ans , sans qu’on soit obligé de le semer , comme 
cela se fait pour les autres poireaux. Les graines récoltées et se- 
mées par M. Duvillers, qui le fit connaître à Paris, en 1836, ont 
constamment reprodnit cette variété. On la cultive, du reste, comme 
ses congénères qui demandent une terre riche en humus et des 
arrosements copieux pendant l'été. Les Anglais le désignent sous le 
nom de Zondon-flag. 

M. Merk , au nom d’une Commission , lit un rapport sur un Mé- 
moire ayant pour titre : Zraité sur les mouches à miel. 

M. Bineau donne lecture d’un Mémoire de M. Fournet, sur un 
nuage parasite obseroc à Pilat. (Voyez pag. 111.) 


MM. Borrex, Président ; 
Héwon , Secrétaire-général. 


1 Allium porrum, var. grossum. Deuxième série de Votes horticulturales , par 
M. Pépin. — 1838, 2n-80, p. 4. 


EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAUX. 183 


Séance du 19 avril 1839. — Présence DE M. Botrrex. 


Après la lecture etl’adoption du procès-verbal de la dernière séan- 
ce, le secrétaire indique le titre de quatre ouvrages reçus par la 
Société : 

49 Annales de la Chambre royale d'agriculture et de commerce 
de Savoie , Chambéry , 1836 , in-8°. M. Sauzey est prié de rendre 
compte de cet ouvrage. 

20 Mémoire sur la fabrication du coke, par M. L. J. Salmon, 
in-8°. 

3° Le Propagateur de l'industrie de la soie en France. 

4° Recueil de mémoires et d'observations de physique , de méteo- 
rologie, d'agricultureet d'histoire naturelle, par M. d'Hombre-Firmas. 

L'ordre du jour appelle les élections de Membres titulaires et 
de Membres correspondants. Sept candidats sont inscrits pour une 
place de Membre titulaire , six ont le temps d’expectative voulu par 
le réglement : ce sont MM. Timeroy , Chinard , Pothon , Quinson , 
Jacquemet et Tervers. Il n'y a qu'une seule place vacante. Les ti- 
tres de MM. Tervers et Timeroy ont été exposés précédemment. 
M. Jourdan rappelle ceux de MM. Chinard et Pothon, et M. Boltex 
ceux de MM. Quinson et Jacquemet. On procède ensuile à l’élec- 
tion par bulletins secrets. Au second tour de scrutin, M. Chinard, 
ayant réuni le nombre de voix voulues, est proclamé Membre 
titulaire. 

MM. d'Hombre-Firmas , Lortet et Leuillon de Thorigny sont élus 
Membres correspondants. 

Immédiatement après ces élections , M. d'Hombre-Firmas est in- 
troduit dans la salle des séances et reçoit des mains de M. le Pré- 
sident son diplôme, un jeton de présence et un exemplaire de la 
première année des Ænnales que publie la Société. 

M. d'Hombre promet pour le Musée de Lyon la lithographie 
d’une coquille fossile très rare qu’il a décrite , la Verina gigantea. 

M. Merk a déposé sur le bureau deux vases contenant Primula 
villosa , l'une à fleurs simples , l’autre à fleurs doubles. La première 
a perdu un peu de son aspect alpestre , la culture a développé toutes 
ses parties ; ses fleurs sont en grand nombre sur chaque pédoncule. 


* 


184 EXTRAITS 

La seconde , qui est très rare, a la corolle un peu moins grande, 
mais remarquable par ses fleurs doubles. 

M. Mulsant lit un Mémoire sur la tribu des Longicornes. C’est un 
fragment d'un ouvrage plus considérable que M. Mulsant va publier 
sur les Coléoptères de France. 

M. J. Bourcier, tant en son nom qu’en celui de M, G. Morel, 
remercie la Société d'avoir fait connaître par un extrait des procès- 
verbaux le nouveau métier pour le tirage des cocons. Il offre pour 
être jointe au second volume des Ænnales une lithographie repré- 
sentant ce métier, La Compagnie , par l'organe de M. le Président, 
exprime ses remerciments à M. Bourcier. 

M. Teste présente deux oliviers à la Société. M. le Président 
remercie M. Teste et remet ces arbres à M. Seringe avec prière de 
les faire planter au Jardin botanique. 

M. Geoffroy-St-Hilaire , fils, membre de l’Institut, assiste à la 
séance, et fait hommage à la Société de deux ouvrages qu'il vient de 
publier : 

Notice sur la zoologie (extrait de l'Encyclopédie du 19° siècle ), 
grand in-8° ; 

29 Rapport sur les Œuvres d'histoire naturelle de Gœthe , tradui- 
tes par M. le docteur Martyns; partie zoologique et anatomique, par 
M. Isidore Geoffroy-St-Hilaire. (Extrait du Compt. rend. des séances 
de l'Acad. des sciences , séance du 12 mars 1838 ), in-#0. 

M. le Président offre à M. Geoffroy un jeton de présence et les 
sept premières livraisons des Ænnales. 

M. Hénon rappelle que la Société ayant décidé , il y a deux ans, 
que des expériences seraient faites pour étudier la manière dont 
l'eau chargée de sélénite déposait cette substanee dans les conduits 
en bois , en terre ou en fonte, on ne put par des raisons majeures 
donner suite à cette décision; mais que les conduits en bois sont 
confectionnés. Il demande s’il ne serait pas convenable de les uti- 
liser en les plaçant dans une propriété telle que celle de M. Jour- 
dan, propriété dont les eaux abondantes lui paraissent convena- 
bles à ce genre d'expérience. 

M. Jourdan , sur l'interpellation de M. le Président, dit qu'il se 
chargerait d'autant plus volontiers d'expérimenter avec ces conduits, 
qu'il fait partie de la Commission nommée par la ville pour exami- 


ner les eaux que l'on se propose d'y amener ; que par conséquent 


DES PROCÈS-VERBAUX. 185 
il s'occupe des eaux , de leur incrustation dans les conduits. IL rap- 
porte plusieurs observations qu'il a déjà eu l'occasion de faire sur 
ce sujet, et qui le conduisent à penser que tant que l'eau coule 
dans son conduit naturel, elle ne dépose pas; mais qu'elle le fait 
aussitôt qu’elle se trouve en contact avec l'air, soit par l'évapora- 
tion de l'acide carbonique, soit par une autre action. 

M. Magne rapporte que les conduits en plomb , en cuivre rouge et 
cuivre jaune d'une pompe placée depuis 60 äns à l'École vété- 
rinaire ont présenté des dépôts peu notables dans les deux pre- 
miers métaux; tandis que, dans les conduits en cuivre jaune ; il y 
avait une couche de carbonate de cuivre épaisse de 3 lignes. Il en 
conclut que le cuivre jaune est plus oxidable que le cuivre rouge. 
Des animaux, qui ont bu de l’eau qui avait séjourné 24 heures 
dans le conduit en cuivre jaune, n’ont point éprouvé de malaise. 
Aucune partie de ce dépôt n’a pu être dissoute par l’eau bouillante. 

M. Fournet rappelle qu'une expérience analogue a été faite à 
Sèvres par M, Dumas. 

M. Magne dit avoir lu que les dépôts occasionés par l’eau étaient 
plus considérables dans les conduits placés perpendiculairement , 
que dans ceux qui étaient horizontaux. 

M. d'Hombre-Firmas a observé le contraire dans un aquedue ro— 
main qui conduisait les eaux à Nimes. Les dépôts étaient moins 
épais , lorsque la pente était rapide. 

M. Seringe rapporte que, dans le Jardin botanique de Lyon , la 
partie verticale des canaux souterrains a élé obstruée en 4 ans. 

M. Hénon dit que les canaux inférieurs qui sont très nombreux 
à la Pépinière départementale sont plus encombrés par les dépôts 
que ceux qui sont placés dans le haut, près de la source, et de- 
mande si quelqu'un a vu l’eau sortant à pleine geule-bée faire un 
dépôt. 

M. Sauzey cite les eaux du château de St-Try , où cela s'observe. 

M. Montain est d’un avis opposé et pense, comme M. Jourdan , 
que l’action de l'air est nécessaire pour que le dépôt ait lieu. Il in- 
dique des sources sur le côteau de Fourvières et dans sa propriété , 
sources qui lui ont donné l’occasion d'observer plusieurs faits à l’ap- 
pui de son opinion. 


La séance est levée 
MM. Borrex, Président ; 


Hévon , Secrétaire-général. 


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J" MÉMOIRE 


SUR LES 


SOURCES DES ENVIRONS DE LYON, 


PAR 


M. J. FOURMNET;, 


PROFESSEUR À LA FACULTÉ DES SCIENCES, 


La Commission, chargée d'examiner la question de la four- 
niture des eaux de source pour la ville de Lyon, ayant décidé 
qu'une étude préliminaire du sol qui les renferme était in- 
dispensable pour établir leur régime et leurs propriétés, nous 
a confié cette partie de son travail général. Pour nous acquit- 
ter de notre tâche , nous avons fait une nombreuse suite de 
recherches dont le cadre, s'agrandissant insensiblement , 
nous a conduit de l’objet primitif et borné de notre mission 
. à considérer la question sous un point de vue plus général. 
Il en est résulté la connaissance de quelques faits plus ou 
moins intéressants que nous nous proposons de développer 
dans une série de Mémoires parmi lesquels celui-ci sera par- 


ticulièrement consacré à l'étude du gisement des eaux dans 
tv he 15 


188 MÉMOIRE SUR LES SOURCES 

le promontoire de la Bresse et dans quelques autres parties 
du voisinage de la ville ; dans d’autres parties , nous touche- 
rons à la question de leur variabilité et de leur température ; 
enfin, l’ensemble de ces documents sera complété par 
les observations et les analyses faites par notre collègue 
M. Bineau. 

Pour nous prémunir d'avance contre toute application , 
nous croyons encore devoir déclarer que le point de vue pu- 
rement théorique sous'lequel nous envisageons la question , 
n'a qu'un rapport assez indirect avec les conclusions que la 
Commission pourra émettre, et que nous n’entendons ici ma- 
nifester aucune opinion pour ou contre la possibilité de l’exé- 
cution des projets de dérivation des sources. 


—S e— 
CHAPITRE PREMIER. 


Considérations générales sur la structure et la composition du sol 
des environs de Lyon, et spécialement du promontoire de la Bresse. 


Nature des roches. 


Une partie des alentours de Lyon se compose de quatre 
formations différentes, qui, théoriquement , se trouveraient 
disposées de la manière suivante d’après leur ordre d’ancien- 
neté, ou , ce qui revient au même , d’après leur ordre de su- 
perposition : 

1° Roche inférieure ou primordiale ; généralement 
schisteuse ou granitique, solide, compacte et formant un 
ensemble suivi que l’on peut désigner sous le nom de très 
fond. 

2° Molasse marine, composée essentiellement de sable 
fin et pur ; quelquefois un peu argileux; souvent incohérent , 


DES ENVIRONS DE LYON. 189 
offrant cependant des bancs agglomérés par un ciment cal- 
caire ; ceux-ci sont peu suivis et plus semblables à des masses 
concrétionnées qu’à de véritables couches. 

3° Conglomérat lacustre ou dépôt de cailloux roulés de 
sables et d’argiles , formant des assises dont l'extension habi- 
tuelle -est très faible, et qui sont groupées entr’elles d'une 
manière très irrégulière ; quelques-unes de ces assises sont 
solides et même très cohérentes par suite d’une agglutination 
des cailloux et des sables , occasionée par une infiltration 
calcaire qui leur donne une certaine analogie avec le béton ; 
le reste est généralement meuble et ébouleux. 

4° Terre diluvienne ou Terre à pisé, connue des géolo- 
gues sous le nom de Zehm ; celle-ci forme la masse superfi- 
cielle. Son genre de cohésion est bien connu et ses qualités, 
sous ce rapport , ne varient qu'en raison de la prédominance 
des parties sablonneuses ou argileuses qui entrent dans sa 
composition. 

Ces quatre masses jouissent d’une perméabilité spéciale. 
La roche du très fond, n'étant guère traversée que par d’étroi- 
tes fissures , n’est nullement apte à fournir des sources abon- 
dantes , mais seulement de simples suintements d'eau ; sa 
compacité lui fait, en outre , arrêter presque toutes les eaux 
supérieures. 

La nature poreuse des sables et molasses marines en fait 
de véritables éponges , susceptibles de se saturer d’eau dont 
elles retiennent une certaine quantité par la force de capilla- 
rité et laissent échapper l'excès par voie de filtration. 

Les interstices nombreux des conglomérats permettent, au 
contraire, un passage facile aux eaux ; cependant les couches 
solides , argileuses ou sablonneuses , distribuées dans leur 
masse , les arrêtent au moins momentanément à certains ni- 
veaux et donnent lieu à des nappes en rapport avec leur 
étendue. 


190 MÉMOIRE SUR LES SOURCES 

Enfin , la compacité de la terre à pisé ne se prête qu'avec 
ane certaine difliculté à la transsudation des eaux intérieures 
ou extérieures, de telle sorte que, si elle était partout égale- 
ment homogène, forte et sans solutions de continuité , les 
dépressions de sa surface se rempliraient d’eaux stagnantes 
qui ne diminueraient qu'avec quelque lenteur par le seal effet 
de la filtration. Réciproquement aussi elle retiendrait dans le 
sein de la terre les eaux souterraines, qui ne pourraient s'en 
échapper qu'à l’aide d’une rupture produite par les effets com- 
binés du délayement et de la pression hydrostatique. 

Ces propriétés essentielles permettent de concevoir que, si 
ces terrains se trouvaient disposés suivant la rigueur théori- 
que dans une sorte de bassin, les eaux d'infiltration , arrêtées 
par le très fond et fixées par les molasses marines, s'élève- 
raient à une certaine hauteur intermédiaire entre celles-ci et 
la partie superficielle du conglomérat : là, elles formeraient 
une nappe plus ou moins continue qui prendrait son écou- 
lement par toutes les échancrures de la bordure du bassin et 
par les lacunes de la terre à pisé. 

Mais le mode d’enchevétrement réciproque des diverses 
assises modifie cette distribution générale des eaux , et les 
considérations géologiques devenant indispensables pour la 
faire concevoir , nous allons attacher une certaine importance 
à leur développement. 


Disposition des roches primordiales. 


L'étude attentive de la structure du sol primordial des en- 
virons de Lyon fait reconnaitre que le plateau bosselé , qui 
domine la partie occidentale de la ville, est formé presqu’es- 
sentiellement par de grandes côtes détachées obliquement de 
la dorsale d’Izeron , et séparant les uns des autres les bassins 
du Gicr, du Garon, de l’Izeron, du Ponterle et de lA- 


ZCraue . 


DES ENVIRONS DE LYON: 191 

Ces côtes sont : 1° celle de Mornant sur la prolongation 
des montagnes de Riverie; 2° celle de Brindas, ayant son 
point de départ au Sud d’Izeron ; 3° celle de Grézieux-la- 
Varenne , dont la naissance se trouve entre Izeron et le col 
de Courzieux ; 4° enfin , celle de la Tour de Salvagny qui 
émane du massif de St-Bonnet ; ces côtes s’abaissent graduel- 
lement vers les rives du Rhône et de la Saône, en se diri- 
geant du Sud-Ouest au Nord-Est parallèlement à la chaine 
du Pilat. 

Plusieurs causes géologiques postérieures , telles que des 
soulèvements Nord-Sud, des remblais effectués par les con- 
glomérats et des érosions diluviennes ont successivement al- 
téré la forme particulière qu’elles imprimaient à cette partie 
du sol lyonnais sans cependant l’anéantir complètement, en 
sorte qu’il sufhit de quelques recherches pour reconnaître bien- 
tôt les traces les plus évidentes de vallées sous-jacentes ou 
non , dérivées de l’ancien état des lieux. 

Parmi ces vallées , nous citerons , comme concernant di- 
rectement l'objet que nous avons en vue , d’abord celle d’Y- 
vours , située entre roches primordiales d’Irigny et du Péron. 
Ces dernières s'étendent en largeur jusqu’à la Mulatière, en 
présentant toutefois sur cette étendue la dépression d’Oullins 
par laquelle s'échappe actuellement le ruisseau d’Izeron, et 
qui, à en juger par sa disposition, parait avoir été un des 
anciens débouchés du Garon. 

À partir de la Mulatière , nous trouvons le vallon sous-ja- 
cent de Ja Quarantaine, dont la largeur occupait tout l’espace 
inclus entre ce dernier point et les dépendances du rocher 
de Pierre-Scize. Son remplissage jusqu'à une certaine hauteur 
par des débris provenant évidemment des montagnes lyon- 
naises , et sa position sur le prolongement de l'axe du bassin 
de l’'Izeron, peut faire admettre qu'il n’est autre chose que 
l'ancienne embouchure de cette rivière ; ou plutôt d'un cours 


192 MÉMOIRE SUR LES SOURCES 

d’eau correspondant, dont l'existence remonte au-delà de la 
période tertiaire qui a vu se déposer les conglomérats lacustres 
supérieurs. 

Quoi qu'il en soit, le rameau primordial qui l’encaisse au 
Nord se prolonge au travers de Ja Saône sous le pont du 
Change, sous le fort St-Jean et sous la Croix-Rousse , de telle 
manière qu’une coupe transversale dirigée du Nord au Sud 
donne les diverses hauteurs suivantes rapportées au zéro de 
l'échelle hydrométrique du pont de Tilsitt. 

Sous la place Bellecour au sondage fait pour le puits arté- 
sien. Hauteur négative ou profondeur au-dessous 7 
di Aéro escaums fie acroutl sad 208 

Au pont du Change, environ. . . + :. . 0,00 

Au Jardin-des-Plantes, derrière la serre chaude. 24,86 

Point culminant du granit au fort St-Jean. . . 52,00 

Point culminant visible du schiste dans un che- 
min de la Croix-Rousse entre le fort St-Jean et la 
porte des Chartreux... 4,1..." 11 2 1286500 

Cette arête culminante s'élève encore plus haut 
vis-à-vis de la porte des Chartreux, rue de la Cita- 
delle, maison N°5 8 et 9, où un puits l’a fait re- 
connaître à une hauteur de . . . . . . . 74,26 

De là elle parait s’abaisser graduellement vers le 
Nord, de manière à n’avoir plus sous le puits des 
bois des Tapis à la Croix-Rousse qu’une hauteur de 50,33 

Au clos Poy, près le pont de la Gare. . . . 38,00 

Enfin elle s'enfonce complètement sous le niveau 
de la Saône en aval de la tour de la Belle-Alle- 
mandéi suichen au l'uncaitéacrallronmer ax Ain. 

Il était important d'établir de même l’abaissement suc- 
cessif de cette arête dans le sens rectangulaire, c’est-à-dire 
en travers de la Croix-Rousse vers le Rhône. Sous ce rapport, 
quelques renseignements nous indiquaient l'existence du ter- 


DES ENVIRONS DE LYON. 195 
rain primordial sous l’église St-Polycarpe et vers la fontaine 
de la Groi-Péquet: d’ailleurs il ne paraissait pas naturel 
d'admettre qu'un chaïnon aussi bien suivi s’interrompit tout - 
à-coup dans sa longueur , et cela d'autant moins qu'il se rap- 
portait à tout un système dont les branches ne présentent pas 
ce caractère ; enfin, on devait concevoir que le cap de la 
Croix-Rousse n’avait résisté à l’action érosive des grands cou- 
rants diluviens dont il sera question par la suite que parce 
qu'il était épaulé par cette espèce de mur de soutènement.Ge- 
pendant toutes ces données plus ou moins vagues exigeaient 
une confirmation authentique pour laquelle nous fimes, sans 
succès, les recherches les plus minutieuses dans tous les escar - 
pements des balmes du Rhône, et dans toutes les dénuda- 
tions produites par le grand nombre de constructions qui s'é- 
lèvent journellement de ces côtés. Mais partout des dépôts 
successifs de formations plus récentes , des conglomérats , 
des terrains diluviens et peut-être des molasses marines nous 
masquaient celte protubérance primordiale ; lorsqu'enfin la 
réparation récente du pavé de la terrasse Tolozan , quai St- 
Clair , exigea l'emploi de la poudre pour niveler quelques 
saillies granitiques , et mit au joue la prolongation de l’arête 
en question jusqu'aux bords même du Rhône, où elle forme 
le premier gradin de la rampe qui mène des parties basses 
de la ville aux sommités de la Croix-Rousse. 

Nous désignerons la vallée sous-jacente suivante sous le 
nom de vallée de Gorge-de-Loup ; elle est comprise entre les 
rochers primordiaux de Vaise et la longue falaise de Roche- 
Cardon , ayant sa naissance près de Francheville et conti- 
nuant son cours sous le plateau de la Bresse, vers la position 
de la tour de la Belle-Allemande. De ce côté , sa limite sep- 
tentrionale est formée par la saillie des schistes micacés qui, 
commencant à percer le sol sous la brasserie Schimper ; en 
avant de l'Ile-Barbe , atteignent leur maximum de hauteur 


194 MÉMOIRE SUR LES SOURCES 

connue 40,43 dans un puits foncé au Pelcrut, sur le 
grand chemin de Cuire à Caluire , et s’abaissent ensuite vers 
le Nord de manière à disparaitre de nouveau au port de Ca- 
luire, vers la maison de M. Damiron , maire de cet endroit. 

Au-delà , il existe une nouvelle dépression souterraine que 
nous appellerons la vallée de Royes et Fontaines. Partant des 
bords de la Saône sous Collonges, elle doit, comme les au- 
tres , s'étendre sous le plateau de la Bresse ; son encaissement 
vers le Nord est déterminé par l’aspérité primordiale de Ro- 
chetaillée, dont la plus grande hauteur sur le territoire des 
Garennes à la maison dite la Nation, derrière le château de 
Rochetaillée, est de 52,00 ; elle est le prolongement naturel 
du piédestal des masses calcaires du Mont-Cindre, et dans 
un autre sens l’on retrouve sur les balmes les traces de son 
extension transversale jusqu’à un quart de lieue en aval de 
Fleurieux , où elles plongent à leur tour sous le sol. 

Après cette dernière ramification , on ne rencontre plus 
jusqu’à Trévoux, limite de nos observations , aucune de ces 
aspérités primordiales suflisamment prolongée pour dépasser 
la rive droite de la Saône ; car celles de St-Germain au Mont- 
d'Or s'arrêtent aux bords de la rivière, ou du moins ne les 
franchissent pas à une hauteur telle qu'elles soient immédia- 
tement perceptibles. 


Disposilion des molasses. 


Avant d'examiner les résultats hydrauliques de cette topo- 
graphie souterraine des roches primordiales , nous devons 
poursuivre le développement des faits géologiques. Or, ceux- 
ci démontrent qu'après la commotion qui produisit les rides 
précédentes , survint une inondation marine très étendue vers 
le Nord , l'Est et le Sud, qui donna lieu de nos côtés à une 
grande accumulation de sables bien reconnaissables à leur 
homogénéité générale , à leur finesse et aux débris marins 


DES ENVIRONS DE LYON. 195 
qu'ils renferment. Ils ont du , pendant une certaine période , 
couvrir toutes les parties de l’espace environnant, dont la 
hauteur ne dépassait pas de 50 à 60" à peu près le niveau 
actuel de la Saône ; par conséquent , les vallées et toutes les 
parties basses de notre horizon en ont été encombrées depuis 
le Dauphiné jusqu'aux parties reculées de la Bresse , du Bu- 
gey, etc., etc. Mais on concoit aussi qu'une masse telle- 
ment meuble a dû être facilement entraînée , ravinée et sil- 
lonnée de mille manières, lorsqu'elle s’est trouvée en prise à 
de nouvelles actions après la retraite des mers qui l'ont pro- 
duite ; il en ést résulté une disposition tellement irrégulière 
de tous ces lambeaux, qu'il sera très difficile et peut-être 
même impossible de dresser une carte qui en représenterait 
exactement les contours et les limites. Quelques-uns de ces 
lambeaux se présentent sur le versant méridional de la Croix- 
Rousse, et s'étendent peut-être depuis le Jardin-des-Plantes 
jusque vers le quai de St-Clair ; d’autres paraissent cà et là 
dans quelques-unes des vallées précédentes ; mais ces restes 
sont encore bien douteux ; cependant nos recherches suflisent 
pour démontrer que les balmes de la rive gauche de la Saône 
n’en présentent plus de traces au moins visibles et continues 
depuis Lyon jusqu'à Rochetaillée, tandis qu'à partir de ce 
point nous en trouvons une masse suivie qui s'étend sous le 
sol actuel de la Bresse et de la Dombes jusqu'au-delà de 
Trévoux. 

Cette même masse, ne percant au jour en aucun point 
depuis Lyon jusqu'à Montluel, on peut en conclure que sa 
limite méridionale peut être figurée par une ligne oblique , 
partant du versant Nord de Rochetaillée pour aboutir en un 
point indéterminé et sans importance dans la question ac- 
tuelle , qui peut se trouver quelque part dans la Valbonne ou 
la vallée de l'Ain. 


Cette ligne couperait donc le Delta de la Bresse en deux 


196 MÉMOIRE SUR LES SOURCES 

parties : l’une méridionale et sans dépôts continus et certains 
de sables marins ; l’autre septentrionale et renfermant ceux- 
ci: l’une présentant plusieurs vallées primordiales sous-jacen- 
tes, et l’autre aucune qui soit visible ; de là deux caractères et 
deux régimes d'eaux essentiellement différents. 


Disposition de conglomérais. 


La mer des molasses ayant été déplacée par un nouveau 
bouleversement, il se produisit un immense dépôt de cail- 
loux roulés, amenés des montagnes lyonnaises et surtout des 
sommités alpines , par des cours d’eau actuellement oblitérés | 
et dont il est inutile, en ce moment, de rechercher l’ancienne 
hydrographie. 

Ce dépôt a rempli non seulement toutes les excavations 
formées dans les sables marins et dans les terrains primor- 
diaux , mais il a encore sur-exhaussé le sol de telle sorte, que 
les sommités les plus élevées de Fourvières , de Francheville, 
du Bas-Dauphiné, de la Croix-Rousse et de toute la Bresse 
peuvent être considérées comme autant de jalons laissés pour 
rappeler son ancienne épaisseur , qui, auprès de Lyon , a du 
être au moins de 75 à 80". 

La hauteur uniforme de ces cimes et quelques autres ca- 
ractères font naître l’idée d’un remblai effectué dans un grand 
lac d’eau douce sur le fond duquel les matières charriées ve- 
naient se niveler jusqu’à un certain point seulement ; car en 
poursuivant les mesures des hauteurs sur une grande éten- 
due, on trouve une légère inclinaison du Sud vers le Nord et 
des Alpes jusqu’au plateau lyonnais. C’est ainsi , par exemple, 
que dans le Dauphiné , au-delà de St-Symphorien-d'Ozon , 
nous avons trouvé , pour le point culminant de la montagne 
caillouteuse du bois St-Jean, une hauteur d'environ 2207 ; 
tandis que le pied du télégraphe de Fourvières n’est plus qu'à 
1357 au-dessus du niveau de la Saône. 


DES ENVIRONS DE LYON. 197 
On concoit, du reste , que ce léger pendage est sans in- 
fluence sur la distribution des eaux dans des limites aussi cir- 
conscrites que celles que nous avons à considérer : aussi nous 
n’en faisons mention que pour prévenir toute objection ; 
d’ailleurs les résultats qu’il aurait pu produire sont encore 
effacés par l'irrégularité de la stratification du conglomérat , 
et surtout par les profonds morcellements qu'il. a lui-même 
éprouvés après-son: dépôt. 


Disposition de la terre diluvienne ou à pisé. 


Ces morcellements résultent de l’action combinée de la dé- 
bacle du lac et d’une énorme masse d'eau venant subitement 
des Alpes. Les lames principales de ce courant, effectuant le 
déblai partiel des conglomérats , ont excavé les vallées de 
l’Ain , de la Valbonne, du Rhône, de la Saône , et imprimé 
au pays les derniers traits de sa configuration actuelle en fa- 
connant le promontoire de la Bresse. 

La dureté des roches primordiales n’a pas toujours pu les 
soustraire à l’action érosive de ces courants , et de là , en par- 
tie au moins, la cause de l'isolement actuel des rochers de 
Pierre-Scize et du fort St-Jean , de Roche-Cardon et de Ca- 
luire , de Collonges et de Rochetaillée, masses dont la posi- 
üon, en regard les unes des autres, rappelle si bien l’ancienne 
connexion qu'elle a servi de base à diverses fables popu- 
laires. 

D'un autre côté , les ricochets de ces mêmes courants ont 
. formé les ondulations de la surface de la Bresse, pays qu'il 
suflit d’avoir parcouru pour reconnaître que l’action seule des 
grandes vagues a pu tracer l’élégante courbure de ses collines 
êt produire ses alternances de hauteurs et de dépressions uti- 
lisées depuis pour les étangs ; mais le résultat principal de 
celte catastrophe n’a pas été la seule excavation du sol. En 
effet, la première impétuosité des eaux ‘une fois amortie , 


198 MÉMOIRE SUR LES SOURCES 

elles déposèrent dans tous les recoins, dans toutes les parties 
basses et abritées , ce placage de boue argileuse et diluvienne, 
la terre à pisé, dont l’ensemble enveloppe , comme d’un 
manteau d'épaisseur variable , la plupart des inégalités 
du sol. 


—s<-— 
CHAPITRE It. 


Distribution des eaux considérée dans ses rapports avec la 
struclure intérieure du sol. 


Les considérations géologiques précédentes , basées sur les 
études de M. Élie de Beaumont et les nôtres , nous serviront 
maintenant à établir le mode de distribution des eaux souter- 
raines ; pour cela, rappelons succinctement que nous avons 
d'une part, vers le Sud du promontoire de la Bresse, des 
vallées souterraines remplies de conglomérats ; vers le Nord- 
Ouest , un dépôt uniforme de molasses marines pareillement 
recouvert de conglomérats ; qu’enfin, une couche de terre di- 
luvienne a été jetée sur l’ensemble. 

Ces différences dans la constitution du sol nous forçant à 
établir des divisions dans notre travail , nous allons d’abord 
passer en revue les faits très simples de la terre diluvienne et 
de la molasse septentrionale ; puis nous arriverons à la com- 
plication plus grande des conglomérats méridionaux et 
orientaux. 


Eaux de Ja terre à pisé. 


Quelle que soit l’imperméabilité que la vue des étangs de 
la Bresse fasse attribuer à la terre diluvienne, on peut ce- 
pendant affirmer que sa puissance sous ce rapport n’est pas 
aussi absolue que celle d’une roche compacte ou d’une argile 
pure et liante ; elle n’est surtout pas uniforme , et pour se con- 


DES ENVIRONS DE LYON. 199 
vaincre de cette vérité, il suflit d’observer que beaucoup de 
ces étangs sont sujets à perdre leurs eaux par transsudations , 
et à dégénérer ainsi en marais fangeux connus sous le nom 
de grenouillards. 

Si donc ces eaux sont arrêtées immédiatement après une 
première filtration au travers de la terre superficielle par des 
couches plus compactes , elles pourront former des sources 
presque superficielles et, par conséquent , aussi sujettes à se 
ressentir de toutes les variations des saisons ; elles tariront 
plus où moins dans les étés et dans les années de sécheresse , 
reprendront leur cours dans les temps humides ; leur tempé- 
rature sera variable aussi bien que leur masse ; en un mot, 
tout dénotera en elles l'influence d’un trop grand voisinage 
de l’atmosphère. Les Bressans désignent sous le nom de Rai- 
sins celles qui ne font qu'humecter la terre et l'infiltrer 
d’eau sans avoir de cours proprement dit, et nous pourrons 
adopter cette dénomination en l’appliquant par généralisation 
à toutes les sources de la terre diluvienne. Celles-ci sont 
d’ailleurs très communes dans nos environs, et leur étude 
n'est pas sans importance; car elles se mêlent quelquefois 
aux sources des terrains inférieurs qu’elles modifient plus ou 
moins ; mais comme nous aurons occasion d'en parler avec 
détail, quand il sera question des résultats thermométriques, 
nous croyons devoir nous contenter de les avoir signalées , et 
nous passerons directement à des sources dont l'origine se 
trouve à de plus grandes profondeurs. 


Eaux des molasses. 


La molasse a déjà précédemment été assimilée à une éponge 
qui présente des eaux sur toute sa hauteur en vertu de sa po- 
rosité générale. Il est aisé de se convaincre de cette propriété 
à Trévoux, où les sources et les puits sont étagés les uns sur 
les autres depuis les parties basses de la ville jusqu’àgune cer- 


200 MÉMOIRE SUR LES SOURCES 

taine hauteur ; il en est de même à Reyrieux , Parcieux , Ge- 
nay et, en un mot, sur toute la ligne jusqu'à Neuville , où 
nous trouvons encore la source inférieure de la Vôsne, puis 
une série d'écoulements successifs qui alimentent l'étang ou 
bien les fosses de rouissage de la ferme Rival, et enfin la 
fontaine Camille placée au terme supérieur de cette for- 
mation. 40, 

Cependant, malgré cette imbibition complète, la masse 
principale des eaux présente une disposition spéciale sur la- 
quelle il est nécessaire de fixer l'attention. 

La molasse , en effet , ne s'élève pas jusqu’à la surface du 
plateau de la Bresse , mais se termine à un niveau intermé- 
diaire dont la hauteur, déduite par approximation de quel- 
ques-uns des nivellements de M. l'Ingénieur en chef des ponts- 
et-chaussées, est d'environ 60 à 70" au-dessus de l’étiage de 
la Saône : le surplus de l'épaisseur est formé par les conglo- 
mérats et la terre à pisé. 

Ce niveau, légèrement variable sur l'étendue du champ 
de nos observations , est très distinct depuis Trévoux jusqu’à 
Neuville. Sur toute cette zône il dessine un étage particulier 
en forme de gradin dont l’uniformité n’est que momentané- 
ment interrompue par une grande échancrure qui, divergeant 
depuis le marais de Montribloud , produit les deux vallées di- 
luviennes de Massieux et de Neuville. Cependant la loi géné- 
rale se reconnait encore dans le fond de ces vallées ; car leurs 
pentes, assez uniformes depuis les plaines de la Saône, éprou- 
vent des saccades momentanées à la partie inférieure des 
conglomérats. 

Or, c'est à la proximité du plan de jonction des conglo- 
mérats et des molasses que les principales sources sont éta- 
blies de telle manière , qu’elles se trouvent cependant la mo- 
lasse même. Il est facile de s’en convaincre à l'aide de quel- 
ques recherches pour les belles sources de Reyrieux , pour 


DES ENVIRONS DE LYON. 201 
celles moins abondantes en eau, mais aussi plus nombreuses 
de Parcieux, pour les trois sources du bassin de Massieux , 
pour celles de la commune de Genay, du Péron et enfin du 
château de la Venturière , où le fait a été mis dans l'évidence 
la plus complète à l’aide d'une série de puits percés par 
M. de Boëlle Rodrigues, dans le but de s'assurer de la 
constance du niveau de la couche aqueuse, avant d’entre- 
prendre certains travaux d'amélioration nécessités par un 
changement des sources sur lequel nous reviendrons plus tard. 

La fontaine Camille , dans la vallée de Neuville, appar- 
tient encore à cet étage , et en étudiant les arrachements voi- 
sins, il est facile de reconnaître qu’en cet endroit les molasses 
sont plus argileuses et plus humides que partout ailleurs , 
mais partout toujours très reconnaissables par leurs concré- 
tions et leur sable particulier. 

Cette disposition générale est le résultat évident de la fai- 
ble perméabilité des molasses qui, en vertu de cette propriété, 
arrêtent vers leur surface une grande partie des eaux que les 
conglomérats ont laissé filtrer, et produisent une sorte de 
nappe continue à cette hauteur. Trévoux seul présente une 
anomalie à cette règle générale, et elle s'explique facilement 
par la forme de la localité qui présente une sorte de cap saillant 
sur la Saône, dont la forme effilée est par cela même moins 
apte à conserver les eaux. 


Eaux des conglomérats de la partie Sud. 


D’après nos considérations préliminaires , le sous-sol de la 
partie méridionale du cap de la Bresse peut être considéré 
comme présentant une série de vallées transversales formées 
par des roches à peu près imperméables ; les résultats hy- 
drauliques de cette ancienne configuration se concoivent 
même à priori : aussi, en jetant un coup-d'æil sur la position 


des principales sources existantes aux environs de Lyon, nous 


202 MÉMOIRE SUR LES SOURCES 


les trouvons essentiellement en vi ou avec cette GERMER 
souterraine. 

La belle fontaine de la Mouche dans la vallée d’Yvours ; 
les nombreux filets qui ont valu à la base du coteau de Ste- 
Foy le nom de Fontanières ; les bassins de Gorge-de-Loup ; 
les sources des balmes de la Saône sous la Croix-Rousse ; les 
eaux abondantes de Royes et Fontaines, sont autant de déri- 
vations des masses d'eau incluses dans les vallées que nous 
avons énumérées, et, en dehors de leurs limites , on ne peut 
leur opposer que des suintements d’une faible importance. 

D’autres observations nous apprennent que les relations 
précédentes se poursuivent jusque dans le lit même de la 
Saône ; ainsi, pendant les hivers rigoureux, l’encaissement de 
Pierre-Scize est presque toujours gelé, et l’on peut encore 
patiner en amont et en aval du pont de l’Archevêché ; tandis 
que la rivière n’est jamais prise le long des Étroits et en face 
de l’Arsenal, circonstance que l'opinion générale attribue à 
la température élevée que les eaux souterraines communiquent 
à la rivière dans ces endroits particuliers. 


Ces premières notions nous ont déterminé à examiner avec 
soin la corrélation des eaux avec les roches primordiales , et 
nous avons reconnu qu'une partie d’entr’elles semble ruisseler 
le long de leurs rampes et prendre issue par les points les 
plus rapprochés où elles trouvent une dénudation suffisante. 
C’est ce qui arrive pour les sources du Jardin-des-Plantes , 
du clos St-Benoït, de Vaise, de Pierre-Scize, etc., etc., et 
la distribution suivante ne fera que la confirmer, puisqu'elle 
fait voir que les eaux s’abaissent ou se relèvent successive- 
ment de la même manière que les rochers primordiaux des 
balmes de la Saône. 

Ainsi , dans le puits de la rue de la Citadelle , maison 
N° 8 et 9, à la Croix-Rousse, nous les trouvons main- 


DES ENVIRONS DE LYON: 202 


tenues sur le sommet du roc primitif à une hau- m 

teardles Mann Mu ki: gro: 2 2°. oetitG 
Dans le clos Charrin elles s’abaissent déjà à . ©: 51,17 
Hans iplos Poy à: AMERRRUTS eur | 57100 


Derrière la brasserie près de l’ancienne caserne 

de cavalerie, au pont de la Gare. . . . . . 15,35 
Enfin , d'après les renseignements d’un pêcheur, 

il y aurait vis-à-vis de Cuire un endroit où la Saône 

ne gèle jamais à cause des sources , et dont la hau- 

teur serait par conséquent inférieure à . . . . 0,00 
Elles regagnent ensuite en élévation sur les ro- 

chers primitifs de Caluire, de manière à atteindre 

dans le jardin Flachat une hauteur de . . . . 54,29 

d’où elles s’abaissent sous le Vernay , de telle sorte 

que dans le jardin du Collége et dans la plaine de 

Royes et Fontaines, leur niveau inférieur se montre 

à de faibles hauteurs au-dessus de la Saône. IL pa- 

raît de plus exister vis-à-vis de ces derniers endroits 

des points où la rivière refuse de geler par les motifs 

déjà indiqués. 
À Rochetaillée, un nouvel exhaussement se ma- 

nifeste par la position élevée des sources de Noail- 

lieux qui se trouvent à un niveau d’au moins . . 50,00 


Au-delà de ce point, vers Fleurieux, nous entrons dans 
le régime des molasses, et l’apparition des sources subit une 
interruption momentanée jusqu'à Neuville : accident occa- 
sioné probablement par l’épais revêtement de terre à pisé 
qui flanque toute cette berge. 

Si des rives de la Saône nous nous portons à celles du 
Rhône, nous observons une disposition jusqu’à un certain 
point analogue , quoique plus vague, par suite du recouvre- 


ment des roches primordiales, 
T. NH. 14 


204 MÉMOIRE SUR LES SOURCES 
Ainsi , dans la rue des Fossés, maison N° 6 , près du point 
culminant de la Croix-Rousse , le puits donne une 
hauteur de. MN écadets cils dt l'O 
Dans la rue Ste-Catherine. . . . . . . 61,86 
Et à partir de là, en tirant vers le Nord, il y a 
un abaissement successif tel, que dans la rue des 


Gloriettes on n’aurait plus que . . . . . . 43,51 
Dans la montée de la Boucle, le niveau moyen de 

diverses sources suintant sur le chemin est de . . 47,46 
Au clos Chaumet , même montée, les puits ren- 

contrent l'eauaf #9 Gers US tosistit 54432 
Dans le jardin de M. Aguettan . + + - 45,32 
Chez M. Vidallin, teinturier , quai St-Clair, 

N° 19et 20, àhenviron. . . . . . . . 10,00 


A la montée du grand Bichet, quelques sources 
très faibles sont encore à une hauteur d'environ. . 20,00 


Et après celles-ci, sur le quai St-Clair, on ne connait plus 
de sources, mais seulement le niveau du Rhône vers lequel 
on est obligé de foncer des puits à la profondeur d'environ 
13,00 au-dessous du sol. Cette disposition des sources se 
maintient jusqu’au pont de Vassieux, où nous les voyons se 
relever à une hauteur qui serait suflisamment en rapport 
avec la prolongation souterraine des rochers primordiaux de 
Cuire et Caluire, pour appuyer l’hypothèse déjà énoncée à 
ce sujet. Elles se soutiennent ainsi à Crépieux , s’abaissent un 
peu au château de la Pape ; dans la propriété de M. Dupuits 
de Maconex, elles sont de nouveau abaissées à fleur du 
Rhône et couvertes par ses sables ou ses eaux, et enfin au- 
delà nous entrons dans un nouveau régime qui fera l’objet 
d'un paragraphe spécial. Pour le moment , faisons observer 
que ces alternatives d'exhaussement et d'abaissement ne 
justifient en rien l'existence d'une nappe d'eau horizon- 


DES ENVIRONS DE LYON. 205 
tale que l’on pourrait admettre , dans toule celte partie du 
cap de la Bresse, comme étant produile par une couche im- 
perméable. 

Cependant l'encombrement et même l'entier recouvre- 
ment des vallées sous-jacentes par les cailloux roulés et les 
veines plus ou moins compactes et argileuses des conglomé- 
rats lacustres, a dû apporter certaines entraves à la libre 
circulation de leurs eaux et modifier jusqu’à un certain point 
leur rôle essentiel. Au lieu donc de donner lieu à des ruis- 
seaux s’écoulant librement suivant les pentes du sol primor- 
dial , ces eaux refluent jusqu'à une certaine hauteur , 
s’échappent par des orifices plus ou moins multipliés, et 
produisent l'espèce de niveau ou de plafond d'eau que lon 
découvre sous toute l'étendue des territoires de la Croix- 
Rousse et de Caluire. 

Les nivellements suivants effectués comme les précédents 
à l’aide du baromètre , et obtenus en retranchant des hauteurs 
du sol les profondeurs des puits correspondants , donneront 
une idée suflisamment exacte de la disposition de ce niveau 
supérieur des eaux. 


Hauteur générale des eaux dans 


le voisinage de la Grande- 


De us a he ne: 06,52 
Rue d'Enfer , bains de Diane . 49,39 
Rue d'Enfer , bains des Tapis . 50,36 
Grande-Rue , maison N° 60. . 57,32 


Croix-Rousse. co 
L Grande-Rue , à la jonction de la 


montée de la Boucle . . . 58,58 
En général et moyennement 

dans la Grande-Rue . . . 56,15 
Clos Pailleron, vis-à-vis de la 

DeRMIEMReTIS. .. : e Mées de JS FD 


206 MÉMOIRE SUR LES SOURCES 


Pue Lacoste, maison N° 117 . 48,78 
Puits de M Boiron, vis-à-vis 

du précédent . . .  )2 
Maison Demaingeon, sur la de 

cente vers l’Ile-Barbe, che- 

min de Saône au Rhône . . 57,96 
Au Pelerut , sur le grand che- 


min de Caluire . . . . 60,56 
Chez Gautier , vis-à-vis du pré- 
ECM UT. Maries 60,56 


Au Pelerut , chez le notaire de 
Cale. + À O0 
Cuire; Caluire, Grande-Rue de Caluire , chez 
etc. , etc. M. Demaingeon . . . . 62,97 
Au presbytère de Caluire . . 71,71 
Chez les Sœurs de Caluire . . 71,53 
Au Mont-Choisi , chez M. Dugas 
de la Cantonnière. . ._°. 11,71 
Au Vernay , chez M"e Lagrange. 69,18 
Puits de M. Coubayon , vis-à-vis 
le Mont-Choisi, à l’intersec- 
tion de la route de Fontaines 
et du sentier descendant à la 
que RE MER si ce ls 7 1 
Aux Mercières ; puits le plus pro- 
fond de la contrée. . . . 44,29 


Il résulte des nombres ci-dessus : 1° que Ja hauteur 
moyenne du plafond d'eau déduite des puits est d'environ 
60®,27, abstraction faite du puits des Mercières, qui est 
évidemment en anomalie avec les autres ; et 2° que la hau- 
teur des eaux s'élève à mesure que l’on s’avance vers les li- 
mites Nord du territoire de Caluire, puisque la moyenne sous 


DES ENVIRONS. DE LYON. 207 
la Croix-Rousse est de 54,21 , tandis qu'elle monte à 
63m,81 sous Cuire et Caluire; la plus grande différence 
entre les points extrêmes est de 22,63. 

Pour compléter ces äpercus sur la distribution des eaux, 
exposons encore les résultats suivants obtenus sur les balmes 
de la Saône par les nivellements de M. l'Ingénieur en chef 
des ponts-et-chaussées et par les nôtres. 

Niveau supérieur des sources du collége au 
ah Le ne ie 8 2 020 

Niveau supérieur de diverses sources de la pre- 
priété de M. Boricand, au Vernay . . . . . 63,13 

Ilen existe, de ces côtés, beaucoup d'autres situées 
à toutes les hauteurs entre cette limite extrême et 
la surface de la Saône. 


Source du ruisseau de Ronzier . . . . . 48,29 
Source de Noaillieux au moins à. . . . . 50,56 
Une des cinq sources de Royes . . . . . 50,00 


En coordonnant actuellement les niveaux supérieurs avec 
les dispositions moyennes et inférieures précédemment indi- 
quées , on voit que les eaux doivent se rencontrer à la proxi- 
mité de Lyon à peu près à tous les étages possibles des vallées 
sous-jacentes ; si donc nous nous sommes servi de l'expres- 
sion de plafond d'eau, ce n’a été que pour nous conformer au 
langage habituel, ou à un préjugé populaire résultant d’une 
observation exacte en elle-même, mais qui n’a pas été suf- 
fisamment développée. En effet, les puisatiers, trouvant 
l’eau plus ou moins régulièrement à la profondeur générale 
indiquée , n’ont aucun intérêt à foncer leurs puits au-delà ; 
mais ils trouveraient ces mêmes eaux à des niveaux de beau- 
coup inférieurs, et cela est même si vrai, que, quand un 
puits vient à tarir par des causes quelconques , il leur suflit 
de l’approfondir pour en obtenir de nouvelles. 

Il est d’ailleurs reconnu, à la Croix-Rousse , que , s'il est 


208 MÉMOIRE SUR LES SOURCES 
nécessaire de foncer les puits de la place et de la Grande-Rue 
jusqu'à une profondeur de 31 à 34 pour obtenir une eau 
suffisante , on rencontre cependant déjà des eaux faibles à 
15m environ, et qu'elles ne commencent à abonder réelle- 
ment qu’à une profondeur de 36" environ. Ces diverses me- 
sures , rapportées à notre plan de comparaison général ; don- 
nent pour l'élévation du 
Niveau des eaux faibles -. . . . . . . ‘75,00 
Niveau des eaux moyennes : . . : . : 56,52 
Niveau des eaux considérées comme abondantes. 54,57 
et l’on ne descend guère au-dessous. 


Accidents occasionés par lhétérogénéité des conglomérats. 


Jusqu'à présent la nécessité de simplifier les idées nous a 
fait admettre tacitement que le terrain de conglomérat se 
prêtait à une distribution uniforme des eaux ; mais dans la 
réalité il n’en est pas ainsi, et la raison en a déjà été indi- 
quée , quand nous l’avons dépeint comme un enchevêtrement 
de couches plus ou moins sablonneuses , argileuses ou 
caillouteuses. Sa perméabilité doit donc varier suivant les 
localités, et nous ne serons pas embarrassés pour en fournir 
la preuve. 

D'abord l’approfondissement du puits des Mercières , au- 
dessous du niveau général, ne peut s'expliquer que par une 
pareille cause. 

Le puits des bains des Tapis, à la Croix-Rousse, avait 
été foncé jusqu'à 38 ", 97 sans rencontrer l'eau qui ce- 
pendant existait à une profondeur moindre dans un puits à 
proximité. On se décida donc à pousser une galerie latérale 
vers celui-ci , aussitôt l’eau arriva et s’éleva à une hauteur 
de 6m, 49. 

M. Vidallin , teinturier , désirant augmenter la masse des 


DES ENVIRONS DE LYON. 209 
eaux qui alimentent ses ateliers, établit un puits dans une 
position voisine et inférieure aux sources dont il a déjà été 
question ; cependant il ne trouva pas l’eau qu'il cherchait , 
mais une espèce de poche argileuse tellement imperméable , 
qu'il put descendre jusqu'au-dessous du niveau du Rhône. Ce 
fut alors qu'il concut l’idée de pousser une traverse au fleuve 
et d'en élever les eaux à l’aide d'une machine à vapeur. 

La même imperméabilité locale s'est manifestée, à la 
Mulatière , d’une autre manière non moins remarquable. La 
maison Micon à la Caserne , la maison Brochet et autres 
possédaient des sourees assez abondantes pour remplir d’eau 
claire un ruisseau qui aboutissait au pont; elles ont disparu 
depuis que la voûte du chemin de fer passe au-dessous , tan- 
dis que d’autres eaux n’ont pas trouvé leur écoulement dans 
cette galerie inférieure. Celles d’un puits appartenant à 
M. Viallon sont spécialement dans ce cas ; quoique placé à 
60 ® des travaux et ayant son fond à 12 " au-dessus de leur 
niveau , il les retient à une hauteur permanente de 2", et 
peut en fournir , dit-on, environ 7 hectolitres par heure. 

:Nous ajouterons encore qu'il existe cà et à , dans ce ter- 
rain, des espèces de voies souterraines dans lesquelles les 
eaux se meuvent avec une certaine vitesse. On peut s’en as- 
surer dans le puits du domaine de M®° Lagrange ; au 
Vernay; le courant y affecte une direction à peu près de l'Est 
à l'Ouest , et pourrait bien communiquer avec les fontaines 
de Royes. 

Ce n'est, d’ailleurs, que par de pareilles voies qu'il est 
possible de s'expliquer l'isolement de la plupart des sources, 
surgissant au milieu d’endroits complètement à sec Jusqu'à 
une certaine distance de leurs environs. 

Enfin l'existence de ces espèces de tubulures peut être 
constatée en beaucoup de points , et nous en avons encore 
récemment trouvé un bel exemple dans une sablhière ouverte 


210 MÉMOIRE SUR LES SOURGES 
pour la fourniture des graviers de la route auprès du Pont de 
bois, à Néron. Elle pénétrait à peu près horizontalement dans 
le terrain , en présentant divers embranchements à incli- 
naisons différentes que le développement de l'exploitation a 
fait suivre sur une étendue d’une dizaine de mètres, et ils 
continuent encore plus loin dans le sol. A sec maintenant , 
cette tubulure a fourni indubitablement, à une époque quel- 
conque , un passage à des eaux; car ses parois sont tapissées 
et même consolidées par un léger conduit concrétionné de 
carbonate calcaire. 
Ces voies peuvent établir une communication souterraine 
entre des localités fort éloignées les unes des autres ; et il est 
impossible d’en fournir une preuve plus convaincante que le 
fait suivant signalé par M. le docteur Gaspard de St-Étienne 
en Bresse ; car, suivant cet observateur, « l'établissement 
d’un puits provoqua le dessèchement momentané, non seule- 
ment de deux autres puits éloignés chacun d’un kilomètre du 
puits neuf, mais tarit encore une fontaine assez abondante , 
située dans un pré à environ 2 kilomètres ; et ce qui est bien 
digne de remarque , c’est qu'un vallon profond de 20 " au 
moins et parcouru par un bief séparait un des anciens puits 


du nouveau. 


Eaux des conslomérats de la partie Nord-Est. 


Les observations précédentes ont démontré une grande ir- 
régularité dans la distribution des eaux des conglomérats ; 
mais ce régime change sur le versant oriental de la Bresse , 
depuis le Mont-Goitron ou Néron jusqu'à Montluel , étendue 
sur laquelle on remarque une distribution des eaux offrant, au 
premier coup-d'œil , une grande similitude avec celle des 
molasses du versant opposé ; c'est-à-dire qu'un grand nombre 
de sources et de puits sont échelonnés sur les rampes, en 
même temps qu'on découvre un niveau principal dont la hau- 


DES ENVIRONS DE LYON. 211 
teur constante est, d’après les nivellements de M. Thiaffait , 
d'environ 70 " au-dessus de l’étiage du Rhône. 

Ce niveau se montre au-dessus de Miribel , de St-Martin 
et de St-Maurice de Benost , dans les torrents de la Miandière 
‘et de St-André ; tandis que , dans la belle échancrure dilu- 
vienne qui constitue la vallée de Ste-Croix vers Montluel, on 
voit les sources des Cordonnes , du torrent de Morancin , et 
une foule d’autres moins importantes sourdir de toutes parts 
et à toute hauteur , de manière à produire à la fois le fort 
ruisseau de Montluel et le fond tourbeux qui distingue les 
prairies de cet endroit d'avec celles des autres vallées 
bressanes. 

Ce que cette disposition présente de régulier mérite de 
fixer un moment notre attention. 

La cause du niveau n'étant pas visible immédiatement , 
nous avons supposé d’abord qu'il pouvait être dü à la présence 
des molasses qui, des rives de la Saône, se seraient étendues 
à celles du Rhône en masse continue sous cette partie de la 
Bresse ; mais cette présomption a été formellement contre- 
dite par toutes les recherches qui devaient la confirmer , et 
elles ont démontré qu'il fallait trouver cette cause dans les 
conglomérats mêmes, puisqu'ils se montrent exclusivement 
à toutes les hauteurs. Cela étant , il reste à présenter une 
explication appuyée sur des faits assez positifs, pour mériter 
d'être vérifiée par quelques fouilles peu dispendieuses. 

Le charriage des matériaux qui ont comblé le grand lac 
qui couvrait notre pays dans la période tertiaire ; ne s'est pas 
constamment effectué sur des cailloux et des sables: mais, au 
milieu même de sa durée, il est survenu une modification 
générale en vertu de laquelle les cours d’eau ont amené des 
argiles , puis une immense quantité d'arbres , puis encore des 
argiles , et les cailloux n’ont reparu qj L'après. Il en est résulté 
un dépôt de bois fossile ou de lignite comprimé entre deux 


212 MÉMOIRE SUR LES SOURCES 

couches argileuses, système qui divise l’ensemble de la for- 
mation lacustre en deux parties à peu près égales ; quelquefois 
le lignite manquant , on ne découvre plus que l'argile. 

Ces faits s'observent très bien dans les vallées des avant- 
postes alpins , dans une grande partie du Bas-Dauphiné, du 
Bugey et de la Bresse , depuis la latitude de Vienne jusqu’à 
celle de Meximieux et probablement encore bien au-delà. 

Or , une couche de cette nature doit nécessairement arrêter 
une partie des eaux ; il en résulte qu’elles dessinent dans la 
région que nous venons d'indiquer une zône plus humide que 
le reste , établie à mi-hauteur de toutes les collines qui n’ont 
pas été assez profondément décapées par les courants di- 
luviens, pour que l'assise imperméable ait été enlevée. 

Pourquoi maintenant une cause aussi générale ne se serait- 
elle pas étendue jusque dans les parties les moins littorales et 
les moins encaissées du promontoire de la Bresse , en produi- 
sant sur l’étendue de Miribel à Montluel le niveau d’eau bien 
défini que l’on y observe ? Et si, dans des positions plus rap- 
prochées de Lyon, on n’observe point cette régularité , on 
peut supposer que les roches primordiales, encore saillantes 
alors, y formaient des passes , des anses et autres accidents 
de configuration littorale, dans lesquelles les flots et les re- 
mous empêchaient les dépôts des bois, des argiles et, en 
général , de toutes les matières que leur extrême division 
ou leur légèreté spécifique mettaient aux prises avec les 
courants. 


Résultats généraux. 


En résumant les faits concernant la distribution générale 
des eaux , on voit : 

1° Que leurs niveaux supérieurs , déterminés par les mo- 
lasses , par la couche imperméable de Miribel et par les 
roches primordiales du Sud de la Bresse, se trouvent égaux à 


DES ENVIRONS DE LYON. 243 
peu de chose près ; et cette coïncidence ; quoique fortuite , 
n’en est pas moins digne d’être prise en considération ; 

29 Que ces niveaux n’indiquent point pour les deux ver- 
sants Est et Ouest du promontoire de la Bresse des nappes 
bien arrêtées, mais seulement une perméabilité momenta- 
nément moins facile , puisque toute la partie des mêmes 
terrains inférieure au niveau d’eau est également imbibée ; 

30 Enfin rien ne justifie , quant à présent , l'existence d'un 
temps d'arrêt analogue pour les conglomérats de la partie 
Sud qui paraissent indifféremment aquifères sur toute leur 
hauteur. Si donc on voulait y établir un puits susceptible de 
fournir le maximum d’eau , il faudrait non pas s’arrèter aux 
premiers niveaux , mais déterminer d’abord le thalweg d’une 
des vallées souterraines, et y aboutir verticalement au travers 
de la plus grande épaisseur possible du conglomérat. 


Du reste, pour faire ressortir complètement les avantages 
et les inconvénients de cette structure souterraine , imaginons 
un moment que deux des axes de la roche primordiale imper- 
méable , pivotent de manière qu’au lieu de couper transver- 
salement le promontoire de la Bresse , ils viennent à flanquer 
l’un les rives du Rhône, l’autre celles de la Saône, ne lais- 
sant entr’eux une vallée dont le point d'origine se perdrait 
dans les parties reculées de la Dombes , et dont l'embouchure 
aboutirait à l'extrémité de la Croix-Rousse vers le Jardin-des- 
Plantes. 

Dans ce cas les eaux d'infiltration de tout le plateau ; au 
lieu de se distribuer sur les deux balmes en forme de filets 
clairsemés , arriveraient en masse vers la ville de Lyon. La 
cité se trouverait ainsi dotée d’une rivière assez puissante pour 
subvenir à tous ses besoins ; mais aussi ces balmes seraient 
frappées d’aridité : en un mot, la Providence aurait tout fait 
pour nous au détriment des Riverains. 


214 MÉMOIRE SUR LES SOURCES DES ENVIRONS DE LYON. 

Or, la structure du sol produit précisément l'effet inverse : 
des cloisons naturelles suffisamment espacées , une foule 
d'accidents intérieurs déterminent autant d’encaissements en 
vertu desquels les eaux divisées à l’infini portent l'industrie et 
la fertilité sur des surfaces considérables. Convient-il main- 
tenant de changer ce régime ? Quels seraient les moyens 
d'exécuter cette opération ? Ce sont là des questions dont la 
solution est réservée à d’autres. 


( La suite à une prochaine livraison. ) 


DÉFRICHEMENT DES BOIS. 


RÉPONSE 


À UNE LETTRE DE M. LE PRÉFET 


DU DÉPARTEMENT DE LA HAUTE-MARNE, 


PAR 


M, Moirot-Bonnet, 


MonsEuR LE PRÉFET , 


J'ai les plus justes raisons pour craindre de ne pouvoir ré- 
pondre d’une manière satisfaisante à la lettre que vous m'avez 
fait l'honneur de m'écrire le 15 novembre, et dont l’objet se 
rapporte à l'importante question du défrichement des bois. 
Les renseignements que vous avez Cru trouver vers moi se- 
raient plutôt du ressort de MM. les Agents des contributions 
directes , qui , par leurs fonctions , sont à portée de recueillir 
les données statistiques les plus exactes et les plus multipliées 


216 DÉFRICHEMENT 

sur les divers produits territoriaux du département. Toutefois 
je vais, M. le Préfet, essayer de répondre , autant qu'il sera 
en moi, au témoignage de confiance que vous avez bien voulu 
me donner. 

-_ Vous désirez que je vous fasse connaitre ,"pour le départe- 
ment que vous administrez , la comparaison , lerme moyen, 
entre le prix de location des terres arables des différentes 
classes et le prix de location, en cas de défrichement du sol, 
des bois de même qualité ? 

Afin d'accommoder cette question à ma facon particulière 
de l'envisager , et de l'amener au point de vue le plus simple 
possible , je me permettrai de l'exprimer sous une forme un 
peu différente de l'énoncé de votre lettre; ma réponse en 
sera plus facile, et partant plus précise et plus claire. 

Quelle est, dans la Haute-Marne , la proportion entre les 
produits des différentes classes du sol boisé considéré d’abord 
dans sa nature première , puis supposé transformé en terre 
arable ? En d’autres termes : Quel avantage trouverait-on à 
convertir en terrains cultivables des bois plantés sur des sols 
de différentes qualités ? 

Pour parvenir à résoudre cette question , je mettrai d’abord 
en parallèle deux fonds pris dans la meilleure partie de l’ar- 
rondissement de Langres, c’est-à-dire dans le Bassigny , pays 
à grande culture et dont on ne peut guère trouver l’analogue 
que dans les environs de Montiérender et de St-Dizier. 

Un ensemble de terres de toutes classes, dansle Bassigny, 
se loue généralement et de temps immémorial à raison d’une 
émine (moitié en blé et moitié en avoine * ) par trois Jour- 
naux * de terre, et un demi-journal de pré , ou une émine 
par 90 ares ; or l'émine représente , d'après les mercuriales 


1 L'émine équivaut à 1 hectolitre 45 litres de blé, et @ hectolitres 45 litres d'a- 
voine. 
2 Un journal : 25 ares 85 centiares. 


DES LOIS. 21 
des vingt ou vingt-cinq dernières années , une valeur moyenne 
et nette de 30 fr.; ainsi une étendue de 90 ares rapporte 
30 fr., ce qui donne 33 fr. pour le revenu de l’hectare. 

Tel est le fermage d'un hectare de terre avec un septième 
environ de pré ; mais en faisant une réduction proportion- 
nelle à l’excédant du produit des prés sur celui des terres 
cultivées ; on trouve que la somme de 30 fr. exprime le re- 
venu net d'un hectare de terre arable de qualité commune 
dans le Bassigny ; si l’on englobe dans l'enceinte de ce pays 
la localité un peu montueuse et de fertilité moyenne qui s'é- 
tend de Montigny jusqu'à la ville de Langres ; si l’on se ren- 
ferme dans la riche plaine connue plus particulièrement sous 
le nom de Bassigny , on devra porter l'évaluation précédente 
à 35cfr. 

Maintenant je chercherai quel peut être Le revenu moyen 
d’un hectare de bois dans la même contrée que je viens , en 
dernier lieu, de prendre pour le point de départ de mes ap- 
préciations. 

Rien n’est moins uniforme que le revenu des bois ; beau- 
coup de circonstances tendent à le faire varier pour une épo- 
que déterminée non seulement d'un lieu à un autre, mais 
dans le même lieu , d’une forêt à une autre forêt. Le produit 
permanent ou le revenu proprement dit des bois est d'autant 
plus élevé , que la période de l'aménagement est plus pro- 
longée ; que la réserve en futaies est plus importante ; que le 
mode de régie est plus favorable à la production en matière 
et plus conforme aux principes de l’art forestier ; mais j'évi- 
terai les cas d'exception pour ne m’arrêter qu'aux données les 
plus habituelles , et j'aurai spécialement en vue les bois de 
particuliers qui, d'ordinaire, s’exploitent à un âge moins 
avancé que les bois de l’état et des communes. 

Je supposerai un bois de 20 hectares aménagé en 20 cou- 
pes annuelles ;, et admettant ensuite que ce boïs soit convenar- 


.218 DÉFRICHEMENT 

blement peuplé de futaies , j'en évaluerai le produit brut 
moyen à 800 fr. sans avoir égard à la hausse probablement 
passagère qui s’est manifestée depuis un an ou deux dans le 
prix des bois ; après avoir retranché 100 fr. pour les frais de 
garde et pour les impôts, j'aurai un produit net de 700 fr., 
dont la répartition entre les 20 hectares donnera 35 fr. pour 
le revenu annuel de chaque hectare. 

Il suit de là que, dans la plaine du Bassigny prise en masse, 
il y a parité de revenu entre les terres et les bois ; dans des 
sols d'une qualité moyenne et commune. 

Si, sans sortir de la même circonscription, je choisis pour 
objets de comparaison des terrains de la première qualité , 
alors le rapport des produits change entièrement, la balance 
penche en faveur de la culture , surtout à raison de ce que la 
plupart des bois de ce pays sont situés dans des bas-fonds 
susceptibles de former non seulement d'excellentes terres, 
mais même des prés; l’hectare d'un pareil fonds défriché 
rapportera 100 fr. , tandis qu’en nature de bois le même hec- 
tare rendrait à peine 65 fr., comme le calcul suivant va l’'é- 
tablir. 

Un bois d'élite ou de première classe dans la plaine du 
Bassigny aussi bien aménagé que possible, tant en futaies 
qu’en taillis, ne peut rendre à l'âge de vingt ans plus de 1,400 
f. par hectare, produit brut, et 1,300 fr. produit net. De là 
un revenu annuel de 65 fr. par hectare , revenu fort inférieur 
à celui que donnerait le même fonds, s'il était exploité comme 
terre ou comme pré. Mais il est essentiel de faire observer 
que l'étendue des terrains de cette qualité est très restreinte, 
en sorte que, pour peu qu'on veuille donner de l'extension à 
cette première classe, on se rapprochera rapidement et pres- 
que sans transition du rapport d'égalité que j'ai signalé plus 
haut ; d'où je conclus que le défrichement des bois, même 
dans la fertile contrée du Bassigny , n’augmenterait la valeur 


DES BOIS: 219 
de la terre qu'autant que cette opération ne franchirait point 
la limite des fonds supérieurs à la qualité moyenne du pays, 
ou, ce qui est plus caractéristique, des fonds propres à être 
convertis en prairies naturelles. 

Quittant cette partie de l'arrondissement de Langres pour 
passer sur d’autres points moins favorisés sous le rapport du 
sol, je trouverai partout le revenu des forêts plus élevé que 
celui des terres. Dans ces contrées, les bois n’occupent gé- 
néralement que des fonds ou médiocres ou mauvais , dont la 
conversion en terre de labour serait dommageable à la fois 
pour l'intérêt particulier et pour l'intérêt général. 

J'ai posé tout à l’heure le terme extrême de la progression 
ascendante , en portant le revenu annuel de l’hectare à 100f. 
pour les terres et à 65 fr. pour les bois de la première classe. 
Je vais actuellement déterminer l'extrême opposé. 

Les terres de la commune d’Auberive , de même que celles 
de tout le canton dont cette commune est le chef-lieu, ne 
rapportent pas plus de 10 fr. par hectare ; d’un autre côté, 
les bois qui forment le principal produit de ce pays aride ne 
se vendent pas moins de 600 fr. l’hectare , toujours abstrac- 
tion faite de l'augmentation récente de leur valeur vénale. Et 
comme ces bois sont aménagés en moyenne à 25 ans, il en 
résulte que le revenu annuel de l’hectare s'élève à 24 fr. 

Dans la localité d’Auberive, le produit des bois est 
donc plus que double du produit des terres de qualité ordi- 
naire. 

Pour récapituler ces données, je les encadrerai dans le 
petit tableau ci-après , en intercalant entre la deuxième 
classe et la dernière une classe intermédiaire dont je porterai 
le revenu par hectare à 27 fr. pour les bois et à 20 fr. pour 
les terres. 


T. IS 10 


220 DÉFRICHEMENT 


TABLEAU COMPARATIF 
DU PRODUIT DES BOIS ET DES TERRES 
DANS LE DÉPARTEMENT DE LA HAUTE-MARNE. 


PRODUIT PAR HECTARE 
DES FONDS 


et, TYPES DES DIFFÉRENTS SOLS. 


EN NATURE EN NATURE 
DE BOIS. DE TERRE. 


CLASSEMENT DES SOLS. 


| 


Cette classe a pour type la meilleure qua- 
lité de fonds ,. dans la plaine du Bassignÿ, 
dans celle d’Éclavons, de Montiérender , 
Vassy, St-Dizier , etc, 


Are cuAssE. 


Cette classe a pour type la moyenne des 
fonds dans ces mêmes parties du départe- 
2e CLASSE. ment, ou le mélange de toutes les qualités de 
terres dans toutes les contrées ci-dessus dé- 
signées. 


Cette classe a pour type la moyenne des 
3e CLASSE. fonds dans les cantons de Prauthoy, Chà- 
teau-Villain , Suzenccouft , etc. 


Cétte classe a pour type la moyenne des 
fonds dans les parties montucuses et à sol 
maigre , telles que les cantons d’Auberive, 
Arc-en-Barrois , Vignory , Nogent, etc. 


A CLASSE. 


Les conséquences, qui mé paraissent découler naturelle- 
ment des chiffres consignés au tableau ci-dessus sont , 
SaVOIr : 

Que dans le département de la Haute-Marne , et je crois 
pouvorr dire dans tous les départements où le sol forestier & 
de l'importance , le défrichement des bois ne pourrait procu- 
tet une augmentation de revenu foncier ; qu'autant qué cette 
opération serait rigoureusement limitée à la première classe 
de terrain ; 


DES BOIS. D941 

Que dans les sols de deuxième classe on ne trouverait au- 
eun bénéfice à mettre des bois en culture ; 

Que dans les sols de troisième et quatrième classe, le dé- 
frichement amoindrirait la rente de la propriété suivant une 
proportion d’autant plus décroissante que la qualité du sol 
serait plus inférieure. 

On ne trouverait donc du profit à convertir des bois en 
terres arables que dans quelques localités pour ainsi dire pri- 
vilégiées ; partout ailleurs , on rencontrerait l'alternative ou 
de n'avoir rien à gagner ou d’avoir beaucoup à perdre. 

Ici j'aborderai la question de savoir si l'intérêt particulier 
saura, dans tous les cas, apprécier les avantages ou les incon- 
vénients qui peuvent être la suite prochaine ou éloignée de la 
transformation d'un fonds boisé ; peut-on , sur un point d’éco- 
nomie publique aussi grave, se confier en toute sécurité au 
discernement et à la prudence des propriétaires de bois ? 

Nul doute que beaucoup de ces propriétaires , notamment 
ceux à modiques revenus , ne se laissent séduire par un double 
appat : 1° celui de réaliser instantanément le capital super- 
ficiel qui occupe le sol défrichable ; 2° celui de recueillir pen- 
dant quelques années une rente sur-éleyée, mais qui doit 
fléchir à mesure de l'épuisement du sol, et présenter une 
forte réduction après une période de huit à dix ans. 

Il s'ensuit que le défrichement des bois serait désastreux , 
s'il n’était soumis à de sévères restrictions. Une loi prohibi- 
tive est donc indispensable pour protéger l'intérêt public con- 
tre les fausses combinaisons de l'intérêt particulier , et je me 
hâte d'ajouter ; pour prémunir ce dernier intérêt contre ses 
propres entrainements. 

Une semblable loi serait-elle en opposition avec le droit de 
propriété ? Il est difficile de le penser; car si ce droit, poussé 
jusqu’à ses dernières limites, comporte virtuellement la fa- 
culté d’user et d'abuser , l'exercice de cette faculté ne doit-il 


222 DÉFRICHEMENT 
pas s'arrêter là où ses effets commencent à devenir nuisibles 
au bien public ? 

Une remarque encore qui n'est pas sans quelque impor- 
tance, c’est qu'en général moins le sol d’un pays est fertile , 
plus ce pays renferme de forêts ; tandis qu’au contraire plus 
le sol est fécond , moins on y trouve de propriétés de ce genre. 
Ainsi, les bois abondent dans les contrées où l'intérêt privé 
est d'accord avec l'intérêt public pour repousser leur défri- 
chement, et par opposition , ils sont rares dans les lieux où 
ce défrichement serait profitable à l’intérèt privé , sans cesser 
pour cela d’être contraire au bien du pays; je dis contraire 
au bien du pays, parce que, dans les localités de cette dernière 
catégorie, les ressources en matière ligneuse n'étant déjà plus 
en équilibre avec les besoins , une nouvelle atteinte portée au 
sol forestier pourrait avoir les suites les plus déplorables. 

Une induction à tirer du rapprochement précédent, c’est 
que l’on agirait au rebours des indications tirées des faits, si 
Fon proclamait la permission de défricher comme règle et la 
défense comme exception; l'état réel des choses commande 
de procéder d’une manière diamétralement opposée. 

Toutefois pour faire une large concession à l'opinion qui 
provoque la liberté du défrichement ; je supposerai que l’in- 
térêt privé ne se méprendra jamais sur la question de savoir 
s’il doit gagner ou perdre à détruire un bois ; dans cette hy- 
pothèse, la nécessité d’une loi restrictive ne m'en paraîtra 
pas moins évidente. Une éventualité très réalisable est celle 
d'un abaissement du prix des bois par suite d’une modifica- 
tion dans le tarif d'entrée des fers étrangers ; quelle consé- 
quence doit en surgir immédiatement ? Aussitôt la deuxième 
classe de bois s’assimilera à la première en offrant comme 
celle-ci, mais à un moindre degré, un excédant de revenu 
_ des terres sur les bois; le défrichement s’étendra donc sur 
cette deuxième classe et avec d’autant plus de rapidité, qu’elle 


DES BOIS. 2923 
ne se compose que de sols très propres à la culture. La 
destruction atteindra de cette sorte tous les bois des plaines 
et des pentes douces, pour ne s'arrêter qu'au pied des fortes 
déclivités et des plateaux pauvres en terre végétale qui se re- 
fusent à toute autre production qu'à celle du bois. 

Au reste, cette supposition d'une influence défavorable-à 
la valeur vénale des bois n’est point nécessaire pour faire 
comprendre combien il importe d’opposer une forte barrière 
à leur défrichement. Aucune nature de propriété n'exige plus 
que celle-là d’être gouvernée d’une manière rationnelle et 
dans un but d'avenir ou plutôt de perpétuité. C’est unique- 
ment, en effet, de l'application éclairée et soutenue de tel où 
tel régime que dépend le plus ou le moins d'importance des 
produits forestiers. Entre un bois soumis à un système rai- 
sonné de conservation et de prévoyance, et un bois régi par 
la routine et dans les vues rétrécies d’un intérèt momentané, 
la rente du fonds peut présenter une différence du double au 
simple et peut-être une atténuation encore plus marquée. 
Conséquemment , moins le sort de la propriété forestière aura 
de fixité, plus ses produits s’affaibliront, et plus la destruction 
des bois deviendra imminente. 

C’est ainsi que l’on verrait disparaitre sans retour les meil- 
leurs bois particuliers; ceux qui concourent avec les forêts 
royales à alimenter en beaux chênes nos arsenaux de marine, 
qui fournissent les arbres de la charpente civile ; ceux dont 
on tire du sciage ; ceux que l’on convertit en merrain , ctc. ; 
les bois particuliers , en un mot, qui constituent une des prin- 
cipales branches de la richesse publique. 

En résumé, d’après la situation actuelle de la propriété 
forestière comparée à la propriété agricole , il est évident que 
le défrichement des bois particuliers ne pourrait favoriser 
que des intérêts individuels peu nombreux et n'oflrant qu'une 
importance secondaire ; tandis que ce résultat serait tonjours 


224 DÉFRICHEMENT DES BOIS. 

acquis au prix d'un grave dommage pour l'intérêt général, ou 
du moins pour l'intérêt de localité. D'un autre côté , il est 
manifeste que cette mesure ne se recommande que comme 
moyen d'accroître la rente du sol dans de certaines condi- 
tions données; et que, sous ce point de vue, si elle offre 
quelques avantages isolés et très circonscrits , elle a l'immense 
inconvénient de menacer incessamment l'existence des bois 
particuliers, surtout dans ce que cette classe de fonds pré- 
sente de plus frécieux pour la société. 


SUPPLÉMENT 


À LA RÉPONSE FAITE A M. LE PRÉFET 
DE LA HAUTE- MARNE, 


PAR M. NOIROT-BONNET. 


Res 


J'ai émis dans le cours de cette réponse deux assertions 
qui, à raison de leur importance ; me semblent réclamer une 
démonstration toute spéciale. Je vais essayer de la présenter 
avec la clarté que peuvent comporter, d’une part, la concision 
commandée par les bornes de ce petit écrit, et de l’autre, 
la nature un peu abstraite des détails dans lesquels je dois 
entrer. 

J'ai avancé 1° que beaucoup de propriétaires de bois se- 
raient enclins à profiter du défrichement ; 2° que cette opé- 
rauon , en favorisant quelquefois l'intérêt privé , préjudicie- 
rait constamment au bien général , ou au moins local, Ces 
deux propositions sont d’un trop grand poids dans la solution 
de la question, pour que je néglige de les étayer de preuves 
concluantes ; ces preuves , je les chercherai dans des faits po- 
sitifs et des calculs rigoureux. 

De nombreuses estimations de bois, exécutées méthodi- 
quement , m'ont appris qu'une forêt de 100 hectares ; amé- 
nagée à 30 ans (divisée en 30 coupes ); située sur un 


sol de qualité moyenne , administrée depuis une longue pé- 


226 DÉFRICHEMENT 
riode d’après des principes de bonne conservation, et dont 
le revenu annuel serait, par exemple , de 3,000 fr., pré- 
senterait la composition suivante : 
La valeur du sol (estimée au taux de 3 p. 100), 

SF de rer EN NE NN 3000 
La valeur du taillis émmobilisé , serait de. . 20,000 
Enfin, la valeur de la futaie 2mmobilisée , se- 


TANT et ee PRE URL se PEU 50,000 
Mol AE EE is 0 "TOULON 


Une forêt aménagée à 30 ans, bien conduite depuis lon- 
gues années et de manière à fournir constamment un revenu 
de 3,000 fr. (le prix du bois étant supposé invariable) , 
offrirait entre ses éléments constitutifs la proportion que je 
viens d'indiquer. Tel serait son état perpétuel, celui qu’elle 
affecterait régulièrement après l'abattage de chaque coupe 
successive ou le prélèvement de chaque récolte. Cette forêt, 
produisant un revenu annuel et uniforme de 3,000 fr. , re- 
présenterait, au taux de 3 p. 100 , une valeur capitale immo- 
bilière de 100,000 fr. : 

Ce dernier chiffre se décompose en deux parties tout-à-fait 
dissemblables : 

1° Un capital de 30,000 fr. qui représente le sol et qui , 


7 Fout d’abord on comprend que ces chiffres doivent varier comme la consistance 
particulière des forêts, el que les valeurs qu’ils expriment dépendent de la période 
de aménagement, de la richesse ou de la médiocrité du sol ; de l'importance ou de 
l’'exiguilé des produits tant taillis que futaies, ete. Toutefois, ces varialions sont 
indifférentes quant à la question que je traite : ce que j’ai dû montrer, c’est que dans 
une forêt aménagée , sous quelque forme que ce soit, il existe une superficie qui 
survit à toutes les exploitations ordinaires , qui forme un capital permanent, un fonds 
persistant de réserve , lequel concourt avec le sol à la composition de l’immeuble in- 
l'gral; cette superficie est toujours uniforme, bien que renouvelée entièrement dans le 
cours de chaque révolution des coupes ; c’est une portion constituante de l’immeuble 
qu ne peul éprouver aucune altération, sans que cet immeuble n’en soit affecté dans 


sa valeur capitale el par conséquent dans son revenu, 


DES BOIS. 227 
comme capital essentiellement immobilier , rapporte à 3 p. 
TO0'u PE TENTE PT INSEE ARS 5 D 111 200 900 f. 

29 Un capital de 70,000 fr. qui représente la 
valeur totale de la superficie immobilisée ou fixée 
sur le sol; ce capital, tant qu’il formera partie 
intégrante de la propriété, donnera un revenu 
immobilier (4°3p: 100 de. 2 .7:,201092,700 

or 20550 POURT 7 NEEeU0 

Le premier de ces capitaux, je l'appelle capital foncier ; il 
est la représentation du sol nu , et malgré toutes les trans- 
formations de ce sol, il reste toujours capital immobilier. 

Le second, je l'appelle capital superficiel ; il est naturel- 
lement immobilier ; mais en le détachant du sol qui forme sa 
base , on le convertit en capital mobilier ou pécuniaire. 

Ce second capital est additionnel à la propriété primitive ; 
c'est une création due à l'aménagement. En effet, un calcul 
facile prouve que si la forêt dont il est question se trouvait 
actuellement dépouillée de toute superficie, son revenu , à 
partir de ce moment, au lieu de 3,000 fr. ne serait plus que 
de 900 fr. ; il est certain d’ailleurs qu’une fois privée de sa 
superficie permanente , elle n'offrirait plus qu'une valeur 
foncière de 30,000 fr., et que pour ramener cette propriété 
à la valeur capitale de 100,000 f., et par suite au revenu de 
3,000 fr.:, il faudrait, au moyen de l’aménagement , re- 


1: Ce n’est point du sol uniquement que provient le revenu de la forêt ; celte propo- 
silion, non moins vraie que singulière , peut se démontrer ainsi : J'ai posé en fait que 
l’immeuble rapporte 3,000 fr. , et j’en ai conclu qu’à 3 p. 0,0 sa valeur capitale est de 
100,000 fr.; or, cette valeur comprend évidemment celle du fonds et celle de la su- 
perficie. Si le fonds seul donnait le revenu de 3,000 fr. , seul aussi il vaudrait 
100,000 fr. , et alors La partie serait égale au tout , ce qui est contraire aux notions 
du bon sens. Le sol ne fournit donc pas à lui seul le revenu de 3,000 fr., il n’en 
rapporte qu'une partie. D'où provient l’autre partie? de ce massif superficiel qui est 
relativement au fonds, ce qu'une agglomération d'intérêts épargnés est relativement 
au capital qui en est la source ; cette agglomération forme un second capital accessoire 
du premier, et, comme celui-ci, productif d'intérèts. 


2928 DÉFRICHEMENT 
créer sur le sol une production permanente de 70,000 fr. , 
qui serait l’œuvre de deux puissances : l’art et le temps. 

Il est donc bien convenu que la valeur capitale et le re- 
venu de la forêt que j'ai prise pour type se partagent comme 
il suit : 

Capital foncier , 30,000 f. donnant un revenu de  900f. 
Capital superficiel, 70,000 donnant un revenu de 2,100 


Totaux, 100,000 3,000 

Cela posé , il me devient facile d'apprécier d’une manière 
exacte les effets du défrichement des bois. J’examinerai ces 
effets dans trois hypothèses, qui me paraissent embrasser 
l’universalité des cas que l’on peut concevoir. 

Dans la première de ces hypothèses , je supposerai que le 
sol de la forêt appartient à la première de mes classes, dans 
laquelle se rangent les fonds susceptibles de donner en cé- 
réales ou en prairies des produits beaucoup plas importants 
qu’en bois. 

Dans la deuxième , je supposerai un sol de seconde qualité 
ou de nature à donner autant de revenu en bois qu’en terre. 

Enfin, dans la troisième , je supposerai un sol de troisième 
ou de quatrième classe beaucoup mieux approprié à la pro- 
duction forestière qu’à toute autre ; cette classification des sols 
se résume par ces trois mots : excellent , bon, mauvais. 


Ainsi , une vérité aussi cerlaine que peu connue , c’est que, dans toul bois aménagé, 
il y a deux immeubles superposés l’un à l’autre : Le sol, puis la superficie permanente; 
chacun de ces’éléments contribue dans la proportion de sa valeur propre à la forma- 
tion du revenu. Ce phénomène de récoltes , qui s’agglomèrent à la manière des intérêts 
composés , est tout-à-fait particulier à la production foreslière. C’est de cette propriété 
dont jouissent les bois de se prêter à l'accumulation que dérive l'explication de ces 
faits bien connus : que les forêts ne s’améliorent que dans les mains de l'État , des 
communes el des riches particuliers ; qu’elles s’altèrent plus on moins dans les mains 
des propriélaires à revenus bornés , et qu'elles périssent tôt on lard dans celles des 
propriétaires nécessileux ou des spéculateurs qui demandent à leurs capitaux un inté- 
rêt exagéré. 


DES BOIS. 229 
L'e HYPOTHÈSE. 


J'admets que le fonds de bois est d'excellente qualité , et 
qu'il pourra rendre, après sa conversion en terre arable , le 
double du revenu qu'il offre dans son état actuel. 

Puisque ce sol doit rapporter, après le défrichement, le dou- 
ble de ce qu'il rapportait avant cette transmutation, son re- 
venu de 900 fr. s’élèvera à 1,800 fr., et sa valeur capitale , 
toujours proportionnée au revenu , sera également doublée ; 
elle s’élèvera à 60,000 fr. 

Lors donc que le défrichement sera consommé, le proprié- 
taire aura : 
1° Un immeuble de f. 60,000 productif d’un revenu (à 3 

p- 100 ) de f. 1,800 

2° Un capital mobilier de 70,000 productif d’un inté- 
rêt ( à 5 p.100) de 3,500 
Totaux , 130,000 fr. fr. 5,300 


Le défrichement a donc pour effet : 1° de convertir le 
fonds de bois qui valait 30,000 fr. en un fonds de terre qui 
vaut 60,000 fr. ; 2° de convertir un capital superficiel de 
70,000 fr. en un capital pécuniaire de valeur identique : la 
résultante de ces deux effets estun accroissement de 30,000f. 
dans le capital et de 2,300 fr. dans le revenu du pro- 
priétaire. 

Voilà bien le profit que le particulier doit retirer de la 
destruction de son bois ; voyons maintenant ce que la société 
peut y gagner à son tour; mais, avant d'aller plus loin ; rap- 
pélons quelques principes d'économie politique aussi simples 
que peu contestables. 

Les produits directs du sol sont la première source des ri- 
chesses ; augmenter ces produits par des moyens artificiels , 
c'est opérer une création véritable , c'est donner naissance à 


230 DÉFRICHEMENT 

une valeur qui n'existait pas, c’est, en un mot , ajouter à la 
richesse publique. Ainsi fait celui qui plante un bois sur un 
sol inculte , celui qui établit une manufacture , celui qui dé- 
couvre une mine , etc. Ces producteurs créent des capitaux , 
des revenus et par conséquent des richesses ; celui qui, au 
contraire, anéantirait ces choses ou autres semblables dé- 
truirait des capitaux , tarirait des sources de revenus ; il atta- 
querait la richesse publique , il porterait atteinte à la prospé- 
rité générale. 

Après avoir retracé ces vérités usuelles , je ferai remarquer 
que le défrichement que je considère ici a pour résultat de 
transformer un immeuble de 100,000 fr. en un autre im- 
meuble de 60,000 fr. ; ce qui revient à dire que cette con- 
version à détruit sans retour, a retranché de la masse des 
richesses territoriales un capital de 40,000 fr. 

Ainsi ce sol , qui présentait annuellement une production 
en nature de bois de la valeur de 3,000 fr., n'offrira plus, 
en une autre espèce de fruits naturels , qu’une production de 
la valeur de 1,800 fr.; de là une perte manifeste pour la 
société. 

Ce même sol présentait à l’action des impots , à celle des 
tarifs pour droits de mutations, transmissions de biens, etc., 
une base immobilière de 100,000 fr. Désormais cette base 
sera restreinte à 60,000 fr:; de là une perte pour le trésor et 
par conséquent encore pour la société. 

Ces pertes seraient-elles balancées ou, pour le moins, atté- 
nuées par l’augmentation du capital du propriétaire ? Nulle- 
ment; car malgré la bonification du capital foncier , la so- 
ciété, qui n’a plus qu'un immeuble de 60,000 fr. au lieu 
d'un immeuble de 100,000 fr., est nécessairement en perte 
de 40,000 fr. — Que lui importe le capital pécuniaire de 
70,000 fr. provenant de la transformation de la superficie 
permanente ? Cette valeur n'est point une création résultant 


DES BOIS. 231 
du défrichement ; elle était toute constituée avant l'opération ; 
elle a seulement pris une autre apparence ; conséquemment 
si d’un côté on a opéré une création immobilière de 30,000f., 
de l’autre on a opéré une destruction immobilière de 70,000 f. 
— La différence de 40,000 fr. est tout entière soustraite à la 
masse des richesses générales *. 


Ile HYPOTHÈSE. 


Je supposerai ici que le revenu du sol n’éprouvera ni aug- 
mentation, ni diminution par suite du défrichement. Le ca- 
pital foncier demeurera donc stationnaire, en sorte qu'après 
l'opération le propriétaire aura : 
1° Un immeuble def. 30,000 productif d’un revenu (à 3 

p- 100) de f. 900 
2° Un capital mobilier de 70,000 productif d'un inté- 
rêt(à 5 p.100)de 3,500 


Totaux, 100,000 fr. fr. 4,400 


La fortune capitale du propriétaire n’a point varié ; et ce- 
pendant son revenu se trouve porté de 3,000 fr. à 4,400 fr. 
ou augmenté de près de moitié. Le défrichement lui a donc 
été profitable, bien que son capital n’ait pas éprouvé le plus 
léger accroissement, et que sa fortune ne présente aucune 
amélioration. 


* La richesse générale se compose de deux classes de biens essentiellement dis- 
tinctes : la classe des biens réels, et celle des biens fictifs ou la chose elle-même, etle 
signe conventionnel qui la représente. La conversion d’un immeuble forêt en argent 
diminue nécessairement la masse des richesses réelles , de toute la valeur de cet im- 
meuble , et sans accroitre en aucune sorte la masse des biens fictifs; en eflet, le ca- 
pital pécuniaire qu’enquiert la transformation pré-existait à la transformation. On voit 
un déplacement de capital ; mais on ne voit point de créalion qui puisse compenser 

da perte que fail éprouver à la société l’anéantissement du fonds productif. La richesse 
générale s’augmente, sans doute, de tous Les capitaux pécuniaires qui naissent de l’é- 
Pargne ; mais comment s’augmenterait-elle par la simple translation d’un capital d’une 
main dans une autre main ? 


292 DÉFRICHEMENT 

Ce n'est point effectivement une amélioration qu'un ac- 
croissement de revenu qui n’est que la suite d’une simple 
modification imposée à une partie du capital. Évidemment le 
propriétaire n’est pas plus riche , depuis qu'il a dénaturé une 
partie de sa fortune ; et la preuve, c’est que, s’il voulait pour 
consolider son capital de 70,000 fr. le reconstituer immo- 
bilièrement, il ne retrouverait que le revenu de 2,100 fr. 
(à 3 p.100) qu'il en obtenait précédemment. Le sur-intérêt 
qu'il s’est procuré par la conversion n’est qu'une prime pour 
les chances de perte auxquelles sont exposées les valeurs mo- 
bilières ; ce n’est certainement pas une addition à la fortune 
de ce propriétaire. 

Ainsi, dans ce cas particulier de défrichement , on ne voit 
aucune augmentation de richesse privée ; mais on apercoit 
très clairement une soustraction de 70,000 fr. faite sur la 
richesse publique par suite de la transformation d’un im- 


saeuble de 100,000 fr. en un immeuble de 30,000 fr. 
IIIe HYPOTHÈSE. 


Dans le cas présent , nous supposons que le sol , quoique 
très convenable pour la culture des bois, est peu propre à 
être converti en terres. Sous cette dernière forme , il ne don- 
nera, par exemple, que la moitié de son revenu antérieur. 
En d’autres termes, au lieu de rapporter 900 fr. , il ne ren- 
dra que 450 fr. ; ce qui réduit d’autant sa valeur capitale , 
laquelle descendra de cette sorte de 30,000 fr. à 15,000 fr. 

Après le défrichement le propriétaire aura donc: | 
1° Un immeuble de _f. 15,000 productif d’un revenu (à 3 

p-100) de f. 450 

29 Un capital mobilier de 70,000 productif d’un inté- 
rêt(à 5p.100)de 3,500 
Totaux , 85,000 fr. fr. 3,950 
Cette fois , la position du propriétaire est déchue ; il s’est 


DES BOIS. 233 
assuré , à la vérité, une augmentation de revenu de 950 fr. ; 
mais son capital est frappé d’une réduction de 15,000 fr., et 
ce capital est la vraie mesure de sa fortune. L'excédant de 
revenu qu'il s’est préparé n’est point un élément de richesse ; 
ce n’est peut-être, au contraire, qu’une concession à la néces- 
sité. Quand on ne peut étendre sa fortune, on subvient au 
besoin à l'aide de la conversion d'immeubles en capitaux 
mobiliers ; personne assurément ne pense que ce soit là s’en- 
richir. 

Le propriétaire a donc amoindri sa fortune de 15,000 fr., 
et il a en même temps diminué de 85,000 fr. le fond des 
richesses générales en réduisant un immeuble de 100,000 f. 
à un immeuble de 15,000 fr. 

On pourrait assez justement assimiler cette transformation 
à celle que réaliserait le propriétaire d'une métairie valant 

100,000 fr. qui aliénerait pour 85,000 fr. la couche entière 
du sol végétal sur les cinq sixièmes de sa propriété ; ce terrain 
voué à une stérilité absolue aurait perdu toute valeur ; mais 
le propriétaire qui , d’une part, se serait procuré 85,000 fr., 
et , de l’autre, aurait conservé un immeuble de 15,000 fr., 
n’éprouverait aucune diminution de fortune. La perte occa- 
sionée par la destruction d’un fragment du sol frapperait 
exclusivement la société. 

Un fait qui mérite d’être observé, c’est qu'alors même que 
le propriétaire de bois cause un aussi grand dommage à la 
chose publique et fait une brèche aussi marquée à sa propre 
fortune , il ajoute à son aisance par un accroissement de re- 
venu ; or , il peut arriver de ces deux choses l'une, ou qu'il 

_n’apercoive pas la perte, parce qu’il n'appréciera sa situation 
que sur son revenu , ou qu'apercevant à la fois les deux résul- 
tats opposés , 1l ne craigne point d'accepter l'un pour jouir 
du bénéfice de l’autre ; en effet , le gain est certain et immé- 
diat, tandis que lespréjudice est éventuel et plus ou moins 


934 DÉFRICHEMENT 
éloigné ; il ne se ferait sentir qu'autant que le propriétaire 
voudrait aliéner son immeuble. 

Les développements qui précédent me semblent autoriser 
les conclusions suivantes : 


Comme on ne peut guère imaginer de situation où le pro- 
priétaire d’un bois ne trouve quelques profits dans les effets 
du défrichement , il est indubitable que toujours il éprouvera 
une certaine propension à recueillir ces profits. Dans la com- 
binaison la moins avantageuse possible , tout en altérant son 
capital , il accroiïtra encore son aisance. Le propriétaire riche 
rejettera bien loin , sans doute , l'idée de la conversion ; mais 
elle sourira à son successeur qui ne se trouvera plus dans la 
mème position de fortune , ou qui aura le goût des spécula- 
tions. La tolérance du défrichement des bois établirait donc 
une lutte incessante entre l'intérêt privé et l'intérêt général, 
état de choses d’autant plus fâcheux, que, quand même cette 
opération s’accomplirait tout entière dans les conditions de 
succès les plus utiles, elle n’emporterait pas moins une at- 
teinte funeste à la richesse publique , en détruisant dans les 
superficies permanentes de véritables propriétés immobilières 
que rien ne remplacerait. 


Il n'est donc aucun cas, pourrait-on me demander, où le 
défrichement des bois soit conforme à l'intérêt général ? Je 
répondrai que dans l’état prospère de nos forêts , état qui est 
dû à la haute valeur de leurs produits , il me serait peut-être 
difficile de signaler un cas semblable ; mais s’il m'est permis 
d'imaginer une situation toute différente , je trouverai bientôt 
un exemple à citer. 

Si je suppose qu'une baisse de moitié ait lieu dans le 
prix des bois , alors la forêt , à laquelle j'ai jusqu'ici 
attribué une valeur de 100,000 fr., ne vaudra plus que 
moitié , Savoir : 


DES BOIS. DES 
Bolt inmeébter : ései5, 000 fr, 
Superficie: +4 ..»:4h 35,000 


To EN ESA 0 000 


Si le défrichement doit donner au fonds une valeur de 


60,000 fr. , ainsi que cela peut arriver dans un sol excellent, 
il y aura alors un gain de 10,000 fr. pour la société et de 
45,000 fr. pour le particulier. 

IL suit de là que le défrichement d’un bois ne diminuc 
point la richesse générale, quand il crée un immeuble-terre 
ou autre d’une valeur au moins égale à celle de l’immeuble- 
forét * ; mais il faut bien remarquer qu’un immeuble-forêt 
ne consiste pas seulement dans le sol comme on le croit 
communément , mais encore dans la superficie qui est im- 
mobilisée sur ce sol , ou qui peut l'être par l'effet d'un amé- 

sagement bien ordonné. Dans la forêt dont il est question, le 
sol n’est que la moindre partie de l’immeuble ; ce sol ne vaut 
que 30,000 fr. ; l'immeuble total vaut 100,000 fr. , et ne 
peut être compensé que par un nouvel immeuble de 
100,000 fr. 

Ce n’est même, je crois , que sur cette seule considération 
de l'égalité de valeur entre l'immeuble à détruire et l’im- 
meuble à créer , que l’on pourrait fonder une règle générale 


1 En d’autres termes : Quand il donne au sol une mieux-value pour le moins égale 
à la valeur de la superficie détruite. 

Dès lors, il est facile de voir combien peu de terrains peuvent salisfaire à cette 
condition. Je vais reprendre mes classes dans un ordre inverse. 

Les bois de quatrième et de troisième classes ne sont point défrichables , puisque 
loin de recevoir une mieux-value , le sol subirait une réduction de valeur. 

Les bois de deuxième classe ne sont pas défrichables non plus, puisque le sol n’en 
‘éprouverail aucun accroissement de valeur. 

Les bois de première classe seuls peuvent donc être utilement défrichés; toutefois 
ce n’est que lorsque la mieux-value probable doit être équivalente, au moins, à la va- 
leur des produits superficiels immobilisés. Or, ces produits sont ou peuvent étre d’au- 
tant plus riches que le sol est de meilleure qualité ; en sorte que cette équivalence ne 
doit se rencontrer que danses cas tout-à-fait exceptionnels. 

PI 16 


236 DÉFRICHEMENT DES BOIS. 

en matière de défrichement : viendraient ensuite les excep- 
tions. Un bois est1l indispensable pour assurer le chauffage 
d'une localité ? point de défrichement. Un autre est-il situé 
sur le penchant d'un côteau rapide ou sur la crête d'une 
montagne ? point de défrichement. Un troisième donne-til 
naissance à un cours d'eau qui féconde une vallée? point 
encore de défrichement; puis enfin l'exception qui domine 
toutes les autres et que la plus haute science peut seule 
apprécier , celle tirée de l'utilité des forêts sous le rapport 
des influences météorologiques. 


MANUEL 
DU VIGNES 


PAR 


M. DUPUITS DE MACONEX, 


MEMBRE DE LA SOCIÉTÉ ROYALE D'AGRICULTURE DE LYON , 
ANCIEX ÉLÈVE DE L'ÉCOLE POLYTECHNIQUE. 


E 


( SUITE. ) 


LL EEE AE TEE CE RE DE DR EE REC EEE De CEE ee TEE 
LLLTELLLIILELLETETILTITTELITILELIETILIELEEITELIEEELTEI T2000000 


PLANTATION DE LA VIGNE , 


Conduite les premières années ; espacement des souches , 
vignes pleines , joalles ou joualles, hautains , 
vignes hautes , vignes basses. 


J'ai parlé précédemment de la préparation du terrain et de 
la profondeur à laquelle devaient être plantées les souches 
suivant le climat, la position et la nature du sol. Je vais 
maintenant traiter de la plantation proprement dite. 

On emploie des boutures (crossettes, chapons) ou des 
plants enracinés (chevelus , barbus). 

Les plants enracinés reprennent plus facilement , se met- 
tent plutôt à fruit et seraient par conséquent plus avantageux 


238 MANUEL 

à planter , s’il était aussi facile de s’en procurer que des bou- 
tures. Ils sont de deux espèces, les marcottes ou les boutures. 
Les plants, provenant de marcottes faites sur des souches 
jeunes et vigoureuses , se mettent plutôt à fruit que ceux de 
boutures levés au bout d’un an. 

La différence du prix entre les boutures et les plants enra- 
cinés , et la facilité avec laquelle les premières prennent ra- 
cine , sont telles, que l'on peut établir en principe que la 
manière la plus économique de planter est avec les bou- 
tures. 

Elles seront choisies sur des souches saines et Jeunes , par- 
mi les sarments les plus beaux et les plus sains , et plantées 
immédiatement, ou liées en bottes et enterrées à 10 ou 12 
pouces de profondeur dans un sol frais à l’exposition du Nord, 
ou placées debout dans l’eau d’une marre à 4 ou 5 pouces, 
jusqu'au moment de la plantation. 

Je recommande de mettre les boutures à l'exposition du 
Nord , afin que leur végétation en soit retardée ; car s’il en 
était autrement, au moment de la plantation elles éprouve- 
raient un temps d'arrêt qui pourrait les dessécher et com- 
promettre leur existence. Les boutures , dont l'extrémité 
trempe dans l’eau , ne se plantent ordinairement que lorsque 
la sève commence à monter, parce qu’alors il s’est formé à 
leur partie inférieure des mamelons qui sont la naissance des 
radicules et qui les disposent à une reprise assurée. 

Les plantations faites l’automne avec des plants enracinés 
sont supérieures à celles du printemps dans les sols sains et 
légers. Je crois qu’il en est de même pour les boutures , quoi- 
que cependant Je n'ose l’aflirmer ; puisque je n’ai fait aucune 
observation comparative. Mais ce que je puis donner comme 
certain , c’est que j'ai remarqué que les boutures qui donnaient 
du raisin, dès la seconde année, étaient plus nombreuses dans 
les rares plantations que j'ai faites l'automne. Mais alors je 


DU VIGNERON. 239 
crois qu'il conviendrait de ne tailler le sarment à la lon- 
gueur que je détermine plus bas que sur la fin de l'hiver. 

Lorsque l’on a le grand avantage d’avoir sur les lieux mé- 
mes des pépinières , je recommande de faire arracher les 
plants avec soin et avec le plus grand nombre de racines, et 
surtout sur le moment de la plantation , pour les confier à la 
terre immédiatement. Cette recommandation sera appréciée 
principalement pour les plants précieux destinés à alimenter 
les marchés des grandes villes. Il m'est arrivé souvent avec 
de pareilles attentions d'obtenir, l'année même, des sarments 
de 10 à 12 pieds avec production de fruit, et à la seconde 
année une grande abondance de raisins. 

Je ne parlerai pas ici de la plantation des vignes venues 
de semis, non seulement parce que je n'ai jamais employé 
ce moyen sur une grande échelle , mais encore parce que les 
semis ne peuvent être utiles que pour se procurer des variétés 
rares et précieuses ; puisque la vigne ne se met à fruit que 
beaucoup plus tard, et que l’on ne peut se flatter d'obtenir 
invariablement des plants participant des bonnes qualités de 
ceux que l’on aurait voulu propager. 

Il existe quatre manières principales de planter, qui ont 
chacune des avantages particuliers : 

1° En faisant le défoncement. Les plants sont placés au 
fond du fossé, couchés dans toute la largeur , si la longueur 
du sarment le permet * ; et avant d’abattre la terre du, fossé 


1 Lorsque le bois de l’année est bien mûr, bien aoûté , ainsi que cela arrive à la 
suite des automnes chaudes et sèches , les gemmes sont susceptibles de végéter avec 
vigueur et de donner du fruit jusque vers l’extrémité du sarment ; mais il en est diflé- 
remment à la suite d’une automne douce et humide , ou seulement humide. Les gem- 
mes des extrémités sont alors rarement susceptibles de donner de bons résultats , et ils 
sont plus facilement détruits par les gelées. Cependant, si l’on considère que la masse 
des racines qui se forment sur le sarment dans une jeune plantation est en raison du 
nombre des nœuds où gemmes enterrés , el que par conséquent la sûreté de la re- 
prise, la vigueur du plant et la hâtiveté de la production sont en raison de ce nombre . 


240 MANUEL 

suivant , il sera choisi la meilleure , et les gazons qui se trou- 
vent à sa surface pour les placer sur Le plant. Si le sol était 
maigre , on y ajouterait des engrais ; mais quelles que soient 
les matières que l’on emploie , gazons , fumier de litière, etc., 
elles ne doivent jamais reposer immédiatement sur lui. Les 
râcines ou les gemmes doivent être auparavant recouverts 
d'une petite couche de terre, parce que tout vide ou toute 
fermentation peuvent les altérer et compromettre l'existence 
de la jeune vigne. 

L'ouverture du fossé sera subordonnée à la distance à met- 
tre entre les souches, afin que la plantation soit plus facile 
et régulière. Cette méthode serait la meiïlleure de toutes , s’il 
était toujours possible d'opérer en même temps le défonce- 
ment et la taille. 

2° Le terrain étant défoncé et prét à recevoir la planta- 
tion, on ouvre des fosses sur toute la largeur de l’emplace- 
ment et d’une ouverture suflisante pour placer deux rangs de 
plants à droite et à gauche , que l’on charge de bonne terre, 
de gazons ou d'engrais comme précédemment , et on comble 
la fosse à moitié seulement, afin que les racines inférieures , 
qui sont les plus importantes, prennent plus de force. On 
ouvre une seule fosse sur quatre ; et lorsqu’après trois ou qua- 
tre ans les jeunes plants sont assez forts pour être provignés, 
on les couche pour en faire deux d’un seul sur lesquels on 
met des engrais. Tout l’espace se trouve ainsi garni. Cette 
méthode donne une jouissance quelquefois moins prompte 


l’on concevra à la fois l’importance de confier au sol la plus grande longueur du sar- 
ment, et celle de faire attention à la valeur des gemmes laissés à l’extérieur et desti- 
nés à former la souche. 

Dans les sarments bien aoûtés , la couleur de l'écorce est moins claire, le bois est 
plus ferme, plus résistant ; et ces qualités sont encore plus remarquables dans les par- 
ties en regard du plein-midi , et sur des pentes rapides qui sont plus exposées à lim- 
pression de l'air et de la lumière. 


DU VIGNERON. 241 
‘que la première ; mais c’est la manière d'obtenir à la fois les 
vignes les plus durables et les plus productives. 

Il est une méthode employée de préférence à celle-ci, et 
que je mets au même rang. Elle consiste à faire les fossés et 
à les planter avant le défoncement complet du sol, qui se 
trouve plus tard défoncé sur toute la surface lorsque les jeunes 
souches ont pris assez de force pour être provignées. 

Chacune de ces méthodes a des avantages particuliers : 
ainsi la première donnera une jouissance plus prompte ; mais 
elle exigera , au commencement , une plus grande avance de 
fonds. C’est au propriétaire à réfléchir sur ses moyens, et à 
décider ce qui doit lui mieux convenir. 

3° On trace au cordeau , sur la surface du sol préalable- 
ment défoncé, des lignes à des distances égales à celles que 
l'on doit mettre entre les souches et un autre système de li- 
gnes perpendiculaires aux premières et aux mêmes distances. 
Aux points d’intersection on fait des-trous avec un pieu de 
fer (paufer, barre), un peu plus bas, s’il est possible, que 
la profondeur à laquelle doivent être couchées les souches 
destinées au provignage pour en faciliter l’opération. Les 
plants y sont introduits, et les trous remplis avec la terre 
voisine , si elle est suffisamment bonne et légère, ce qui est 
la manière la plus économique ; ou avec une terre légère et 
substantielle, ce qui vaut beaucoup mieux pour le résultat. 
On emploie souvent la cendre ou la poussière des routes. On 
foule légèrement autour du plant avec une baguette de bois 
dur aiguisée par le bout. Si l’eau était à portée, ce serait une 
excellente opération que de donner un arrosement copieux. 
Si lon était pressé de jouir et que l’on ne reculät pas devant 
la dépense, ces arrosements pourraient se continuer toute la 
saison ; et alors on pourrait espérer d'obtenir du fruit dès la 
Seconde année. S'il s'agissait de propager des plants rares et 
précieux, assurément il n'y aurait pas à hésiter. Cette mé- 


242 MANUEL 
thode est la plus généralement suivie et la plus économique 
de toutes. 

On place quelquefois deux sarments dans le mème trou. Je 
ne saurais approuver ce moyen, parce que, lorsque les pré- 
cautions sont bien prises , 1] manque si peu de boutures, et, 
en outre, le remplacement par provignage est une chose si 
utile et si fructueuse ; que l'on ne doit pas s'inquiéter s’il en 
manque un petit nombre. | 

49 On trace au cordeau des lignes comme précédemment, 
et aux points d’intersection on ouvre avec la pelle, ou tout 
autre instrument approprié à cet usage , une petite fosse dans 
laquelle on couche le sarment que l’on relève contre les pa- 
rois; et l’on remet immédiatement la terre enlevée, en foulant 
légèrement avec le pied , afin de forcer le plant à se mainte- 
nir dans la position coudée qu’on a voulu lui donner , position 
qui favorise sa reprise et sa croissance. | 

Il est bien évident que cette méthode n’est praticable avec 
économie que dans les sols, les positions ou les latitudes qui 
obligent à planter la vigne superficiellement. 

IL convient, dans les pentes , de coucher les plants de bas 
en baut, et, en plaine, de les placer tous dans le même 
sens, parce que cette régularité facilite singulièrement le 
provignage. 

I est des dispositions générales et communes à toutes les 
manières de planter. Ainsi, indépendamment du choix des 
sarments dont j'ai parlé , ils seront coupés à deux yeux hors 
de terre, et ces yeux seront sains et bien nourris. Il sera 
laissé une petite fosse autour du plant, afin qu'il ne puisse 
pas se former de racines superficielles qui prendraient de la 
force aux dépens des racines inférieures qui sont les plus es- 
sentielles pour le produit et la durée des souches. C’est pour 
cela que, lorsque l'on plante par fosses, on ne les comble 
qu'à moitié. 


DU VIGNERON. 243 

Les sarments ou boutures destinés à la plantation sont cou- 
pés de préférence sur le bois de deux ans , ou tout au moins 
à la naissance, parce qu’ils sont d’une reprise plus facile , 
soit que le jeune bois le plus voisin de la naissance du bour- 
geon se dessèche moins promptement, soit plus encore parce 
que les yeux étant très rapprochés dans cette partie , et les 
racines se formant de préférence et avec plus de facilité dans 
leur voisinage , la reprise des plants en est beaucoup plus as- 
surée. Cependant , lorsqu'il s’agit de propager des plants 
rares ,.l ne faudrait pas rejeter les sarments dont l'extrémité 
aurait été enlevée ; car il en reprendra toujours un certain 
nombre. 

On choisira, pour planter , un temps doux , et le moment 
où la terre sera suffisamment ressuyée. 

Si on laissait plus de deux yeux hors de terre au jeune plant, 
la sève se divisant entre un grand nombre de bourgeons, ils 
en seraient affaiblis , et l’on reculerait le moment de la pro- 
duction. 

Lorsque les bourgeons naissants seront assez avancés pour 
être à l’abri des accidents, on pourra les réduire à un seul , 
le plus près de terre, à moins que le suivant ne soit beau- 
coup plus fort et peu élevé au-dessus du sol. Cette opération, 
faisant refluer la sève sur celui que l’on réserve , le fait vé- 
géter quelquefois avec une telle force , que l’on peut en ob- 
tenir du fruit l’année suivante ; mais alors il ne faut pas ou- 
blier de placer au pied un échalas contre lequel il sera accolé 
légèrement : car autrement cet oubli pourrait être la cause 
de sa perte. 

Si quelques plants ne donnaient dans le commencement 
aucun signe de vie , il serait à propos de découvrir le gemme 
le plus voisin de la surface du sol. Les gemmes extérieurs 
sont quelquefois détruits, soit par les intempéries ; soit par 
des insectes qui s'en nourrissent ; mais ceux qui sont cachés 


244 MANUEL 

sous le sol, étant à l'abri de ces accidents , végèteront dès 
qu’on les mettra à découvert et à portée des influences de 
l'air et de la lumière.” 

On peut se dispenser de donner aucun labour * la première 
année , surtout lorsque le défoncement est peu ancien. S'il 
en était autrement, il serait convenable d'en donner un 
quelque temps avant la plantation. On se contentera de dé- 
truire avec soin les herbes adventices par un ou plusieurs bi- 
nages , ou simplement en les arrachant à la main. Si ces 
herbes sont abondantes, il sera utile de les rassembler et de les 
mettre dans une fosse : on se ménagera de cette manière un 
engrais précieux ; mais il est rare que les herbes abondent 
dans une plantation nouvelle : car l’on a presque toujours 
amené à la surface un sol qui, n’ayant jamais subi les in- 
fluences bienfaisantes des météores , est rebelle à la végéta- 
üon,etny devient propre que par une longue exposition à 
l'air et des labours répétés. 

On ne saurait préciser le nombre des binages à donner à 
une jeune plantation , puisque tout dépend de l’état du ter- 
rain. Deux choses sont à considérer : le durcissement du sol 
qu'il faut éviter, et son aptitude plus ou moins grande à pro- 
duire des plantes étrangères qu'il faut extirper ; car ces deux 
ces de la sé- 


8 
cheresse, et détruisent en partie les bons effets que l’on doit 


états du sol le rendent plus accessibles aux rava 


attendre de son exposition aux météores. 


Je n’approuve pas les récoltes tirées au milieu d’une vigne, 
mème dans sa jeunesse : il est des plantes qui profitent à tel 
point d’un labour de défoncement, qu’on se laisse séduire 


* Il ne faut pas confondre le labour avec le binage. Ce qui constitue la différence 
entre ces deux opérations , c’est que les binages ont spécialement pour but l’ameu- 
blissement et le nettoiement du sol, et sont, par conséquent, toujours super- 
ficiels. 


DU VIGNERON. 245 
par l’appas d'un produit qui peut être à la vérité quelquefois 
considérable, mais aux dépens de la vigne pour laquelle ont 
été faits tous ces frais et ces sacrifices. Cette avidité n’est 
excusable que lorsque la plantation est très écartée, de 4 à 
5 pieds, par exemple. 

La seconde année après la plantation, les jeunes souches 
seront taillées sur un seul sarment à deux ou trois yeux au 
plus *, et il sera placé à chacune et à leur pied un échalas 
de bois vieux , s'ils sont de chêne ou de châtaignier ; car le 
tannin qui suinte de ces bois, et qui se répand sur le sol au 
pied des jeunes souches, pourrait les faire périr. Les bour- 
geons seront accolés légèrement et fixés avec de la paille de 
seigle ou du jonc. Il ne sera laissé que deux bourgeons au 
plus à chaque cep. Il sera donné un labour profond sur la 
fin de l'hiver, ou de bonne heure au printemps. S'il s’est 
formé quelques racines à la superficie du sol, elles seront 
coupées proprement à la même époque , et à une profondeur 
qui pourra aller jusqu'à 7 ou 8 pouces suivant la nature 
du sol. Cette opération a pour but non seulement de donner 
de la force aux racines inférieures, mais encore d'arrêter les 
dégâts que pourrait occasioner la sécheresse qui , atteignant 
dans les sols légers les racines superficielles , peut les dé- 
truire etréagir par conséquent sur la production. Les auteurs, 


1 JL est des cantons où l’on ne taille pas les jeunes souches la seconde année, parce 
que, par la-manière dont on plante le plus souvent les sarments, si toutefois ils mé- 
ritent ce nom, sont si faibles, qu’il devient inutile de les tailler. Les yeux les plus 
éloïgnés s’éteignent , et les plus rapprochés de la souche végètent seuls, lors même 
qu’on s’est dispensé d’opérer la taille ; aussi quelques auteurs, manquant de la pra- 
tique qui doit nous éclairer dans une science toule d’observation , donnent ce fait 
comme une règle générale. Mais il en doit être bien autrement, lorsque la plantation 
est faite avec les soins que j’ndique ; puisqu’alors il n’est pas rare de voir, dès la pre- 
mière année, les plants provenant de bouture donner des sarments de 4, 2 ou 3 

pieds, et si bien aoûtés quelquefois, que les yeux sont susceptibles de végéler 
avec force jusqu’à l’extrémité. 


246 MANUEL 

qui insistent sur la nécessité de les conserver ; confondent les 
sols argileux qui se laissent difficilement pénétrer par l’air et 
la chaleur avec les sols sablonneux et graveleux que ces élé- 
ments pénètrent avec une telle facilité, qu’il se forme parfois 
des bourgeons partant de 18 pouces de profondeur , ainsi que 
je m'en suis assuré sous le climat de Lyon. 

Lorsqu'on aura planté par fosses, elles seront comblées peu 
à peu et à chaque labour , de manière à mettre le sol entiè- 
rement de niveau à la fin de la seconde année ou au com- 
mencement de la troisième. 

À la troisième année , il sera possible de faire des provins 
et de récolter quelques raisins ; et à la quatrième , toutes les 
places vides pourront être entièrement regarnies , et presque 
toutes les souches produiront. 

Les labours ou les binages seront donnés en nombre suffisant 
pour que la surface du sol soit toujours exempte de plantes 
étrangères et jamais durcie , ainsi que je l’ai déjà expliqué. 

Pour le complément de ce chapitre , je renvoie à ceux qui 
traitent des labours , des engrais et du renouvellement de 
la vigne. 


Vignes pleines. 


Les plants doivent être plus ou moins écartés , suivant leur 
nature et suivant le but qu’on se propose. Ainsi , lorsqu'on 
voudra tout sacrifier à la vigne et ne tirer du sol aucune au- 
tre récolte, il convient de les rapprocher autant que possible ; 
c’est alors ce que l’on nomme une vigne pleine. Les distances 
varient de 5 pieds à 18 pouces. La distance de 5 pieds 

est plus particulièrement donnée aux vignes que l’on 
destine à être travaillées à la charrue et à celle où l’on ne 


DU VIGNERON. 247 
veut avoir égard qu'à la quantité du fruit; parce qu'à cette 
distance les souches végétant avec une grande vigueur , elles 
donnent des grappes volumineuses et durent beaucoup plus 
long-temps. Mais aussi le fruit recevant une sève abondante 
et moins élaborée, la liqueur en est moins agréable , moins 
spiritueuse, de peu de garde et, par conséquent , d’un prix 
moins élevé. C’est par ces causes que dans les vignobles où 
le vin a un prix élevé, et où l'on tient avec raison à conserver 
sa réputation, on plante un peu plus rapproché, de trois 
pieds à un et demi ; et cette dernière différence tient à celle 
qui existe dans la vigueur des plants ; les plants fins ét faibles 
que l’on cultive dans le nord de la France, tels que les pi- 
neaux , ne sauraient se planter comme ceux que l'on cultive 
sur les bords du Rhône, la serine et le gamet. 

Mais lorsque les vins ordinaires se vendent facilement, soit 
pour la consommation des grandes villes , soit pour être ré- 
duits en esprit ou eau-de-vie , alors on agit rationnellement 
en plantant plus écarté. Au reste, je crois qu’il serait possi- 
ble de réunir à la fois les avantages de qualité et de quantité, 
ainsi que je l’expliquerai plus loin lorsque je traiterai des vi- 
gnes en espaliers. 

Toutes les fois que la chaleur du climat permet une ma- 
cueur des souches et 


Le 
l'abondance de la sève, ainsi que cela arrive sur le littoral 


turité complète, quelles que soient la vi 


du Rhône, et lorsque l’on n’a pas de raison particulière de 
s'attacher à une qualité distinguée ; il y a économie à planter 
écarté sous les rapports de la quantité des produits et des frais 
de renouvellement et d'engrais , ou, ce qui est identique , de 
la durée des souches. Il y a encore économie et facilité de 
travail, surtout pour les labours et binages que l’on peut pra- 
tiquer à la charrue et au sarcloir à cheval ; mais ce serait une 
erreur de croire, avec certains auteurs , qu'il y eüt toujours 
économie pour le bois employé au soutien des pampres : car 


248 MANUEL 

les bourgeons , par leur plus grande pesanteur, et leur plus 
faible adhérence, étant plus sujets à se rompre à la moindre 
agitation de l’air, l'échalassage et l’accolage deviennent 
d’une nécessité absolue, et la force des bois employés doit 
être en raison de la vigueur des souches. Toutefois, dans cette 
circonstance , il est un moyen économique d’échalasser que 
j'explique en son lieu. Cette opération est encore rendue 
plus indispensable sous nos climats par la plus grande abon- 
dance de sève qui, exigeant une chaleur plus forte et plus 
soutenue pour être convenablement élaborée , nécessite 
impérieusement l’accolage. 


Joualles. 


On plante quelquefois la vigne en rangées sur deux ou un 
plus grand nombre de lignes , avec l’espacement ordinaire 
entre les souches des vignes pleines; et ces rangées ont en- 
tr'elles un écartement beaucoup plus grand que les souches 
dans le but de cultiver l'intervalle et d’en tirer des récoltes. 
C’est ce qu’on appelle des joalles ou joualles dans le Borde- 
lais , où cette méthode est très employée. On voit encore des 
vignes ainsi plantées dans le Dauphiné ; elles offrent les avan- 
tages et les inconvénients des vignes pleines très écartées. 
Toutefois j'y apercois un avantage particulier; c’est que, si le 
sol est très propre à la vigne , on peut l'y conserver indéfini- 
ment en plantant le milieu de l’espace vide lorsque les ceps 
commenceront à s’épuiser , et achevant de détruire ces der- 
niers lorsque la jeune vigne est en rapport, ou en provignant 
les lignes extérieures : ce qui peut se faire avec avantage , 
malgré la vieillesse des souches, ainsi que je l’expliquerai en 
son lieu. 


DU VICNERON. 249 


Hautains. 


Toute plantation de vigne faite sur un seul rang en lignes 
espacées suflisamment pour y cultiver les céréales, qu'elle 
soit soutenue par des pieux ou des arbres , s'appelle hautain. 
Ce mode est très répandu dans les parties méridionales de 
l’Europe jusque sous la latitude de Lyon. 

L'espacement des lignes est ordinairement au moins de 
20 pieds, et l'élévation des souches combinée de manière 
que les grappes, à leur naissance, soient au-dessus des plantes 
cultivées dans l'intervalle , afin qu’elles subissent l'influence 
indispensable de la chaleur solaire directe. 

Les principaux avantages de ce mode sont non seulement 
ceux que J'ai déjà signalés plus haut pour les plantations très 
espacées, mais encore le suivant qui n’est pas sans impor- 
tance dans les contrées sèches et balayées par les vents. C’est 
que l'élévation des supports, formant abri , modère la force 
des vents, et par suite l’évaporation et les funestes effets de 
la sécheresse, et donne le moyen de retirer des récoltes va- 
rices et fructueuses d'un sol qui pourrait être quelquefois 
frappé de stérilité. 

Les arbres employés de préférence sont , parmi les arbres 
forestiers , ceux d’une longue durée ; qui souffrent la tonte 
sans inconvénient, et dont les racines tracent peu, tel que 
l'érable champêtre ; et parmi les arbres fruitiers dont on veut 
récolter le fruit, le prunier , l'abricotier , et particulièrement 
lamandier dont le feuillage léger et les racines pivotantes 
nuisent moins que les autres, dont le fruit est d’une vente 
assurée et d'une cueillette facile , et enfin dont la végétation 
se soutient très bien dans les sols secs et légers, où ce mode 
de culture convient particulièrement. 

Le mürier s'emploie aussi dans le même but, et avec 


250 MANUEL 
avantage ; par son produit et par la facilité avec laquelle il 
prospère dans les sols consacrés à la vigne. 

Je place dans la même catégorie les souches plantées au 
pied d’un arbre isolé, et dont les pampres élevés au milieu 
des branches et soutenus par elles sont suspendus en guir- 
landes autour de la tête de l’arbre qui leur sert de support. 
Ce mode ne saurait être suivi en France avec avantage pour 
le rapport, mais bien pour l’ornement des grands jardins au 
milieu desquels il produit l'effet le plus agréable et le plus 
pittoresque. 

Pour les hautains , comme pour les joualles , le défonce- 
ment n’est que partiel. L'on ouvre des fossés d’une largeur de 
deux pieds,et demi au moins, dont la profondeur varie sui- 
vant la nature du sol d’après les principes que j'ai déjà expli- 
qués. Toutefois, dans les terrains secs, il convient d’augmen- 
ter cette profondeur ; parce que les souches, ne trouvant pas 
un sol défoncé sur toute la surface , ont moins d'espace pour 
s'étendre. Ainsi , les habitants du Dauphiné agissent ration- 
nellement en ouvrant leurs fossés à 30 pouces de profon- 
deur ; tandis que, pour les vignes pleines, ils se contentent 
avec raison d'un défoncement de 2 pieds dans les mêmes sols. 

Si les cultivateurs connaissaient l'importance des labours 
profonds pour toute espèce de récoltes, ils n'hésiteraient pas 
à défoncer le sol sur toute la surface au moins à 12 ou 
15 pouces, suivant l'épaisseur de la couche végétale , dans 
l'espace compris entre les fossés. Ce travail profiterait à la 
fois à la vigne et aux récoltes intercalées. 


Vignes hautes, vignes basses. 


Dans la plupart des circonstances, le vigneron doit s’ap- 
pliquer à maintenir les ceps aussi bas que possible , non seu- 


DU VIGNERON. 251 
lement parce que la sève ayant moins d'espace à parcourir, 
les bourgeons la reçoivent avec plus d’abondance et sont 
mieux nourris , et la souche moins épuisée aura une plus lon- 
gue existence ; mais encore parce que le fruit étant plus rap- 
proché du sol, il est plus à portée de recevoir la chaleur 
quelquefois très forte que renvoie la surface par le rayonne- 
ment. Dès lors la sève en est mieux élaborée, et le vin de 
qualité plus distinguée, tout le reste étant égal d’ailleurs. 

Mais il est des positions si facilement attaquables par les 
gelées du printemps, que l’on est forcé de donner aux 
souches une élévation en rapport avec l'imminence de ce 
danger ; parce que les gelées sont à redouter en raison de 
l'humidité de l'air ambiant, et que cette humidité est ordinai- 
rement en raison inverse de l'élévation au-dessus de la surface 
du sol. Aussi , par cette cause , voit-on, dans quelques loca- 
lités , les souches élevées à la hauteur de 3 à 4 pieds. 


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RAPPORT 


SUR 


LA FILATURE D'UN COCON 


DE 


PRHALTINA PAPMIA 0 


PAR 


M. J, BOURCIER. 


Messieurs , 


Chargés par votre Commission des soies de vous présenter le ré- 
sultat de ses observations sur l'essai de filature d'un cocon de Pha- 
lœna paphia , nous avons l'honneur de vous soumettre le rapport 
suivant. 

Ce Cocon faisait partie de ceux que le bâtiment /a Bonite a ap- 
portés en France , et que M. le Ministre du commerce , de l’agri- 
culture et des travaux publics a confiés à une Commission spéciale, 
pour qu’elle étudiât la qualité de cette soie et les avantages qu’on 
en pourrait tirer en même temps qu'elle rechercherait les moyens 


de filature. 


254 SUR LA FILATURE D'UN COCON 

Votre Commission des soies a désigné trois de ses Membres pour 
surveiller la filature de ce Cocon et faire toutes les expériences né- 
cessaires. Ils ont cru remplir vos intentions : 

1° En faisant dessiner le Cocon d’après nature , ainsi que la chry- 
salide qu’il renfermait ( PI. WT); 

2° En opérant l’étirage sur un tour disposé à cet effet; 

3° En expérimentant sur la filature. 

Le Cocon a été plongé et est resté vingt-quatre heures dans l'eau 
bouillante, sans qu’on ait pu obtenir la dissolution de la gomme qui 
unit son brin ; on essaya ensuite l’eau de savon bouillante sans ob- 
tenir plus de suceës ; on ne parvint enfin à le ramollir que le troi- 
sième jour seulement , en le mettant dans la même bassine avec un 
grand nombre de cocons ordinaires. 

Ce Cocon n’a pas précisément de blaze (bourre qui recouvre les 
cocons ordinaires), à moins qu'on ne veuille nommer ainsi une 
enveloppe d’une couleur brune , qui adhère au cocon même et qui, 
faisant partie de la substance gomme-résineuse, défend la chry- 
salide des intempéries et garantit la soie qu’elle couvre entiè- 
rement. 

Ce Cocon est porté sur un pédicule ou pétiole couvert de blaze et 
de soie qui pénètre jusqu’à la troisième couche soyeuse; il avait 
gardé l'empreinte de feuilles desséchées qui avaient quelque analo- 
gie avec celle du frêne. Quant à sa forme , elle est la même que celle 
des cocons ordinaires ; et on y remarque aussi les cinq couches que 
possèdent tous les cocons parvenus à leur entier achèvement ‘; mais 
il en diffère par la grosseur et par la disposition de son brin qui se 
replie fréquemment sur lui-même en forme de plaque ronde, tandis 
que dans les cocons ordinaires il est porté de bas en haut et se 
dispose en courbes. 

À la filature , la première enveloppe de notre Cocon s’est détachée 
en bourre, mais avec difficulté. Comme la deuxième et la troisième 
couches étaient percées par le pédicule , la filature a été très diffi- 


: Le ver à soie, du moment qu'il est perché et qu'il commence à filer, mel géné- 
ralement soixante heures à construire son cocon; et comme il se repose loutes les 
douze heures, soit pour se retourner, soit pour donner le temps à la matière soyeuse 
de remonter à sa filière, c’est à ce repos qu’on peut attribuer les cinq couches qui se 
voient dans la texture du cocon. 


DE PHALOENA PAPIIIA, 255 


cile et le brin se cassait très souvent. La quatrième couche est celle 
qui a produit le petit écheveau qui a été présenté à votre Commis- 
sion. La cinquième , se trouvant percée et ayant livré passage à 
l'eau , il est devenu impossible d’en extraire le brin. 

Ce Cocon , qui a été filé seul , présente un brin gros , fort, très 
élastique ; sa grosseur et sa force peuvent être comparées à celles 
d'un brin de soie grége de cinq cocons représentant un 12 de- 
niers ; sa couleur est celle du lin blond. Cette soie commune et peu 
brillante peut aisément se filer à un seul cocon , et avoir un emploi 
particulier en fabrique. Elle présente la plus grande analogie avec 
les soies du Bengale , qui se vendent sur notre place sous la déno- 
mination de soie sauvage ou de Tussah. La première de ces dénomi- 
nations semble indiquer que la récolte s’en fait en plein air. On est 
porté à croire, pour le dire en passant, que c’est là la source de 
l'erreur de quelques voyageurs qui nous ont rapporté qu’en Chine 
l'éducation des vers à soie domestiques se faisait en plein air. 

Avec d'aussi faibles matériaux, l'expérience dont nous rendons 
comple n’a pu donner des résultats fixes et positifs; mais notre es- 
sai nous a donné le désir d’en faire d’autres. Aussi espérons-nous 
que la Société priera M. le Ministre des travaux publics, du com- 
merce et de l’agriculture de prendre les mesures nécessaires pour 
faciliter l'introduction en France de cette espèce, sur laquelle on 
tenterait tous les moyens de naturalisation, qui nous fournirait 
une malière nouvelle dont l'industrie ferait son profit, et qui hâte- 
rail peut-être le perfectionnement de sa filature, 


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SUR 


L'INDUSTRIE SÉRICICOLE , 


ET 


QUELQUES OBSBAYATIONS 


RELATIVES A PLUSIEURS LETTRES ÉCRITES A M. €. NIVIÈRE 
SUR LE MÊME SUJET PAR M. J. GENSOUL, 


INSÉRÉES DANS LES ANNALES DE LA SOCIÉTÉ D'AGRICULTURE DE LYON, 


2e 11v., 1838, 


PAR 


M. RIVIÈRE. 


Depuis quelques années , je m'occupe de la culture du mürier et 
de l'éducation des vers à soie. En lisant attentivement les lettres 
écrites par M. Gensoul à M. Nivière, il m'a semblé y découvrir 
quelques erreurs, et surtout de la prévention contre le système 
d'Arcet el contre les méthodes de M. C. Beauvais. Ces idées, faus- 
ses à mon ayis, pourraient embarrasser des éducateurs et les arrêter 
dans des idées d'amélioration qui sont générales aujourd'hui. Ce 


n'est point une polémique que je veux engager, mais simplement 


25 NOTES 

quelques observations que je désire soumettre aux personnes qui 
s'occupent de l'industrie séricicole , et leur faire connaître quelques 
Faits que j'ai été à même de recueillir, cette année, pendant deux mois 
que jai passés à suivre avec soin l'éducation des vers à soie chez 
MM. Beauvais , aux Bergeries de Sénart. 

Après avoir visité plusieurs contrées du Midi réputées par leurs 
belles plantations de müriers , après avoir exposé et discuté les dif- 
férentes méthodes de taille qui y sont suivies, M. Gensoul adopte , 
sans hésiter , la taille trisannuelle de mars, en ne récoltant pas la 
feuille l’année de la taille. Cette méthode est, sans contredit , bien 
supérieure à celles par laquelle on taille et on cueille tous les ans, 
méthode destructive des plantations ; mais je eroîis que la taille et la 
récolte bisannuelles sont encore préférables. D'abord les blessures 
causées en ramassant les feuilles sont presque sans conséquences 
fâcheuses , ensuite sur des pousses de deux ans les plaies de la taille 
sont plus faciles à se cicatriser , mais c’est surtout à cause du déve- 
loppement des bourgeons; par la taille trisannuelle , les bourgeons 
adventifs ne percent qu'avec peine sur du bois de trois ans , tandis 
que , par la taille bisannuelle , ils percent sur du bois de deux ans, 
conditions beaucoup plus favorables à leur développement. 

On objectera , sans doute, qu’en ne cueillant que tous les deux 
ans ; la perte de la feuille est trop considérable. M. C. Beauvais, qui 
a adopté pour ses plantations l’assolement bisannuel, avait déjà 
prévu qu'il n’en serait rien, et l'expérience est venu confirmer ce 
que la théorie lui avait fait pressentir. 

À mon retour des Bergeries , j'apprends que M. Ploche de Mar- 
scille , expérimente, depuis quinze ans , l’assolement biennal pour 
la taille et la cueillette de la feuille comparativement à l’assolement 
annuel. Il a trouvé que depuis ce laps de temps , toutes conditions 
égales d’ailleurs , le premier assolement avait donné un cinquième 
de plus en poids de feuille, et maintenant il annonce, par la 
beauté et la vigueur de la végétation, des produits de plus en plus 
supérieurs à ceux de la partie récoltée chaque année , et taillée sui- 
vant les méthodes du pays. Cette expérience est déjà précieuse, elle 
le deviendra davantage tous les jours en la continuant. On est main- 
tenant sur la voie; des expériences comparatives ont lieu sur plu- 
sicurs points, et bientôt nous saurons à quoi nous en tenir sur 
celle question si intéressante; alors, peut-être , verrons-nous s’ar- 


SUR L'INDUSTRIE SÉRICICOLE. 259 


rêter ces mortalités terribles qui effrayent , à juste titre , certaines 
localités du Midi , si toutefois ces désastres ne proviennent pas aussi 
de ce que les terres plantées depuis si long-temps en mûrier ont 
enfin besoin momentanément de recevoir d’autres cultures. 

Je crois que le même système doit s'appliquer aux mitiges et 
aux haies.Alors, l’année de la taille, il faut avoir soin d’ébourgeonner 
de manière à laisser à chaque souche un nombre de tiges propor- 
tionné à sa vigueur. Par ces moyens, la plantation durera long- 
temps et donnera toujours une feuille belle , abondante et facile à 
ramasser. Mais pourquoi les haies se plantent-elles partout en sau- 
vageon ? pourquoi ne pas les faire en baguettes greffées ? Je sais que 
de semblables plantations seraient coûteuses ; mais je crois aussi que 
les produits dédommageraient largement des avances. 

M. Gensoul (pag. 154-170-192) avance qu'à Annonay , à Ba- 
gnols et dans beaucoup d’autres localités , on obtient en général 
100 à 110 livres de cocons par 16 quintaux de feuilles , et cela sou- 
vent dans un grenier, dans un hangar qui, le reste de l'année , est 
employé à d’autres usages. Je crois qu'on aura trompé M. Gensoul. 
( Chacun sait qu’en fait d'éducation de vers à soie, on ne se fait 
guère scrupule de mentir.) J'ai visité beaucoup de magnaneries dans 
le Midi; partout j'ai vu les bons magnaniers opérer dans des ate- 
liers bien entendus , bien disposés , surtout très vastes, proportion 
gardée , avec les éducations qui y étaient faites ; et quand j'ai causé 
avec eux, je me suis convaincu qu'ils donnent les plus grands soins 
aux vers pendant tout le cours de l'éducation. Ceux qui opèrent 
sans soins dans des granges ouvertes n’ont souvent que des récoltes 
nulles, dont la moyenne ne dépasse pas 40 à 50 livres de cocons 
par 20 quintaux de feuilles. C’est dans ces ateliers surtout que la 
muscardine exerce ses ravages avec le plus de fureur , et cela doit 
être dans un climat où souvent les nuits sont glaciales et les jour- 
nées brülantes; car ces alternatives de chaud et de froid , de séche- 
resse et d'humidité sont les circonstances les plus favorables à 
son développement. 

Cela est tellement vrai, qu'aux Bergeries on est parvenu à créer 
la muscardine à volonté , et cela en se plaçant dans des conditions à 
peu près semblables. Voici comment on s’y prend : on choisit un 
endroit obscur dans lequel on place les vers. Deux ou trois fois par 
jour, el surlout la nuit et à l'époque de la mue, on fait arriver sur 


260 NOTES 

eux un courant d'air alternativement froid et brûlant, sec et hu- 
mide ; on laisse fermenter la litière ; en persistant ainsi quelques 
jours , il est rare de ne pas voir apparaître la muscardine. 

M. Gensoul, après avoir cité les produits des éducateurs qui opè- 
rent presque sans frais et sans soins , produits sur la moyenne des- 
quels il est dans l'erreur , je n’en doute pas, demande quelles sont 
les éducations que l’on peut citer pour engager à adopter les métho- 
des nouvelles. « La plupart, dit-il, ont échoué : aux Bergeries on 
n’a fait que 8 onces , etc. » 

D'abord pour être juste envers les éducations de 1837 par les 
méthodes nouvelles , il faudrait faire entrer en ligne de compte les 
ateliers où , presque toujours , le système d’Arcet était imparfaite- 
ment appliqué , les éducateurs souvent peu expérimentés , ignorant 
le ciel du Midi avec ses touffes et ses nuits glacées, en butte au 
mauvais vouloir des ouvriers, presque toujours contrariés , même 
par les propriétaires, ete. Au reste , cette année, plusieurs ont par- 
faitement réussi; enez M. de Balincourt , de qui on a enflé les pertes 
en 1837, on a pris une revanche ; aux Bergeries de Sénart, on a eu 
les plus beaux résultats (165 livres de cocons par 2,000 kil. de 
feuilles ) , sur 12 onces , dans un local où certainement un éduca- 
teur du Midi, qui tient à ses intérêts et à sa réputation , n’eût pas 
osé en faire plus de 8 onces , et cela par quinze journées de pluies 
au moins sur trente qu'a duré l'éducation. M. de Lafarge fils , à 
Viviers (Ardèche), a obtenu 14 quintaux de cocons dans un local 
où une seule fois , depuis plus de 10 ans , on avait obtenu 10 quin- 
laux et où la moyenne n’atteignait pas 7 quintaux. Il a obtenu ce ré- 
sultat avec une main-d'œuvre dépassant très peu celle affectée ordi- 
nairement à cet atelier. Aussi, cette famille, qui possède des planta- 
tions étendues, puisqu'elle met éclore chaque année 80 onces de 
graines , se propose-t-elle d’adopter les idées nouvelles pour toutes 
ses magnaneries. Déjà celle qui a été établie cette année mérite 
d'être visitée; le système d'Arcet y est appliqué avec intelligence 
et dans toute sa sévérité. 

C'est à tort que M. Gensoul (pag. 170) dit que ce système de- 
mande des eonstructions spéciales , bien disposées , bien fermées et 
au-dessus des moyens de beaucoup de gens ; que les méthodes de 
M. Beauvais augmentent trop la main-d'œuvre. 

Certainement toutes les industries bien exploitées demandent 


SUR L'INDUSTRIE SÉRICICOLE. 261 
quelques conditions particulières ; le système d’Arcet en demande 
très peu et point de constructions spéciales : l'appartement est dis- 
posé comme toutes les magnaneries ; après l'éducation , il peut être 
employé à tel autre usage qu'on voudra : la seule chose qu'on re- 
commande , c’est qu’il soit à peu près bien fermé ; et si l'on veut y 
réfléchir , on verra que, dans quel système que ce soit, c’est une 
mesure essentielle , sous peine ; comme je l'ai dit plus haut, de se 
trouver dans les conditions les plus favorables au développement de 
la muscardine. 

Quant aux appareils pour le chauffage et la ventilation , ils peu- 
vent s’appliquer aux petites comme aux grandes éducations. Pour les 
premières, on peut modifier le système de manière à ne faire que 
très peu de frais , et pour les grands établissements, en les transfor- 
mant en magnaneries salubres : les dépenses seront largement cou- 
vertes par les résultats. 

Quant à la main-d'œuvre, à qui persuadera-t-on que les filets , 
les tasseaux, les tamis peuvent l’augmenter ? Je peux affirmer qu'en 
demi-heure , j'ai servi avec le tamis un nombre de claies tel qu'il 
eût fallu deux heures à une ouvrière habile; encore n’eüt-elle pas 
répandu la feuille d’une manière aussi uniforme. Il est vrai que jus- 
qu’à présent on n’a pu employer ce moyen que pour les trois pre- 
miers âges, et je conviens que le nombre des repas et des délite- 
ments peuvent effrayer au premier abord; mais si l’on réfléchit aux 
moyens abréviatifs des tamis, des filets et que les éducations s’a- 
chèvent en 95 jours, on conviendra , je pense , qu'on s’est effrayé 
mal à propos. On cite les Bergeries où la main-d'œuvre est exorbi- 
tante ; mais on ne dit pas que là tout est neuf : les ouvriers y sont 
peu habiles; les nombreux élèves , dont on suppute les soins , ne les 
donnent pas d’une manière continue : on pèse , on mesure , on prend 
note du tout; enfin, chaque année, ce sont des expériences nouvel- 
les : car M. C. Beauvais a fait des Bergeries une ferme expérimen— 
tale et non pas une ferme modèle. IL est à remarquer , en ouire , 
que les nouvelles méthodes n’ont rien d’absolu. Les bras manquent 
ils ? diminuez le nombre des repas, mais baissez la température ; 
délitez moins souvent, mais établissez une bonne ventilation : car 
l’un est la conséquence de l’autre; en agissant différemment ; vous 
vous placez dans de mauvaises conditions. 

A l'appui des anciennes méthodes , M. Gensoul cite l'éducation 


262 NOTES 

de son oncle à Bagnols , où, sans moyens extraordinaires , en arro- 
sant seulement avec abondance la toiture , on combattit avec succès 
les touffes terribles de juin 1837. Ce moyen certainement est bon, 
il est employé souvent et dans beaucoup de localités; mais je douté 
qu'il soit économique sous le rapport de la main-d'œuvre , du dégât 
des toitures, des gouttières qui peuvent en résulter et arroser les 
vers; d’ailleurs , il ne peut s’employer que pour les magnaneries 
placées immédiatement sous les toits. Mais que M. Gensoul soit 
bien persuadé qu'avec un appareil d’Arcet bien construit et bien 
dirigé , on eût plus facilement et plus efficacement conjuré l'orage , 
et que si leurs voisins n’ont pas aussi bien réussi qu'eux, c’est qu'ils 
n'étaient mieux outillés qu’en apparence. 

Quant aux observations et aux réflexions de M. Gensoul contenues 
dans les pages 177-178 , elles donnent à penser que cet éducateur 
est peu au courant de l'appareil d'Arcet. La cheminée d'appel et le 
tarare agissent en faisant le vide dans la magnanerie ; alors que l'air 
extérieur, soit chaud ou froid, se précipite dans ce vide par les 
ouvertures qui lui sont offertes, quelque part qu’elles soient établies : 
la pratique ne laisse aucun doute sur ce point. D’ailleurs , on peut 
mettre sans inconvénient la température de l'atelier au-dessus de 
celle extérieure. L'air même très chaud mis en mouvement, et com- 
biné avec des repas fréquents , n’est pas nuisible aux vers, puisque 
M. C. Beauvais a fait une éducation à 28 et 30°; mais c’est l'air 
chaud stagnant qui est dangereux par la fermentation et le dégage- 
ment des gaz délétères qu’il excite. 


Ilexiste cependant une difficulté qui n’a pas échappé à M. Puvis :. 
C’est que le gaz acide carbonique qui se dégage en grande quantité, 
et qui est l'ennemi le plus dangereux pour les vers, étant plus 
lourd que l'air atmosphérique, occupe nécessairement les parties 
basses de l'atelier et surtout séjourne sur les claies où il cause le 
plus grand dommage aux éducations. La ventilation , qui s'opère 
principalement par les espaces ou passages pratiqués entre les ran- 
gées de claies , devient impuissante pour débarrasser l'atelier de ce 
gaz mortel. On peut y remédier jusqu'à un certain point en donnant 


1 Voyez ses lettres sur l'éducation des vers à soie. — Bourg, 1858 ; Boitier, im 
primeur, 


SUR L'INDUSTRIE SÉRICICOLE. 263 
aux claies une largeur seulement de 18 pouces et une inclinaison de 
3 ou 4 pouces qui permettraient au gaz de s’écouler et d’être entrat- 
né par le courant ventilateur. Le système des tables mobiles de 
M. Levasseur , à Charmes (Ardèche), obvierait très bien à cette 
difficulté ; mais il est à craindre qu'il soit adopté avec peine à cause 
de son mécanisme et de son prix élevé. 

Je crois que jusqu'à présent le système d’Arcet et les méthodes 
de M. C. Beauvais remplissent le mieux ces conditions *. 

En effet, je ne vois rien qui prouve contre l'appareil , qui s’ac- 
corde parfailement avec la théorie et avec la pratique. Seulement le 
tarare ; employé jusqu'à présent, n’était pas suffisant pour com- 
battre avec un plein succès les touffes du Midi. M. Combes , ingé- 
nieur-mécanicien , en propose un qui semble réunir toutes les con- 
ditions convenables. JL l’a adapté celte année à la magnanerie de 
MM. Beauvais, où chacun a pu se convaincre de ses puissants effets. 

Celle magnanerie contient 24 mille pieds cubes d’air ; il a trouvé 
qu'il fallait demi-heure, en donnant deux cents tours au tarare à 
la minute , pour aspirer cette masse d'air, Il a rempli ensuite d’une 
fumée épaisse la même magnanerie; il a fallu deux heures , pour 
qu'elle en fût tout-à-fait débarrassée. Voilà des preuves évidentes 
d'une puissante ventilation ; avec de semblables moyens, on com- 
battra plus facilement les touffes. On peut donc obtenir , avec cet 
appareil, un air toujours pur el une température à peu près uni- 
forme , et l'appareil d'Arcet sera vraiment utile plutôt dans les pays 
chauds que dans le Nord. 

Pour complément au système d’Arcet, M. Damon , à Viviers 
(Ardèche), éducateur et mécanicien aussi modeste qu'intelligent , 
qui a été envoyé celle année aux Bergeries par le département pour 
apprécier les méthodes nouvelles , a imaginé un mécanisme simple, 
ingénieux et peu coûteux que j'appellerai Sonnerie Damon (PL VII). 

Au moyen de cette sonnerie qui est mue par le courant venti- 
lateur , le magnanier sait, à toule minute et sans se déranger , si 
son atelier est ventilé et à quel point la ventilation est puissante. 


* Dans la critique que fait M. Gensoul de lappareil d’Arcet , il ne l’a blämé que 
sous le point de vue de la ventilation; et, en effet , l'expérience a bien prouvé que 


le tarare était impuissant ; mais il sent toute l'utilité que cel appareil présente dans la 
répartition du calorique (Seringe). 


264 NOTES 
Cet appareil a été appliqué cette année chez M. Delafarge à Viviers 
(Ardèche), et aux Bergeries de Sénart où chacun a pu se convainere 
combien il est ingénieux et utile. M. Damon n'a point pris de 
brevet , c’est un désintéressement bien louable dont tous les édu- 
cateurs lui sauront gré. ( Voyez pl. VIT, fig. À, B, et les expli- 
cations qui y sont jointes. ) 

De tout ceci, je suis loin de conclure qu'on ne puisse plus ap- 
porter à l’industrie séricicole des améliorations. Le tamis , pour 
répandre la feuille sur les vers , ne peut être employé , tel qu'il est, 
que dans les trois premiers âges; et c’est pour le cinquième qu'on 
aurait le plus besoin de moyens économiques pour épargner la 
main-d'œuvre. Aux Bergeries, on cherche activement à remplir 
cette lacune; d’autres éducateurs et des mécaniciens distingués s’en 
occupent aussi; espérons que tant d'efforts ne seront pas infruc- 
tueux. 

Mais la pratique la plus faible est celle de l'encabanage ; tous les 
éducateurs en conviennent, et il est difficile d'y remédier. Je crois 
cependant que l’on est sur la voie, M. C. Beauvais cherche à perfee- 
tionner les coconières chinoises et à les adapter à notre climat; il 
engage ses élèves et tous les éducateurs à faire des essais. Le pro- 
blème à résoudre est celui-ci : /maginer un appareil tel que chaque 
ver puisse facilement y trouver pour coconer une place bien chauffée 
et bien ventilée , et qu'aucune place ne soit vacante. Alors on pourrait, 
au fur et à mesure de leur maturité , choisir les vers un à un et les 
porter dans la coconière qui serait placée dans un petit local près 
de la grande magnanerie. Cette année , un essai a été tenté aux Ber- 
geries sur le temps qu'il faudrait pour choisir ainsi les vers un à un. 
On a trouvé que deux femmes et un enfant pourraient facilement 
en deux jours choisir ainsi les vers provenant de deux onces d'œufs, 
et les porter à la coconière ;, tout en leur donnant les autres soins 
accoutumés. 

Une coconière aurait de nombreux el de précieux avantages. Avec 
elle on éviterait cet encombrement occasioné par le boïsage, en- 
combrement qui rend toute circulation de l'air presque nulle, toute 
surveillance impossible, puisqu'on ne voit pas un ouvrier à quatre 
pas; les vers , si difficiles à alimenter au milieu des cabanes noires, 
petites et puantes , resteraient sur les elaies , propres, aérés et ali- 
mentés jusqu'au dernier. Alors plus d’odeurs , plus de miasmes 


SUR L'INDUSTRIE SÉRICICOLE. 265 


pestilentiels dans les ateliers, et partant la possibilité des deux 
éducations dans -le même local, sans prolonger le terme ordinaire 
plus de quinze jours. Cette amélioration nous arrivera, il ne faut 
pas en douter , j'en ai pour garant l’activité ingénieuse et la volonté 
persévérante de M. GC. Beauvais, le zèle qu'il sait communiquer à 
ses élèves; mais de quelque côté qu’elle nous vienne , c’est à lui 
que nous la devrons. 

Aux Bergeries , on a aussi imaginé un nouveau mode pour étouf- 
fer les chrysalides au moyen de la vapeur sèche. C’est tout simple- 
ment un petit cabinet dans lequel, par le moyen d’un calorifère , 
on fait arriver de l’air chaud dont on élève la température à 60-70 ° 
R°. Cette méthode a été employée , cette année , et a donné de 
bons résullats ; je la crois préférable à celle de la vapeur humide 
et à celle du gaz sulfureux. La première a de nombreux inconvé- 
nients signalés par tous les filaleurs; la seconde altère la nuance 
des cocons , rend la soie d’un jaune pâle et la déprécie à la vente. 

Au lieu d’un cabinet et d’un calorifère à part, comme l'ont établi 
MM. Beauvais, on pourrait profiter de la chambre à air chaud du 
système d’Arcet, et obtenir le même résultat avec moins de frais. 
(Voyez ; pour ce mode d’étouffage, p/. VIT, fig. C , et les explica- 
tions qui y sont jointes.) 

Je finirai ces notes par quelques remarques sur la feuille de mû- 
rier à différents états et donnée aux vers à différents âges. 

Jusqu'à présent il est à peu près admis par tous les éducateurs 
que la feuille donnée trop fraîche et mouillée est nuisible et souvent 
mortelle aux vers. Il semblerait cependant , si nous nous en rap- 
portons à quelques expériences déjà faites, qu’il n’en est rien. Ce 
qui est arrivé celle année aux Bergeries semble encore venir à l’ap- 
pui. L'éducation étant contrariée par un temps froid et des pluies 
continuelles , on a été obligé de donner souvent de la feuille très 
fraîche et même mouillée ; cependant on ne s’est aperçu d'aucun 
résultat fâcheux. Il est à croire qu’on se sera tout au moins exagéré 
le danger, et que la feuille fraîche et mouillée n’est pas tant nuisi- 
ble aux vers par elle-même que par la grande humidité qu’elle ré- 
pand , humidité qui excite la fermentation des litières. Mais dans un 
atelier bien ventilé , avec des délitements fréquents , je suis persua- 
dé que le danger est bien moins grand qu'on l'a eru jusqu’à présent, 
et je préférerais donner cette feuille aux vers que de les faire atten- 


266 NOTES 
dre leur repas plus de six heures, à l’époque de leur grand appétit, 
et par une température de 20°. 

M. Gensoul cite des éducateurs qui font couper la feuille avant 
de la donner ; d’autres qui préfèrent la donner entière et même lais- 
ser les brondes. La meilleure méthode , à mon avis, est celle par 
laquelle on découpe la feuille d’une grosseur proportionnée à la force 
des vers. La nourriture se répand plus vîte, d’une manière plus 
égale, elle est mieux mangée ; il y a done économie de feuilles et 
de main-d'œuvre ; ensuite on évite sur les litières ces sillons , ces 
vallées au fond desquels les vers respirent et mangent mal. Cepen- 
dant je ne regarde celte pratique comme indispensable que dans les 
trois premiers âges , et surtout à l'approche des mues, pour donner 
des repas fréquents sans couvrir les vers déjà assoupis. Il faut donc 
prendre en considération la main-d'œuvre qui se trouve un peu 
augmentée; car le temps que l’on gagne en donnant les repas ne 
compense pas celui employé à couper la feuille. 

Je citerai ici une idée de M. C. Beauvais sur la nourriture la 
mieux appropriée aux différents âges des vers. Cet éducateur a pensé 
que c’est au moment de leur grand appétit du quatrième et du cin- 
quième âge qu’il conviendrait de donner la feuille la plus substan- 
tielle, et qu'il faudrait réserver la plus tendre pour les premiers 
âges , pour la fin et le commencement des mues; mais surlout pour 
le moment où le ver se dispose de monter à la bruyère. En effet, au 
commencement et à la fin des mues l'appétit des vers est faible, une 
nourriture légère semblerait devoir leur convenir ; mais c’est surlout 
lorsque le ver est prêt à coconer que les organes digestifs perdent 
toute leur activité ; les matières qu’ils rendent à peine élaborées en 
sont une preuve évidente , et tout porte à croire que cette pratique 
donnerait de bons résultats. 


MOT 


SUR L'INDUSTRIE SÉRICICOLE. 


DESCRIPTION 


DE LA SONNERIE DAMON, 


AU MOYEN DE LAQUELLE LE MAGNANIER SAIT ; A TOUTES MINUTES ET SANS 
SE DÉRANGER, LE DEGRÉ DE VENTILATION DE SON ATELIER, 


DETBEN = æ sé 
Lis is TE 


Cet appareil se compose : 

19 D’un tarare léger en bois et papier qui se place dans une des 
gaines supérieures ; à 6 ou 10 pieds de la cheminée d'appel; 

2° D'un tambour en bois qui s'adapte au-dessus de la gaine et 
dans lequel se meuvent les ailes du tarare ; 

3° D'une manivelle ajustée à l’une des extrémités de l'axe du 
tarare ; 

4° D'un timbre ; 

5° D'un marteau pour frapper sur le timbre ; 

6° D'un levier qui communique au marteau le mouvement qu'il 
reçoit par la rotation du tarare ; 

7° D'un léger ressort en laïton au moyen duquel le marteau , 
après avoir frappé le timbre , est aussitôt soulevé. 


Pzancue VII. 


Figure À. — Coupe horizontale d'une gaïne supérieure (g) dans 
laquelle on voit le tarare (1) placé en travers et prêt à fonctionner. 

Fig. B. — Coupe verticale de la même gaine (4), ainsi que du 
tambour (2) adapté au-dessus de cette gaine ; on voit le tarare 
coupé verticalement aussi , dont le mouvement de rotation a lieu et 
dans la gaine et dans le tambour. X Coupe verticale du plancher sur 
lequel repose la gaine. Vue extérieure du tambour (2) et d’une face 
verticale de la gaine sur laquelle est fixé le levier (6*). Vue de la 


sonnerie toute montée, On voit la petite manivelle (3) appuyant 
FT. x” 1à 


268 NOTES 

sur le levier (6*), lequel soulève le marteau (5), au moyen d’an fil 
de laiton (c) qui traverse le plancher par un trou fait en (k). Le 
timbre (4) sur lequel va frapper le marteau (5) qui est aussitôt tenu 
soulevé au-dessus du timbre par le ressort (7). Ces trois dernières 
pièces sont ajustées sur une planche placée dans l'atelier au-dessous 
du plancher sur lequel repose la partie de la gaine qui renferme 
le tarare (1). 

Le tarare (1) est à quatre ailes , son axe est carré et en bois léger, 
le cadre des ailes (0,0,0,0,0,0,0,0, fig. A), sont des planchettes en 
bois léger de 2 à 3 lignes d'épaisseur sur 8 à 10 lignes de largeur ; 
elles sont fixées à l’axe avec de la colle forte. Les ailes (pp pp) 
sont en papier collé sur les planchettes en laissant un intervalle vide 
de 2 pouces entre le papier et l'axe du tarare (6,6,6, fig.B), 
les ailes sont rigoureusement égales surtout en poids. Chaque 
extrémité de l’axe du tarare est armée d’un pivot en euivre, à l’un 
desquels est fixée la petite manivelle (3). L’axe du tarare est engagé 
par ses pivots dans les côtés du tambour (2) , de manière à ce que 
yaxe ne plonge pas dans. le courant ventilateur. 

Le tambour (2) en bois est de toute la largeur de la gaine et 
d’une hauteur convenable pour laisser jouer les ailes du tarare. 
Après avoir ouvert la gaine dans sa parlie supérieure , on y ajuste 
le tambour et on ferme soigneusement, de manière à ce qu’il n'existe 
aucune ouverture par où puisse s'échapper le courant ventilateur. 


La manivelle (3)est en bois , mieux en fil de fer; elle a 3 à 4 pou- 
ces de long. 

Le timbre (4) est un timbre ordinaire pour sonnerie d'horloge. 

Le marteau (5) est en bois, il a les mêmes dimensions que le le- 
vier ; il est armé d’une tête de elou dans sa partie qui frappe sur le 
timbre. 

Le levier (6*) est en bois de 7 à 8 pouces de long sur 5 à 6 lignes 
de côté. 

Le ressort (7) est en laiton, de la grosseur d'une aiguille de bas. 

Les choses étantcomme les représente la {9. B, ilest aisé de com- 
prendre que le courant ventilateur faisant tourner le tarare (6,6,6), 
à ebaque révolution la manivelle (3) appuie sur le levier (6*). Celui- 
ci, au moyen du fil de laiton (c), soulève le marteau (5); et lorsque 
la manivelle (3) échappe Le levier (6*), le marteau (5) retombe sur 


SUR L'INDUSTRIE SÉRICICOLE. 269 


le timbre (4). Chaque coup sur le timbre indique done une révolu- 
tion du tarare. 

Aux Bergeries , la ventilation opérée seulement par la cheminée 
d'appel donnait 24 à 28 coups à la minute ; activée par le tarare , 
elle en donnait de 55 à 60. 11 faut observer qu'aux Bergeries, il 
n'y a qu'une seule gaine supérieure dont la section égale celle des 
quatre gaines inférieures; par conséquent, toute la ventilation se 
fait par cette seule gaine. 


DESCRIPTION 


DE LA CHAMBRE À ÉTOUFFER LES CHRYSALIDES. 


—_——s— 


C. — Chambre à étoufler les chrysalides par la vapeur sèche ; 
de (1 à 16) tiroirs semblables à ceux d’une commode, sur lesquels 
se placent les cocons par couches de 3 à 4 pouces d'épaisseur. Ces 
rayons sont à claire voie. On aura soin de ménager sur une des fa- 
ces de cette chambre une petite porte, afin de pouvoir y entrer au 
besoin. 

D.— Chambre à air chaud , d’après le système d’Areet, pour la 
ventilation des magnaneries salubres. (d,4.) Chatières , (e) ca- 
lorifère. 

Ces deux pièces, fig. C D, sont en communication par une 
ouverture en (a) dans leur partie supérieure et dans toute la lon- 
gueur du mur de séparation. En outre, la chambre D communique 
par sa partie inférieure avec le calorifère (e). au moyen d'un canal 
(c) pratiqué dans le sol. 

Maintenant lorsqu'on veut se servir de la chambre D pour chauf- 
fer et ventiler la magnanerie , les ouvertures (a,c) seront fermées, 
au moyen d'un diaphragme en tôle, Lorsqu'au contraire on voudra 


270 NOTES SUR L'INDUSTRIE SÉRICICOLE. 


s’en servir pour élouffer les chrysalides , ces issues seront ouvertes, 
et on fermera celles qui communiquent aux ateliers. On chauffera 
alors jusqu'à ce qu'un thermomètre placé dans la chambre C, et 
qu'on pourra apercevoir au travers d’une vitre, marquera 70° R', 
Cette température suffit pour étouffer les chrysalides en un quart 
d'heure. Elle sera facile à atteindre , parce que le foyer du calori- 
fère (e) étant en communication avec la chambre C par le canal (c), 
il s’établira nécessairement un courant de la partie supérieure de la 
chambre C au foyer du calorifère (e) en passant par l'ouverture (a) , 
la chambre C et le canal (c); et comme c’est dans la partie supé- 
rieure que la température est toujours la plus élevée , le courant aura 
lieu avec l’air à la plus haute température obtenue. 

Cet appareil est tellement simple , que de plus grands détails sont 
inuliles ; il sera susceptible , du reste, d’une foule de modifications 
que la pratique adaptera facilement au but qu’on se proposera. 


BATRAITS 
DES 


PROCES-VERBAUX. 


Séance du 26 avril 1839. — PrésInence DE M. Botrex. 


On reprend la discussion sur les incrustations qui se forment 
dans les tuyaux servant à conduire les eaux. 

M. Guerre a remarqué, dans sa propriété, que les tuyaux en pente 
s'obstruaient ; tandis que ceux placés horizontalement conservaient 
leur diamètre. IL attribue cette différence à ce que les derniers , 
constamment remplis d’eau, n’admettent pas, comme les premiers , 
la présence de l'air. 

D'après M. Magne , les dépôts qui obstruent les tuyaux de con- 
duite peuvent être dus à deux causes bien différentes : les uns pro- 
viennent seulement des eaux ; les autres sont dus à une altération 
particulière des conduits. Les premiers sont des dépôts de substan- 
ces que l’eau contenait en suspension , ou de substances que le li- 
quide tenait en dissolution. Les dépôts de substances en suspension 
se forment plus facilement dans les conduits horizontaux. Ceux des 
substances en dissolution doivent se former de préférence dans les 
tuyaux en pente où la rapidité du cours du liquide facilite la préci- 
pitalion du sel en augmentant l'évaporation. Il invoque, à l'appui 
de cette dernière opinion , l'exemple de la méthode de graduation 
dans les salines. M. Magne ne croit pas la présence de l'air néces- 
saire pour la formation des dépôts provenant de la matière même 
des tuyaux de conduite ; il regarde ceux des tuyaux de fer du Chà- 
teau-d'eau de Grenoble , ceux des tuyaux de laiton de la pompe des 


272 . EXTRAITS 
infirmeries de l'École vétérinaire de Lyon , comme dus à une action 
chimique ou électrique. 

M. Jourdan observe que les eaux déposent peu, lorsque les canaux 
les prennent immédiatement à leur source , et qu’elles déposent 
d'autant plus qu’elles ont couru à l'air plus long-temps , plus rapi- 
dement et plus divisées, avant d'entrer dans le conduit artificiel. Il 
pense que les eaux, passant immédiatement dans ces canaux, ne pro- 
voquent pas la formation des composés chimiques. « Pendant l'été , 
dit-il, les dépôts sont plus abondants eu égard à la proportion des 
eaux; cela tient, sans doute , à la plus grande élévation de la tem- 
pérature qui, de + 11° , les fait passer à + 49° ou + 20°, et fait ! 
dégager l'acide carbonique qui tenait en suspension les éarbonates. » 
M. Jourdan fait, en outre , observer que souvent ce n’est pas immé- 
diatement après le dégagement du gaz que l’eau dépose , mais lors- 
qu'elle a quitté un premier réservoir pour couler plus loin , et que 
le dépôt est souvent facilité par la présence d’un corps ruguëéux ou 
filamenteux. 

M. Rochet a vu des tuyaux de fonte provenant de la Machine de 
Marly , et qui, malgré un service très long, ne présentaient qu’un 
dépôt à peine épais de deux lignes. 

M. Bottex attribue cette particularité à cette circonstance que ces 
tuyaux élaient toujours pleins. 

M. Jourda dit qu'il existe une grande différence entre les eaux 
de source et les eaux de rivière , ces dernières étant des eaux plu- 
viales qui ont coulé à la surface du sol; tandis que les eaux de 
source , en traversant les couches de la terre, dissolvent les sels 
qu’elles rencontrent. Aussi les eaux du Rhône sont-elles beaucoup 
plus pures , lorsqu'elles sont troubles ; parce que c’est l’eau de pluie 
qui détruit leur transparence. 11 suffit alors de les laisser reposer 
pour les avoir très pures. 


+ 
+ + 


Séance du 3 mai. — Présinence DE M. BoTrex. 


M. le docteur Imbert présente à la Société un Mémoire sur les 
engrais, par M. le général Dubourg ; ce Mémoire , déjà inséré dans 
un recueil d'économie rurale , est renvoyé à l'examen de M. Gariot. 


DES PROCES-VERPAUX . 213 

M. Alexandre présente à la Société des tiges d’une espèce d’An- 
sérine ( Chenopodium Scoparia ) susceptible d’être employée avec 
avantage à l’encabanage des vers à soie. Il remet à M. le Président 
des graines de cette plante , qui sont partagées entre plusieurs 
Membres. 

M. Sauzey lit un rapport détaillé sur le premier volume des 4n- 
nales de la Chambre d'agriculture et de commerce de la Savoie. 
Parmi les faits intéressants que renferme son rapport, il est un 
point sur lequel insiste surtout M. Sauzey : c’est l'introduction dans 
nos contrées des chèvres de Cachemire. 11 propose à la Société de 
faire au gouvernement la demande de quelques-uns de ces animaux 
pour le département du Rhône. MM. Magne et Lecoq observent que 
toutes les expériences tentées jusqu’à ce jour. n’ont produit aucun 
résullat satisfaisant, et notamment celle faite à Alfort, pendant 
plusieurs années , sur des chèvres du Thibet. 

M. Mulsant pense que le peu de succès des expériences dépend 
de la différence de hauteur des pays où sont transportés ces ani- 
maux. La Société ajourne la demande à faire à M. le Ministre. 

M. Seringe lit , au nom d'une Commission , un rapport sur l’en- 
duit anti-hygrostatique de M. Gaillemain. Les expériences tentées 
ont bien réussi ; mais la Société les trouvant trop peu nombreuses, 
il est décidé qu’elles seront répétées et que M. Gaillemain sera prié 
d'indiquer à la Commission la composition de son enduit. 

M. Seringe présente à la Société deux pieds d'Orobanche Galii 


venus , l'un sur le Zropæolum minus , l'autre sur le Pelargonium 
Curtisi. 


% 
+ *# 


Séance du 17 mai. — PRÉSIDENCE ne M. Borrex. 


M. Sauzey se plaint de ce que l'éducation de la race bovine est 
presque parlout abandonnée à l’incurie des cultivateurs. Il voudrait 
qu'elle fût placée, comme la race chevaline , sous la tutelle de l’ad- 
ministration. Elle y a les mêmes droits sous le rapport des services 
qu'elle rend à l’agriculture , et elle fournit de plus la majeure partie 
de la nourriture des hommes. Une des principales causes de la dé- 
gradation de l'espèce est l'emploi d’étalons au choix desquels aucun 


274 * EXTRAITS 


soin n’est apporté , et que la cupidité emploie à la monte avant l'âge 
auquel ils y sont propres. Il voudrait que la Société intervint pour 
prier le gouvernement de placer dans nos principaux cantons, en 
les confiant à des agriculteurs éclairés et soigneux, un certain 
nombre d’étalons-taureaux appropriés à la race et à la taille des 
vaches qu'on élève dans les diverses localités. Il voudrait aussi qu’on 
püt prescrire la castration de tous les élèves mâles qu’un jury d’exa- 
men ne trouverait pas propres à une bonne reproduction de l'espèce, 
et qu'un tarif modéré réglât le prix de la saillie. 

M. Bineau lit un Mémoire de M. Fournet sur les sources des 
environs de Lyon ; ce Mémoire est renvoyé à la Commission d’im- 
pression. M. Fournet prie la Société de regarder son travail comme 
purement théorique, et n’ayant aucune application directe à la 
question des eaux de la ville, dont l'administration s'occupe en ce 
moment. 

M. Mulsant lit un rapport, au nom de la Commission chargée 
d'examiner l’enduit anti-hygrostatique présenté par M. Gaillemain. 
Il résulte de ce rapport que la Commission a reconnu que cette pré- 
paration rend les chaussures imperméables , conserve la souplesse 
du euir et ne nuit point à sa durée. 


Séance du 31 mai. — PRÉSIDENCE DE M. BoTrex. 


Au nombre des pièces de la correspondance se trouvent : 

Un Mémoire de M. A. Chapeau, médecin titulaire de l'Hôtel-Dieu, 
intitulé : Maladies régnantes en 1838 à Lyon. — Esquisse de la to- 
pographie de cette ville. | 

Deux Mémoires de M. Alphonse Peyret : l’un, manuscrit, in - 
tulé : Mémoire sur les irrigations et colmatages ; Yautre , imprimé , 
ayant pour titre : Canal de jonction de la Loire au Rhône entre Lyon 
et Roanne. 2 

Ces deux Mémoirés seront examinés par une Commission com- 
posée de MM. Thiaffait, Puvis et Fournet. 

M. Magne lit un Mémoire sur les avantages des associations fro- 
magères. 


19 


DES PROCÉS-VERBAUX. 75 

M. Rémond demande qu'une Commission soit nommée pour exa- 
miner un modele de nouveau moulin à bras, présenté à la Société 
par M. Joseph Guilliet, propriétaire et meunier à Fontaines. M. le 
Président nomme cette Commission, qui se compose de MM. Bou- 


chard , Pravaz et Tessier. 


M. Pothon donne à la Société quelques détails sur un moulin à 
soie présenté par M. Nawil. Ce moulin résume en une seule les 
trois opérations que subit la soie pour la préparation des organsins, 
savoir : le tordage , l'assemblage et le retordage. Le brin placé sur 
le moulin est très gros. M. Pothon désirerait qu’on l’essayât avec un 
fil très léger pour s’assurer si celui-ci résisterait. 


M. Tessier demande s’il existe des faits bien avérés constatant 
l'influence fâcheuse du voisinage des fours-à-chaux sur les vigno- 
bles. M. Parisel répond que la ville de Sury (Loire) renferme une 
grande quantité de fours-à-chaux, et qu'on ne remarque aucun 
goût particulier au vin provenant des vignobles qui l'entourent. 


Séance du 14 juin. — PrRésinence DE M. Borrex. 


La Société a reçu deux lettres de M. le Préfet : l’une, du 12 juin, 
demandant à la Société le troisième rapport sur les apparences de la 
récolte en grain dans le département pour 1839. M, Gariot se 
charge de rédiger ce rapport. 

La deuxième lettre (8 juin) annonce à la Société que M. le Mi- 
nistre de l’agriculture et du commerce a accordé 2,000 f. à la Société 
pour l’industrie de la soie , en même temps qu’une somme de 500 f 
pour chacun des deux Comices agricoles de Beaujeu et de a. 
gneray. 

M. Alexandre , président de la Commission des soies, annonce 
qu'il a visité la magnanerie de M. Vignon , qui a fait une éducation 
magnifique par les nouveaux procédés. M. Vignon a tenu un journal 
très exact de ses opéralions. M. Alexandre a également visité la 
magnanerie de M. Roybet. Ce dernier éducateur a obtenu ses co- 
cons en 19 jours. Il est peu satisfait de l'appareil Vasseur , « sans 


Ed 


276 EXTRAITS 


doute , observe M. Alexandre, à cause d'un vice dans sa con- 
struction. » 

M. Seringe présente à la Société des cocons de vers Zrevoltini 
obtenus dans une des serres du Jardin-des-Plantes. Une grande 
partie des œufs envoyés par M. Mathieu Bonafous étaient vides ; 
étant, sans doute , éelos en automne. 

Les vers sont éclos du 23 au 26 avril. 

La re mue a été terminée le 3 mai. 


La 2° id. le 10 
Laisse id. le 20 
La 4e id. le 31 


Presque tous ont monté les 8 et 9 juin. 

Ils ont montré une grande activité dans leurs mouvements. 

Les cocons sont généralement ovoïdes , sans retrécissement au 
milieu , de couleur nankin , rarement blancs, plus rarement encore 
jaunes. 

M. Seringe rendra compte des autres éducations qu'il doit faire 
dans cette même année. 

M. Seringe lit à la Société une note de M. Hénon , confirmant le 
fait, déjà avancé par lui, de l'apparition de fleurs du Cytise pour- 
pre et du Cytise faux-ébénier sur le Cytise Adam. Il a eu de nouveau 
l'occasion d'observer ces anomalies à la pépinière de Trianon, où 
il a même vu une fleur jaune du Cytise faux-ébénier au milieu d’un 
groupe de fleurs roses du Cytise Adam. M. Seringe , qui avait douté , 


ba 
x 


dans le temps , de ce fait, en a vu la confirmation chez M. Nérard, à 
Vaise, et chez M. Bourgeois, à St-Cyr, et présente à la Société 
des échantillons de ees anomalies. La note de M. Hénon est renvoyée 
à la Commission d'impression. 

M. Jules Bourcier présente à la Société divers dessins obtenus 
par l’action de la lumière. Ces dessins sont fixés sur du papier pré- 
paré avec le nitrate d'argent et représentent des échantillons de 
dentelle , de mousseline et autres étoffes, des feuilles d'arbres, ele. 
M. Gustave Froment, élève de l'École polytechnique et auteur de 
cette découverte, s’en occupait depuis plusieurs années , lorsqu’é- 
tant, l'année dernière, à Manchester, l'Académie des sciences de 
cette ville le pria de se rendre à l'une de ses séances, où ses essais 
ont été comparés avec avantage à ceux de M. Talbot. Les dessins 
présentés par M. J, Bourcier sont, en effet, d'une telle vérité ; 


DES PROCÈS-VERBAUX. 271 
qu'ils semblent être l’objet lui-même ; aussi excitent-ils vivement 
l'attention de la Société. 

Un Membre demande si ce procédé est le même que celui de 
M. Daguerre, et si M. Gustave Froment a l'intenlion de se réserver 
la propriété de son invention. M. Bourcier déclare que M. Froment 
ne connaît pas le procédé Daguerre, communiqué seulement à 
M. Arago et non au public ; qu’il ne lui a pas, du reste, manifesté 
l'intention d’en faire un secret à son profit, et l’a, au contraire , en- 
gagé à en donner communication aux industriels de notre ville pour 
en faire l'application. 

M. G. Froment obtient ses dessins de deux manières , soit immé- 
diatement sur le papier qui doit les conserver , soit d’abord sur du 
papier végétal pour les transporter ensuite en effet opposé du clair à 
l'obseur sur papier blane , et toujours à l’aide de la lumière. Il peut 
en tirer des exemplaires à l'infini sans avoir à craindre la moindre 
altération. 

Il continue ses recherches commencées, il y a trois ans, à l'École 
polytechnique , et il en soumettra incessamment les résultats à la 
Société d'agriculture. Il cherche en ce moment à donner aux feuilles 
la nuance verte qui leur est propre, et il espère réussir. Il a obtenu 
également des vues d'intérieur, de paysages avec toutes les ombres 
et la perspective naturelle, de statues , de bustes, d’édifices repro- 
duits par la chambre obscure. 

M. J. Bourcier annonce qu'il soumettra prochainement à la So- 
ciété les nouveaux essais de M. Froment qu'il a fixés sur bois et sur 
métal. 


MM. Borrex, Président ; 
Lecog , Secrétaire-adjoint. 


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#15 Des és 


ASSAI 


THÉORIE BE L'AMÉNAGEMENT DES FORETS, 


PAR 


ä 


At. NOIROT=SOMMET., 


GÉOMÈTRE-FORESTIER , ET MEMBRE CORRESPONDANT DES SOCIÉTÉS 
D'AGRICULTURE DE TROYES ET DE LYON. 


Quand les législateurs anciens proclamèrent 
les bois des lieux sacrés ; ils furent inspirés 
- par le ciel lui-même. 


Voyage du duc de Raguse; x. un, p. 204. 


U sde 
& 
SA 
EXPOSITION: 


L'aménagement des forêts, envisagé sous un point de vue 
tout-à-fait pratique et vulgaire, peut être défini une opération , 
dont l’objet est de constituer la production forestière de 
manière à assurer la renaissance annuelle d’un revenu con- 
stamment égal, destiné à satisfaire à des besoins qui , dans 
l'ordre ordinaire des choses, se manifestent plus ou moins 
régulièrement chaque année. 


1 L'année est l’unité naturelle du temps, dans les recherches qui ont trait à l'éco- 
Ts Ile 19 


280 DE L'AMÉNAGEMENT 

Les produits de toutes les propriétés autres que les bois 
se renouvellent intégralement dans le cours d’une année. 
Un champ, un pré, une vigne , donnent une récolte com- 
plète chaque année ; une propriété bâtie, une usine, une 
manufacture , présentent des revenus ou fermages annuels. 
Tel est l'état naturel et normal de la propriété, sous quelque 
forme qu’elle puisse d’ailleurs exister. 

Toutefois , cette règle, malgré son caractère d’universa- 
lité, rencontre une exception unique mais formelle dans les 
forèts. Les produits du sol boisé ne sont nullement suscep- 
tibles d'être recueillis dans le cours de l’année qui les a vu 
naître. Les recrus de 1 an, 2 ans, 3 ans, etc., jusqu'à 
10 ans à peu près, ne peuvent servir à aucun usage éco- 
nomique, et sont, par conséquent, dénués de toute valeur 
actuelle. La révolution d’une année ne suflit point à l’élabora- 
tion de la substance ligneuse : cette production n’est parve- 
nue à un degré convenable de maturité qu'après avoir parcouru 
une certaine période d'accroissement, qui ne saurait guère 
être moindre de 10 ans, mais qui, au-dessus de ce terme, 
est susceptible d’une prolongation pour ainsi dire indéfinie, 
la vie végétale pouvant embrasser une révolution de plusieurs 
siècles. 

Ainsi la propriété forestière ne donne point naturellement 
des récoltes annuelles ; cette condition se rencontre cepen- 
dant dans la plupart des forêts ; mais son existence due 
entièrement à l’art, est le résultat d'une combinaison ap- 
pelée l'aménagement des forêts : combinaison simple en 
apparence, mais très ingénieuse en réalité , qui exerce l’ac- 
tion la plus puissante , sur la prospérité comme sur la déca- 


nomie sociale; c’est dans cette période que se reproduisent tous les hesoins de 
Fhomme, toutes les ressources qu'il tire de la nature ét de son travail. — 


M. Counvor, pag. 55. 
2 


DES FORÈTS. 281 
dence des forêts. Donnons immédiatement une notion élé- 
mentaire de l'aménagement , considéré dans son but, et son 
exécution. 

Je possède un bois de 10 hectares que jusqu'alors J'ai ex- 
ploité intégralement à chaque 10° année. Voulant convertir 
ce produit périodique en révenu annuel , afin de mettre mes 
ressources en harmonie avec mes besoins, je divise mon 
bois en 10 fractions égales que j'exploiterai successivement 
d'année à autre : l'effet de cette nouvelle disposition sera de 
vermettre à chaque fragment de croitre jusqu'à 10 ans, 
out en m’assurant une coupe annuelle à perpétuité. 

Tel est l'aménagement des forêts, opération qui à pour 
objet de remplacer la périodicité naturelle des coupes, par 
leur annualité , c’est-à-dire, par un mode de succession con- 
forme au mode de reproduction-de nos besoins. 

Dans l'hypothèse que j'ai choisie, le temps pendant lequel 
s’accomplit l'accroissement du bois est de 10 ans; c’est ce 
qu’on appelle la période d’explottabilité. Cette période était 
déjà fixée à 10 ans avant l'aménagement; elle est mainte- 
nue au même âge par la division de la forêt en 10 fractions. 

L'exploitabilité détermine donc le nombre de coupes, ou, 
ce qui est la même chose, la révolution de l'aménagement. 

Par la raison semblable, la révolution d’un aménage- 


ment détermine le nombre de coup nuelles, et consé- 


quemment l’exploitabilité. à à 

Pour régler à 10 ans l’exploitabilité de mon bois, ilm'a 
suffi de le fractionner en 10 coupes annuelles. 

Ainsi, ces expressions : eæploitabilité ; révolution de l'a- 
ménagement, nombre de coupes annuelles, sont équiva- 
lentes, ou du moins présentent entr'elles une si étroite cor- 
rélation que l'énoncé de l'une entraîne implicitement l'énoncé 
des deux autres. 

Le mot aménagement, entendu dans son acception fa plus 


y 


282 DE L'AMÉNAGEMENT 

simple, signifie donc division d'une force en fragments 
annuellement exploitables. Le nombre de ces fragments : 
constitue l’exploitabilité de la force ou la révolution de son 
aménagement. 

Nous avons dit que l’exploitabilité la plus restreinte de- 
vait embrasser un intervalle d’au moins 10 ans, c’est-à-dire 
que la révolution la plus courte possible d’un aménagement 
forestier est de 10 ans; et la raison que nous en avons 
donnée , c’est que la production forestière n’est susceptible 
de quelque emploi qu’à un âge. Si certains bois peuvent ex- 
ceptionnellement fournir des produits utiles avant 10 ans, 
ces produits ont une si mince valeur qu'ils ne méritent point 
de fixer l'attention du forestier. 

Mais si je ne puis guère régler l’exploitabilité de mon bois 
au-dessous de 10 ans, j'ai du moins toute latitude pour 
porter mon choix sur une période ascendante ; je puis amé- 
nager à 15 ans, à 20 ans, à 30 ans, 50 ans, 110 ans, et 
bien au-delà de ce dernier âge : à laquelle de ces périodes 
dois-je m'arrèter de préférence à toutes les autres ? 

Lorsqu'il s’agit de procéder à l'aménagement d’une forêt, 
on à donc cette question à résoudre : 4 quelle exploitabilité 
doit-on soumeltre la forét, c'est-à-dire, en combien de 
coupes annuelles doit-on. la diviser pour qu'elle présente, à 
l'avenir, toute l'utilité possible ? En d’autres termes : 4 quel 
âge doit-on régler l'aménagement de telle forêt donnée pour 
en obtenir le produit le plus avantageux possible? 

Mais le produit d’une forêt peut être envisagé sous deux 
aspects entièrement différents ; nous le considérons, ou sous 
la forme matérielle de corps ligneux, ou sous la forme 


" Ces fragments sont une aliquole de la contenance de la forêt, ou une aliquote 
de ses produits. Cette distinction, qui a son utilité dans la pratique, est tout-à-fai' 
insignifiante sous Le point de vue théorique. e = 

Ë 


DES FORÉTS. 283 
abstraite de valeur échangeable. Nous devons donc distin- 
gucr dans les forêts les produits en matière et les produits 
en argent : l’ordre logique nous prescrit de consacrer un 
premier chapitre à l'étude de la production en matière , 
comme étant la base de la production en argent ; celle-ci sera 
l'objet d’un second chapitre, et la combinaison de ces deux 
éléments formera la matière du troisième et dernier chapitre. 


CHAPITRE PREMIER. 


DES FORÊTS CONSIDÉRÉES SOUS LE RAPPORT DE LEURS 
PRODUITS EN MATIÈRE. 


La question que nous avons posée, il y a un instant, résume 
en quelque sorte la science des forêts dans sa plus haute gé- 
néralité. Sa solution détermine, par voie de eonséquence , 
le mode de culture et le mode d'exploitation d’une forêt ; 
si cette question est résolue dans un tel sens, une impulsion 
continue porte la forêt au plus haut degré de richesse , et 
la transforme en un magnifique massif de futaies. Résolue 
dans tel autre sens, une impulsion contraire conduit rapi- 
dement la forêt à sa ruine , en la réduisant à l’état de chétifs 
taillis, peut-être même de broussailles. L'objet direct de 
l'aménagement est, nous l'avons dit, de constituer l’'annua- 
lité des coupes ; mais les effets de cette opération sont bien 
autrement importants qu’on est induit à le penser, d’après le 
motif qui détermine ordinairement son exécution. Nous en 
Jugerons dans le cours de ce travail. 


Demander à quel âge on doit exploiter une forêt pour en 
obtenir le produit Le plus avantageux , c’est demander à quel 


284 DE L'AMÉNAGEMENT 
degré d'accroissement il faudra s'arrêter , pour trouver dans 
l'exploitation de ce bois le résultat le plus utile possible. 

Or, l'observation la plus superficielle nous apprend que 
l'accroissement des bois suit une marche progressive : on 
sait que les arbres grossissent par la superposition des couches 
concentriques produites par la végétation annuelle ; et, si l’on 
suppose que ces couches sont d'épaisseur uniforme ; que la 
première soit représentée par l'unité, la seconde encore par 
l'unité, et ainsi des autres; le rayon d’un arbre croitra sui- 
vant les nombres 1 , 2, 3, 4, 5, etc. i 

Mais on sait aussi, d’un autre côté, que les solides de 
même hauteur et de forme régulière , tels que des cylindres 
ou des cônes, sont entr'eux comme les carrés des rayons 
des cercles qui en forment les bases : ainsi, en faisant ab- 
straction de l’accroissement en hauteur, on trouve que le 
volume des arbres se développe suivant la loi des carrés des 
nombres naturels, c’est-à-dire, suivant les chiffres 1 , 4, 9, 
16, 25, 36, etc. 

Lors donc que l'épaisseur des couches concentriques res- 
terait uniforme, tandis que la physiologie végétale nous 
montre cette épaisseur augmentant depuis l'enfance de l’ar- 
bre, au moins jusqu’à l’âge adulte, il n’en serait pas moins 
démontré en spéculation , comme il l’est en pratique, que 
l'accroissement du volume des arbres s’opère en progression 
ascendante jusqu’à un âge très reculé, peu inférieur à un 
siècle pour les arbres de la moindre longévité, et fort élevé 
au-dessus d’un siècle pour les arbres que la nature a doués 
d'une grande force vitale. 

La question de savoir à quel äge on doit régler l’aména- 
gement d’une forêt, revient donc à celle-ci : Quel est le 
point de l'accroissement de cette forêt qu'il est nécessaire 
de saisir pour que l’exploitabilité, fixée à ce point, soit 
aussi" profitable que possible ? & 


DES FORÊTS. 285 

La résolution du problème des aménagements exige donc, 

avant tout , la détermination de la loi suivant laquelle s'opère 

l'accroissement des bois. Cette loi recevra ici le nom d'É- 
chelle de production de la forêt. 


SECTION PREMIÈRE. 


RECHERCHES ANCIENNES ‘ SUR L'ACCROISSEMENT DES BOIS. 


Varennes-Fenille est le premier écrivain forestier qui ait 
proclamé la nécessité d'observer l'échelle d’accroissement 
d’une forêt ; pour en déduire d’une manière rationnelle les 
meilleures conditions sous lesquelles peut être constitué son 
aménagement , rapportons textuellement ce qu'il a dit à 
ce sujet : 


$ I. Exposé du Système de Varennes de Fenille. 


« Aprés avoir examiné ce que les Duhamel, les Buflon 
ont écrit sur la question des aménagements, il m'a paru que 
les principes qu'ils avaient développés ; et les vérités qu'ils 
avaient établies , ne donnaient néanmoins que des généralités 
dont l’application laissait encore les forestiers dans une fa- 
cheuse incertitude : aucun des auteurs n’a, ce me semble, 
considéré la question particulière des taillis sous le point de 
vue que j'ai saisi, lorsque je me suis proposé d'indiquer une 
méthode démontrée, par laquelle un propriétaire pourra 
facilement reconnaître de combien son taillis, situé en bon 


1 Nous employons ce mot dans sa plus étroite acception : les premières recherches 
de cette nature datent à peine d’un demi-siècle , tant la science forestière est encore 
rapprochée de son berceau. . 


286 DE L'AMÉNAGEMENT 
comme en mauvais sol, augmente chaque année en valeur 
intrinsèque. 

« Le vœu de Buffon était qu'on retrouvät cette méthode. 
En général, a-t-il dit, on peut s’assurer que dans les bons 
terrains on gagnera à différer la coupe des bois taillis , et que 
dans les terrains où il n’y a pas de fonds , il faut les couper 
fort jeunes ; mais il serait à souhaiter qu’on püt donner de la 
précision à cette règle, et déterminer au juste l'âge où l’on 
doit couper les taillis. Cet âge est celui où l’accroissement 
des bois commence à diminuer. Dans les premières années 
le bois croît de plus en plus, c'est-à-dire que la production 
de la seconde année est plus considérable que celle de la 
premiére année. L’accroissement de la troisième année est 
plus grand que celui dela seconde ; ainsi l'accroissement 
des bois augmente jusqu'à un certain âge, après quoi, il 
diminue : c’est ce point , ce maximum qu'il faut saisir pour 
tirer de son taillis tout l’avantage et tout le profit possible ; 
mais comment le reconnaître ? comment s'assurer de cet in- 
stant? Il n'y a que des expériences faites en grand , des expé- 
riences longues et pénibles , des expériences telles que Réau- 
mur les a indiquées, qui puissent nous apprendre l’âge où 
les bois commencent à croître de moins en moins. » 


Le problème de l'aménagement était ainsi posé d’une 
maniere nette par Buffon. L'illustre naturaliste en aperce- 
vait la solution dans la découverte de ce point où les bois 
cominencent à croitre de moins en moins ; mais pour trou- 
ver ce point, il fallait, par des expériences positives ct sûres, 
constater la marche de la végétation forestière ; tel était le 
moyen de reconnaître ce terme du plus grand accroissement 
annuel. 


Quelles sont ces expériences indiquées par Réaumur , et 
qi devaient, selon M. de Buffon, éclairer d'une si vive lumière 


DES FORÈTS. 287 
la question dont il s’agit? Les voici telles que les décrit Va- 
rennes de Fenille 

« On coupe un arpent de 10 ans , et on le pèse; 5 ans 
après, on coupe un arpent à côté du premier, et on pèse 
également le produit : lorsque le premier arpent à atteint 
10 ans d'âge , on le coupe pour la seconde fois, puis pour 
la troisième fois 10 ans après. Enfin, on coupe pour la se- 
conde fois le 2° arpent, celui dont le bois ne doit être abattu 
qu'à 15 ans; et, l'ayant également pesé ; on fait la compa- 
raison exacte du produit d'un taillis coupé trois fois dans 
30 ans, ou coupé seulement deux fois. Par là, dit Réaumur, 
on sera en état de juger s'il est plus avantageux de régler les 
coupes de ce terrain de 10 ans en 10 ans, ou de 15 ans en 
15 ans. » 

. Tels sont les moyens proposés par Réaumur, et que 
M. Varennes de Fénille regarde avec raison comme impra- 
ticables , et comme ne pouvant procurer d’ailleurs aucun 
renseignement utile. Et en effet, sans insister sur l'im- 
possibilité de réduire ce procédé en pratique, nous démon- 
trerons que, füt-il d’une application commode , il ne pourrait 
autoriser aucune induction sérieuse. 

Supposons que l’on parvienne à déterminer exactement 
le poids du taillis d’un arpent de 10 ans, de 15 ans, de 
20'ans, etc. , jusqu'à 100 ans et au-delà, on n’en connaï- 
trait guère mieux le volume de ce taillis. La pesanteur spé- 
cifique du bois augmente depuis la naissance du tronc Jus- 
qu'à l'âge de parfait accroissement ; ainsi, pour déduire le 
volume : du poids , il faudrait se livrer à d’autres expériences 
afin de déterminer la pesanteur spécifique des bois de chaque 


C’est par le volume que le bois s’apprécie presque généralement ; le volume fait 
mieux connaitre la valeur que le poids Un quintal de menu bois, de fagots, est loin 
de valoir un quintal de gros bois de feu, et moins encore un quintal de‘hois d’in- 
dustrie. é 


288 DE L'AMÉNAGEMENT 

âge. Mais ces expériences seraient d’une extrême difficulté ; 
car , pour qu'il fut permis d’en tirer quelques conclusions un 
peu certaines , il faudrait que leurs résultats fussent compa- 
rables entr'eux, et cette condition radicale exigerait que la 
pesée des bois, pour tous les arpents soumis à l'épreuve , fût 
faite dans des circonstances parfaitement semblables; c’est- 
à-dire que les bois fussent pesés dans le même état de dessi- 
cation , et sous les mêmes influences atmosphériques. Autres 
dificultés encore, la pesanteur spécifique du bois varie sui- 
vant l’âge des arbres et suivant la nature des sols où ces ar- 
bres ont pris leur développement : la consistance matérielle 
ou le peuplement d’un bois de quelque étendue peut d’ailleurs 
présenter les plus grandes dissemblances d'une partie à l’au- 
tre ; en sorte que la pesée de quelques arpents ne prouve- 
rait rien pour les autres fractions de la forêt, et à plus forte 
raison pour un bois autre que celui où l'expérience aurait 
eu lieu. 

C’est donc en toute justice que Varennes de Fenille , après 
avoir exposé la méthode d’expérimentation proposée par 
Réaumur , en fait la critique en ces termes : 

« Ce n’est pas seulement à raison de son extrême difficulté 
que la méthode de Réaumur me semble peu praticable : je 
crois que l'expérience, comme il l’a concue, serait insuflisante 
et fautive. Et en effet : 1° si le plus haut point de crois- 
sance des taillis, ce maximum que l’on cherche, ne doit se 
trouver qu'entre la 10° et la 15° année, ou entre la 15° et 
la 30° année, comment le reconnaître? 2° En supposant 
que l'expérience eût été faite avec exactitude , qu’apprendra- 
t-elle? Le meilleur aménagement du taillis exploité! c'est 
bien peu pour un si grand appareil : l'aménagement d'un 
taillis absolument semblable! Mais comment jugera-t-on de 
leur parfaite conformité ? 3° Quel moment choisira-t-on pour 
le mesurage des bois coupés et pour leur pesée? S'il est 


DES FORÈTS 289 
vrai, comme on n’en saurait douter, que les bois en se dessé- 
chant perdent au moins le tiers de leur poids , et souvent le 
quart de leur volume, et que plus le bois est en petit vo- 
lume, plus le desséchement est rapide, la précision à la- 
quelle Réaumur aspire est donc moralement impossible dans 
l'expérience qu'il a proposée. 

« Cependant, ajoute Varennes de Fenille, Bufon avait 
concu et développé cette belle idée du point du plus haut ac- 
croissement, de ce maximum qu'il faut saisir pour tirer d’un 
taillis tout l'avantage possible. Il ne s'agissait plus que de 
trouver un procédé qui mesurât cet accroissement successif , 
et à l’aide duquel on püût déterminer ce maximum par la voie 
du calcul. » 

Varennes de Fenille, après avoir prouvé que Réaumur à 
laissé entière cette grande question de l'Échelle d'accroisse- 
ment des bois, se charge de la résoudre lui-même, et, pour 
parvenir à ce but, il procède de la manière suivante : 

Cet auteur établit d'abord en fait qu'il y a dans l’accrois- 
sement des taillis deux maximums : le maximum simple 
que l'on pourrait appeler aussi le maximum physique où ab- 
solu; c’est le point où l'accroissement du taillis commence 
à diminuer physiquement : ce point de plus haute production 
découvert par la sagacité de Buffon. Le maximum composé ; 
c’est le point où le bois peut donner le plus grand produit 
possible en argent, en comptant non seulement le prix de la 
coupe, mais encore les intérêts de ce prix. Celte seconde 
manière d'envisager la production forestière appartient ex- 
clusivement à M. Varennes de Fenille. Cet auteur est le 
premier qui ait fait entrer ce nouvel élément dans les dis- 
cussions des questions forestières. Nous allons suivre les dé- 
veloppements qu’il donne, à cette double idée, du plus grand 
produit en argent. 


290 DE L'AMÉNAGEMENT 
IX. Détermination du maximum simple ou matériel. 


M. Varennes de Fenille s'appuie sur cette proposition que 
nous avons déjà énoncée, et qui est au nombre des axiomes 
de géométrie : les cylindres de même hauteur sont entre 
eux comme les carrés des rayons ou des diamètres de leurs 
bustes ; il part de là pour déterminer l'échelle d’accroisse- 
ment d’un bois donné en se servant des procédés qu'il indique 
en ces termes : 

: 49 On choisit un certain nombre de brins que l’on désigne 
sur le terrain par des numéros indélébiles, de manière à 
pouvoir les reconnaître dans tout le cours de la période qui 
doit embrasser l'expérience. 

20 On mesure le diamètre de chacun de ces brins à l’aide 
du compas courbe, en ayant soin de prendre la mesure 
constamment à la même hauteur, à 3 pieds par exemple. 

39 Carrez chacun de ces diamètres, additionnez les 
produits, et divisez le total par le nombre de brins choisis. 

4° Divisez ensuite le quotient de la première division 
par le nombre d'années du taillis ; ce dernier nombre en se- 
cond quotient vous donnera la croissance moyenne du taillis 
pendant les années qui ont précédé ce mesurage. 

59 Recommencez la même opération, une année après, 
à la même époque, comparez ce nouveau résultat avec le 
précédent, et vous connaïtrez l'accroissement du taillis pen- 
dant cette dernière année. 

6° Continuez d'année ‘ en année les mesurages jusqu'à ce 


r Il est essentiel aussi de ne point mesurer le grossissement lrop prèt de la sou 
che, parce que dans cette partie de l'arbre les couches concentriques sont très irrégu- 
lières , et que la tige présente des inégalités plus ou moins saillantes suivant la direc- 
tion des racines : cette observation prouve la difficulié de ces mesurages, et le peu 
d’exactitude de leurs résultats, — M, n£ Sazomox, pag. 48. 


DES FORÉTS. 291 
que le calcul prouve qu'il n'y a plus de différence entre le 
dernier accroissement et l’accroissement moyen pour toutes 
les années précédentes; alors ce taillis sera parvenu à ce 
point ; à cet mstant, passé lequel il n°y aurait plus que de la 
perte à différer la coupe. 

Cette méthode est spécieuse, et pourtant elle est bien in- 
férieure en exactitude à celle. de Réaumur : celui-ci veut 
constater les degrés d'accroissement du bois par des pesées , 
c'est-à-dire par des procédés rigoureux; et toutefois comme 
Varennes-Fenille l'a proclamé lui-même, des expériences 
de cette forme sont impossibles à réaliser , et de plus ne peu- 
vent procurer aucune conclusion positive. Maintenant Va- 
rennes-Fenille propose , à son tour, une méthode non moins 
difficile dans l'application, et beaucoup plus incertaine dans 
les résultats que les précédentes , puisqu'elle repose sur une 
donnée fausse : que le bois ne croît qu'en grosseur. Varennes- 
Fenille, pour ne pas s'engager dans des calculs trop com- 
pliqués , a fait abstraction de l’accroissement en hauteur, en 
sorte que si sa première expérience porte sur un taillis de 
10 ans, et la dernière sur un taillis de 40 ans, il ne compte 
pour rien toute la hauteur acquise dans l'intervalle d'un de 
ces âges à l’autre; c’est-à-dire qu'il ne saisit que la plus pe- 
tite partie, que la moindre face de l’objet soumis à son ex- 
périmentation , expérimentation sujette d’ailleurs à une foule 
d'erreurs dont les principales sont : 

1° Que la plupart des brins d’un taillis ne présentent qu’une 
configuration irrégulière, qui ne permet nullement de leur 
appliquer les principes de la stéréométrie ou de la mesure 
précise des corps. 

2° Le mesurage annuel des brins d'un taillis serait un 
travail immense, si on l’exécutait sur une certaine échelle ; 
et ce serait un travail de nulle valeur , si le mesurage n'em- 
brassait que de petites surfaces, parce qu'alors on aurait à 


292 DE L'AMÉNAGEMENT 

déterminer de grands résultats, d’après de petites données : 
mode de raisonnement contraire aux plus simples règles de 
la logique. 

= 3° Une foule de brins de forme irrégulière échapperaient 
à l’expérience : ainsi le mesurage ne déterminerait que les 
progrès du grossissement de quelques brins, mais non de la 
forêt. 

49° Varennes-Fenille attache la plus grande importance à 
bien déterminer ce point culminant de l'accroissement des 
taillis , parce qu'il suppose que c’est à ce point que la forêt 
donnera le plus grand produit possible en matière ; mais il 
a négligé l'élément le plus considérable des forêts : la futaie 
sur taillis, dont le produit, si cette futaie est convenable- 
ment traitée , peut former les deux tiers ou les trois quarts du 
revenu de la propriété. 

50 L'accroissement des bois est sujet à de fréquentes ano- 
malies , soit passagères comme celles qui résultent d’un acci- 
dent météorique (un été sec et brülant par exemple , ou un 
hiver d’une excessive rigueur); soit persistantes, comme celles 
qui sont l’effet de la variabilité des couches de terre végétale. 
Que les racines d’un bois viennent à pénétrer dans une cou- 
che infertile , la végétation se ralentit aussitôt ; et, lorsque 
ces racines seront parvenues après une certaine suite d’an- 
nées à une couche plus riche en principes nutritifs , l’accrois- 
sement reprendra une nouvelle vigueur, pour éprouver 
peut-être bientôt un nouveau ralentissement. 

6° L'expérience a constaté que des éclaircies, opérées 
successivement dans un bois, ont pour effet d'imprimer de 
l'accélération au grossissement des brins qui survivent à 
cette opération. Le mesurage de Varennes-Fenille , supposé 
fait une année avant l’éclaircie, accuserait le déclin de lac- 
croissement ; tandis qu'une année plus tard, il révélerait au 


DES FORÈTS. 293 
contraire un progrès rapide : à laquelle de ces deux indica- 
tions opposées devrait-on s'arrêter ? 

Concluons que les mesurages de Varennes-Fenille ne pour- 
raient fournir que des données très incomplètes et excessi- 
vement douteuses , lors même que ces expériences ne seraient 
pas matériellement inexécutables. 

Cependant la pensée de Buffon n’en est pas moins juste , 
en ce sens, que la détermination du plus grand accroisse- 
ment moyen est, en effet, une importante donnée au pro- 
blème de l'aménagement des forêts. L'homme de génie avait 
signalé le point saillant de la question ; mais nous venons de 
voir que ni Réaumur, ni Varennes-Fenille , n’ont donné le 
moyen de reconnaître ce terme du plus grand accroissement. 
Ces deux auteurs ont laissé le problème tel que l’a posé le 
célèbre naturaliste. 


LL. Détermination du maximum composé ou pécuniaire. 
Ê] 


Varennes de Fenille expose, comme il suit, ses idées sur 
ce second sujet : 

c Un propriétaire ne coupe pas toujours son bois pour le 
consommer ; plus ordinairement il ne l’abat que pour le 
vendre. S'il diffère d’un an, il perd l'intérêt du prix de la 
vente pendant un an ; et s’il diffère pendant plusieurs années, 
ces intérêts s'accumulent et deviennent considérables. IL est 
donc question de s'assurer, par le moyen du calcul, si la 
mieux-value qu'il obtiendra en différant sa coupe, le dé- 
dommagera surabondamment de la perte qu'il est dans le 
cas de faire sur les intérêts, et comment il doit agir en éco- 
nome attentif. » 

Varennes-Fenille entre ensuite dans des calculs très dé- 
veloppés, desquels il tire cette singulière conclusion, que tout 
excellent que soit un terrain , le maximum utile pour le pro- 


e 


294 DE L'AMÉNAGEMENT 

priétaire de bois qui vend ses coupes et ne les consomme pas 
lui-méme, ne se prolonge pas au-delà du terme de 21 ans, 
à moins, ajoute-t-il, qu'au moyen d'éclaircies , le grossisse- 
ment après 21 ans, loin de se ralentir, augmentät. 

Mais remarquons que l’éclaircie des taillis et des bois en 
général est une amélioration d’une pratique si simple et d’une 
eflicacité tellement manifeste, qu'elle doit entrer de prime 
abord dans les combinaisons de tout propriétaire qui cherche 
a tirer de son bois le parti le plus avantageux. 

Or, puisque l'éclaircie des bois, cette condition première 
de tout système d’exploitation un peu perfectionné, peut 
avoir la puissance d'annuler la valeur des calculs de Varennes- 
Fenille, et que, d'un autre côté, plus le bois avance en âge, 
plus l'effet des éclaircies doit être sensible sur l’accroisse- 
ment, au moins jusqu'à un terme fort reculé; il s'ensuit 
qu’au lieu de devoir être coupé à 21'ans, le bois que l'on 
veut traiter en vue d'en obtenir Le produit le plus avantageux 
possible , pourrait être conduit à l’état de futaie, au moyen 
des éclaircies exécutées périodiquement. 

Telle est la conséquence finale à laquelle on arrive en 
pressant un peu les raisonnements de cet auteur , c'est qu'un 
bois traité par les éclaircies, c’est-à-dire par la méthode 
que doit adopter immédiatement un propriétaire qui veut 
réaliser quelques progrès, ne donne le maximum composé, 
qu'à un âge très reculé , âge qu’au surplus Varennes-Fenille 
ne précise point. En dernière analyse, un auteur a laissé la 
question de l'aménagement des forêts dans le vague et l’in- 
décision où il l'avait trouvée. Et pourtant, de l'exposé d’un 
système qu'il a pris presque soin de combattre lui-même, il 
üre deux corollaires importants, dont le premier est juste, 
et dont l’autre n’est vrai que partiellement; ces corollaires 
sont : : , 
1° Que, dans l’état actuel des choses, la consommation de 


DES FORÈIS. 295 
matière ligneuse excède la production, et qu’on ne peut les 
mettre en équilibre qu’en coupant les bois de l'État, lorsqu'ils 
ont atteint le plus haut point d’accroissement physique, le 
maximum simple. 

2° Un propriétaire qui vend ses bois, doit, pour en tirer 
le meilleur parti possible, les exploiter, lorsqu'ils sont arrivés 
au maximum composé; mais celui qui les consomme en na- 
ture, doit, dans son intérêt, en reculer la coupe jusqu'à l’épo- 
que où ils ont acquis leur maximum simple. 

Pour ramener ces propositions à leur plus simple expres- 
sion , on peut les énoncer comme il suit : 

4° Les forêts de l’État doivent être aménagées au maximum 
simple. 

2° Celles des particuliers qui vendent leurs coupes, au 
maximum composé. 

3° Celles des particuliers qui consomment leurs bois , au 
maximum simple, de même que les forêts de l'État. 

On n’apercoit aucun motif à cette singulière distinction 
que Varennes-Fenille établit entre les propriétaires vendeurs , 
et les propriétaires consommateurs : dans l’une et l’autre hy- 
pothèse de la vente, ou de la consommation directe, ne 
s'agit-il pas de disposer d’une valeur échangeable ; suscep- 
tible d'être représentée par une même quantité de signe 
monétaire ? On peut très bien supposer que le consommateur 
vend d’abord sa coupe pour réaliser son revenu annuel, 
tout comme fait l’autre propriétaire , et qu’ensuite il dispose 
de ce revenu pour acheter le bois que réclame sa consom- 
mation. Ainsi, ces deux classes de propriétaires se trouvent 
dans des positions parfaitement identiques; seulement l'emploi 
du revenu se fait de telle facon par l’un, et de telle façon 
par l’autre ; mais il y a similitude entr’eux quant au produit 
à obtenir de la forêt, et dès lors il n’y a pour tous deux 


qu'un moyen de tirer le meilleur parti de cette forêt; tous 
T. I 20 


296 DE L'AMÉNAGEMENT 

les propriétaires particuliers, soit qu'ils vendent, soit qu'ils 
consomment les produits de leurs coupes, doivent donc amé- 
nager leurs bois d’après les mêmes principes. Ce sera , selon 
Varennes-Fenille, ou au maximum simple ou au maximum 
composé; mais auquel de ces deux buts doit-on tendre de 
préférence ? Voilà une question devant laquelle s'arrête la 
théorie de notre auteur, et cette question constitue justement 
le problème dont il avait annoncé la solution. 

Toutefois, M. Varennes de Fenille, voulant tirer une con- 
clusion positive du système qu’il a exposé ; émet une opinion 
dont on n’apercoit point le rapport de connexité avec les pro- 
positions antécédentes ; c’est que si les particuliers doivent 
couper à 21 ans ‘ leurs bois situés en bons fonds , le gouver- 
nement ne s’écarterait pas beaucoup du maximum d’accrois- 
sement en réglant à 30 ans la coupe des taillis situés sur des 
terrains semblables. Il est très vrai que c’est à ces âges que 
sont aménagés le plus communément les bois des particuliers 
et ceux de l'État ; mais ce fait statistique , que Varennes de 
Fenille présente comme une confirmation de ses principes ;, 
n’est nullement expliqué par sa théorie. 


$ IV. Système de M. de Perthuis. 


Après Varennes-Fenille , la plus grande autorité que nous 
puissions citer en matière d'aménagement, est M. de Per- 
thuis : celui-ci établit , par des expériences multipliées , que 
les aménagements prolongés sont les plus avantageux sous le 
rapport des produits en matière ; il énonce encore une vérité 
qui n’est que la conséquence , presque la répétition de la pre- 


1 M. Varennes de Fenille s’exprime ainsi : « À supposer qu’un taillis croisse d’une 
manière uniforme, le maximum composé , le plus haut point d’accroissement utile 
que l’on cherche se trouve à la fin de la 21° année, puisqu’en ne coupant qu’à la 22€, 
on commence à être en perle. » 


DES FORÈTS, 297 
mière proposition : c'est que les produits en argent des forûts 
sont d'autant plus considérables , que l'accroissement à été 
plus reculé ; mais l’auteur ne s’est point occupé de la consi- 
dération de l'intérêt de l'argent , considération très grave et 
presque toujours décisive dans la solution du problème. 

Varennes-Fenille fonde son système sur la mesure annuelle 
de la circonférence des brins du taillis : mesure qui lui sert 
à trouver le point où le grossissement moyen est arrivé à son 
apogée; de Perthuis a établi le sien sur l'accroissement en 
hauteur : cette dernière méthode consiste dans l'inspection 
des pousses annuelles ; et c’est d’après des observations faites 
en ce sens que l’auteur croit pouvoir diviser les bois en sept 
classes , qui ont été réduites à cinq par M. de Perthuis fils. 
Dans ce système, l’aménagement du taillis de première 
classe est fixé à 20 ans ; de la seconde classe, à 30 ans ; de 
la troisième classe, à 35 ans; de la quatrième classe, à 40 où 
50 ans ; de la cinquième classe, à 59, 60 et 70 ans, suivant 
les essences qui dominent. 

Rien de plus gratuit et de moins motivé que cette classifi- 
cation qui marche par périodes décennales , et qui s'arrête , 
on ne sait pourquoi , à 70 ans. D'un autre côté , la considé- 
ration des pousses terminales est absolument chimérique : 
ces pousses peuvent ètre arrêtées, en certaines années, par les 
plus légers accidents atmosphériques. On peut remarquer , 
d’ailleurs , qu'au-delà d’un certain âge , les arbres ne crois- 
sent plus ou presque plus en hauteur , et que c’est justement 
à cette époque que leur grosseur se développe le plus sensi- 
blement. 11 suit de là que l'accroissement des arbres en hau- 
teur ne donne point la mesure du volume acquis, puisque le 
volume continue à être progressif lorsque la hauteur est de- 
venue stationnaire. Ainsi la longueur des pousses terminales 
est aussi inutile à connaître qu'impossible à rnesurer. 


298 DE L'AMÉNAGEMENT 


$ V. Quelques autres opinions sur la marche de 
l'accroissement des bois. 


Nous réunirons sous ce titre quelques opinions qui , sans 
revêtir comme les précédentes la forme d’une théorie , se 
recommandent cependant à l'attention des forestiers , sinon 
par leur mérite intrinsèque , au moins par le nom de leurs 
auteurs. Nous reproduirons presque textuellement l'analyse 
qu'en a donnée le laborieux M. Baudrillart dans son Diction- 
naire des forêts , volumineuse compilation qui a rendu à la 
science et doit lui rendre encore de très grands services : 

« M. Fontaine met au nombre des causes qui ont con- 
couru au dépérissement des forêts , l'usage de couper les 
bois trop jeunes ; il en rappelle tous les inconvénients , 
dont les plus remarquables sont de n’obtenir que du fa- 
gotage , point de bois de chauffage, point de futaie , point 
de bois de service ; parce que les brins qu’on réserve dans 
les coupes de très jeunes taillis, étant une fois isolés, ne s’é- 
lèvent plus et ne produisent que des branches latérales : 
l'âge de 35 à 40 ans lui parait ètre, en général, l’époque la 
plus favorable pour exploiter les taillis ; plus tard , le recru 
serait. trop clair, lent et difficile. Cependant il pense que 
les taillis de charme pourraient n'être coupés qu'à 45 ou 
50 ans. 

« M. Dralet infere de toutes ses remarques sur l’aména- 
gement des bois, que la période de 20 à 25 ans est celle 
qui, dans tous les temps, a paru convenir au plus grand 
nombre des forêts, c’est-à-dire à celles qui sont assises 
sur des terrains de médiocre qualité; l’âge de 35 à 40 ans 
parait à M. Dralet convenir assez généralement à la coupe 
des taillis où domine le charme. 

« Il pense, au surplus, que les taillis de chätaigniers 


DES FORÈTS. 299 
doivent être coupés à 5, 6 et 7 ans; que l’âge de 10 ans 
convient aux bois situés dans les terrains où il n’y a pas 
de fond; enfin, les âges de 15, 16 et 18 ans auxquels 
M. Defroidour avait aménagé les forêts de la généralité de 
l'Ile-de-France, lui paraissent avoir été sagement déter- 
minés. » 

Voici maintenant les inductions que M. Baudrillart tira de 
tous ces apercus : 

« Il paraît que l'aménagement de 20 à 30 ans est celui 
qui réunit le plus de suflrages pour la plupart des taillis 
de la France, et qu’il ÿ a fort peu de terrains qui ne puis. 
sent nourrir le bois jusqu'à 20 ans. Ce dernier âge serait 
donc le moindre terme auquel il serait permis de fixer la 
coupe des taillis dans les terrains de faible qualité; et on 
devrait porter l'aménagement des autres taillis jusqu’à 25, 
30, 40, 50 ans et plus, selon que les terrains s’éloigne- 
raient davantage de cette faible qualité. » 

Enfin, Baudrillart termine en disant que « de ces obser- 
vations naissent deux vérités incontestables : la première , 
c'est que les aménagements à longs termes sont infiniment 
plus avantageux à l’approvisionnement en bois de toute 
espèce que les aménagements fixés à des âges bornés ; la 
seconde, c’est que les particuliers ne pouvant en général 
différer leurs coupes jusqu’à 25, 30 et 40 ans, leurs bois 
sont moins utiles à la consommation générale que les bois 
de l'État et ceux des communes dont les coupes sont beau- 
coup plus retardées. » 


$ VI. Résumé de ce qui précède. 
On ne connaît guère jusqu'à présent, sur la matière des 


aménagements , que deux systèmes un peu complets : celui 
de Varennes-Fenille , qui repose sur Ja mesure des accrois- 


300 DE L'AMÉNAGEMENT 
sements successifs en grosseur , et celui de Perthuis ,; qui a 
pour base l’alongement annuel des pousses terminales ; on ne 
peut méconnaitre la supériorité de la première conception 
sur la seconde , et toutefois ; pas plus que celle-ci, la pre- 
mière ne donne la solution du problème ; seulement elle con- 
sacre un apercu qui avait justement frappé M. de Buffon. 
Nous verrons, en effet, plus loin que cet apercu est d’une 
véritable importance; mais nous reconnaïtrons en même 
temps qu'il ne touche qu’à une des faces de la question. 
Après avoir récapitulé tout ce qui a été dit de plus saillant 
par les auteurs francais sur la question des aménagements , 
nous croyons pouvoir émettre cette pensée : que, malgré les 
travaux de MM. Varennes de Fenille et de Perthuis, la 
théorie de l'aménagement des forêts est encore à créer ; tout 
ce qu'il est possible d’inférer de ce qui a été écrit sur cette 
matière, c'est que les auteurs, au milieu d'idées fort diver- 
gentes , sont à peu près d'accord sur ce point; que les amé- 
nagements prolongés sont favorables à la production en na- 
ture; mais, du reste, toutes les opinions que nous avons 
rapportées plus haut ne jettent pas le moindre jour sur cette 
question que nous nous sommes proposés de résoudre : 4 quel 
âge doit-on régler l'exploitabilité d'un bois donné pour en ti- 
rer le produit le plus utile ? Qu'il nous soit permis d'essayer 
la solution de cet important problème ; heureux si nous par- 
venons du moins à faire pénétrer quelques rayons de lumière 
dans un sujet si obscur encore ! 


6 VII. Position de la question générale. 


Pour réduire l’énoncé de cette question à des termes sim- 
ples et précis, nous supposerons un bois dont l’exploitabilité 
soit réglée à 10 ans, âge au-dessous duquel la production:li- 
gneuse ne présente aucun intérêt au forestier , puisqu'elle est 


DES FORÈTS, 301 
encore dénuée de valeur réelle : on demande lequel est le 
plus avantageux ou de maintenir l'exploitabilité à l'âge de 
10 ans , ou de la reculer jusqu'à 15, 20, 30 , 100 ans et 
même plus. 

La question exprimée sous cette forme revient à celle de 
savoir s’il est plus avantageux de laisser croître un bois Jus- 
qu'à 20 , 30 ou 100 ans et plus, que de l’exploiter à 10 , 
15 ans ou tout autre âge inférieur : c’est, en d’autres termes, 
demander s’il est plus avantageux de prolonger encore pen- 
dant 30, 50 ou 100 ans l'accroissement d’un produit qu’on 
pourrait recueillir à une époque mensuelle ou prochaine. 

Ce bois, lorsqu'il est parvenu à 10 ans, présente une ré- 
colte de dix feuilles progressives : vaut-il mieux attendre 5 et 
10 ans encore, c’est-à-dire, vaut-il mieux laisser croître le 
taillis sans y toucher jusqu’à ce qu’il ait atteint 15, 20 ou 
30 ans, ou tel autre âge plus élevé ? 

Un bois, dont on ajourne ainsi l'exploitation, peut être très 
justement comparé à un capital auquel on joindrait les inté- 
rêts annuels pendant une période plus ou moins longue. Ce 
bois est une sorte de capital vivant qui s'accroit spontané- 
ment : la nature seule opère cet accroissement qu'on ne re- 
marque dans aucune autre classe de capitaux , qui ne peuvent 
en général prendre du développement que par l'intervention 
de l’homme, et encore existe-t-il une différence tranchée à 
cet égard entre les bois et les autres immeubles : le concours 
de l’homme ne peut communiquer à aucun fonds territorial 
cette faculté d’accroissement dont jouissent les immeubles- 
forestiers. Un champ, un pré ; une vigne, sont perpétuelle- 
ment réduits à n’offrir qu'un fonds dépourvu de récolte ou 
enrichi seulement de la récolte de l’année ; le produit d'une 
année ne se superpose point aux récoltes épargnées dans les 
années précédentes. L'immeuble reste stationnaire, tandis 
que dans le bois on voit les produits s’accumuler d'année en 


302 DÉ L'AMÉNAGEMENT 

année, à mesure qu'un accroissement de plus vient s'ajouter 
aux produits épargnés précédemment ; et, ainsi que nous l'a- 
vons vu plus haut, l'accroissement est progressif, c’est-à-dire 
marche par des degrés de plus en plus sensibles. Il en résulte 
que le capital d’une forêt s’accroît suivant une progression 
ascendante ; mais quels sont les termes successifs de cette 
progression? dans quel rapport s'accomplit son développe- 
ment ? En d’autres termes : quelle est l'échelle de production 
d'une forêt donnée ? Jusqu’alors nous n'avons trouvé nulle 
part la réponse à cette question. 

Nous pouvons donc établir une assimilation parfaite entre 
une forêt dont on recule ainsi l'exploitation et un capital au- 
quel on joint, chaque année, les intérêts échus. Dans l’un et 
l’autre cas, il y a accumulation d'intérêts ou de fruits, et ac- 
cumulation progressive ou composée , puisque le produit an- 
nuel devient toujours plus considérable pour l’un comme 
pour l’autre capital : seulement nous apercevons ; quant au 
capital forcé, une limite nécessaire à son développement ; 
cette limite est Ia cessation d’accroissement du bois, limite 
qui toutefois est tellement reculée en général, que nous pou- 
vons dire avec vérité que l'accroissement d’un capital de cette 
nature peut se continuer indéfiniment. 

Ainsi, la question que nous avons posée plus haut, celle de 
savoir s’il convient mieux d'exploiter un bois à 20, 30 ans 
qu'a 10 ans, est exactement l'équivalent de celle-ci : Faut-il 
mieux laisser les intérêts d'un capital monétaire s'accumu- 
ler pendant encore 10 ou 20 ans , plutôt que de toucher au- 
jourd'hui les annuités déjà échues ? 

Mais ne voit-on pas immédiatement qu’une pareille ques- 
üon nest plus du ressort de la science forestière ? c’est une 
question d'économie publique ou privée. Demander s'il vaut 
mieux laisser grossir une accumulation d'intérêts que de per- 
cevoir instantanément l'accumulation déjà réalisée pour l’ap- 


DES FORÊTS. 303 
pliquer à la satisfaction de nos besoins, c'est demander s’il 
vaut mieux épargner un revenu que le consommer; mais 
cette question est oiseuse , ou plutôt elle est sans objet. Les 
notions les plus simples de l’économie politique nous appren- 
nent, en effet, qu’un revenu épargné est toujours une richesse 
créée. Il est donc évident que, dans tous les cas, cette ques- 
tion doit se résoudre par l’aflirmative : il vaut mieux créer des 
richesses nouvelles que consommer celles que l’on possède. 
Il est donc plus avantageux de laisser s’agglomérer les pro- 
duits annuels d’un bois’, que de les recueillir ; puisqu'il en 
doit résulter une augmentation de richesse. 

Mais pour augmenter sa richesse, il faut se trouver dans 
une position particulière : c’est d’avoir plus de revenus que 
de besoins ; c’est d’avoir un excédant de ressources. Alors le 
propriétaire d’un bois pourra laisser son immeuble se déve- 
lopper librement jusqu'à ce qu'un besom extraordinaire se 
fasse sentir ; et si ce besoin ne se manifeste point, jusqu'à ce 
que Le capital ait atteint la limite extrême de son accroisse- 
ment, c'est-à-dire jusqu'à ce que le bois soit arrivé à l’état de 
futaie sur le retour. 

Ainsi , à s’en tenir à ce premier point de vue , les bois des 
propriétaires riches devraient être conduits à l’état de futaie ; 
quant à ceux des propriétaires à revenus modiques , l’exploi- 
tabilité serait subordonnée à l'éventualité de leurs besoins : 
elle serait variable comme leur position ; c’est-à-dire qu'à l’é- 
gard de ces bois, il n’existerait aucune autre règle que celle 
de subvenir au besoni réel ou factice des propriétaires. 


Tout ce que la science forestière pourrait inférer de cette 
manière de considérer la question des aménagements ; se ré- 
duirait à peu près à cette maxime : Un propriétaire doit 
laisser croître ses bois jusqu'à ce qu'ils soient arrivés à l'etat 
de futaie , ou jusqu'à ce qu'il éprouve le besoin d'en recueil- 


304 DE L'AMÉNAGEMENT 

Lir le produit *. Une pareille solution qui reviendrait à dire : 
Ne coupez vos bois que quand vous sentirez le besoin d'en 
réaliser la valeur, ou que quand ils auront cessé de croître , 
exprimerait un conseil bien superflu , et serait d’ailleurs un 
bien mince élément scientifique. 

Toutefois l’insignifiance de cette solution ne tiendrait-elle 
pas à ce que le problème a été énoncé en termes vagues et 
sous une forme trop générale ? En demandant à quel âge on 
doit couper un bois pour en tirer le parti le meilleur possi- 
ble , nous avons posé une question indéterminée; c’est-à-dire, 
pour parler le langage du géomètre, un problème qui ren- 
ferme plus d'inconnues que de données , ce qui , par consé- 
quent , est insoluble. Essayons actuellement de diviser la 
question générale en deux questions spéciales ; peut-être ob- 
tiendrons-nous alors la solution de chacune de celles-ci. 

Nous demanderons 1° à quel âge il convient d’exploiter 
un bois, pour que le produit de l'accumulation ligneuse soit le 
plus élevé possible ; 2° à quel âge il convient d'exploiter un 
bois, pour que le produit de l'accumulation pécuniaire soit le 
plus élevé possible. 

On voit, au premier coup-d’œil , que la solution de ces 
deux questions exige une connaissance préliminaire qui nous 
manque : celle de la loi, suivant laquelle s'opère l’accroisse- 
ment successif des bois; toutefois , supnosons un moment 
que cette loi nous est donnée par l'expérience , et voyons com- 


* Ja règle générale, posée par les anciens forestiers, était celle-ci : Coupez un tail- 
lis aussitôt qu’il donne des signes de dépérissement; exploitez une futaie aussitôt 
quelle est parvenue en maturité. Rien de plus vague et de plus inapplicable qu’un 
tel principe ; car un taillis présente à tout âge des brins dépérissants et des brins qui 
croissent avec force. Ceux-ci étouffent les autres. Si on voulait abattre ces taillis aus- 
sitôt qu’une partie des brins dépérissent , il faudrait les couper avant l’âge de 40 ans ; 
si lon veut, au contraire, les conserver tant que les brins principaux prospéreront , 
iln’est point de laillis qu'on ne puisse élever en haute futaie. — Maison Rustique du 
XIXe siècle ; pag. 80, Noinor aîné. 


DES FORÈTS. 305 
ment nous pourrons nous en aider pour résoudre les deux 
questions dont il s’agit : 


PREMIÈRE QUESTION SPÉCIALE. 


A quel âge devra-t-on fixer l’exploitabilité d’un hectare de 

I S P 

bois qui offre l'échelle d’accroissement suivante, laquelle 
; 1aq 

exprime, en mètre cube plein ou sans interstice, le produit 

qu'il donnerait en hectare s’il était exploité aux âges sui- 

vants ? 


MÈTRES CUBES. 


A 10 ans, l'exploitation donnerait un produit de 12 
A 20 ans ;, 2» de 30 
A 30 ans, D de 51 
À 40 ans, » de 76 
A 50 ans, » de 100 
À 60 ans, » de 108 
A 70 ans, » de 112 


La production de ce bois est donc croissante, mais par 
degrés inégaux jusqu’à l’âge de 70 ans; elle serait encore 
ascendante probablement jusqu'à un âge beaucoup plus re- 
culé; toutefois, bornons-nous à cette série de degrés d’ac- 
croissements, et cherchons à déterminer quel est le plus 
utile. 

Le plus utile sera évidemment celui qui présentera le pro- 
duit le plus élevé dans un intervalle donné. Ainsi, pour com- 
parer entr'eux ces accroissements, il faut les rapporter tous 
à la même durée ou au même espace de temps ; par exemple, 
à une année, c’est-à-dire à l'unité de temps. L’exploitabilité 
la plus avantageuse sera , sans contredit , celle qui offrira le 
produit le plus considérable pendant cette unité de temps. 


Si nous divisons chacun des accroissements successifs que 
constate l'échelle de production par l'âge correspondant à 


306 DE L'AMÉNAGEMENT 

chaque degré d’accroissement, nous trouverons le terme 
moyen de chaque progression ; ces termes moyens vont être 
indiqués dans le tableau ci-dessous : 


TABLEAU HYPOTHÉTIQUE 


Indiquant l'accroissement d'un hec. de recru. 


QUOTIENT PRODUIT 
de la division du produit | annuel moyen en argent, 
de chaque période par sa à raison de 20 fr. 
durée, ou produit annuel le mètre cube 

et moyen en matière. 


SUCCESSION PRODUIT 
des correspondant 

périodes à chaque 

d’àäge. période. 


mc 20/000 
50 


1 
1 
I 
1 
2 
1 
1 


Les 3° et 4° colonnes de ce tableau désignent en matière 
et en argent le produit moyen de chaque période pour une 
année. Ainsi, l’exploitabilité à 10 ans ne donnerait qu'un 
mètre cube et 20/100 , ou 24 fr. par an; tandis que l’ex- 
ploitabilité à 40 ans donnerait 1 m. 90 c. , ou 38 fr. L’ex- 
ploitabilité à 50 ans , 2 mèt. cub. , ou 40 fr. ; et l’exploita- 
bilité à 70 ans, 1 mèt. cub. 60/100 , ou 32 fr. 

On voit immédiatement que la plus avantageuse de ces 
exploitabilités est celle que l’on fixerait à 50 ans , puisque 
c’est à cet age que correspond le produit moyen le plus élevé. 
Conséquemment, c’est à 50 ans que doit être réglée l'exploi- 
tabilité de ce bois pour que sa production soit un maximum : 
au-delà de cet âge , comme en decà , la production annuelle 
serait inférieure à celle qu’on obtient à 40 ans. 

Ce problème, posé par M. Buffon, se trouverait ainsi réso- 
lu ; on pourrait fixer par un calcul précis l'âge auquel on 


DES TORÊTS. 307 
doit couper les taillis pour que leur produit dans un temps 
donné soit le plus élevé possible ; mais il faudrait, avant tout, 
établir l'échelle d’accroissement des forêts , cette échelle 
que M. Varennes de Fenille veut trouver dans la mesure des 
grosseurs ; et M. de Perthuis dans la mesure des hauteurs. 
Nous avons vu que ces deux procédés seraient aussi inefficaces 
qu'impraticables : ce qu’il importe de connaître, c’est le pro- 
duit ou volume matériel du bois à ses différents âges ; afin 
d’en conclure l'échelle de production d’un bois donné, et par 
suite le maximum simple que M. Varennes de Fenille a vai- 
nement cherché, ou du moins dans la détermination duquel 
il s’est étrangement mépris ;, ainsi que nous le verrons 
bientôt. 


DEUXIÈME QUESTION SPÉCIALE. 


Nous avons trouvé tout-à-l’heure que c’est la période de 
40 ans qui donne l’accumulation forestière la plus utile; il 
en résulte la conséquence , qu’au lieu de couper à 10 ans le 
bois qui nous occupe , on devra le laisser croître jusqu’à 
50 ans, c'est-à-dire qu'il faudra prolonger l’accumulation 
forestière pendant encore 30 années , pour que le produit 
annuel-moyen de cette accumulation soit le plus élevé possi- 
ble. En eflet, à l'expiration de la période de 40 ans, l’exploi- 
tation donnera un produit qui, étant réparti sur les 40 années, 
sera de 2 mètres cubes ou de 40 f. par an ; tandis que ce pro- 
duit (exprimé simplement en argent) ne serait que de 24 f. 
dans l’exploitabilité à 10 ans , et de 32 f. dans l’exploitabi- 
lité à 70 ans. Finalement, il faut que l'accumulation forestière 
parcoure la période de 40 ans , pour que son développement 
réduit à l’annualité soit un maximum. 

Cependant si, au lieu d'attendre encore pendant 30 ans 
le produit de mon bois ; je livrais à l'exploitation la coupe 


308 DE L'AMÉNAGEMENT 

âgée présentement de 10 ans , je recueillerais un premier 
produit pécuniaire susceptible d’accumulation par les intérêts; 
j'aurais , dans 10 ans, un second capital qui viendrait se 
joindre au premier ; dans 20 ans, je recueillerais le troisième 
produit ; enfin dans 30 ans , ou au bout de la période de 
40 ans, le résultat d’une quatrième exploitation viendrait 
grossir encore l’agglomération de tous mes produits anté- 
rieurs : or , il nous importerait beaucoup de savoir si cette ac- 
cumulation de capitaux pécuniaires avec les intérêts composés, 
ne serait pas d'une valeur plus importante que l'accumulation 
matérielle de 40 feuilles, oude 40 accroissements progressifs. 

Pour résoudre cette nouvelle question, il faudrait connaître 
la loi qui préside à accroissement successif des bois , en 
d’autres termes à l'accumulation forestière , de même que 
nous connaissons la loi qui préside à l'accroissement des ca- 
pitaux pécuniaires ;, c’est-à-dire le taux de l'intérêt. 

Ceci nous amène à établir un parallélisme , un rapproche- 
ment entre l'accumulation forestière proprement dite et l’ac- 
cumulation des valeurs pécuniaires : rapprochement qui n’est 
autre chose que le problème du maximum composé, dont 
Varennes-Fenille a cherché , mais n’a pas trouvé la solution. 

La première des questions que nous venons d'examiner à 
pour but de nous apprendre à quel age il faut régler l’exploi- 
tabilité d’un bois pour en tirer le plus grand produit en ma- 
tière, ou en argent, mais abstraction faite des intérêts. La 
deuxième question a pour objet de trouver le moyen de déter- 
miner l'exploitabilité qui peut procurer le plus grand produit 
possible en argent eu égard aux intérêts. La combinaison des 
réponses que comportent ces deux questions serait la solution 
complète du problème que nous avons posé tout d’abord : 4 
quel âge doit-on fixer l'exploitabilité d’un bois pour en tirer 
le produit le plus avantageux possible ? 

Mais nous avons vu que, pour résoudre l'une et l’autre 


DES FORÈTS. 309 
des deux questions précédentes, il est indispensable de déter- 
miner préliminairement la marche de l'accroissement des 
bois , ou l'échelle de la production forestière. 


SECTION DEUXIÈME. 


RECHERCHES MODERNES SUR L'ACCROISSEMENT DES BOIS, 


Baudrillart s’est exprimé dans les termes suivants sur le 
sujet qui nous occupe : « Il n’est aucune partie de l'économie 
forestière sur laquelle on ait fait autant d'expériences que sur 
l'accroissement des taillis, et sur laquelle aussi on ait pré- 
senté des résultats plus variés. Que l'on consulte les ouvrages 
de tous les naturalistes et de tous les physiciens qui se sont 
occupés de cet objet, on verra que les résultats qu'ils ont 
présentés diffèrent entr’eux d’une manière quelquefois éton- 
nante ; cela tient, sans doute, au mode suivi dans ces expé- 
riences, aux localités où elles ont été faites, à la consistance 
plus ou moins serrée des taillis, et à d’autres circonstances 
particulières qui n’auront pas été bien appréciées. » 

Comment , en effet, n’existerait-il pas de choquantes dis- 
parates entre les résultats obtenus ? La production varie selon 
la nature des fonds, celle des essences, l’état du peuplement 
ou ses proportions , et selon que le climat est sec ou humide, 
froid ou tempéré , toutes circonstances qui peuvent à la ri- 
gueur se résoudre en une seule , Le degré de fertilité du sol ; 
ainsi , pour’ que des expériences fussent concordantes , ou 
au moins comparables entr’elles , il faudrait qu'ils eussent 
lieu sur des sols du même degré de fertilité , et de plus sur 
des forêts soumises à des traitements semblables. Pour s’en- 
tendre , on devrait donc commencer par établir une classifi- 
cation des forêts d’après la force productrice du sol. Cette 


310 DE L'AMÉNAGEMENT 

classification ; à laquelle les anciens auteurs français n'ont 
point songé , à été faite en Allemagne , ce pays où nous 
sommes obligés d’aller chercher des exemples , lorsque nous 
voulons citer des expériences aussi bien dirigées que soigneu- 
sement exécutées. 

Le plus célèbre des forestiers allemands , M. Cotta, a 
publié le résultat de ses observations sur les produits en ma- 
tière des principales essences de bois qui croissent dans ce 
pays , aussi bien qu'en France. Il a dressé , à ce sujet , des 
tables d’un haut intérêt, qu’il a fait précéder de quelques 
explications dont nous croyons convenable de placer ici une 
analyse. 

« Les produits en matière d’une forêt dépendent : 

« 1° De la fertilité du lieu où les bois végètent ; 

« 2° Du nombre d'arbres qui se trouvent sur une étendue 
déterminée ; 

« 3° De la constitution physique de ces arbres ; 

« 4° Du traitement auquel ils sont soumis ; 

« 5° De leur âge , ou du terme de leur exploitabilité. 

« Entre la plus grande fertilité et la stérilité absolue des 
terres , il est une quantité indéfinie de termes intermédiaires 
ou de nuances déterminées par les diverses combinaisons du 
sol et de la température ; la nature des choses ne permet 
point d'apprécier toutes ces diflérences. Cependant , pour 
mettre de l’ordre dans les idées, nous sommes obligés d’éta- 
blir des classes dans l'appréciation des produits des forêts ; 
et, si nous n’en admettons qu'un trop petit nombre , ce qui 
est d’une nature très différente se trouvera confondu dans une 
même classe , et Le but des distinctions se trouvera tout-à-fait 
manqué. 

Par ces motifs , les trois classes que l’on désigne commu- 
nément par les expressions de bon, médiocre et mauvais sont 
évidemment insuflisantes; nous leur donnerons de l'extension, 


DES FORÈTS. 311 
tout en conservant l'idée qu'elles présentent , en divisant 
chacune des deux premières en trois et la dernière en quatre 
subdivisions : ce qui fait dix classes auxquelles nous nous 
arrétons. 

ce Mais l’objet principal est que nous nous fassions une idée 
précise de ces classes et de leur dénomination ; à cet effet , 
nous nous servirons de la quantité de bois d'une essence déter- 
minée qu’il est possible d'élever, par un traitement convenable, 
jusqu’à un certain âge sur une contenance donnée. Nous in- 
diquerons les produits pour un hectare de chaque essence , 
et nous les exprimerons en mètres cubes supposés pleins , 
c’est-à dire sans aucun interstice entre les buches que peut 
comprendre le cadre d'un mètre cube. 


« Les tables de M. Cotta présentent donc, pour dix classes 
de sol , la gradation du volume des bois à partir de la nais- 
sance des recrus jusqu'à l’âge le plus reculé. Les produits 
sont désignés tels qu'on les obtient dans les forêts d’une com- 
position homogène, soumises au régime rationnel des éclair- 
cies, et lorsque l’accroissement n’est point entravé par d’autres 
causes que celles qui surviennent naturellement dans les fo- 
rêts de notre climat. Il est peu de forêts, parvenues à l’état de 
futaies pleines, qui n’aient jamais été endommagées par les 
insectes, atteintes par les gelées, par la grêle, ou dont la vé- 
gétation n’ait été retardée par des températures nuisibles ; de 
semblables accidents, qui se présentent souvent dans la mar- 
che ordinaire de la nature , ont été portés en ligne de compte 
dans toutes nos expériences sur l'accroissement des bois. 


« Au surplus, ces tables, ajoute M. Cotta , n’atteignent ni 
les plus grands , ni les plus faibles produits. Il est des cas 
isolés et exceptionnels où l’hectare , à 100 ans, contient plus 
de bois qu'il n’en est annoncé dans la 10° classe , et il existe 
d’autres sols qui n’en produisent pas autant que l'indique la 


RE ne 21 


312 DE L'AMÉNAGEMENT 
1€ classe ; mais ces anomalies n’ont point été prises en con- 
sidération. » 


Les expériences en grand sur l'accroissement des bois , 
dont Buflon avait proclamé l'importance et reconnu la diffi- 
culté, ces expériences que nous avons vainement cherchées 
dans les ouvrages des auteurs francais * , nous en trouvons les 
résultats consignés dans une suite de tables dressées par 
M. Cotta. La haute position que cet habile forestier occupe 
dans l’administration des forêts de la Saxe , l’a mis à portée 
de se livrer à de longues et minutieuses observations sur ce 
sujet , et de constater la marche de l'accroissement physique 
des bois , avec toute la précision que peut comporter celte 
nature de recherches. 


Parmi les diverses tables publiées par M. Cotta , celle qui 
nous a paru représenter le plus approximativement la pro- 
gression d’accroissement des forêts moyennes de la France, 
est la table relative à l'essence chêne, essence la plus répan- 
due dans nos forêts; et dans le nombre des 10 classes de cette 
table, dont la 1"° exprime la production du sol le moins ri- 
che, et la 10° la production du sol le plus fécond, nous avons 
choisi pour type , non pas la 5° classe ou la classe intermé- 
diaire entre les extrèémes , mais seulement la 3° classe ; le 
motif de ce choix a été de rester sciemment au-dessous des 
limites de la réalité, plutôt que nous exposer au reproche 
d’exagération. 

Nous attribuerons une valeur pécuniaire au mètre cube , 
afin de pouvoir indifféremment , et selon la diversité des 
points de vue , exprimer la production des forêts par le vo- 


* Il est peu surprenant que la France , qui possède des forestiers du 1er ordre, ait 
été devancée sur ce point par Allemagne , pays où l'exploitation des bois s’opère sous 
la direction des agents eux-mêmes ; tandis qu’en France, elle est abandonnée à Pin- 
dustrie commerciale. 


DES FORÈTS. 348 
lume matériel ou par le prix correspondant à ce volume. Ce 
prix sera de 20 fr. par mètre cube solide. Ce chiffre repré- 
sente la valeur vraie de la production des âges inférieurs et 
moyens; mais il est évidemment faible pour la production 
en haute futaie. Toutefois, nous avons adopté un prix uni- 
forme pour simplifier nos démonstrations, et, d’un autre côté, 
nous avons voulu que nos calculs fussent empreints de la mo- 
dération la plus manifeste. Voici la table que nous avons 
extraite du recueil de M. Cotta : 


TABLE 


DES PRODUITS EN MATIÈRE, 


Qu'on peut obtenir dans la succession des âges d'un hectare 
de bois de l'essence chéne qui croit en massif serré , 
el qui est soumis au régime des éclaircies. 


PRODUIT 


AGES PROGRESSIFS. 


EN 
MÈTRES 


AGES PROGRESSIFS, 
AGES PROGRESSIFS, 


+ 
B % = 
Z a 
2 
S © 
E 
Se 
Z & 
E] 


ER: 
=È 
ea À 
= À 
[==] 
À 


EN ARGENT À 
RAISON DE 
20 F.LE v.c. 


EN ARGENT A 
RAISON DE 
20 r.LE 4.c. 


314 DE L'AMÉNAGEMENT 


Suite de la Table précédente. 


PRODUIT à PRODUIT 


a Ù PRODUIT 

a, À | mm D | _—— 

Ce ë < » S ë € a © 

EN EAEL © EN FRE © EN AE 

mères [56 À mèrres |S € es mères |© 6 n 

CUBES. " 28 5 CUBES. a SE 5 CUBES. Re. <S| 

A GG A  G\É H 
m. c. ans mie; ere ans me: CNCE 
107 410 | 209 535 153 | 301 88 
109 Ai | 214 76 à 154 | 3503 77 
114 112 | 214 18 455 | 505 61 
114 415 | 216 56 456 | 307 46 
116 114 | 218 94 157 | 509 30 
118 115 | 221 938 458 | 311 145 
120 116 | 224 39 459 | 512 90 
123 417 | 295 95 160 | 314 80 
195 118 | 228 95 161 | 316 64 
197 419 | 250 58 162 | 518 249 
129 120 | 232 88 1 165 | 320 29 
151 191 | 235 13 164 | 322 10 
134 192 | 2357 43 1 165 | 325 90 
136 193 | 258 91 4 166 | 325 74 
138 194 | 242 02 5 167 | 327 51 
1Z1 195 | 24% 45 1 168 | 329 31 
143 196 | 246 537 169 | 531 12 
145 197 | 248 58 170 | 532 92 
1438 198 | 250 84 1 171 | 554 68 
150 199 | 253 01 1 172 | 536 49 
152 4130 | 255 18 173 | 558 25 
455 151 | 257 40 474 | 540 01 
157 152 | 259 57 175 | 541 53 
160 4535 | 261 T0 A 176 | 543 54 
162 1354 | 263 83 h 477 | 545 26 
165 155 | 265 97 h 178 | 547 02 
167 136 | 268 06 A 179 |! 348 T4 
169 451 | 220 45 180 | 550 47 
172 138 | 272 929 A 181 | 552 145 
174 159 | 274 95 1 182 | 354 12 
177 140 | 276 50 183 | 555 59 
179 A 141 | 278 51 118% | 557. 51 
182 H 142 | 280 52 H 185 | 358 99 
184 1 145 | 282 53 E 186 | 560 68 
187 14% | 284 99 H 1487 | 562 40 
189 à 145 | 286 50 H 158 | 564 08 
192 A 146 | 288 2 1 489 | 365 80 
194 à 447 | 290 924 Ü 190 | 567 48 
4197 148 | 292 91 à 191 | 369 16 
199 1 149 | 29% 147 à 192 | 570 80 
202 Û 450 | 296 14 A 493 | 322 85 
204 Ë 151 | 298 07 A 4194 | 574 1T 


206 Ë 159 | 299 99 H 195 | 575 72 


DES FORÈTS, 315 


Suite de la Table précédente. 


FA PRODUIT É PRODUIT É PRODUIT 
É FPE £ É PT ae) ë , n 
8 EN ès) © EN EEE 8 EN ZA 
e nèrrs [© 68) * uèrres [© 8 AÛ * mères [23 À 
[e] , < 2 rs] 7 < 2 E A { si 206 
oi CUBES. z s£) E CUBES. . | E CUBES z 2e ; 
D ans. | m.c. c'e ans. m:c: c'e ans. | m.c, c“* 
196 | 377 34 218 | 408 11 A 240 | 450 83 
197 | 578 88 219 | 409 30 1 241 | 431 65 
198 | 380 244 2920 :| 410 249 D 242 | 432 41 
199 | 381 96 1 221 | 411 68 A 243 | 435 929 
200 | 583 47 H 292 | 419 83 1 244 | 454 11 
201 | 384 99 1 225 | 413 98 245 | 454 89 
202 | 386 46 1 2924 | 415 12 Û 246 | 455 63 
203 | 587 94 9295 | 416 2 4 247 | 456 36 
204 | 389 42 H 226 | 417 30 1 248 | 457 06 
205 | 590 85 1 227 | 418 536 N 249 | 437 76 
206 | 392 929 1228 | Z19 43 1 250 | 438 45 
207 | 393 68 299 | 4920. 49 2541 | 439 11 
208 | 395 08 1 230 | 491. 59 1 252 | 439 77 
: 209 | 396 47 231 | 422 50 1 253 | 440 49 
210 | 397 82 232 | 493 49 954 | 441 04 
911 | 399 18 233 | 494 47 955 | 441 61 
212 | 400. 49 234 | 4925 46 1 256 | 449 95 
213 | 401 80 H 255 | 426 40 H 257 | 442 80 
214 | 403 141 236 | 427 50 258 | 443 33 
215 | 404 38 1 257 | 428 920 259 | 443 87 
216 | 405 65 H 258 | 429 11 9 260 | 444 40 


1 217 | 406 88 | 1 259 | 429 07 


SECTION TROISIÈME. 


CONSÉQUENCES TIRÉES DES DERNIÈRES RECHERCHES SUR 
L'ACCROISSEMENT DES BOIS. 


La table que nous venons de présenter d'après M. Cotta, 
nous fait connaitre l'échelle de production d’une forêt d’un 
peuplement homogène , traitée suivant la méthode des 
éclaircies , et conduite ainsi depuis la naissance du recru 
jusqu'à l’âge de 260 ans, c’est-à-dire jusqu'à l'extrême li- 
mite que la nature pourrait avoir posée à l'accroissement des 
arbres. Le type que nous avons choisi se rapproche autant 


316 DE. L'AMÉNAGEMENT 

que possible de la moyenne des forêts de notre climat, en 
sorte que les déductions qui découleront de ces prémisses 
seront susceptibles d’être comprises dans le sens le plus gé- 
néral. 

Dès-lors, nous nous trouvons en position de reprendre 
les deux problèmes que nous avons formulés précédemment , 
mais que nous n'avons pu résoudre faute de données posi- 
tives. Le premier de ces problèmes a pour objet de déter- 
miner la période d’exploitabilité d'une forêt , qui donne le 
plus grand produit moyen, en d’autres termes, qui porte le 
produit en matière de la forêt, au maximum simple. 

Nous avons vu que, pour trouver le plus grand produit 
moyen , il faut déterminer la moyenne du produit correspon- 
dant à chaque âge; c’est-à-dire qu'il faut diviser chaque 
produit de la table précédente par le nombre d’années qui 
est en regard de ce produit. Afin d'éviter des calculs sur- 
abondants , nous ne ferons cette division que par périodes de 
10 ans, nous rapporterons les quotients de ces divisions 
dans le tableau suivant, en regard des produits absolus ex- 
traits de la table précédente ; mais nous nous bornerons à 
exprimer ces quotients en mesures de solidité , la conver- 
sion de ces quantités en valeurs pécuniaires, pouvant se 
faire par la simple multiplication de chaque terme par 20 , 
prix que nous avons assigné au mètre cube solide. 


DES FORÊTS. 3 1 7 
TABLEAU 


INDIQUANT PAR PÉRIODES DE 10 ANS LE PRODUIT ABSOLU-ET LE PRODUIT MOYEN 


D'un hectare de bois d'essence chêne , et du degré de fertilité 
représenté par la 3° des classes de M. Cotta. 


À PÉRIODES | PRODUIT ABSOLU PRODUIT PRODUIT 
; DE MOYEN OÙ & MOYEN OU À 
D'AGES. | CHAQUE PÉRIODE. ANNUEL. À D'AGES. | CHAQUE PÉRIODE. ANNUEL, 


mèt. cub. 

9 
29 
31 
54 
13 
92 
114 
156 
160 
184 
209 
232 
255 


En pn bn ln bn be bn in be bn en be Ÿ 
D je bin bin joe pün be bin fn bn bn jou bon À 


Il suit de ce tableau que, dans les forêts analogues à la 3° 
des classes de M. Cotta, l'exploitabilité qui donne le plus 
grand produit moyen ou annuel, est celle qui n’est pas 
moindre de 140 ans, et qui ne s'élève pas au-dessus de 
160 ans. Entre ces deux limites le produit moyen est sta- 
tionnaire ; ainsi, supposons qu'il s'agisse ici d'une forêt de 
100 hectares : 

L’exploitabilité , étant réglée de 140 à 160 ans, donnera 
marelement in produn de . . .". - : . 7 . : 197m.c. 
L'exploitabilité réglée à 130 ans donnerait 196 id. 
L’exploitabilité portée à 170 donnerait . . . 196 id. 

En de cà ou au-delà, la production est inférieure à ces 
chiffres. Dans cette forêt, le maximum simple s'établira 


318 DE L'AMÉNAGEMENT. 

donc vers l'age de 140 à 160 ans. Ce résultat annonce que 
M. Varennes-Fenille est tombé dans une bien grande erreur, 
quand il a avancé que le gouvernement ne s’écartait pas beau- 
coup du maximum d’accroissement en réglant à 30 ans la 
coupe des taillis situés en bon fonds. Il est à remarquer qu'il 
s'est trompé non seulement sur la durée de la période, mais 
encore dans cette assértion que ce maximum d’accroissement 
réduit par lui à 30 ans au lieu de 140 ou 160 ans, ne peut 
se réaliser que dans les bons fonds. Les 10 tables de 
M. Cotta, soumises à des calculs semblables à ceux dont 
nous venons de présenter les résultats, prouvent que, quel que 
soit le degré de fertilité du sol (à l'exception bien entendu 
des fonds stériles), c’est toujours entre 140 ans et 160 ans 
que doit être fixée l’exploitabilité, si l'on veut obtenir du 
fonds de bois le plus grand produit moyen. 

Pour établir ce dernier point dont l’importance en écono- 
mie forestière s’apprécie facilement, nous ne rapporterons 
pas pour chaque classe le travail que nous avons exécuté, 
nous nous bornerons à présenter ci-dessous deux tableaux 
analogues à celui qui précède : ces deux tableaux s’applique- 
ront aux deux classes extrêmes de la production forestière , 
c'est-à-dire à celle des plus mauvais fonds de bois et à celle 
des meilleurs. 


DES FORÈTS. 319 
TABLEAU 


INDIQUANT PAR PÉRIODES DE À 0 ANS LE PRODUIT ABSOLU ET LE PRODUIT MOYEN 


D'un hectare de Lois d'essence chéne , et du degré de fertilité 
représenté par la 1"° des classes-de M. Cotta. 


PÉRIODES | PRODUIT ABSGLU PRODUIT À PÉRIODES | PRODUIT ABSOLU PRODUIT 
DE MOYEN OU DE MOYEN OU 
D’AGES. | CHAQUE PÉRIODE. ANNUEL. À D’AGES. | CITAQUE PÉRIODE. ANNUEL, 


mèêt. cub, 
162 
174 
185 
495 
206 
216 
295 
254 
244 
947 
255 
257 
261 


ir] 


le lee De res je mt 


On voit par ce tableau que dans les moins bons sols comme 
dans les meilleurs, le maximum simple ne s'établit que 
dans la période de 140 à 160 ans ; mais ce maximum n’est 
dans ce cas-ci que de 1 m. c. 16 / 100 , tandis qu'il est de 
4 m.97c. dans la 3° classe représentée par le tableau qui 
précède. 

Nous passons actuellement à la 10° classe qui exprime la 
production des meilleurs fonds de bois. 


320 DE L'AMÉNAGEMENT 


TABLEAU 


INDIQUANT PAR PÉRIODES DE À 0 ANS LE PRODUIT ABSOLU ET LE PRODUIT MOYEN 


D'un hectare de bois d'essence chéne, et du degré de fertilité 
représenté par la 10° des classes de M. Cotta. 


PÉRIODES | PRODUIT ABSOLU PRODUIT. À PÉRIODES | PRODUIT ABSOLU PRODUIT 
DE MOYEN OÙ À DE MOYEN OU E 
D’AGES. |CIAQUE PÉRIODE. | ANNUEL, D’AGES. | CHAQUE PÉRIODE. | ANNUEL, 


| 
—— —— | —___—__…__— | ——— 


mèt. cub. 


ans. 1 m. C. 
10 2% 50 2. 40 4 8 
20 55 14 2 76 4 8 
50 92 45 5 08 Z 81 
40 1535 66 3 354 4 178 
50 478 55 5 051 4 15 
60 296 93 3 18 4 T 
70 978 60 5 98 4 68 
80 533 33% 4 AT 4 62 
90 590 93 4 54 Z 55 

100 451 00 4.051 4 4T 

4110 511 06 4 65 4 38 

4 TA 4 98 
4 A 


Dans cette 10° classe de même que dans les 1° et 3°, 
c’est toujours la période de 150 ans (à peu prés) qui donne 
le plus grand produit moyen ou le maximum simple. Ce 
produit toutefois est ici de 4 m. 682 / 100, quantité supé- 
rieure à celles qui expriment la production-maximum dans 
les deux classes dont nous venons de nous occuper. 

Des calculs de la même forme, appliqués à toutes les 
autres classes de la table de Cotta ( relative à l’essence 
chêne ), font constamment apparaitre le maximum entre 
les âges de 140 à 160 ans. En cela, les différentes 
qualités de sol ne laissent apercevoir aucune influence ; 
mais celte influence se révèle dans les qualités des produits- 
maximums, qui vont en s'élevant graduellement de la f”° 


DES FORÈTS. 321 
à la 10€ classe : ainsi que nous allons le montrer dans le pe- 
tit tableau ci-après, où nous mettrons en opposition pour 
chaque classe la production-maximum, c’est-à-dire celle 
qui correspond à 150 ans, avec celle que donnerait l’ex- 
ploitabilité à 20 ans ; exploitabilité qui peut être considérée , 
non comme la plus restreinte possible, puisqu'il est des 
bois exploitables à 10 ans, et même à un âge moindre, mais 
comme une exploitabilité déjà très inférieure, et au-dessous 
de laquelle, la production forestière ne mérite plus guère 
de fixer l’attention des économistes. 


TABLEAU 
INDIQUANT LE PRODUIT MOYEN 


D'un hectare d'essence chéne aux âges de 20 ans et de 150 ans 
dans chacune des 10 classes de M. Cotta. 


NUMÉROS PRODUITS MOYENS OU À NUMÉROS PRODUITS MOYENS OU 
DES ANNUELS QUE DONNERAIT À DES ANNUELS QUE DONNERAIT 
casses | L’exrLorranitité À 20 ans, Ê crasses | L’exPLorrairiTé À 150 ans .Ë 
DE a Le an, E PL, | fR 


M. COTTA. Ê M. COTTA. 


sun À mecr. | sur 100 n. À sur À uecr. | sur 100 u. Ë 


C. 


Q 


m. 
0 
0 
1 
1 
1 
1 
2 
2 
2 
2 


& & & O1 O1 RO 19 = Le En 7 


Ce tableau nous offre un moyen facile d'apprécier, d’une 
part, l'influence qu'exerce sur la production forestière 
l'amplitude de la période d’exploitabilité à laquelle les bois 
sont soumis, ct, de l'autre, le degré de fertilité du sol où ces 
bois sont élevés, 


322 DE L'AMÉNAGEMENT 

Si nous comparons l'un à l’autre les termes extrêmes du 
tableau , c’est-à-dire , si, restant dans la même exploitabilité , 
nous comparons entr'eux les produits de la 1"° et de la 10% 
classe , nous trouvons : 

Que, dans l’exploitabilité à 150 ans, le mauvais sol ne 
donne qu’un produit annuel de 1 m. c. 16 / 100 , tandis que 
le sol de la 10° classe ou de la meilleure qualité donnerait 
un produit de 4 m. c. 82/100 ; c’est-à-dire que le produit 
annuel serait à peu près 4 fois plus considérable dans la 
meilleure forêt que dans la mauvaise. 

Un pareil rapprochement entre les extrêmes de l’exploita- 
bilité à 20 ans conduirait à un rapport conforme à celui que 
nous venons d'énoncer. Ce rapport, en effet , serait exprimé 
par les chiffres 66 m. c. et 276 m. c., dont le second est 
à peu près quadruple du premier. 

Ce résultat, sans doute, n’a rien qui doive étonner : il 
est facile de concevoir que, dans des temps égaux , la pro- 
duction d’un excellent sol soit quadruple environ de la pro- 
duction d’un sol de la dernière qualité ; mais une remarque 
qui peut surprendre , c’est que, d’une part, bien qu'il y ait 
entre les productions respectives une disproportion aussi 
grande , les mauvais fonds de bois ne sont pas moins sus- 
ceptibles que les meilleurs de se prêter à l'éducation de la 
futaie , et que, de l’autre , quel que soit le degré de richesse 
où de médiocrité du sol, le plus haut produit de cette futaie 
se manifeste au même âge (vers 150 ans) dans l’une et l'au- 
tre forèt. Ce rapport de similitude que les expériences de 
M. Cotta établissent d’une manière positive, démontre, 
contrairement à un préjugé, dont ne sont point exempts 
même des forestiers très instruits, qu’un sol médiocre, nous 
dirions presque un sol de la dernière qualité ; peuplé d'es- 
sences longévives, peut nourrir de la futaie , et que cette 
futaie peut être conduite utilement jusqu'à l'âge de 150 ans; 


DES FORÈTS. 323 
c'est-à-dire jusqu'au terme où son produit moyen est le plus 
grand possible : une proposition aussi grave mérite toutefois 
d’être examinée avec maturité. Nous nous en occuperons de 
nouveau un peu plus loin , après avoir épuisé le sujet que 
nous traitons en ce moment. 

Le sol influe donc d’une manière très marquée sur la quo- 
tité de la production forestière. C’est un point établi par 
l'expérience, et qui le scrait au besoin par le simple bon 
sens : on pourrait donc dire qu'à cet égard les tables de 
M. Cotta ne nous révèlent qu'une vérité généralement connue; 
mais ce que ces tables nous apprennent très réellement, 
c’est le rapport précis entre les productions d’un bon et 
d'un mauvais sol : elles nous permettent d’énoncer numéri- 
quement un rapport dont notre esprit, réduit à ses propres 
ressources, ne peut avoir qu'une perception vague ct confuse. 

Un autre rapport que nous déduirons du même tableau est 
celui qui existe entre les productions correspondantes à des 
exploitabilités extrèmes, dans un sol d'un degré de fertilité 
donné. 

Nous entendons encore ici par exploitabilités extrêmes, 
celles qui correspondent aux âges de 20 à 150 ans ; c’est-à- 
dire celles qui donnent, d’une part , les produits les plus fai- 
bles, et de l’autre les plus élevés, en négligeant comme 
nous l’avons déjà fait, toute exploitabilité inférieure à 20 ans. 


Dane 15e élésée , le produit moyen à 20 ansest de 0" c. 66 

le produit moyen à 1 50 ansestde 1 16 

Le second de ces produits étant à très peu près double de 

l’autre, il faut en conclure que l’exploitabilité à 150 ans 

donne une production double de celle que donnerait dans un 
sol semblable l'exploitabilité à 20 ans. 


f le produit moyen à 20 ansest de 1" c. 60 


Dans la 5° classe 
? [leproduitmoyen à 150 ansestde2 79 


4 DE L'AMÉNAGEMENT 


19 


5 

Le rapport de ces deux produits s'éloigne peu du précé- 
dent ; ainsi, dans cette classe encore, l'exploitabilité en fu- 
taie donnerait un produit double à peu près du produit à 
20 ans. 


( le produit moyen à 20 ansestde2"c. 76 


re S 1: Ê 1: ! x Q « ro 
Dane 107 ce, | le produit moyen à 1 5 0 ans est de 4 82 


Nous retrouvons encore, dans la 10° classe, le même 
rapport du simple au double remarqué déjà deux fois. 

En résumant ce qui précède, on constate les faits suivants : 

1° Tous les sols où peut croître le bois, depuis le moins 
bon jusqu’au meilleur ; sont susceptibles de produire de la 
futaie en massif serré. 

20 Quelle que soit la qualité du sol, le plus grand produit 
annuel ou moyen, ne s'obtient que vers l’âge de 150 ans 
(dans les forêts de chênes), c'est-à-dire lorsque le bois est 
arrivé à l’état de haute futaie. 

3° La production forestière, comparée du moins bon sol au 
meilleur , présente une proportion de 1 à 4 environ, quelle 
que soit d'ailleurs la période d’exploitabilité. 

4° Cette production , envisagée sous le rapport du terme 
d'exploitabilité dans une même classe de sol, présente gé- 
néralement la proportion de 1 à 2, entre les produits an- 
nuels à 20 ans et les produits annuels à 150 ans. 


Nous tirerons de ces apercus une conséquence pratique 
que la réflexion peut bien révéler d’une manière plus ou 
moins claire, mais que le calcul seul à la puissance de con- 
vertir en vérité démontrée. 

Supposons une forêt d’une étendue assez considérable pour 
qu'il soit question d'y établir à la fois des exploitations en 
tallis, et des exploitations en futaie ; nous avons reconnu 
qu'il est possible d'élever de la futaie dans presque tous 
les sols; nous savons d’ailleurs que les meilleurs terrains 


DES TORÈTS. 325 
doivent ètre destinés de préférence à la futaie, par cette 
considération facile à saisir, que ces terrains sont ceux qui 
doivent favoriser davantage le développement complet de la 
futaie , et lui permettre d'atteindre à ces belles dimensions 
qui donnent aux arbres une si grande valeur relative. 

Pour fixer les idées, soit une forêt où l’on trouve des 
parties analogues , les unes à la 1", les autres à la 5°, et 
d’autres à la 10° des classes de M. Cotta, c’est-à-dire, 
pour énoncer les mêmes idées en d’autres termes, soit une 
forêt dont le sol présente du mauvais , du médiocre et du très 
bon : nous allons exprimer par des chiffres la perte de pro- 
duction qui résulterait du placement des taillis dans les bons 
sols, et des futaies dans les mauvais ou les médiocres ; ces 
chiffres sont présentés au petit tableau ci-après : 


TABLEAU COMPARATIF 


De la production en taillis et en futaie suivant la diversité des sols. 


NUMÉROS PÉRIODES PRODUITS MOYENS OU DIFFÉRENCES ENTRE LES 


DES D’EXPLOITA- ANNUELS DANS UNE PRODUCTIONS DES DEUX EX- 


CLASSES. BILITÉ. FORÈT DE 100 ecr. PLOITABILITÉS COMPARÉES. 


Ce rapprochement nous fait voir que sur un mauvais sol , 
l'infériorité de la production en taillis à 20 ans, sur la pro- 
duction en futaie à 150 ans, serait annuellement de 50 mè- 
tres cubes dans une forêt de 100 hectares ; 


326 DE L'AMÉNAGEMENT 

Que, dans un sol médiocre, l'infériorité serait exprimée par 
119 mètres cubes ; 

Enfin que , dans un sol de la meilleure qualité , l'infério- 
rité de la production en taillis comparée à celle de la futaie 
serait de 206 mètres cubes. 

En d’autres termes, on perd en production annuelle à 
élever un bois en taillis à 20 ans, au lieu de l’élever en futaie 
à 450 ans pour une forêt de 100 hectares, savoir : 


Dans un mauvais sol . . . . . . 50 mètres cubes. 
Dans un sol moyen . . . . . . . 119 
Dans un sol excellent . . . . . . 206 

Par où l’on voit que dans une forêt où l’on rencontrerait 
diverses qualilés de sol, et où l’on aurait à assigner un ter- 
rain au taillis, et un autre à la futaie, on a le plus grand 
intérêt à attribuer * les moins bons sols à la production des 
taillis, et les meilleurs à la production en futaie : ceci sup- 
pose cependant que les autres circonstances sont semblables 
entre les diverses parties de la forêt ; c’est-à-dire notamment, 

Gt . x A LA 
que l’essence soit de nature à se prêter également, dans les 
bons comme dans les mauvais sols, à la création d’un massif 
? 
de futaie : cette dernière considération, ainsi qu'il est facile 
; q 
de le comprendre, est d’une importance radicale ; on ne 
P ? ; 

x A ’ . “ « . 
peut, à coup sur, élever de la futaie que là où en existent 
les éléments. 

Ce n’est pas qu'il soit à beaucoup près impossible d'élever 
en futaie toute autre essence que les bois doués d'une longue 
existence; les bois blancs eux-mêmes dont la vie parait si 
bornée comparativement à d’autres espèces, peuvent parve- 


r On voit qu'il importe de bien constater les diverses nuances du sol; mais les son- 
dages , ou l'examen physique des terres a bien moins de valeur à cet égard que l’as- 
pect des arbres, dont les racines sont la meilleure sonde dont on puisse faire 


usage. 


DES FORÊTS. y 
nir à l’état de futaic. Mais quelle que soit l'essence destinée 
à croître en futaie, il est nécessaire que le massif soit com- 
posé d’une seule espèce d'arbres, ou de plusieurs espèces 
analogues , ou tout au moins que l'essence ou les essences 
que l’on veut conserver en futaie soient assez dominantes 
pour que la première éclaircie puisse amener le bois à une 
composition homogène, sans détruire l’état serré qui est la 
condition fondamentale de ce mode d'aménagement. On 
peut inférer de ces observations qu'il est peu de forêts qui ne 
soient susceptibles d’être traitées en futaies ; mais les révo- 
lutions d’exploitabilité, qui donnent les plus hauts produits 
moyens , sont d'autant moins longues que les bois sont d’une 
espèce plus éloignée de la classe des bois durs. Dans tous les 
cas, ce maximum de production ne se présentera que dans 
les bois parvenus à l’état de futaie : état qui se fait moms 
attendre dans les forêts peuplées de bois tendres que dans 
les forêts résineuses, et moins attendre dans celles-ci que 
dans les forêts peuplées de chênes et de hètres. 

En appliquant à toutes les tables d'expérience , données par 
M. Cotta sur l'accroissement des bois, des calculs analogues 
à ceux dont nous avons déjà présenté les résultats par rap- 
port à l'essence chène, nous avons trouvé pour les diverses 
essences qui peuplent nos forêts , les périodes d'exploitabilité 
indiquées au tableau ci-après. 


T. Il, “si à 


328 DE L'AMÉNAGEMENT 


TABLEAU 


FAISANT CONNAÎTRE LES TERMES D'EXPLOITABILITÉ 


Que chaque espèce de bois doit atteindre pour donner le plus 
haut produit moyen, ou le maximum simple. 


NATURE ESSENCES PÉRIODES 


DES BOIS OÙ TORÈTS. COMPOSANTES. D'EXPLOITABILITÉ. 


ne 


Bois durs. RES à 160 ans. 


Epicéas. x 120 


Sapins. 
Pins. 
Mélèzes. 
Érables. 
Bois blancs. “ Frènes,. 
Ormes. 
Bouleaux. 
Aunes, 


Bois résineux. 


Bois tendres. 


La période d’exploitabilité, qui porte au maximum le pro- 
duit moyen ou annuel d’une forêt , est, comme le fait voir le 
tableau précédent *, d'autant plus prolongée que l'essence 
se rapproche davantage de la constitution propre aux bois 
durs : la période la plus longue est, ainsi que nous l'avons 
vu plus haut, celle relative à l'essence chène ; elle est abso- 
lument la même pour le hêtre. La plus courte est celle rela- 
tive aux essences désignées génériquement par le nom de 
bois tendres. Une forêt de chênes ou de hêtres ne donne donc 
son produit-maximum qu'à la révolution de 140 à 160 ans, 


1 M. Cotta n’a point donné de table sur le charme , le tilleul ; mais il est facile de 
classer ces deux espèces de bois : la première parmi les hois blancs, et la deuxième 
parmi les bois tendres. Quant aux essences secondaires , des expériences seraient su- 
perlues, puisqu'elles n’entrent jamais que très accessoirement dans la composition des 
forèts, et qu’elles disparaissent dans les éclaircies successives. 


DES. FORÈTS 329 
et une forèt de bouleaux ou d’aunes présente le sien à la 
révolution de 55 à 65 ans; or, un bouleau de 65 ans se 
trouve au même degré relatif de maturité qu’un chêne de 
160 ans. Ces deux arbres sont arrivés à l’état de futaie , c’est- 
à-dire qu'ils ont atteint tous deux l'époque de la plus haute 
fécondité, par conséquent celle où la régénération par les 
semences est la plus assurée, et en même temps l'âge où la 
reproduction par les souches est devenue impossible. Ainsi, 
nous devons tirer de là cette conclusion : Que toute forêt 
quelconque ne donne son produit-maximum en matière , 
que quand elle est parvenue à l’état de futaie; nous devons 
ajouter la remarque que les tables de M. Cotta prouvent que 
sur ce point, il en est de tous les bois en général comme du 
chène en particulier : le maximum simple * s’obtient à la 
même exploitabilité, quelle que soit la classe à laquelle 
appartienne le sol de la forêt. 

Ainsi se trouve résolu le problème posé par Buffon, et 
dans l'étude duquel M. Varennes de Fenille s'est égaré ; 
mais , pour dissiper jusqu’au dernier doute sur la rigueur de 
cette solution , nous irons au-devant d’une objection facile à 
prévoir. — Vous avez démontré, peut-on nous dire, d’après 
les tables de M. Cotta, que les forêts ne donnent des produits- 
maximums que quand elles sont traitées en futaies ; mais 
votre conclusion est contestable , si l'exactitude des expé- 
riences de M. Cotta n'est pas établie irréfragablement. 
— Nous pouvons déjà répondre , en nous servant des expres- 
sions d'un auteur français * , que « les tables de M. Cotta 
ont été accueillies en Allemagne avec l'empressement qu'ex- 


* Ou plutôt maximum matériel. Cette dernière expression serait peut-être plus ca- 
ractéristique ; et Loutefois nous respecterons celle à laquelle se rattache le nom, juste- 
ment honoré, de Varennes de Fenille. 

2 M. de Salomon, qui a publié un savant traité d'aménagement , et une traduction 
de M. Cotta. 


330 DE L'AMÉNAGEMENT 

citent naturellement les productions d’un génie supérieur , et 
qu'elles ont obtenu le suffrage général des forestiers de ce 
pays où la culture des bois est parvenue à un si haut degré 
de perfection. 

Afin de nous placer sur le terrain le plus favorable à l’ob- 
jection , nous admettrons , en premier lieu , que des tables 
du genre de celles dont il s’agit ne contiennent jamais que 
des données simplement approximatives ; et, allant ensuite 
beaucoup plus loin, nous supposerons que les tables de 
M. Cotta, en particulier ‘ , sont entièrement erronées, et 
qu'on ne doit leur accorder aucune confiance. Eh bien ! 
ces concessions , tout extrêmes qu’elles seront , n’infirmeront 
aucunement nos conséquences , et ne porteront aucune at- 
teinte à la certitude de ce principe : Que c’est à l’élat de 
futaie que les forêts donnent leurs produits-maximums. 

Toutefois les preuves, qui porteront jusqu’au dernier degré 
d’évidence la vérité de ces assertions, ne peuvent trouver 
place que dans le chapitre suivant. Nous renvoyons égale- 
ment à ce chapitre Pexamen de diverses questions qui , bien 
qu’elles aient une relation étroite avec le sujet que nous trai- 
tons en ce moment , ne peuvent guère être résolues avec 
toute la clarté désirable , qu'après des développements qui 
tiennent à un autre ordre d'idées. Nous énoncerons seule- 
ment ici quelques-unes des questions dont il s’agit : 

19 Est-il très important que chaque forêt soit réglée à 
son exploitabilité-maximum ? 

2 Éprouverait-on une grande perte à fixer l'exploitabilité 
un peu au-dessous ou un peu au-dessus du terme auquel 
correspond précisément ce maximum ? 

3° Enfin, toute forêt doit-elle être amenée à donner le 


1 M, Colta à lui-même émis la proposition suivante : « Nul ne peut déterminer 


« d’ung manière rigoureuse et certaine le véritable produit en matière d’ane forêt. + 


DES FORÈTS. 331 
maximum simple? c'est-à-dire , toutes les forêts de bois durs 
doivent-elles être exploitées à 150 ans , toutes les forêts ré- 
sineuses à 80 ou 120 ans , toutes les forêts de bois blancs 
à 100 ou 110 ans, et enfin toutes les forêts de bois tendres 
à 55 ou 65 ans? etc. 

Nous terminerons ce chapitre en examinant sous un nou- 
veau point de vue cette proposition énoncée plus haut : Que 
tous les sols forestiers , à l'exception des terrains d’une na- 
ture absolument ingrate , sont propres à l'éducation des fu- 
taies en massif ; proposition que nous avons présentée comme 
une conséquence rigoureusement déduite des tables d’expé- 
rience de M. Cotta, mais en annoncant toutefois que nous 
nous réservions de la soumettre à un nouvel examen, et de 
la corroborer par des considérations particulières. 

Une source féconde d'erreurs ou de préjugés est cette pré- 
occupation naturelle de l'esprit , qui nous porte à apprécier 
le possible par le positif , ce qui peut se réaliser un jour par 
ce qui existe actuellement , sans réfléchir aux particularités 
sous l'influence desquelles les fruits se produisent et se modi- 
fient. En France , par exemple , où les bois constitués en 
guère la 
production forestière que sous l’aspect qu’elle revêt dans nos 


massifs de futaie sont rares , nous ne connaissons 


taillis sous-futaie ; et par cela seul que dans les bois soumis à 
ce mode de traitement , nous ne trouvons de beaux arbres 
que là où le sol est d’une qualité supérieure , nous nous 
croyons fondés à décider , sans autre examen , que tout sol 
qui n’est pas d’une qualité supérieure est impuissant à nour- 
rir de la futaie , soit éparse , soit rassemblée en massifs. 
Mais nous nous méprenons complètement sur l'origine de 
l'effet qui frappe notre attention. Nous attribuons au sol ce 
qui ne doit l'être qu'au mode de conduite des forêts. Nous 
voyons une résistance de la nature là où nous devions aper- 
cevoir simplement une erreur de l'homme. Gette méprise 


332 DE L'AMÉNAGEMENT 
provient de ce que nous ne tenons aucun compte de circon- 
stances très influentes qui concourent à accélérer le dévelop- 
pement des bois élevés en massifs ; tandis que d’autres circon- 
stances exercent une action diamétralement opposée sur des 
arbres disséminés au milieu des taillis. 

Dans un bois qui croît en massif serré , le développement 
des arbres en hauteur est provoqué par des forces sans cesse 
agissantes. Les tiges , rapprochées les unes des autres, cher- 
chent à s'emparer de lespace qui leur est nécessaire pour 
participer aux influences de l'air et de la lumière. Les arbres, 
par le contact de leurs branches , se prêtent un mutuel appui 
contre les intempéries, en même temps qu'ils se poussent à 
s'élever dans le sens de la verticale. Toutes les forces de la 
végétation convergent donc suivant cette direction ; d’un au- 
tre côté , l'humidité du sol , entretenue par un couvert épais , 
favorise l'accroissement avec d'autant plus d'eflicacité, que 
d'abondants débris organiques , soumis à la décomposition ; 
renouvellent la couche d'humus et réparent incessamment la 
déperdition des principes nutritifs que s’assimilent les végé- 
taux ligneux. 

Ainsi , dans une forêt traitée en futaie, une force con- 
stante sollicite l'accroissement des arbres en hauteur ; tandis 
qu'une cause permanente développe les éléments fertilisants. 
« Les jeunes tiges s'élèvent droites ; dit un auteur * ; elles 
forment un massif dans lequel tous les brins étant à peu près 
de même force , chacun d’eux n'étant ombragé ni épuisé par 
les autres, croit avec le maximum de vigueur qu'il tient de 
son essence ; du sol sur lequel il est né, et de l'atmosphère 
dont il est environné. Dans les plus mauvais terrains ; les 
arbres arrivent à de fortes dimensions , lorsque le sol n’est 
jamais découvert , et que l'humidité ne s'évapore pas. Cette 


1 Noirot ainé, 


DES FORÉTS. 333 
observation, qui est fondamentale, explique 1° comment il 
existe de belles forêts dans des espaces où la terre végétale 
n'a que 3 ou 4 pouces d'épaisseur ; 2° comment , une forêt 
une fois détruite , il est impossible de la remplacer par d’au- 
tres , à moins qu'on n'ait préalablement trouvé le moyen de 
garnir le sol de plantes qui en couvrent la surface. » 

Retracons maintenant les phénomènes tout diflérents qui 
se manifestent dans les bois élevés en taillis sous-futaie. 
Aussitôt que le brin de taillis, devenu baliveau , se trouve 
dans l’état d'isolement , l'accroissement en hauteur est pres- 
que arrivé à sa limite ; les forces végétatives, long-temps 
contraintes , agissent avec toute leur énergie dans le sens 
latéral ; la tête de l'arbre s'étend circulairement ; la tige 
prend , en même temps , de la grosseur ; mais le sol que 
l'exploitation a laissé sans abri, ou avec un abri très insuf- 
fisant , perd une grande partie de l’humidité si nécessaire à 
la vie végétale. Les eaux de pluie entraînent la couche d'hu- 
mus, et, tandis que le sol s'appauvrit , les arbres que l’état 
serré protégeait contre l’action nuisible des météores , se 
trouvant brusquement exposés à l’ardeur d’un soleil brûlant , 
ou à l'influence des courants d'air desséchants ; subissent 
une transpiration excessive qui les affaiblit. Ces arbres pré- 
sentent bientôt les symptômes d'une vie languissante , d'un 
dépérissement prématuré ; ou bien, s'ils trouvent encore 
dans un sol substantiel l’aliment d’une végétation vigoureuse , 
ils grossiront , se développeront en branchage ; mais ces ar- 
bres n’atteindront jamais qu'à une hauteur médiocre, et ne 
formeront qu'une futaic de valeur secondaire. 

Nous citerons maintenant ce qu'a écrit sur ce sujet le sa- 
vant M. Lorentz dans son excellent Traité de la culture 
des bois : 

« Les bois influent sur le sol qu'ils occupent de deux 
manières distinctes : 1° par le couvert ; 2° par l'amendement 


334 DE L'AMÉNAGEMENT 

qu'ils procurent. Le premier effet est produit par le massif plus 
ou moins serré, et par l'épaisseur du feuillage propre à chaque 
essence ; le second effet dépend des mêmes causes, et, en 
outre , de l'abondance des feuilles et des circonstances qui 
hîtent ou retardent leur décomposition après leur chûte. 

« Dans les futaies, en général, la méthode du réense- 
mencement naturel et des éclaircies établit un couvert con- 
stant et complet qui garantit le sol du dessèchement, et y 
maintient la fraicheur favorable à la végétation des bois. Un 
détritus abondant , composé de feuilles , de menues branches, 
et qui trouve toutes les circonstances favorables à sa prompte 
décomposition , augmente chaque année la couche d’humus 
dans les forêts, et restitue abondamment à la terre les sub- 
stances nourricières que s’assimilent les arbres. C’est ainsi 
que tout, dans les futaies régulières , concourt à conserver 
et à augmenter la fertilité du terrain. 

« Par la méthode du taillis simple , le sol est à peu près 
complètement dénudé à chaque coupe ; s’il est fertile, situé 
en plaine ou en pente douce, les rejets s’y élèvent rapidement 
après la coupe , et forment , dès les premières années, un 
nouveau fourré assez garni pour préserver le terrain des 
influences nuisibles de l'atmosphère; mais quand ce mode 
d'exploitation est pratiqué dans un terrain aride , fortement 
incliné et exposé aux ardeurs du soleil , il est impossible qu'il 
ne produise pas de fächeux résultats. En effet, à chaque 
coupe , les rejets nouveaux, manquant de vigueur , sont très 
long-temps avant de couvrir le terrain ; ce qui fait que la 
faible couche d’humus , formée pendant la révolution écou- 
lée , est promptement torréfiée , puis lavée par les pluies. 
La méthode du taillis sous futaie , considérée sous le rapport 
de son influence sur la fertilité du sol , participe naturelle- 
ment des deux méthodes examinées plus haut ; et ses effets se 
rapprochent de ceux de la futaie , ou de ceux du taillis simple, 


DES FORÈTS. ES ES 
selon que ; par le nombre et l’âge des baliveaux, le couvert 
est plus ou moins épais après la coupe. Ainsi, la méthode de 
la futaie ne s'applique pas exclusivement aux bons sols , 
comme on le pense communément ; on peut, et l’on doit 
même l’employer dans certains terrains médiocres, si l’on 
veut empêcher qu'ils ne s’appauvrissent davantage. » 

Le parallèle que nous avons établi entre le traitement en 
futaie serrée, et celui en taillis simple ou composé , nous 
semble de nature à justifier pleinement l'opinion que nous avons 
émise sur la possibilité de créer de la futaie , même dans les 
fonds les moins fertiles ; mais forts surtout des autorités dont 
nous avons étayé notre propre sentiment, nous pensons pou- 
voir tirer de ce qui précède , ce précepte : Que pour savoir 
si une forêt est propre à la production en futaie , on doit peu 
se préoccuper de la qualité du sol, mais beaucoup de la pro- 
portionnalité des essences. En d’autres termes, il faut, avant 
toute autre considération , s’assurer si l'essence ou les essences 
qu’on veut conduire en futaie , forment une fraction assez con- 
sidérable du corps de la forêt , pour constituer , après l’extrac- 
tion du sous-bois, un massif suffisamment compact ; lorsque 
cette condition existe , le bois est susceptible d’être traité en 
futaie , quelle que soit la qualité du sol , à moins cependant 
d'une aridité à peu près complète. 

« Toutes les essences , a dit M. Parade , peuvent être ex- 
ploitées en futaies , en ce sens qu’elles possèdent toute la 
faculté de se régénérer par la semence ; mais il n’y en a qu'un 
certain nombre auxquelles ce traitement puisse être appliqué 
avec avantage : ce sont, d'abord , les essences résineuses 
auxquelles, comme on le sait , tout autre mode de reproduc- 
tion est refusée , et, parmi les feuillues , le chêne, le hêtre, 
le châtaignier , orme , le frêne , les grands érables , le 
charme , le bouleau et le robinier. 


La suite à la prochaine Livraison. 


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MANUEL 
DU TIGRERON, 


PAR 


M. DUPUITS DE MACONEX, 


MEMBRE DE LA SOCIÉTÉ ROYALE D'AGRICULTURE DE LYON ;, 
ANCIEN ÉLÈVE DE L'ÉCOLE POLYTECHNIQUE. 


DES ENGRAIS ET AMENDEMENTS QUI CONVIENNENT À LA 
VIGNE, ET DE LA MANIÈRE DE LES EMPLOYER. 


Des engrais. 


Toute matière animale ou végétale, susceptible de décom- 
position par la fermentation putride, peut servir à prolonger 
la durée et augmenter le produit de la vigne. 

Les engrais les plus puissants et les plus énergiques , mais 
aussi ordinairement les moins durables sont ceux qui pro- 
viennent du règne animal , et particulièrement les déjections 
de l’homme, du cheval, de l'âne, du mouton, de la chèvre 


et des oiseaux, Celui qui est employé le plus ordinairement 


338 MANUEL 

dans le voisinage des villes est le fumier de litière, et prin- 
cipalement celui qui provient des écuries qui recoivent des 
chevaux qui fatiguent beaucoup et qui sont bien nourris ; 
aussi , voit-on dans les villes entourées de vignes et de jar- 
dins, comme Lyon et Vienne (Dauphiné), ces sortes d'engrais 
s'enlever à des prix exorbitants. Les débris de corne sont 
employés avec beaucoup de succès par leur énergie et la 
durée de leur effet ; aussi, le prix en est-il très élevé dans 
nos contrées (10 fr. les 50 k.); Lyon en exporte jusque 
dans les départements qui bordent la Méditerannée. Les dé- 
bris de laine provenant des nombreuses fabriques de drap qui 
touchent nos vignobles sont très recherchés , et à juste titre, 
par les vignerons et les jardiniers; cependant leur action 
est de peu de durée , les boues des rues étant composées de 
matières terreuses mélangées de cendres, et des débris de 
toute espèce des règnes animal et végétal formant un engrais 
excellent, actif et durable. 

Mais les engrais les plus répandus dans la nature , les plus 
faciles à se procurer et, dans quelques circonstances , les plus 
avantageux, sont fournis par les végétaux. Tous les débris 
de plantes, arbres ou corps organisé quelconque , peuvent 
servir utilement à l’alimentation de leurs congénères , et par 
conséquent de la vigne. Ceux qui se trouvent ordinairement 
le plus à la portée des vignerons sont les bruyères , genêts et 
ajoncs qui recouvrent les terres vagues , les tontures d'arbres 
dans le voisinage des grands jardinset des bois, les plantes des 
marais peu propres à la nourriture de bétail , tels que parti- 
culièrement les roseaux qui sont employés avec succès dans 
quelques vignobles du midi de la France. Les branches de 
bois et des arbres à feuilles persistantes , tels que les pins et 
les genévriers sont d’un très bon usage. Il est des contrées 
où ces arbres sont assez abondants pour permettre lcur em- 
ploi comme engrais avec succès et économie. Parmi les ma- 


DU VIGNERON. 339 
tières végétales employées avec avantage se distinguent les 
tourteaux de colza ; les départements méridionaux en en- 
lèvent à Lyon la plus grande partie au prix de 5 à G fr. les 
50 k. : ils sont destinés particulièrement à être enfouis aux 
pieds des oliviers aussi bien que de la vigne dont ils aug- 
mentent les produits et l'énergie vitale. Les gazons des prés, 
les alluvions chargées d’humus , les curures des fossés et des 
mares servent à la fois d'engrais et d’amendements , et , aug- 
mentant l'épaisseur de la couche de terre végétale , produi- 
sent par ces causes réunies des effets merveilleux , soit par 
la promptitude de leur action , soit par leur durée. Le marc 
de raisin, les bourgeons de la vigne enlevés par l’ébour- 
geonnement , les feuilles des arbres au moment de leur 
chüûte peuvent être employées avec succès ; cependant quant 
à ces dernières, il en est, telles que les feuilles de chêne, qui 
demandent à passer sous le bétail, parce que le tannin dont 
elles sont imprégnées serait nuisible particulièrement aux 


jeunes souches provignées qu’elles pourraient faire périr. 
Des amendements. 


Les matières qui peuvent servir d’amendements sont des 
corps terreux ou des roches friables qui, répandues à la 
surface du sol ou mélangées avec lui , corrigent ses défauts, 
et augmentent l'énergie des agents extérieurs qui concourent 
à la production; ainsi, ils sont d'autant plus utiles et plus 
précieux qu'ils corrigent la ténacité et la froideur des ar- 
giles , la sécheresse et la mobilité des sables. 

Les matières calcaires, sous quelle forme que ce soit, sont 
le meilleur et le plus avantageux des amendements, soit 
par leur abondance dans la nature , et la facilité de se les 
procurer presque partout , soit par leur action et la prompti- 
tude de leurs effets. Ainsi , à l’état de chaux vive surtout, 


340 MANUEL 
elles rendent les argiles plus friables , et par conséquent plus 
perméables aux racines et aux agents atmosphériques ; elles 
diminuent leur aptitude à se refroidir, leur permettent de 
s'emparer de la chaleur solaire à un plus haut degré, et par 
conséquent augmentent l'énergie vitale qui est ordinairement 
en raison de son intensité, toutes les fois du moins qu’elle 
n'enlève pas l'humidité nécessaire à la végétation. 

Ainsi elles augmentent l'adhérence des sables, et les 
rendent moins sujets à ces alternatives fréquentes d'humidité 
et d'extrême sécheresse ; qui compromettent l'existence des 
végétaux , ou tout au moins arrêtent leur croissance et dimi- 
nuent leur production. 

Les matières calcaires les plus communes et les plus em- 
ployées sont la marne, soit argileuse ou sablonneuse , et la 
chaux vive dont les effets sont plus prompts et plus éner- 
giques. Les cendres de toute espèce et la suie sont au nombre 
des meilleurs amendements; leur action sur certains sols, 
particulièrement les plus consistants , est d’un effet remar- 
quable ; en outre elles paraissent agir comme engrais , tout 
au moins la suic. Ils agissent donc contre leurs intérêts 
ceux qui laissent perdre les matières qui sortent de leur 
foyer , de quelle nature qu'elles soient : car en fait de cul- 
ture comme pour toute industrie, il n’est pas de petite éco- 
nomie; et souvent le succès d’une entreprise repose sur la 
vigilance du directeur, et son attention à ne rien laisser 
perdre de tout ce qui peut être utile. 

Le sable et le gravier servent aussi d'amendement pour 
les argiles, et les argiles pour les sables par une partie des 
mêmes causes que pour la chaux ; mais leur énergie est de 
beaucoup inférieure, et leur mélange intime plus difhcile à 
obtenir. {1 faut encore compter au nombre des bons amende- 
ments les débris de construction, les plâtras, les ciments , 
principalement sur les argiles et les sables granitiques. Les 


DU VIGNERON. 341 
vases marines agissent à la fois comme engrais et amende- 
ments : comme engrais , par les débris de matières organi- 
sées qu’elles renferment ; et comme amendement, par les 
matières salines et limoneuses dont elles sont imprégnées. 
Aussi leur effet est-il remarquable sur toute espèce de cul- 
ture ; malheureusement leur emploi ne peut qu’en être borné 
par la dificulté de leur transport. 


Emploi des engrais. 


Il existe trois manières principales de répandre les engrais 
qui sont employés ensemble ou séparément dans un certain 
nombre de vignobles 

1° Dans ceux où l’on est dans l’usage de renouveler la 
vigne par provins, on se contente ordinairement de placer 
les engrais sur les souches provignées , en ayant l'attention 
de couvrir les racines d’une petite couche de terre par les 
raisons que j'ai expliquées plus haut. Toutefois, si ces en- 
grais sont réduits à l’état de terreau, l'inconvénient que j'ai 
signalé n'existe plus, et ils peuvent reposer immédiatement 
sur toutes les parties de la souche. Cette méthode , dans cette 
circonstance, est évidemment la meilleure , parce que non 
seulement l'engrais profite aux souches qui en ont le plus 
besoin, mais encore aux racines les plus profondes qui sont 
les plus essentielles pour leur durée. Les ceps, qui entourent 
immédiatement le provins, se ressentent particulièrement de 
cette opération. 

2° Ilest une seconde manière de répandre les engrais, 
suivie dans toute espèce de vignobles , même dans ceux que 
l'on renouvelle par provins, lorsque l’on n’est pas satisfait de 
l'augmentation de produit qu'ils procurent. Elle consiste à 
partager la vigne en un certain nombre de parties égales, 
et à fumer chaque année l'une de ses parties en sorte que la 


342 MANUEL 

vigne soit iout entière engraissée dans une période de temps 
qui sera en raison de ses besoins , et qui cependant est le 
plus souvent en raison du caprice du vigneron ou du pro- 
priétaire , dispensant les engrais d’une manière égale sans 
égard à la force des souches. 

Je crois pouvoir donner les moyens suivants comme les 
meilleurs : entre quatre souches l’on ouvre une petite fosse 
dont l’ouverture sera subordonnée à leur distance entr'elles , 
et à la quantité d'engrais que l'on veut enfouir. La profon- 
deur de cette fosse sera telle, que linstrument qui fouille la 
terre pour le labour ne puisse jamais ramener à la surface 
l’engrais qui sera répandu d'aussi bonne heure que possible , 
afin que , la fosse restant ouverte pendant un certain laps de 
temps, les pluies puissent l’entraîner jusque sur les racines 
inférieures ; et produire immédiatement dès la première 
année tout l'effet désirable. Il est toujours possible d’enfouir 
les engrais à une profondeur à laquelle linstrument du la 
bour ne puisse atteindre , même dans les sols et les positions 
où il convient de planter la vigne le moins profondément. 
Il ne faut pas craindre, pour creuser plus profond, de couper 
les premières racines. Lorsque la plantation et la culture 
de la vigne ont été conduites ainsi que je l’ai indiqué, ces 
racines n’ont pas assez de force pour compromettre l’exis- 
tence de la souche en les coupant, et le mal est bientôt 
réparé dès le premier printemps. 

Lorsque les souches sont très inégales en force et en pro- 
duit (et il en est presque toujours ainsi ) , il convient de ré- 
pandre un peu plus d'engrais dans le voisinage des plus 
faibles ; ce que l’on peut faire soit en ne fumant que celles- 
à, ainsi que cela devrait toujours avoir lieu dans les vi- 
gnobles où la qualité des produits a de l'importance ;, soit en 
donnant à chacune des souches une part de nourriture en 


rapport avec leur faiblesse. 


DU VIGNERON. 343 

Lorsqu'une vigne est plantée régulièrement et suflisam- 
ment espacée, on peut ouvrir la fosse sur toute la longueur 
des lignes. De cette manière l’engrais sera répandu sur une 
plus grande surface , et l'opération en sera meilleure , d’au- 
tant que l'ouverture des fosses profite elle-même à titre de 
labour profond dont l'effet est en raison de l'étendue de 
cette ouverture. 

3° La troisième méthode consiste à répandre les engrais 
uniformément sur toute la surface du sol , pour être enterrés 
par le premier labour. Cette méthode est très suivie dans 
beaucoup de vignobles , et c’est assurément la plus wration- 
nelle, la plus pitoyable de toutes. Elle est tellement contraire 
aux principes fondés sur les faits et sur l'expérience, que je 
ne puis concevox comment elle est si répandue, et que je 
ne saurais trop insister pour faire comprendre aux vignerons 
et aux propriétaires l'importance de cesser de l’employer 
pour les deux premières. 

Le seul avantage qu’elle présente, c'est l'économie de main- 
d'œuvre ; mais quelle économie ! Elle fut assurément ima- 
ginée par des vignerons qui, payés à l’entreprise , n'avaient 
d'autre intérêt que celui d'accélérer leur ouvrage. C’est ce 
que je n'aurai pas de peine à faire ressortir. Les inconvé- 
nients de cette méthode sont graves et nombreux ; les princi- 
paux sont les suivants : 

Les engrais appliqués près de la surface profitent aux ra- 
cines superficielles aux dépens des plus profondes dont dé- 
pend en partie la résistance des souches aux intempéries , 
et par conséquent leur durée , ainsi que je l'ai plusieurs fois 
expliqué. 

Mais ce qui est beaucoup plus grave, c’est qu'il se forme 
inévitablement quelques radicules nouvelles à la surface du 
sol; et si l’engrais a été répandu tard sur la fin de l'hiver, 
s’il a été employé peu consommé, et que l'été soit ds ces 

Te I 2: 


344 MANUEL 

radicules seront immanquablement atteintes , et la produc- 
tion pourra quelquefois en être entièrement anéantie, même 
dans des sols naturellement fertiles , ainsi que j'en ai eu l'ex- 
périence chez mes Voisins. 

Je puis en citer un exemple extraordinairement remar- 
quable. En 1835, une vigne plantée sur un sol profond, 
passablement consistant, au point de pouvoir donner de 
belles récoltes de froment, après avoir passé l’époque de la 
{leur de La mamière la plus heureuse , eut sa récolte anéantie 
jusqu'à la dernière grappe, à la suite d’une chaleur vive et 
soutenue. Le propriétaire , qui était en même temps le vi- 
gneron, l'avait fumée sur la surface avec des engrais de li- 
tière peu consommés : aussi ; je n’eus pas besoin de lui donner 
l'explication de la perte qu'il éprouvait; il l'avait très bien 
compris. Croirait-on, après cet exemple et bien d’autres 
encore, qu'une méthode aussi vicieuse se soutienne. Je n’ai 
pas besoin d’ajouter que toute vigne ; qui n'avait pas subi la 
même opération, avait conservé intacte toute sa récolte. 

Si un pareil inconvénient est un motif pour abandonner 
cette méthode d'engraisser la vigne , ce motif devient en- 
core plus puissant par l'inconvénient que je vais signaler et 
qui n’est pas moindre. 

Si les engrais répandus à la surface du sol profitent peu 
à la plantation, ils profitent au contraire singulièrement aux 
plantes adventices pour lesquelles ils semblent avoir été ré- 
pandus, et qui donnent alors à la vigne l'apparence d'une 
prairie. Le vigneron se voit donc forcé de multiplier les bi- 
nages coup sur coup, sous peine de donner plus de puissance à 
la sécheresse pendant l'été, et à la pourriture à l’époque des 
vendanges ; et ces inconvénients deviennent inévitables dans 
les propriétés où les pampres n'étant pas accolés rampent 
sur le sol, et rendent le parcours de la vigne impossible. 
Et chose inconcevable ! c’est le plus souvent dans les vignes 


DU VIGNERON. 345 
où l’on ne fait pas usage des échalas ; que j'ai vu employer 
ce pernicieux moyen de répandre les engrais. 

Une singulière remarque que j'ai faite , et qui prouve le peu 
de réflexion des habitants de la campagne, c’est que j'ai vu 
apporter des pierres et des graviers sur la surface du sol de 
certaines vignes où l'herbe croissait avec vigueur ét persis- 
tance, ne réfléchissant pas que cette plaie provenait prin- 
cipalement de l'emploi vicieux des engrais. 

Les curures de mares et les vases d’étangs doivent être 
mises en tas pour être exposées pendant quelques mois à l'air 
et au soleil, afin de les débarrasser de leur excès d'humidité et 
de lacidité qui est le résultat de leur séjour prolongé sous 
l'eau. Leur mélange avec la chaux vive les améliore, et 
hâte le moment de leur emploi. Si elles étaient destinées à 
être répandues sur la surface du sol pour être enfouies par le 
labour , il conviendrait de les disposer de bonne heure sur 
la fin de l'été en petit tas sur le sol de la vigne , pour les ré- 
pandre sur la fin de l'hiver et les enterrer par le premier 
labour. 

Pour faire mieux comprendre la nécessité de placer les 
engrais plus profondément qu'on ne le fait généralement 
dans les vignes, et combattre l'opinion souvent vraie, mais 
fausse dans l’espèce qui nous occupe, des auteurs qui insis- 
tent sur l'importance d’épargner les racines superficielles 
dans toutes les circonstances, j'ajouterai les réflexions sui- 
vantes : Les engrais, agissant avec d’autant plus de puissance 
que les matières solubles qu'ils renferment, sont plus à por- 
tée de recevoir les influences des météores qui concourent 
par la fermentation à leur solubilité, l'air, l’eau et la cha- 
leur ; et les racines éprouvant les effets de la nourriture que 
ces éléments préparent pour elles en raison de leur moindre 
distance , il est exact de dire, en thèse générale, que la po- 
sition la plus favorable des racines et des engrais dans l'acte 


346 MANUEL 

de la végétation est près de la surface du sol. Mais, si l’on 
considère que certains sols sont tellement perméables aux 
éléments précités, qu'ils s’en laissent pénétrer à un pied de 
profondeur avec la même facilité que les sols placés à l’au- 
ire extrémité de l'échelle à un pouce seulement, on en con- 
clura que l'importance de ménager les racines superficielles 
qui va quelquefois jusqu’à la nécessité, n’est que secondaire 
dans l’extrème opposé ; et enfin que cette importance doit 
céder à une considération d’un ordre supérieur, parce que 
le plus redoutable ennemi de la végétation, la sécheresse, 
atteignant tous les sols à une certaine profondeur qui peut 
aller sous nos climats jusqu’à 6 pouces, cette profondeur 
devient une limite au-dessus et au niveau de laquelle les su- 
coirs ne doivent jamais plonger sous peine d’anéantir sinon 
la vie tout entière de la plante, au moins la production des 
fruits pour laquelle tous les frais de culture ont été faits. 


Emploi des amendements. 


Si les engrais doivent être enfouis profondément pour 
remplir tout le but que l’on doit en attendre, il n’en est pas 
à beaucoup près de mème quant aux amendements. Les en- 
grais, étant destinés particulièrement à fournir à la plante 
une nourriture toute préparée , doivent être immédiatement à 
portée des racines ; mais les amendements, étant destinés à 
corriger les défauts du sol , en rendant les argiles plus friables 
et plus perméables afin qu'elles puissent se laisser plus faci- 
lement pénétrer par les éléments de la production, et les 
sables plus liants et plus consistants afin que la sécheresse y 
fasse moins de ravage , les amendements, dis-je, doivent 
être par ces causes, non seulement mélangés avec le sol de 
la manière la plus intime, mais encore superficiellement , 
afin que leur action soit plus efficace. Ils ne sont pas destinés 


DU VIGNERON. 347 
à donner une nourriture aux plantes , ils ne sauraient la four- 
nir par eux-mêmes ; mais ils augmentent l'énergie du sol 
pour soutirer de l’atmosphère les éléments nécessaires à la- 
production. 

Ainsi , il n’est qu'une seule manière de les répandre ; et il 
est une multitude de sols, parmi ceux qui sont particulière- 
ment propres à la vigne , où les amendements ne sont pas 
tellement utiles qu'ils ne puissent s’en passer. Les sols où ils 
produisent l'effet le plus utile sont sans contredit les plus 
consistants , et principalement ceux qui se laissent facilement 
battre et durcir par les pluies. Toutefois ils sont rares, ou 
du moins n’en ai-je rencontré qu'un très petit nombre parmi 
les nombreux vignobles que j'ai visités. 


De la rareté des engrais. 


Je crois devoir consacrer un article à ce sujet, ct faire 
ressortir combien il est facile en toute circonstance, et pour 
toute culture, de se procurer les engrais nécessaires à une 
exploitation. 

J'entends souvent des personnes dire : telle culture ou telle 
exploitation sont impossibles , faute d'engrais; et moi de ré- 
péter, comme Je le déclare ici de la manière la plus solen- 
nelle : que les personnes qui s'expriment ainsi pèchent par 
ignorance , et que dans toute circonstance, ou du moins à 
de très rares exceptions près, il est possible de se procurer 
les engrais suffisants pour se livrer aux cultures les plus vastes 
et les plus difficiles, et ce qui paraïtra plus extraordinaire 
encore , au premier apercu , sans bétail , sinon le bétail né- 
cessaire aux travaux de l'exploitation , aux labours, aux 
transports. — Mais, me dira-t-on, quel est donc ce moyen? 
Il doit être bien difficile à comprendre , bien difficile à em- 
ployer , puisqu'il existe une si grande masse de terres incultes, 


348 MANUEL 

ct que parmi celles qui sont cultivées une grande partie l'est 
si mal, faute d'engrais , que les céréales y donnent à peine 
un résultat économique. — Eh bien ! ce moyen est le plus 
simple qu’il soit possible d'imaginer, le plus facile à em- 
ployer , celui que la nature même nous indique. Ce moyen 
est employé avec succès par quelques agriculteurs instruits et 
zélés. Ce moyen a été souvent publié par quelques-uns d’en- 
w'eux , appuyé de chiffres , et ses résultats que j'ai vérifiés 
et expérimentés moi-même sont tels , que je ne puis m'em- 
pécher de répéter ce que j'ai dit tout-à-l’heure : tout proprié- 
taire ou cultivateur, qui se plaint de la rareté des engrais, 
fait preuve d'ignorance. 

Ce moyen, ce sont les engrais végétaux employés avec 
discernement. Toutes les fois qu’un vignoble est assez éloigné 
des villes pour être dans l'impossibilité de se procurer d'une 
manière économique les engrais qu’elles fournissent en abon- 
dance , le propriétaire doit avoir dans le voisinage une terre 
consacrée à la production des matières végétales destinées à 
être employées comme engrais; et, pour augmenter leur 
énergie , il les placera dans des fosses où elles seront arrosées 
avec des eaux grasses ou des urines dont il aura toujours une 
suffisante quantité , quelle que soit l'étendue de son exploita- 
tion. Lorsque ces matières ainsi arrosées sont consommées et 
réduites en terreau, leur effet est admirable , soit pour la 
vigne, soit répandues en couvertures sur les blés et les 
prairies. 

Ces matières n'ont pas besoin d'être consommées pour l'u- 
sage de la vigne : on peut les enfouir fraîchement coupées 
dans les fosses à provins, ou lors de la plantation. Lorsque 
le sol est brülant, cet engrais lui est singulièrement appro-. 
prié. C’est ainsi qu'on alimente la force et la durée des sou- 
ches dans les vignes du Languedoc qui avoisinent les nom- 
breux marais du Delta du Rhône, où les roseaux sont pour 
$ 


DU VIGNERON. 349 
les propriétaires un objet de produit important par leur em- 
ploi comme engrais végétal. 

Il est des cantons où l’on sème entre les rangées de la vi- 
gne des plantes destinées à être enfouies sur place , telles que 
le lupin , le trèfle incarnat. Je ne doute pas de l'avantage qué 
doit présenter cette méthode ; mais j'aimerais mieux avoir , 
ainsi que je l'ai déjà dit, un champ à part pour produire ces 
engrais végétaux, et les enfouir au fur et à mesure des be- 
soins , ou les entasser pour en faire des composts ; parce que 
la vigne se ressent nécessairement, la première année, dé la 
présence de ces plantes sur son sol. Toutefois , lorsqu'elle est 
plantée très écartée , cet inconvénient peut être si petit, qu'il 
soit inapercu, et l'avantage de l'enfouissement direct devient 
réel dans toute son acception. 

Je ne m'étendrai pas davantage sur ce sujet dans cette cir- 
constance. J’en ferai plus tard la matière d’un Mémoire par- 
ticulier, où je traiterai cette question d'une manière étendue, 
sous une face nouvelle , et où je ferai part de quelques per- 
fectionnements très importants que j'y ai apportés. 


De l'influence des engrais sur la qualité et le qoùt des 


vins. 


Pour terminer convenablement ce chapitre ; 11 me reste à 
parler de l'influence des engrais sur la qualité et le goût 
des vins. 

IL est impossible de contester que les engrais n'aient une 
grande influence sur la qualité des vins, aussi bien que toute 
circonstance qui tend à augmenter la production et le volume 
des grappes : ce qui se concoit et s'explique facilement, par- 
ce que la sève montant avec plus d'abondance , les fluides 
aqueux qu’elle entraine avec elle arrivent aux fruits qui s’en 
emparent en plus grande quantité ; et, quelle que soit la ma- 


350 MANUEL 
turité , la matière sucrée s'y développe en raison invarse 
de cette abondance, et, ce qui est souvent pire encore, la 
maturité en est quelquefois retardée au point d’en être com- 
promise. De là, moindre spiritualité de la liqueur , et moindre 
développement de l'arôme qui constitue le principal mérite 
des vins recherchés par leur délicatesse. Les propriétaires et 
vignerons agissent donc rationnellement, lorsqu'ils mettent à 
part les raisins qui proviennent des provins de l’année dans 
les vignobles dont les produits se vendent à prix élevés. 
Quant à l'influence des engrais sur le goût du vin, je suis 
persuadé que c’est une erreur de croire qu'ils lui donnent un 
mauvais goût par l’ascension de la sève qui entraïnerait les 
principes odorants et les ferait passer dans la pulpe. Tout 
mauvais goût, contracté par le vin (je parle ici de l’influénce 
sur le raisin avant son entrée dans la cuve) , provient d’éma- 
nation qui enveloppe le fruit pendant la végétation et se fixe 
sur la pellicule. Je me fonde sur une expérience qui me pa- 
raît prouver, d’une manière irrécusable, que l’arôme estren- 
fermé dans la pellicule, expérience que j'expliquerai plus 
tard, et sur l'effet produit par le suintement des matièrés 
odorantes suspendues au-dessus de la grappe. Ainsi, lorsqu'un 
vigneron ignorant placera sur les échalas au-dessus des grap- 
pes des plantes à odeur forte, telle que laristoloche , si la 
pluie ou les brouillards viennent à les humecter , l'humidité 
retombera sur la pellicule des fruits qui s'empare de l’odeur 
et la communique au vin. Ainsi , lorsque les engrais produi- 
sent le même effet, ce ne peut être évidemment que lorsqu'ils 
sont enterrés superficiellement, parce que l'odeur peut re- 
monter jusque sur le fruit, et dès-lors la pellicule s'en em- 
pare. Ceci viendrait encore à l'appui de la méthode que je 


préconise , d’enfouir les engrais aussi profondément que pos- 
sible. 


DU VIGNERON. 351 


DES DIFFÉRENTES MANIÈRES DE RENOUVELER 
LA VIGNE, 


Il est deux moyens principaux de renouveler la vigne usée 
par l’âge ou par une mauvaise culture : par arrachement pour 
replanter au bout d’un temps plus ou moins long ; et par 
provins. 


Renouvellement de la vigne par arrachement. 


Ce moyen est le seul employé, et presque toujours avec 
raison , dans les vignes où l’on ne provigne pas, et où 1l se- 
rait à peu près impossible de faire autrement par le grand âge 
des souches , ou par les plaies dont elles sont couvertes. Tout 
cep, atteint de maladie ou de plaie, est impropre à fournir par 
le couchage à une végétation forte, soutenue et productive. 
Il arrive une époque où , malgré tous les soins apportés à la 
culture de la vigne , elle se refuse à produire , soit épuise- 
ment du sol, soit plutôt épuisement de la souche par 
vieillesse. 

Dès que la vigne se refuse à donner un produit économi- 
que, un produit moyen supérieur aux frais que la culture 
exige, il faut bien alors se décider à l’arracher. Cependant 
le vigneron intelligent n’attendra pas ce moment extrême ; 
surtout lorsque le sol sur lequel elle repose est susceptible de 
produire des grains ou des fourrages. Il doit, dans cette cir- 
constance , se hâter de la détruire dès que les produits devien- 
nent inférieurs aux produits présumés des céréales ; et, à cet 
effet, il ne se contentera pas de couper les souches entre deux 
terres; mais par un défoncement complet du sol, de 
10 à 24 pouces suivant la profondeur à laquelle la vigne 
avait été plantée , il extirpera toutes les racines qui lui procu- 
reront du bois pour son usage, ct un travail si bien appro- 


352 MANUEL 

prié aux cultures subséquentes et à la replantation de la 
vigne , qu'il ne saurait reculer devant les frais. Il n’en sera 
pas ici comme dans un défoncement sur un sol qui n'aurait 
jamais été fouillé ; le succès de cette opération ne saurait être 
douteux. Les plantes, confiées immédiatement à la terre ainsi 
préparée, donneront les plus belles récoltes qui pourront être 
suivies d’une fourragère vivace : la luzerne , le sainfoin , le 
trèfle, suivant la nature du sol ; laquelle plante , succédant à 
des récoltes amplement fumées, sera une meilleure prépara- 
tion pour la vigne future. À l'automne, qui précèdera immé- 
diatement la plantation , le vigneron, intelligent et soigneux, 
conservera la dernière pousse de la plante fourragère sur la- 
quelle il aura répandu des engrais , pour être enterrée par le 
défoncement après lequel doit se faire la plantation. Avec ces 
attentions et celles que j'ai décrites précédemment, on peut 
être assuré du succès le plus complet, et l’on sera récom- 
pensé de ces soins et de ces travaux par une vigne vigoureuse, 
une production précoce , abondante et durable. 

Lorsque la vigne était précédemment plantée sur un dé- 
foncement moins profond que ne pouvait le comporter la na- 
ture du sol, il est possible alors de replanter immédiatement 
avec succès en approfondissant le labour , surtout lorsqu'on 
aura l'attention de répandre sur la surface des engrais , soit 
animaux , Soit végétaux, qui seront rejetés dans le fond en 
renversant le terrain. Le sol de la surface dans lequel les ra- 
cines ne se sont jamais étendues n’élant pas épuisé par elles, 
et les engrais que l’on ajoute au moment de l'opération, suf- 
firont , avec l’approfondissement du labour ; pour soutenir 
l'existence de la jeune vigne et la faire produire ainsi que 
dans les circonstances les plus favorables. 

Lorsque la vigne cesse de produire à la suite d’une mau- 
vaise culture, si les souches sont saines, si la plantation avait 
été faite à une profondeur suffisante, ct enfin si son produit 


DU VIGNERON. BE 
est supérieur à celui de toute autre plante cultivée , alors Le 
moyen le plus avantageux serait de la renouveler par provins, 
et, à cet effet, les sarments seront rapprochés à la taille et 
réduits de manière à forcer les souches à donner des sarments 
aussi vigoureux que possible; ce que l’on obtiendra encore 
par un ébourgeonnement rigoureux ; et l’on s’abstiendra de 
rogner les pampres. 


Renouvellement par provins. 


Je distingue deux sortes de provins : le provin par mar- 
cotte , et le provin proprement dit. 

Le provin par marcotte consiste à remplacer une souche 
morte , ou seulement en mauvais état, par un sarment d’une 
souche voisine. À cet effet , le vigneron ouvre une fosse dont 
les dimensions en largeur et longueur dépendent de l’espace 
qui règne entre les souches de la vigne. La longueur est li- 
mitée par Le pied de la souche qui doit être arrachée , et de 
celle qui est appelée à la remplacer. Toutefois elle ne saurait 
être prolongée jusqu’au pied de cette dernière par la néces- 
sité de ménager ses racines. La profondeur dépendra de la 
nature du sol; elle pourra varier, ainsi que pour la planta- 
tion, de 10 à 24 pouces. Il sera choisi le plus beau sar- 
ment le plus long, le mieux aoûté, sur la souche destinée 
au remplacement, qui doit elle-même remplir toutes les 
conditions de vigueur et de santé. Le sarment sera recourhé 
et étendu dans le fond de la fosse pour revenir à la place de 
la souche arrachée, être coudé et relevé perpendiculairement 
contre les parois de la fosse. IL sera taillé à deux yeux hors 
de terre , et des engrais abondants seront transportés dans le 
fond de la fosse, après avoir mis une petite couche de la 
meilleure terre sur le sarment, si ces engrais ne sont pas ré- 
duits à l’état de terreau , par les raisons que j'ai expliquées 
précédemment, 


354 MANUEL 

La terre de la fosse sera répandue autour d'elle et dissé- 
minée sur la surface ; elle sera rejetée dans la partie supé- 
rieure, si la vigne repose sur une pente , pour atténuer le 
mauvais effet du déchaussement des souches qui bordent le 
sommet du coteau. Les fosses à provins seront remplies peu 
à peu à chaque labour, de manière à être entièrement de ni- 
veau à la troisième année seulement : j'ai déjà expliqué par 
quels motifs la jeune souche sera sevrée de la mère à 1, 2 
ou 3 ans, ou même jamais suivant les localités. Si le se- 
vrage n'était une nécessité par l'obstacle que présente aux 
labours la partie de la jeune souche qui tient à l’ancienne, 
ce serait assurément rationnel de ne jamais sevrer , jusqu’au 
moment du moins où le dépérissement de l’une nécessiterait 
cette opération. Ainsi, dans la plupart des circonstances il 
convient de sevrer ; mais je ne saurais approuver le sevrage 
au bout d’un an. La jeune souche est encore trop faible ; il 
pourrait s’ensuivre une crise qui prolongerait sa faiblesse 
pendant plusieurs années. Le vigneron prudent attendra au 
moins 2 ans. Si la plantation est très écartée, il fera bien 
d'exécuter le couchage en 2 ans; la jeune souche s’en trou- 
vera mieux , et aura moins à redouter l'opération critique du 
sevrage. Enfin , lorsqu'elle sera séparée de la mère, la coupe 
se fera proprement aussi près que possible du vieux bois, afin 
de ne point laisser de chicot. Cette partie de la marcotte, 
opposée à celle qui a formé le jeune pliant, sera elle-même 
coupée jusqu'auprès des premières racines, parce qu'elle 
pourrirait en terre, et que sa conservation ne pourrait 
que compromettre la santé de la jeune souche ; et enfin, 
l'extrémité conservée de la marcotte sera baissée et couchée 
en terre au niveau du fond de la fosse, s’il est possible , 
sans diminuer les racines déjà formées. 

La seconde méthode de provigner consiste à coucher tout 
entière la souche destinée au remplacement. À cet effet , il 


DU VIGNERON. 355 
est ouvert une fosse dont la longueur sera au moins égale à 
la distance entre les deux souches : je dis au moins, parce 
que dans les terrains en pente le sarment , qui doit être ra- 
mené dans la partie supérieure du provin, est toujours dé- 
placé par le poids de la terre, et que, par conséquent, il 
doit être porté un peu plus haut pour revenir plus tard à la 
place qui lui est destinée. Les racines qui arrêtent le cou- 
chage sont coupées proprement, et la souche, débarrassée de 
tout chicot et de tout bois inutile , est couchée au fond de la 
fosse ; et enfin l'opération s'achève comme précédemment à 
l'exception du sevrage qui devient inutile. Lorsqu'en creu- 
sant le provin, on rencontre des souches entièrement provi- 
gnées ; tout le bois mort doit être soigneusement enlevé en 
coupant jusqu'au vif. Un cep peut fournir au remplacement 
de plusieurs suivant sa vigueur, sa force et le nombre des 
sarments. On peut provigner depuis le commencement de 
la chüte des feuilles jusqu’au moment où la végétation com- 
mence à se déclarer , hors les temps de fortes gelées , et ceux 
où la neige couvre le sol. Il convient de porter les engrais 
dans les fosses , aussitôt ou peu après qu'elles sont faites, au 
moins pour les provins faits l'automne et pendant l’époque 
des froids rigoureux. 

Lorsqu'on voudra renouveler une vieille vigne par pro- 
vins, je conseille de tailler les souches à bois , en réduisant 
les coursons à un seul , s’il est nécessaire, et à deux yeux. Si, 
après une taille aussi rigoureuse, les sarments ne remplissent 
pas l’attente du vigneron, les souches provignées ne fourni- 
ront qu'une seule pointe, afin de ne pas les épuiser par un 
plus grand nombre ; et enfin les jeunes souches , ainsi obte- 
nues, ne seront elles-mêmes destinées à en créer d’autres que 
lorsqu'elles auront 2 ans au moins. Cette considération 
est une règle générale pour toute espèce de provins ; excepté 
le cas seulement où il ne s'agirait que d’allonger la jeune 
souche sur un seul sarment. 


356 MANUEL 

Lorsque la vigne est plantée très écartée, tel que dans les 
hautins , il convient de ne pas étendre d’un seul jet Le sarment 
destiné à remplacer le cep mort. L'un des sarments sera 
ramené à la place de la souche mère, et le second à une 
distance en rapport avec la force du jeune bois, pour être 
allongé l'année suivante d'après les mêmes principes, Jus- 
qu'à ce qu'il atteigne la souche qu'il est destiné à remplacer. 
Par ce moyen le succès est complet , et une vigne ainsi con- 
duite donnera toujours les produits les plus abondants, tout le 
reste étant égal d’ailleurs. 

Il y a de l'avantage à employer la première manière de 
provigner , toutes les fois que les ceps sont arrivés à un âge 
tellement avancé, que la raideur des fibres ligneuses leur 
ôte la souplesse nécessaire pour pouvoir ètre couchés sans 
rompre ; mais, à part cette circonstance, il ne saurait y avoir 
doute dans toutes les autres sur l'avantage de la seconde mé- 
thode. Ainsi les frais sont , à la vérité, un peu plus considé- 
rables; mais la jeune vigne est beaucoup plus tôt en rapport : 
elle n’éprouve aucun temps d'arrêt, aucun affaiblissement , 
puisqu'il n’y a point de sevrage ; à ce point que dès la pre- 
mière année , lorsque l'opération a été faite d'une manière 
convenable, la production est presque toujours abondante , 
etque, dès la seconde année; elle diffère peu de celle des 
ceps les plus vigoureux. 

Quant au choix à faire entre les deux modes de renouvel- 
lement par arrachement ; ou par provins , toutes les fois que 
le sol est de nature à donner de bonnes récoltes céréales ou 
fourragères, je n’oserais me prononcer sur la préférence à 
donner; les avantages peuvent se balancer. Je laisse donc 
au propriétaire le som de décider la question dans cette cir- 
constance ; d'autant qu'il peut être entrainé à l’une ou l’au- 
tre par des considérations qui ne sont pas tellement liées à 
mon sujet, que je doive entrer dans ces détails. Mais le nom- 


DU VIGNERON. 357 
bre des cas où il convient de renouveler la vigne par provins 
est si considérable , que je crois pouvoir donner comme 
règle générale l'avantage de ce second mode de renouvelle- 
ment; le premier ne serait qu'une exception. Quel produit 
plus avantageux pourrait-on retirer des terrains qui produi- 
sent les vins de Côte-Rôtie, Condrieu , l’'Hermitage , St-Pé- 
ray , la Nerthe sur le littoral du Rhône , de Château-Laffitte, 
Chäteau-Margaux, Latour , Hlaut-Brion sur la rive gauche 
de la Garonne ; de Clos-Vougeot, Nuit, Chambertin sur la 
rive droite de la Saône ! Quel produit plus avantageux pour- 
rait-onretirer des terrains qui produisent près de Lyon des vins 
à la vérité très communs, sur un sol quelquefois excellent, 
mais qui dispense le vin avec un luxetel, que, malgré leur 
peu de valeur, quelques-unes de ces vignes se vendent au 
même prix que les crûs célèbres que j'ai cités tout-à-l’heure ! 

Il est une autre considération dont l'importance n’est pas 
à dédaigner, c’est que la qualité des vins dépend à tel point 
de l'ancienneté de la vigne, que quelques vignobles doivent 
leur réputation autant à cette cause qu’à l’attention que les 
propriétaires apportent dans leur culture par le choix des 
plants du sol et de la manipulation des vins. Et enfin l’on ne 
saurait objecter l'épuisement des souches : car il est des 
vignes dont l’origine se perd dans la nuit des temps, et qui 
ne cessent de produire de la même manière; et cette fécon- 
dité n’est soutenue que par l'opération du provignage. 


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RAPPORT 


L SUR 
LES DIFFÉRENTS ENCGRAIS 


CONFECTIONNÉS PAR DIVERS INDUSTRIELS ET AGRICULTEURS, 


TELS QUE MM. PAYEN, SALMON, SAUFFRET ET PLUSIEURS AUTRES, 
ET EN DERNIER LIEU PAR M.LE GÉNÉRAL DUEOURG, 


PAR 


Charles Gariot ; 


MEMBRE DE LA SOCIÉTÉ ROYALE D'AGRICULTURE DE LYON, DE LA PÉPINIÈRE ROYALE 
DE NATURALISATION DU RHÔNE , ET CORRESPONDANT DE DIVERSES SOCIÉTÉS 
D'AGRICULTURE DE FRANCE ET DE L'ÉTRANGER. 


Lu à la Société Royale d'Agriculture de Lyon, le 42 juillet 4839. 


Felix qui potuit rerum cognoscere causas. 
Vic. 


Messieurs , 


Depuis bien des années, les agriculieurs-praticiens s'occupent 
avec sollicitude à rechercher de nouveaux engrais, parce qu’ils sont 
persuadés qu’il n’y a point de bonnes récoltes sans cet agent efficace 
de la terre; que, pour avoir une belle et riche végétation , il ne 
suffit pas seulement d'avoir de bons labours , de la chaleur et de 
l'humidité, mais encore ce puissant véhicule appelé engrais, qui , 
approprié rationnellement à la nature de notre sol, lui permet de 
donner de la vigueur aux plantes , pour qu’elles puissent se saisir 
de toutes les substances qui conviennent à leur nourriture , à leur 
croissance et à leur fructification. 


HE © 94 


360 RAPPORT 

On a souvent dit : Il faudrait trouver un engrais économique qui 
offrit à la fois énergie, efficacité, durée dans le sol facilité dans le 
transport, et surtout d’un prix inférieur à tous nos fumiers connus. 

Aidés du flambeau de la chimie , plusieurs industriels-agricul- 
teurs , tels que MM. Payen, Salmon, etc., semblaient avoir résolu 
ce problème en offrant à l’agriculture leur noër-animalisé ; mais 
malheureusement , à notre avis , la dose des matières et des in- 
grédients qu'il fallait n’a pu être en harmonie avec la modicité du 
prix qu'on désirait, et la quantité qu’il fallait par hectare pour une 
bonne fumure. 

D'autres manipulateurs en ce genre d'engrais, mais moins ha- 
biles survinrent; et, sans être agriculteurs, ils erurent mieux faire , 
se persuadèrent qu'en publiant hardiment des formules avec ce 
style véridique du prospectus, ils parviendraient à un résultat... 
Mais quel est-il ce résultat? Est-il dans l'intérêt de l'agriculture ? 
non. C’est donc dans le leur privé ?... oui. C’est une spéculation 
mercantile comme une autre, peu importe ce qu’il adviendra pour 
l’agriculteur qui achètera; aussi avons-nous vu successivement 
passer sous nos yeux les noms plus ou moins pompeux de s{ercorar, 
de cruorique, noir-animal , noir-animalisé désinfecté , terreau-pou- 
drette de longue durée , engrais-sanguini * , engrais confectionné en 
12 jours sans le secours du bétail, ete. , etc. 

Mais , Messieurs, laissons de côté ces tristes moyens de faire 
valoir les choses, ne nous attachons qu'aux faits : car, dans l’état 
où se trouve notre agriculiure , il nous faut du positif; et, en même 
temps , tirons parti des avantages que peuvent nous offrir tous ces 
genres d'engrais; cherchons sincèrement à accroître le nombre de 
nos fumiers : c’est un moyen sür d'améliorer nos terres; c’est 
rendre un service éminent à son pays. Mais, pour atteindre ce but 
louable , soyons sincères, ne publions que ce qui est bien prouvé, 
bien reconnu par des expériences de plusieurs années. 

Vous vous rappelez ,; Messieurs , le bruit qu'a fait l’engrais 
Jauffret ; aujourd’hui, je crois que les agriculteurs impartiaux et de 
bonne foi ont suffisamment apprécié, soit les équivalents qu'il 
donne dans sa formule, soit la comparaison qu'il a voulu faire en 


1 Quelques horticulteurs ont cependant trouvé que cet engrais délayé dans de Peau 
produit d'excellents effets, employé en arrosement. 


SUR DIFFÉRENTS ENGRAIS. 361 
assurant que son engrais fabriqué en 12 jours avait la même effica- 
cité que nos fumiers de litières ; malheureusement , je dois vous le 
dire : pour ma part, Messieurs, l'expérience comparative que j'ai 
faite n'a pas été en faveur de Jauffret. 

Voici comment j'ai opéré : 

Sur un terrain silico-argileux avec petits cailloux , divisé en 
quatre soles parfaitement égales et représentant chacune un parallé- 
logramme de 75 pieds de long sur 12 de large. 

La première sole n° 1, qui était la sole de Jauffret, avait recu 
son engrais en suffisante quantité ; cet engrais avait été confectionné 
au Jardin-des-Plantes , ainsi que vous le savez, par les soins d’une 
Commission à la tête de laquelle se trouvait notre honorable collè- 
gue M. Seringe , directeur du Jardin , qui eut l’obligeance de me 
remeltre un tombereau de ce fumier ; arrivé chez moi, à Franche- 
ville , je le pesai, et je trouvai en engrais 302 kilogrammes, dé- 
falcation faite de la tare. 

La sole n° 2, qui recut le même poids en engrais de litière 
provenant des vaches du domaine , offrait le même degré d'humidité 
et, par conséquent, a donné un égal volume en fumier. 

La sole n° 3, qui était celle qui ne reçut aucune espèce de fu- 
mure , et qui avait, comme toutes les autres , porté une récolte de 
céréales , avait été exprès mise en comparaison, afin de pouvoir 
mieux juger du degré de fertilité des deux engrais. 

La sole n° 4 avait été fumée avec un autre genre de fumier 
appelé cornaille. 

Chaque sole , après avoir été convenablement travaillée, a recu 
deux onces de graines de colza. Six jours après , la germination 
s'est manifestée simullanément dans toutes les soles sans différence 
aucune , et s’est maintenue ainsi pendant quelques jours; mais 
ensuile , après une pluie , les radicules des colzas en remplissant 
leurs fonctions , et après avoir élaboré les principes fertilisants des 
engrais respectifs de chaque sole , a donné par suite un facies 
tout-à-fait distinct à chacune d'elle. Seulement, la sole Jauffret 
avec celle sans fumure ont resté long-temps stationnaires, pendant 
que celle de litière avait ses plantes plus élevées, les feuilles plus 
larges et d’un vert plus foncé. 

La quatrième sole, fumée avec de la cornaille, a été encore su 
périeure à toutes les autres. 


302 RAPPORT 
La récolte sur toutes les soles a été faite le même jour , battue et 
vannée toutes séparément : 
La sole Jauffret, n° 1 , a produitnet 18 “‘"® de graines petites. 
La sole n° 2, engrais de litière 26 1/2 gr. bien nourries. 
La sole n° 3, sans fumier 16 graines très petites. 
La sole n° 4, famée avec delacornaïlle 31 1/4 belles graines. 


D'où nécessairement il faut conclure, d’une part, que la sole 
fumée à la cornaille est supérieure en produit, et de l’autre part, 
que l’engrais Jauffret est inférieur de près de moitié à l’engrais de 
litière, el qu'il n’a qu'un huitième de principes fertilisants , puisque 
la sole sans famure a produit 16 livres de graines, quand celle à 
l'engrais Jauffret n’en offre que 18 ; donc, nous pouvons soutenir 
avec raison que l’engraïs Jauffret est inférieur et ne peut pas être 
comparé à l’engrais de litière , placé, entendons-nous bien, dans 
les espèces de terrains dont nous avons parlé. Voilà, Messieurs , 
ce que celie expérience comparative nous a démontré de manière à 
ne conserver aucun doute. 

Maïs comme , en toutes choses , nous devons la vérité , si nous 
voulons faire avancer la science, nous vous dirons que , d’après les 
diverses expériences qui ont élé faites sur divers points de la France 
ct que nous avons eu soin de recueillir, l'engrais Jauffret a échoué 
en le comparant avec nos fumicrs ordinaires sur les terrains silico- 
argileux , silico-argileux-caicaire et sur les sablo-alumineux ; seu- 
lement il a produit de l'effet sur les argilo-siliceux et les terres 
éminemment argileuses. Au reste , nous ne considèrerons jamais 
l'engrais Jauffret que comme un compost humide semblable à ceux 
des Allemands , des Flamands et des Anglais, avec cette seule 
différence cependant (ce qui est en faveur de Jauffret) qu'il se 
confectionne dans un plus court espace de temps, ce qui est dû à 
sa lessive, c’est-à-dire au liquide alealin qu’il emploie pour arro- 
sement, lequel provoque en peu de jours dans la masse des végétaux 
une fermentation accélérée, énergique et en même temps progres- 
sive qui va jusqu'à 60, 65 et 70 degrés réaumuriens , selon que la 
température ambiante est plus ou moins élevée; d'autres ont pré- 
tendu l'avoir poussé jusqu’à 100 degrés aussi réaumuriens. Permet- 
tez-moi, Messieurs, d'exprimer ici mon doute sur ceite haute 
température de 100 degrés réaumuariens, parce que je crois que 
c’est contre les lois de la chimie et de la physique en même temps ; 


‘ 


SUR DIFFÉRENTS ENGRAIS. 3563 


car le carbone qui se trouve en grande quantité dans la suie, qui 
fait partie de la lessive de Jauffret , peut à lui seul empêcher ce 
haut degré de chaleur, qui du reste n’est pas nécessaire, puisqu'à 
70 degrés , les végétaux ligneux de forle cohésion ont été décom- 
posés. — Peut-être, nous objectera-t-on , qu'il est ecpendanti vrai 
que les foins humides, serrés dans nos fenils, finissent bien par 
une fermentation lente et progressive à s'élever à celle même tem- 
pérature , puisque le foin prend feu. — Oui , sans nul doute cela 
arrive ; mais, dans celte cireonsiance , c’est bien différent : dans 
les foins trop humides , il n’y-a point de corps , point d'ingrédients 
dont les molécules cherchent constamment à neutraliser la malière 
du feu; l'hydrogène et l'oxigène , dans ce cas , sont libres d'agir ; 
rien ne vient arrêter leur action pour arriver à l'inflammation, à la 
combustion. 

En définitive , nous pensons qu'il est équitable d'accorder à 
Jauffret le mérite : 1° d’avoir éveillé l'attention des agronomes sur 
la prompte confectinn des composts à végétaux ligneux , ainsi que 
des terreaux y compris l’engrais-terre; 2° d’avoir démontré aux 
propriétaires ruraux des pays montueux et d’un difficile accès, de 
pouvoir, sur les lieux et sans frais de charroiïs , fabriquer prompte- 
ment, sans le secours du bétail, de l’engrais avec les végétaux 
qui s'y trouvent, comme bruyères , genêts, fougères , mousses , 
mauvaises herbes de tout genre , ete. Mais, quand il s’agira d'établir 
une comparaison de son engrais avec nos fumiers de litière , nous 
dirons affirmativement que nous ne lassimilerons jamais à ces fu- 
miers, puisqu'il est prouvé aujourd'hui qu'il n'a montré son efficacité 
que sur les terres argilo-siliceuses et sur celles éminemment argi- 
leuses, et qu’il a succombé sur tous les autres genres de sols. 


Une objection nous a été faite : on nous a dit qu'il avait agi 
d'une manière très satisfaisante sur la vigne. — Nous le croyons 
bien : il a fait pour la vigne ce qu'ont fait avant lui tous les composts 
et les bons terreaux qui ont toujours été la fumure de- prédilection 
de tous les vignerons ; mais il ne s’en suit pas &e là qu'il convienne 
de le présenter comme un équivalent à nos engrais de litière dans 
tous les auires cas possibles de eulture et sur tous les sols in- 
distinctement. 

Au moment où j'allais elore ce rapport, j'apprends que deux 
nouvelles brochures, relatives à l’engrais Jauffret, viennent de pa- 


364 RAPPORT 

raitre; lune a pour titre : Æbrégé de la nouvelle Méthode de 
Pierre Jauffret pour la fabrication des engrais , éprouvé par 40 ans 
d'expérience, à l'usage et à la portée de tous les cultivateurs ; ou 
Moyen de faire sans bestiaux , en moins d’un mois et avec une 
grande économie, DE L'ENGRAIS DE PREMIÈRE QUALITÉ, AGISSANT SUR 
TROIS RÉCOLTES SUGCESSIVES ; DEUXIÈME ÉDITION, ENTIÈREMENT REFONDUE ET 
CORRIGÉE D'APRÈS LES DERNIÈRES NOTES ET INDICATIONS DE FEU PIERRE 
JAUFFRET. 

L'autre, intitulée : 

ÆAttestations authentiques , au sujet de l’engrais J'auffret , délivrées 
par un grand nombre d'agriculteurs , après les expériences faites 
par eux sur plusieurs récoltes successives et avec une seule fumure. 

Nous allons , pour le présent, nous arrêter aux expériences faites 
sur l’ancienne formule; quant à la nouvelle, nous y reviendrons 
quand le temps et les expériences nous auront donné des faits ; 
jusque-là , nous devons nous abstenir : nous n'avons à nous oc- 
cuper pour le moment que de la seconde brochure sur les attestations 
authentiques de Y'engraiïs Jauffret. Ces attestalions sont au nombre de 
trente-trois; trois agriculteurs seulement ont parlé du terrain sur le- 
quelils ont opéré, mais d’une manière si peu scientifique , si peu cir- 
constanciée, qu'il est impossible de dire positivement que c’est sur 
telle nature de sol qu’on a expérimenté, Ces attestations donc, au lieu 
de détruire ce que nous avons dit dans ce rapport, ne servent qu'à 
corroborer le jugement que nous avons porté sur cet engrais. 

La pièce, qui m'a fait le plus d'impression dans ces attestations , 
est un article sur la mort de Jauffret, par M. Moll, professeur d’a- 
gricullure au Conservatoire des arts et méliers à Paris. Cet agro- 
nome instruit, tout en rendant hommage à la mémoire de Jauffret , 
ne décide pas la question sur l'efficacité de son engrais sur telle ou 
telle nature de terrain ; il fait ressortir seulement l'avantage que 
cette découverte peut offrir à l'agriculture. 


Revenons , Messieurs , à notre sujet principal des engrais écono- 
miques. Toutes les réflexions que nous avons faites en étudiant les 
fumiers , nous mènent tout naturellement à celui d'André Chedé- 
cal dont sans doute vous êtes encore mémoralifs , avec lequel 
lengrais Jauffret a une certaine analogie , et qui , sous le nom de 
Gadoue artificielle, fit aussi en 1819 grand bruit dans notre dépar- 
tement : on voulut le comparer à la vraie gadoue, produit de nos 


SUR DIFFÉRENTS ENGRAIS. 365 
fosses d’aisances , le temps a prouvé qu'on se trompa. Cetle gadoue 
artificielle , qui , à la vérité, ne revenait qu'à 50 c. le tonneau de 
2 hectolitres, n’a jamais eu la force et l’activité de celle des latrines; 
néanmoins, dans les terrains légers et à l’époque des sécheresses , 
elle ne laisse pas que de produire de bons effets, soit sur les prés 
comme sur les terres à blé. 


M'étant toujours occupé de composts et d'engrais liquides , j'ai 
essayé pendant plusieurs années cette gadoue artificielle ; mais la 
longueur de sa confection m'a souvent découragé : il fallait, pour 
toutes les matières qu'on employait, une fermentation et une macé- 
ration putride de plus de six mois, si l'on voulait que l’engrais eût 
toute son efficacité. 


Voilà la formule du sieur Chedécal, cultivateur au hameau de 
Bron près Lyon : 


« Dans une fosse bétonnée de 22 pieds de longueur sur 12 de lar- 
geur et 9 de profondeur , on a jeté les matières suivantes : 1° une 
masse de fumier équivalente à 8 ou 10 chars à 2 chevaux ; 2° vingt 
bichets de légumes de Lupin (Lupinus albus); 3° tous les résidus 
de la basse-cour en balayures ; 4° toutes les mauvaises herbes des 
jardins et des terres; 5° quarante quintaux de plâtre; 6° une quantité 
d’eau bourbeuse , six et sept fois plus considérable que celle des 
malières solides réunies. L'opération finie et le temps voulu arrivé , 
on enlevait tout le liquide qu’on versait dans des tonneaux pour Îles 
mener sur les terres, et le fond de la fosse offrait un caput mor - 
tuum absolument semblable à nos meilleurs composts. 


« L'introduction de ce genre d'engrais dans le Lyonnais est due à 
un domestique de M. Fantet , propriétaire à Villeurbanne ; ce valet, 
polonais d'origine et déserteur d'un régiment de cavalerie autri- 
chienne, dit à son maître que dans son pays on savait fabriquer 
avec de la chaux du fumier, ete. , une matière fécale toute ausst 
bonne pour fumer que celle qu'on puise dans les latrines ; etee n'estque 
sur ce dire qu'on s’est mis à fabriquer la gadoue nouvelle qui ne re- 
vient qu'à 50 c. le tonneau de 2 hectolitres, au lieu de 3 fr. prix de 
la gadoue naturelle. » 


Venons actuellement, Messieurs, à l’engrais économique (Abré- 
gé des méthodes inyentées) par M. le général Dubourg , dont l'an- 
nonce vient de paraître dans le Journal d'économie rurale et domes- 


366 RAPPORT 
tique; journal destiné à faire suite à la Maison rustique du 19° 
siècle. 

M. le général Dubourg , tout en voulant nous donner du neuf 
en fait d'engrais, opère néanmoins en beaucoup de cas, comme 
Jauffret , sur toutes espèces de végétaux qu’il veut convertir en fu- 
mier; seulement il donne un autre nom à l'agent de fermentation 
qu’il emploie : il l'appelle Zcoain au lieu de lessive , comme le nom- 
mait Jauffret. 


M. le général Dubourg a de très nombreuses manières de pré- 
parer son levain : ilse fait avec de l’eau à laquelle on ajoute de l'u- 
rine humaine ou d'animaux, et dans lesquelles on laisse macérer 
des fruits pourris , des plantes vertes, des balayures de cour, des 
vases de fossés , etc., et une petite quantité de chaux ou de gypse , 
de craie ou de marne; enfin toutes matières fermentissibles, quelles 
qu'elles soient , dont on peut disposer : ces substances une fois pu- 
tréfiées , le Zevain de fermentation est fait. «Il y a toujours avantage, 
dit-il, d'ajouter une petite quantité de chaux, de plâtre, de craie 
ou de marne. » La quantité de ces matières ne peut être que de4, 
5 à6 p. 0/0 du poids de l'eau employée; un peu plus est avanta- 
geux dans les terres argileuses. Lorsque le levain est composé, on 
le répand également sur tout le tas. Le /epain , qui a pour base les 
eaux croupies de rouissage du chanvre et du lin, est le meiileur ainsi 
que celles provenant des féculeries , distilleries et sucreries. On 
peut jeler du levain autant que le tas en peut boire, sans laisser 
suinier; aussitôt que le suintage se montre à sa base, il convient 
de cesser. 

Pour s'assurer si la masse de végétaux se putréfie bien , on plante 
perpendiculairement dans le tas , à la distance de 60 à 75 centi- 
mètres , des bâtons pénétrant jusqu’au fond du tas. Au bout de 
5 à 6 jours , on retire quelques-uns des bâtons ; l'odeur , la couleur 
et la chaleur de ces bâtons vous indiquent assez que la décom- 
position se fait convenablement, suriout quand la température est 
portée de 40 à 50 degrés centigrades. Si le hasard faisait que les 
bâtons fussent froids ou seulement tièdes, ce serait une preuve que 
vous avez pris trop ou pas assez de levain : s’il y a trop, il faut 
piéliner votre tas; s’il n’y a pas assez, ajoutez du levain: M. le 
général Dubourg termine en disant que l'engrais composé de feuil- 
les d'arbres , de fourrages avariés et de la paille, doit moins fermen- 


SUR DIFFÉRENTS ENGRAIS. 367 
ter ; qu'une demi-désorganisation est suffisante; que celui composé 
avec des bruyères, des genêts et d’autres plantes à fibres ligneu- 
ses de forte cohésion, doivent subir une fermentation de 15 , 20 
à 25 jours suivant la température ; 

Que les plantes salissant le sol, comme la plupart des plantes 
adventices qui produisent beaucoup de graines et dont on voudrait 
obtenir la destruction , doivent être soumises à une fermentation 
plus élevée et au moins de 25 à 30 jours, de manière à détruire 
complètement la vertu germinative de toutes les graines : il serait 
encore plus convenable de les arracher avant leur maturité. 

Il conseille, comme avantageux, de défaire le tas aussitôt que 
la transformation en engrais sera terminée, de le répandre sur les 
champs pour l'enterrer immédiatement, mais pas profondément. 

Tous ces procédés , pour arriver promptement à la confection 
de’ divers engrais économiques, et de s’en créer avec facilité quand 
le besoin s’en fait sentir, souvent même sans le secours des bes- 
tiaux , ne laissent pas , malgré les différences que nous avons faites 
avec les fumiers de litière, que de prouver que nous avons cepen- 
dant fait un pas de plus dans la seience agricole ; et qu'enfin, quel 
que soit le moyen dont on peut se servir pour les fabriquer, les 
personnes qui s'en occupent, comme M. le général Dubourg , ne 
peuvent que mériter des louanges, surtout quand on ne les publie 
qu'avec l'intention d'être utile; mais si, comme tant d’autres, l'on 
cachait des vues spéeulatives d'intérêts, sans être sûrs de l’effica- 
cité de l’engrais que l’on prône, alors il serait pénible de penser 
que l’agriculteur qui a tant besoin de toutes ses ressources et de 
son temps , fût de nouveau victime de sa crédulité. 


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RAPPORT 


SUR L'ENSEIGNEMENT 


DE LA 


CULTURE ET DE LA TAILLE DU MURIER , 


PAR 


M. ALEZ ANDRE ; 


LU À LA SOCIËTÉ ROYALE D’AGRICULTURE DE LYON, LE 26 suiLLET 1859. 


Messieurs , 


Je viens, au nom de la Commission des soies, vous rendre compte 
de la mission remplie pour la seconde fois par les pépiniéristes 
experts que vous ayez envoyés dans les communes de ce départe- 
ment qui se livrent à la culture du mürier. 


Les communes visitées par les deux pépiniéristes experts ; con- 
jointement avec leurs deux aides, sont ; 


370 RAPPORT SUR LA CULTURE 
Dans l'arrondissement de Lyon, au nombre de 50 savoir : 
5 au canton de l’Arbresle, 


g id. Condrieu , 

à) id, Givors , 

8 id. St-Genis , 

1 id. Mornant , 

1 id. St-Laurent-de-Chamousset , 
1 id. St-Symphorien , 

2 id, Vaugneray , 

9 id. Neuville, 

ÿl id. Limonest, 


4 communes formant la ville de Lyon. 


En tout, 50 communes dans l'arrondissement de Lyon. 
12 dans l'arrondissement de Villefranche. 

Ainsi le mûrier n’est guère cullivé que dans une soixantaine de 
communes de ce département composé de 254 agglomérations de 
ce genre. 

Conformément aux instructions que leur avait données la Com- 
mission des soies , les experts ont tenu nole, par classe , des mü- 
riers qu'ils ont taillés et de ceux dont ils ont fait le recolement. Ce 
travail fournit des documents précieux à la statistique de notre 
département. 

Ils ont taillé pour modèles, sous les yeux des propriétaires 
ou agriculteurs, dans les 50 communes de l'arrondissement de 
Lyon qu'ils ont visitées : 


188 müriers au-dessous de 6 ans ; 
174 id. de 6 à 20 ans; 
29 Did: au-dessus de 20 ans. 
Et dans les 12 communes de l’arrondissement de Villefranche : 
21 müriers au-dessous de 6 ans; 
8 id. de 6 à 20 ans; 
aucun au-dessus de 20 ans. 


Et en lotalité, dans les 62 communes du département où se cul- 
tive le müûrier, vos experts ont taillé : 
209 müriers au-dessous de 6 ans ; 
182 id. de 6 à 20 ans ; 
23 id. au-dessus de 20 ans. 


ET LA TAILLE DU MURIER. 371 

Il est fächeux que vos pépinicristes n'aient pas élé envoyés 
plus tôt : dans beaucoup de communes, la taille du müûrier était 
opérée. Le mois de mars est en effet , d’après toules les expérien- 
ces , celui qui convient le mieux pour cette importante opération. 

Toutefois, la mission que vous avez fait répéter celte année ne 
laisse pas que d'atteindre, au moins en partie, le but que vous 
vous êtes proposé. Elle appelle l'attention des propriétaires sur 
la richesse d'une culture que la plupart négligent, parce qu’ils ne 
l'ont pas-appréciée. Cependant le mürier prospère partout dans ce 
département où la variété des sites en produit de si grandes dans 
la température : ainsi, dans nos vallées nous ayons la chaleur de 
nos provinces méridionales; et sur nos montagnes nous nous rap- 
prochons des froides zônes des Alpes , et, cependant , on cultive le 
mürier avec succès à St-Symphorien sur Coise où la vigne ne peut 
fructifier. On le cultive également à Daraizé au canton de Ta- 
rare , et M. Piégaiy , l’un de vos pépiniéristes experls , vous signale 
la terre de Chanzé qu'a acquise M. Morelon, fabricant d’étoffes de 
soie à Lyon, comme une des plus convenables pour une ferme et 
une magnanerie-modèle. Le propriétaire, qui a planté 2,200 müriers, 
se propose de continuer ses plantalions jusqu’à la concurrence de 40 
à 50,000. 

La Commission des soies doit particulièrement signaler les belles 
plantations en tout genre de M. Wetter à Fontaines , qui se pro- 
pose d'élever une magnanerie salubre ; les plantations de Mme de 
Clerinbert à St-Symphorien ; l'établissement de M. Bourcier à Mil- 
lery , et celui de M. Alexandre à Villeurbanne. 

La Commission a reconnu avec une extrême satisfaction que l’é- 
ducation des vers à soie se popularise dans notre département, et que 
la filature se perfectionne autour de Lyon. 

Vos pépiniérisies experts ont constaté qu'il existe dans les 
50 communes de l'arrondissement de Lyon: 

847,060 plans de müriers en pépinière; 

100,000 4. en 35,332 mètres de haies ; 

119,728 müriers au-dessous de 6 ans; 
46,468 id. de 6 à 20 ans; 
1021. id. au-dessus de 20 ans. 


1,123,533 müriers en total existent dans l'arrondissement 
de Lyon. 


872 RAPPORT SUR LA CULTURE 
Et dans l'arrondissement de Villefranche : 
33,600 plans en pépinières ; 
5,794 en 1,931 mètres de haies ; 
16,392 müûriers au-dessous de 6 ans; 
9,012 + 24. de 6 à 20 ans; 
1,285 id. au-dessus de 20 ans. 


66,083 müûriers dans l'arrondissement de Villefran- 
che. 
1,189,616 müûriers dans les deux arrondissements ; 
Dont 124,936 multicaules. 


Ces renseignements se complètent par ceux qu’ils ont recueillis 
sur l'éducation des vers à soie. 

Il en résulte qu'on a élevé , cette année, dans l'arrondissement de 
Lyon , 554 onces de graines de vers à soie dont le produit a varié 
depuis 30 jusqu'à 45 kilogrammes de cocons. En supposant la 
moyenne à 40 kil. par once, on a pour les 554 onces de l'arron- 
dissement de Lyon 21,160 kil. de cocons qui représentent, au prix 
moyen de 4 fr. 20 c., un produit brut de 93,072 fr. 00 c. 


Et d’après les mêmes bases , les 68 onees élevées dans l’arrondis- 
sement de Villefranche donnent une quantité de 2,720 k. cocons 
qui, au prix moyen de 4 fr. 20 c. le kil. , représentent un produit 
brut de 11,424 fr. 


Ainsi le produit des vers à soie élevés dans le 
département du Rhône , en 1839 , peut être évalué 
en totalité à 104,496 
Dont il faudrait déduire les frais occasionés 
par l'éducation de 622 onces, dans l'évaluation des- 
quelles il peut y avoir de grandes varialions , qui 
ne peuvent d’ailleurs être fixées en moyenne que 
d'après des renseignements confirmés par de 
nombreuses expériences. 
En les évaluant à 60 fr. par once pour les frais 
de la cueillette des feuilles et main-d'œuvre de l’é- 
ducation, ainsi que pour le chauffage, la dé- 
pense à déduire du produit total s’éleverait à 37,320 


Le produit net se réduirait à 67,176 fr. 


ET LA TAILLE DU MURIER. 373 
Si on en déduisait encore la valeur de la feuille 
en la calculant à 6 fr. les 100 kil.', on aurait pour 
les 622 onces , à raison de 1,000 kilog. par once, 


Une autre somme de 31,320 
Laquelle étant déduite du 67,176 
Réduit à 29,856 fr. 


Le bénéfice ou produit net des 622 onces. 

Vous remarquerez, Messieurs, avec satisfaction que la produc- 
tion de la soie, cette matière si précieuse à l’industrie Lyonnaise, 
est en progrès dans ce département, puisque l'éducation des vers 
à soie a été , cette année , double de l’année dernière. 

Ce résultat dépose de l'utilité des mesures que vous avez or- 
données, et justifie pleinement l'emploi des subventions que 
M. le Ministre de l’agriculture et du commerce vous a accordées 
avec un empressement qui a excité , de votre part, une reconnais- 
sance dont la profonde expression vient si naturellement se consi- 
gner ici. 

Je joins à ce rapport le Tableau synoptique des matières dont il 
traite, 


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SUR LE 


CYTISE LABOUR, ADAM ET POURPRE, 


PAR 


M. ZÉNON. 


Dans une visite que M. P. Reverchon , M. Ch. Gondouin votre 
correspondant , et moi, avons faite à la Pépinière royale de Trianon 
le 3 juin 14839, nous avons eu l’occasion d'observer sur le Cyrise 
Ana plusieurs anomalies. Déjà, en 1838, j'avais entretenu la 
Société d’un fait à peu près semblable, observé chez M. Nérard 
aîné , pépiniériste à Vaise ’ ; mais cette anomalie est si extraordi- 
naire , qu'un de nos collègues, mon ami, M. Seringe, témoigna 
des doutes. 11 craïgnaïit qu’il n’y eût quelque supercherie , quelque 
greffe habilement placée. J'espère être plus heureux aujourd'hui ;, 
el, en vous exposant de nouveau, par son organe, des faits ana- 
logues , le convaincre lui-même. 

Le Cytise Adam (C. Ædami) se rapproche , pour le port et l'in- 
florescence , du faux-Ébénier ( €. Laburnum ). I en diffère un 


1 Annales de lu Soc, roy. d'agr, de Lyon, vol. 1, p. 251 (Ann. 1855). 
Te Il. 25 


re 


3176 NOTE 

peu par son feuillage , mais beaucoup par ses grappes de fleurs qui 
sont d’un rose terne. Le Cytise pourpre (C. purpureus ) est un petit 
arbrisseau , qui s'éloigne tellement des deux espèces qui précèdent, 
que sa réapparition sur le Cytise Adam paraît inexplicable , et que 
l'on a peine à concevoir qu'il ait jamais pu produire un hybride en 
fécondant le faux-Ébénier. 

Il y a dans la Pépinière de Trianon plusieurs forts pieds de Cytise 
Adam qui étaient en pleines fleurs , lorsque nous y avons été, et 
qui nous ont présenté des anomalies. Sur les branches de l'un ;, on 
voyait quelques bouquets de feuilles et de fleurs appartenant au 
Cytise pourpre. Sur un autre , une branche de faux-Ébénier s'était 
vigoureusement développée , et portait une belle grappe jaune au 
milieu des grappes roses du Cytise Adam. 


Un troisième , le plus fort de tous , greffé en fente sur le faux- 
Ébénier à un mètre de terre, était élevé à 5 mètres environ. Il n’y 
avait pas d'arbres autour de lui. Sa tête était bien formée et s’éten- 
dait à l'aise. De tous côtés apparaissaient des grappes jaunes du 
faux-Ébénier et de petits bouquets du C. pourpre au milieu des 
fleurs roses du C. Adam. Cet arbre ainsi fleuri était admirable. 
Nous avons examiné de près et avec beaucoup d’attention différents 
points d'où partaient des rameaux anomaux. Il n'y avait pas de 
branche un peu forte qui n’en présentät quelques-uns. Tantôt la 
fleur du faux-Ébénier pendait à côté de celle du Cytise Adam ; tantôt 
le Cytise pourpre s’élevait entre les deux , ou semblait avoir envahi 
toute la branche qui, à quelques pouces plus loin , reproduisait 
encore le Cytise Adam. Nous étions sûrs qu'il n'y avait là ni super- 
cherie , ni placage, ni greffe d'aucune sorte. Non seulement nous 
voyions, mais encore nous avions pour garant la probité du chef 
des cultures de la Pépinière de Trianon qui nous accompagnait. Si 
nous avions pu avoir quelques doutes , ils auraient été levés par 
une bizarrerie plus grande encore : Une grappe portait une fleur 
jaune au milieu de fleurs roses. 


Nous signalons ce fait à la Société , espérant que de plus habiles 
physiologistes que nous pourront expliquer les causes de cette ano- 
malie extraordinaire. 

Le chef des cultures de la Pépinière de Trianon nous dit que 
déjà , l'an dernier , il avait fait la même observation : que le Cytise 
Adam ne donne pas de graines, mais que les grappes de faux- 


SUR LE CYTISE LABOUR, ADAM ET POURPRE. D 11 
Ébénier qui apparaissent cà et là en donnent. Il a récolté quelques- 
unes de ces semences : les jeunes plants , qui en sont provenus, ont 
la feuille et le port du faux-Ébénier. Il est très probable que ce 
semis ne donnera pas autre chose que le faux-Ébénier. 


Note de M. Seringe. 


J'ai douté, il est vrai, d’un fait aussi extraordinaire; maïs j'ai 
vu, à Lyon, la complète confirmation de ce qu’avance notre ami 
Hénon, chez M. Nérard fils aîné, à Vaise ; et je mets sous les yeux 
de la Société des échantillons récoltés cette année : un rameau 
de Cytisus Laburnum sur le Cytisus Adami , et un autre de Cytisus 
Adami , présentant sur la même grappe quelques fleurs de Cytisus 
Laburnum parfaitement conformées. J'ai aussi observé chez 
M. Bourazors , à St-Cyr près Lyon, un bel arbre de Cytisus Adam, 
offrant un rameau bien authentique du Cytisus purpureus. 


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BKPRALITS 


DES 


PROCES-VERBAUX. 


Séance du 28 juin 1839. — PRÉSIDENCE DE M. BotTEx. 


Le Secrétaire donne lecture d’une lettre de M. Lortet sur les 
tuyaux de conduite pour les eaux. M. Lortet rapporte qu’en Suisse 
et en Allemagne, ces tuyaux se font en troncs de pins de 6 à 8 
pouces de diamètre avec l'écorce, et longs de 8 à 10 pieds, et qu'il 
n'y a jamais observé aucun sédiment. Selon lui , une petite couche 
de bois en décomposition fournit un enduit onctueux qui empêche 
l'adhérence aux parois du tuyau. Il pense que les tuyaux en terre 
s'obstruent plus promptement que ceux en plomb, ces derniers s’in- 
crustant principalement auprès des soudures et surtout des pièces de 
cuivre qu'on y adapte pour l’ajustage , soit à cause des irrégularités 
de la surface, soit par une action galvanique. M. Lortet croit qu'une 
peinture d’une dessication lente, le goudron minéral, par exemple, 
préserverait les tuyaux métalliques des incrustations. 

M. Parisel réclame la priorité de cetle dernière invention en fa- 
veur de M. Gaimard , ingénieur à Grenoble. 

M. Fournet a vu, en Auvergne, dans des tuyaux de bois des. 
tubercules ferrugineux , provenant de la qualité des eaux. Il regarde. 
les tuyaux de bois comme étant d’un emploi difficile, parce qu'on 
ne peut leur donner un grand diamètre. 

M. Bineau a vu , sur les roues d’un moulin, les inerustations. 
plus fortes sur les clous que sur les planches. 

M. Jules Bourcier présente à la Société, de la part de M. Lucain, 
deux exemplaires de chacun des ouvrages suivants : 


380 EXTRAITS 

1° Manucl élémentaire d'agriculture ; à l'usage des écoles pri- 
maires du Midi : ouvrage couronné au concours ouvert par le 
conseil-général des Bouches-du-Rhône. Ævignon, Jaquet et Joudon , 
18359 ,in-12. — M. Dugas veut bien se charger de rendre compte 
de cet ouvrage. 

2° Statistique du canton d'Orgon : Mémoire qui a obtenu le 
premier prix au concours ouvert par la Société de statistique de 
Marseille. Arles , Garcin 1838 , in-8°. — M. Montain veut bien 
rendre compte de ce Mémoire. 

M. Quenin est inscrit sur le registre d’expectation pour la place 
de correspondant. 

M. Jules Bourcier propose à la Société d'établir un concours 
pour la statistique du département par cantons. M. Bourcier déve- 
loppera sa proposition dans la prochaine séance. 

M. Mulsant annonce qu’une épizoolie aphteuse s’est déclarée 
dans le canton de Thizy , où elle affecte surtout les bêtes bovines. 
11 demande que la Société prie M. le Préfet d'envoyer sur les lieux 
des hommes de l'art. 

IL est déeidé , après discussion , que la Société préviendra M. le 
Préfet qu'il règne une épizootie dans le canton de Thizy. 


Fa 
+ *# 


Séance du 12 juillet. — Présinexce be M. Borrex. 


Au nombre des pièces de la correspondance se trouve une lettre 
de M. le Ministre de l’agriculture et du commerce , annoncant à la 
Société l'envoi, à partir du 1 janvier 1839, du Propagateur de 
l'industrie de la soie en France. 

M. Seringe offre à la Société , de la part de M. Césaire Nivière, 
deux exemplaires d’un Mémoire sur l'établissement d’une École 
d'agriculture dans les Dombes. 

M. le Président annonce que la robe, confectionnée avec le 
produit de l'éducation comparative de vers à soie de l’année der- 
nière , a été présentée à S. M. la reine des Français par MM. Chinard 
et Hénon , membres de la Société. M. Chinard , présent à la séance, 
xend compte de l'accueil plein de bienveillance fait par S. M. à la 
députation de la Société. 


DES PROCÈS-VERPAUX . 381 

M. Sauzey présente des échantillons de soie filée chez M. Alexan- 
dre , et dans la filature desquels on remarque une grande améliora- 
tion, M. Alexandre donne des détails sur les procédés de filature, qui 
sont depuis long-temps employés dans quelques-unes des meilleures 
filatures du Midi, et dans lesquels la tavelle , autrefois préconisée , 
n’est plus employée, parce qu'elle aplatit le fil. Le même Membre an- 
nonce que M. Guillot a obtenu , à La Guillotière , une très belle 
éducation de vers à soie en plein air, dans un taillis très épais de 
müriers , avec la seule précaution de tirer de temps en temps 
quelques coups de fusil pour éloigner les oiseaux. 

M. Gariot lit un rapport sur les différents engrais confeclionnés 
par MM. Payen , Salmon , Jauffret, et par M. le général Dubourg. 
Il résulte d’une expérience de M. Gariot que sur un sol argilo- 
siliceux , et pour la production du colza, l'engrais Jauffret est de 
beaucoup inférieur à celui de litière qui le cède lui-même à lengrais 
dit cornaille. M. le rapporteur trouve beaucoup d’analogie entre 
l'engrais Jauffret et celui de M. le général Dubourg. Le procédé 
de ce dernier admet beaucoup plus de variété dans les substances 
qui servent à préparer le levain. M. Gariot doute que la chaleur 
monte , comme on l’a dit, jusqu'à 1009 R. dans la préparation de 
ces engrais artificiels. 

M. le général Dubourg, présent à la séance , pense que l'on n'a 
pas exagéré la température, et il cite, à l'appui de son opinion , 
l'incendie spontané des balles de coton mouillées dans les navires. 
Il pense qu'une expérience , faile une seule fois sur un seul terrain 
et sur une seule espèce végétale , ne suffit pas pour prononcer sur la 
valeur d'un engrais, et que, n'eüt-il que le quart de la valeur de 
celui de litière, l’engrais arlificiel rend toujours un grand service 
en utilisant des matériaux qu’on laisserait perdre. Suivant M. Du- 
bourg , l’engrais de litière, et en général l’engrais animal ne 
convient pas à la vigne, à cause du goût qu’il peut communiquer 
au vin. 

M. Tissier pense que la quantité d’eau contenue dans l’engrais 
Jauffret doii empêcher de croire à la haute température qu'on 
a dit exister pendant sa fermentation. 

M. Magne lit un rapport sur l’épizootie aphteuse qu'il est alle: 
observer dans le canton de Thizy, par ordre de M. le Préfet du 
Rhône. : 


382 EXTRAITS 

M. Magne propose que l'exposition d'horticulture , qui n’aura 
pas lieu cette année , soit remplacée par des visites que ferait une 
Commission chez les jardiniers et pépiniéristes. Cette proposition 


est adoptée, et la mission est confiée à la Commission de l'exposi- 
tion de 1838. 


Séance du 26 juillet, — Présinexce px M. BoTTEx. 


M. Alexandre lit un rapport sur les opérations des experts tail- 
leurs de mûriers, envoyés par la Société dans les communes du 
département. ( Voyez page 369.) 

M. Magne propose à la Société de nommer une Commission , 
chargée d'examiner s’il ne serait pas avantageux de transporter 
l'École vétérinaire dans une des fermes que l'Hôtel-Dicu possède 
sur la commune de La Guillolière. Cette commission aurait à exa- 
miner si le transport de l’École sur la rive gauche du Rhône ne se- 
rait pas plus avantageux pour les propriétaires de bestiaux, pour 
l'instruction des élèves, et s’il ne faciliterait pas l'adjonetion d’une 
chaire d'agriculture à l'enseignement vétérinaire. e 

La proposition de M. Magne est adoptée après discussion , et la 
Commission composée de MM. Terme , Janson, Bouchard-Jambon , 
Sauzey et Magne. 

M. Gariot lit un fragment d’un « Catéchisme agricole, où Manuel 
d'agriculture pratique pour le département du Rhône , à l'usage des 
jeunes gens. » 


Séance du 9 août. — Présence DE M. BorTEx. 


M. le Préfet, par une lettre du 3 août, demande à la Société le 
4° rapport de 1839, sur la situation des récoltes en grains et autres 
farineux et sur le produit numérique des mêmes récolles dans le 
département pour la même année. M. Gariot veut bien se charger 
de ce rapport. 


DES PROCÈS-VERBAUX . 383 

M. Fournet lit une note sur un essai d'éducation de vers à soie 
du Bengale. 

M. Guillard, père, lit un rapport sur un manuscrit intitulé : 
Essai sur la théorie de l'aménagement des forêts, envoyé à la So- 
ciété par l’un de ses correspondants , M. Noirot-Bonnet , géomètre 
forestier. Le rapport de M. Guillard présente le plus grand intérêt. 
Après avoir donné une idée claire et succincte du travail remar- 
quable de M. Noirot, il termine par les conclusions suivantes : 

« L'auteur s’est proposé de rédiger un corps de doctrine sur 
l'aménagement des forêts, de coordonner et d’éclaireir les notions 
encore confuses que l’on possède sur cette importante matière , de 
détruire quelques préjugés funestes à l'intérêt forestier, et enfin 
de trouver uue direction rationnelle pour la conduite des forêts , 
qui trop long-temps n’a été qu’une pratique routinière , qui com- 
menee à devenir un art, el qui doit s'élever tôt ou tard à la hauteur 
d'une science. 

« Telest, Messieurs, le but de l'ouvrage de notre honorable 
correspondant. D'un bout à l’autre , il y fait preuve de connaissances 
profondes sur le sujet qu’il traite. Nous devons souhaiter que cet 
ouvrage soit imprimé à un grand nombre d'exemplaires , afin d’ex- 
citer l'État, les communes et les riches propriétaires , non seule- 
ment à ne plus détruire les forêts, mais à faire des plantations 
nouvelles partout où le terrain est susceptible de recevoir cette 
culture , et particulièrement sur le sommet de nos montagnes , jadis 
si belles de verdure , aujourd’hui tellement arides, que l'on peut 
bien appliquer généralement à la France ce reproche que les autres 
contrées de l'Italie font au pays de Gênes , en ces termes : 
« Genova la superba , ma montagne senza legno. » 

« Peut-être ne sommes-nous pas éloignés d’une grande régéné- 
ration forestière; car la Chambre des députés, dans sa séance du 
23 juillet dernier , a agité la question du degrèvement des 3/4 de 
l'impôt en faveur des propriétaires qui voudraient cultiver des bois, 
faire des semis et des plantations, conformément à une loi non 
abrogée du 3 frimaire an vir. 

« On reviendra, sans doute, sur cette proposition importante ; 
et, comme le 7raité de M. Noirot-Bonnet est très propre à éclairer 
nos législateurs sur cette matière, je conclus à ce qu’il en soit fait 
une ample mention dans nos Ænnales , et qu'une lettre de remer- 


384 EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAUX. 
cîment et de félicitation leur soit adressée pour celle intéressante 
communication. » 

Les conclusions du rapport de M. Guillard sont adoptées , et le 
Mémoire de M. Noirot, renvoyé à la commission de publication. 

M. Potton donne lecture d’une analyse des articles contenus dans 
les T° et 8° numéros des Ænnales de la Société d'agriculture de la 
Drôme. Presque tous ces articles ont trait à l'industrie de la soie. 

M. Fournet décrit un procédé de ventilation très simple , employé 
pour l’aérage des mines. Il pense qu'on pourrait l'appliquer avec 
avantage aux magnaneries ; il en promet pour une prochaine séance 
le dessin et la description détaillée. 

M. le Président offre un jeton de présence à M. Yvart, in- 
specteur-général des Écoles vétérinaires et des Bergeries royales , 
présent à la séance. 

MM. Borrex, Président ; 
Lecoe, Secrétaire-adpoint. 


RAPPORT SUR LES APPARENCES DE LA RÉCOLTE (ex auin 1839) DANS LE DÉPARTEMENT DU RHONE , 


ESPÈCES 
DE 


GRAINS. 


Froment, 


Méteil, 


Seigle , 


Orge, 


Avoine. 


PAR CHARLES GARIOT. 


ÉPGQUE ET DURÉE DE LA FLORAISON DES GRAINS. 


EN TEMPS ORDINAIRE. 


Dans les premiers 
jours de mai : la du- 
rée est de 20 à 25 
jours. 


Ce mélange de 
grains suit l’érdrè du 
froment et du seigle. 


Au commencement 
d'avril : elle est de 
18 à 20 jours. 


En mai : de 45 à 
18 jours. 


En mai : de 45 à 
30 jonrs. 


Ex 1839. 


La floraison a ététardive; 
elle s’est manifestée après 
la mi-juin et par de longs 
intervalles ; elle n’a eu que 
12 à 14 jours environ pour 
parfaire sa fécondation. 


La floraison de ce genre 
de grain a suivi Dérdre des 
de espèces. 


La floraison s’est opérée 
dans les premiers jours de 


mai ; en 15 jours, d’une 
manière salisfaisante. 


En juin : : Sa durée a été 
de 10 à 15 jours. 


En juin : Sa durée a été 
de 25 jours. 


SITUATION 


DE LA VÉGÉTATION AU 
MOMENT OU LES BLÉS 
SONT ENTRÉS EN FLEUR. 


La végétation, quoi- 
que tardive, s’est mon- 
trée assez belle dans 
l'ensemble de tous les 
cantons. 


INDICATION DES PRINCIPAUX 
ÉVÉNEMENTS ATMOSPHÉRIQUES 
QUI , PENDANT LE COURS DE LA 
FLORAISON , SE SONT FAIT RE- 
MARQUER DANS L ?ENSEMBLE DU 

DÉPARTEMENT. 


Lors du cours de la {lo- 
raison , les pluies de fin 
d'avril, de mai et du com- 
mencement de juin, on! 
donné , pendant Jlong- 
temps , une température 
basse et souvent froide. 


LÈREES 


INFLUENCE 
DE CES ÉVÉNEMENTS SUR 
LA VÉGÉTATION EN GÉNÉ- 
RAL, NOTAMMENT SUR LA 
FLORAISON. 


L'hiver peu 1 rigoureux 
de celte année et Me 
dité qui a régné pendant 
le printemps ont été tres 
propices aux céréales , 
ainsi qu'à Loule espèce de 
culture. 


OBSERVATIONS GÉNÉRALES 


SUR LES AUTRES PRODUITS DU DÉPARTEMENT DU RIÔNE. 


La récolle des grains, en général, sera supérieure à une année commune. 

La première coupe des fourrages naturels est abondante , ainsi que la première et 
la deuxième des prairies artificielles. 

Les colzas ont donné une récolte Lrès satisfaisante. 

La belle végétation des pommes de terre , de la betterave de disette et du gros hor- 
tolage nous fait présager d’abondants produits en ces divers genres de végétaux. 

Les vignes qui se sont trouvées abritées par leur exposition ou assez robustes 
pour avoir résisté au froid de 47° R' de 1858, comme celles qui ont heaucoup 
souffert de cet hiver rigoureux, et dont la plupart n’ont poussé que du corps et de la 
base du cep (les coursons ayant élé gelés), ont jeté avec vigueur des sarments 
tellement garnis de raisins, que cela nous permet d’espérer des vendanges abondantes. 


RAPPORT 


SUR LA SITUATION DES RÉCOLTES EN GRAINS ET AUTRES FARINEUX 
DANS LE DÉPARTEMENT DU RHÔNE , EN AOUT 1839, 


PAR CHARLES GARIOT, 


LA RÉCOLTE EN CHAQUE ESPÈCE 
EST-ELLE 


RE 


QUELLE À ÉTÉ 


ESPÈCES 


L'INFLUENCE 


DE 


DE L’ATMOSPHÈRE 


GRAINS SUPÉRIEURE , EXCÉDANTE , 
ÉGALE SUFFISANTE SUR LA QUANTITÉ 
ET DE ou OU INSUFFISANTE 
INFÉRIEURE COMPARATIVEMENT ET LA QUALITÉ 
FARINEUX, A L'ANNÉE AUX BESOINS 


COMMUNE ? DU DÉPARTEMENT ? DES PRODUITS ? 


—— 


Inférieure, Insuisante, 


Froment, Au printemps jusqu’en 
juin toutes les céréales, 
Id. Id. ainsi que la plupart des 
autres récoltes en tout 
Id. Id. genre, offlraient les plus 
belles apparences ; mais 
Id. Id. les chaleurs excessives 


Méteil, 


Seigle, 


Orge, 


et sans pluie qui ont ré- 

Avoine, Id. Id. gné de la fin de juin au 16 
août, et qui ont constam- 

Maïs et Millet, Très inférieure. Id. ment donné au thermede 
R'unetempératuresèche 

Légumes secs, Id. Id. el brûlante de 20, 25 et 
299,nousontcruellement 

AutS menus grais, Id. Id. déçus denos espérances. 
Le grain contient peu 

Ponnnes delerres Id. Id. de fécule; il donnera 


beaucoup de son. 


OBSERVATIONS GÉNÉRALES 


RELATIVES ° AUX PRODUITS DE LA RÉCOLTE EN GRAINS ET AUTRES FARINEUX DE 4839 ; 
29 AUX AUTRES PRODUITS AGRICOLES DU DÉPARTEMENT, 


Les produits des céréales sont, d’un tiers, inférieurs à l’année commune ; la séche- 
resse longue et brûlante que nous éprouvons sera cause que les autres farineux 
produiront à peine leur semence. 

Les plantes oléagineuses , seules, ont donné une récolle supérieure. 

Les pommes de terre, dont les dernières ont été plantées dans la première quin- 
zaine d’août, sont mises au rang des récoltes incertaines ; elles manqueront vraisem- 
blablement à la consommation de la bassecour. 

Malgré labondance de la première coupe des foins naturels et artificiels , il y aura 
encore pénurie de fourrages ; cette disette se fera d’autant plus sentir, que les herba- 


ges qui y suppléent, comme maïs, vesces, caroltes, raves, choux et betteraves , 
n’ont pu se semer en Lemps convenable ; et ce qui a été semé antérieurement aux mois- 
sons est d’un produit insignifiant, par le fait seul de la sécheresse et de la quantité 
prodigieuse de sauterelles qui dévorent toute la végétation de ces fourrages supplé - 
menlaires. 

La vigne, ainsi que nous l'avons fait pressentir dans notre rapport de juia, donnera 
des vendanges supérieures à une année ordinaire. 

Depuis trois ans, les insectes de divers genres augmentent d’une manière effrayante 
pour l’agriculture ; tous les champs de notre département , surtout dans les localités 
chaudes et sèches , se trouvent infestés par des légions innombrables d’altises (puce 
de terre), de sauterelles, charançons , 
nilles , limaces et limaçons , qui, cel 
trèfles , les luzernes , les choux, les raves , le sarrasin tardif, etc.; en un mot, la 


lons, araignées des terres labourables, che- 
année, ont dévoré à plusieurs reprises les 


végétalion tout entière en a beaucoup souffert. 

La cause de cette multiplication aussi considérable d'insectes est le manque d’oi- 
seaux dans notre département et dans ceux qui nous avoisinent; les chasseurs aux fi- 
lets et au tir sont en si grand nombre, qu’ils ont détruit toutes les espèces d'oiseaux 
qui mangeaient ces insectes dévaslaleurs. 

Si les autorités supérieures ne prennent pas de suite des mesures sévères pour sup- 
primer, au moins pour quelques années , la chasse aux filets, et si elles ne recomman- 
dent pas aux maires d’être plus difficiles à émettre le moins de port-d’armes possible , 
l’agriculteur se verra bientôt condamné à travailler sans aucun espoir de récoltes ; dans 
cette triste expectative , il est à croire aussi que le fisc y trouverait ses intérèts com 


promis. 


7 DCS 


DESCRIPTION 


D'UNE 


ESPÈCE NOUVELLE D'OISEAU-MOUCHE, 


OrNisuyA LagrADor, PI. vur. 


(15° race des Lucifères. Less. ) 


PAR 


M. JULES BOURCIER. 


(Luz À LA séance pu 18 saxvier 1839.) 


L’oiseau-mouche, auquel nous donnons le nom de Labra- 
dor , est unc espèce nouvelle du genre des Lucirers, qui vit 
au Mexique. Il nous à paru mériter ce nom à cause de sa 
belle cravate d’un beau vert-bleu irisé , métallique, présen- 
tant beaucoup d’analogie avec les reflets de la pierre de 
même nom. 

Sa longueur totale est de 39 lignes, et, dans cette dimen- 


sion, le bec entre pour 9 lignes et la queuc pour 14. Les ailes, 
NE: À 26 


390 DESCRIPTION 
qui ont 17 lignes, se prolongent jusqu’au quart environ de la 
queue. 

Sa forme et sa grosseur sont à peu près celle du Barbe- 
Bleu , qui habite aussi le Mexique , et du Cora, qui vit au 
Pérou. 

Le Labrador à d’ailleurs plusieurs rapports de ressem- 
blance avec ces deux espèces, entr’autres la couleur du dos et 
du croupion. 

Avant d'aller plus loin, nous devons établir ce qui dis- 
tingue notre oiseau de toutes les espèces décrites jusqu’à ce 
jour. 

C’est surtout à cause de sa queue , dont les plumes, par 
leur disposition et leur forme , présentent quelque chose 
d’unique, que nous avons cru pouvoir établir cette espèce 
nouvelle. C’est donc à la description de cette partie que nous 
allons d'abord nous attacher. 

Les plumes de la queue sont au nombre de huit, et pré- 
sentent dans leur ensemble un caractère spécial qui consiste 
en une incurvation supéricure assez sensible. La première 
rectrice externe est plus courte que la seconde, et la troisième 
est, à son tour, un peu moins longue que la première. Les 
deux plumes intérieures restantes ont deux bonnes lignes de 
moins que la plus longue rectrice. Ces huit plumes sont ar- 
rondies en ovale à leur extrémité. La première rectrice est 
de plus imperceptiblement acuminée , comme elles sont ar- 
quées vers l’intérieur et qu’elles ne sont pas uniformément 
larges , il en résulte un dessin que l’on va facilement con- 
cevoir. 

Assez étroite à sa naissance , la queue va se renflant jus- 
qu'aux deux tiers de sa longueur , puis elle diminue insensi- 
blement jusqu’à l'extrémité. Elle présente donc , én somme, 
deux ellipses irrégulières séparées par une assez forte échan- 
crure. Les barbules des trois rectrices sont d’égale grandeur 


D'UNE ESPÈCE NOUVELLE D'OISEAU-MOUCHE. 391 
de chaque côté ; celles des deux plumes du milieu paraissent 
un peu plus longues du côté intérieur. 

La couleur de la queue , ainsi que des ailes ; est d’un beau 
violacé avec une teinte plus claire pour les deux plumes du 
milieu. 

Les ailes, minces, étroites , falciformes, atteignent , nous 
l'avons dit , le quart de la queue ; la première rémige dépasse 
de fort peu la suivante , mais les autres s’étagent davantage 
et presque régulièrement. 

Toute la partie supérieure du corps , en y comprenant les | 
couvertures supérieures et latérales de la queue , est d’un vert 
doré qui passe au bleu-vert selon l'incidence des rayons lu- 
mineux. Ces nuances sont seulement mélangées d’un peu de 
gris. Quant à la tête, la teinte grise y domine presqu’exclu- 
sivement. 

Le bec, garni à sa naissance, est noir, légèrement re- 
courbé , et diminuant insensiblement de grosseur de manière 
à se terminer en pointe aiguë. Les flancs sont en partie mé- 
langés de la nuance du dos, de roux clair et de blanc terne. 
Le ventre. qui, dans sa partie médiane, est d’un blanc pres- 
que pur , devient roussâtre sur les côtés. Les couvertures in- 
férieures de la queue et la région anale sont ce qu'il y a de 
plus franchement blanc dans tout ce petit animal. 

Les tarses sont garnies de plumes d’un gris-blanc. 

Abordons enfin la descripüon plus complète de sa jolie 
fraise ou cravate. Cette parure, qui est d’un beau vert-bleu 
métallique , commence à la base inférieure du bec et se ter- 
mine par deux rangs de plumes d’un violet métallisé très vif, 
moins large que le reste de la cravate, les premiers reflets se 
représentant vers les régions auriculaires ; on remarque sur 
l'individu que nous possédons, et dans le rang de plumes qui 
précède les deux derniers , que la moitié de la plume a déjà 
pris cette belle teinte violette. 


392 DESCRIPTION D'UNE ESPÈCE NOUVELLE D'OISEAU-MOUCHE. 

Enfin, entre la commissure du bec et l’œil , il existe une 
petite touffe de plumes blanches se disposant longitudinale- 
ment, et qui paraissent, à la volonté de l'oiseau , pouvoir s’é- 
panouir en petit éventail, comme pour garantir son œil du 
scintillement de la brillante parure de sa gorge. 

Comme nous adoptons en principe que la nature n’a rien 
fait en vain, nous sommes porté à croire que notre hypothèse 
est une vérité. On trouve, d’ailleurs , cette petite houppe de 
plumes chez un grand nombre d'espèces. 


SUR LA 


THÉORIE DE L'AMÉNAGEMENT DES FORÈTS , 


PAR 


M. NMOIROTeEONNET, 


GÉÊOMÈTRE-FORESTIER , ET MEMBRE CORRESPONDANT DES SOCIÉTÉS 
D’AGRICULTURE DE TROYES ET DE LYON. 


Quand les léaislateurs anciens proclamérent 
les bois des lieux sacrés , ils furent inspirés 
par le ciel lui-même. 

Voyage du duc de Raguse ; v. u, p.204. 


K2o9” 


( PREMIÈRE SUITE. ) 


Î )099009000000000090090900009000000000000000000000000009N00Q00 
ELLE EL CLTLRERTELEELIETELELELTILLITELELIITITIEELELILIE EL EU 5 $. 


CHAPITRE II, 


DES FORÉTS CONSIDÉRÉES SOUS LE RAPPORT DE LEURS 
PRODUITS EN ARGENT. 


Après avoir résolu le problème d'économie forestière , qui 
a pour objet de déterminer l’exploitabilité la plus utile sous 
le rapport des produits en matière , nous passons à la seconde 
partie de nos recherches, dont le but spécial est de trouver 
pour un bois donné la période d’exploitabilité qui procure le 
plus grand produit en argent, c’est-à-dire le revenu le plus 
élevé ; mais la notion de revenu est intimement liée à celle 
de capital. Ainsi, nous allons maintenant apprécier la pro- 


394 DE L'AMÉNAGEMENT 

duction des forêts , sous la forme de revenu ou de capital : 
l'accroissement de la substance ligneuse, qui a fixé jusqu'à 
présent notre attention d’une manière exclusive ; ne nous oc- 
cupera plus que comme objet secondaire ; ce sera désormais 
le développement de la valeur échangeable de cette sub- 
stance, que nous considérerons plus particulièrement. 

Nous avons déjà fait remarquer que le recru des bois , ou 
la production matérielle des forêts, offre une parfaite ana- 
logie avec les intérêts d’un capital qui serait la représentation 
du sol de ces forêts. Du point de vue où nous allons nous 
placer, les fonds forestiers seront à nos yeux des capitaux , 
et leurs produits seront des intérêts. 

On pourrait nous adresser l'observation que cette façon 
d'envisager notre sujet a plus de rapport à des opérations fi- 
nancières , telles que des placements de fonds et le cumul des 
intérêts, en un mot, à des spéculations d'argent , qu'avec le 
but principal de l’économie forestière , qui est d'enseigner la 
conservation et l'amélioration des forêts. Nous convenons 
que la science forestière a pour objet fondamental de mon- 
rer comment on crée , on conserve et on améliore les forêts ; 
mais aussi, nous persons qu'il ne suflit point d'indiquer des 
procédés , de formuler des préceptes , qu'il faut encore trou- 
ver le moyen d’intéresser à leur application. IL faut faire 
comprendre que les soins donnés à la production forestière 
doivent, en définitive ; tourner à notre profit et à l’augmen- 
tation de notre bien-être. Qu'importeraient des règles qui ne 
iendraient qu’à créer et conserver des biens stériles , et sans 
relation avec nos besoins ? N'est-ce pas une vérité incontestée, 
que l'utilité, base primordiale de la valeur des choses, est le 
principe et.le mobile de la production , comme de la conser- 
vation des richesses ? Quelle attention, en effet, pourrait-on 
accorder à ce qui m’offrirait aucune utilité et partant aucune 
valeur ? 


DES FORÈTS. 395 

Or, l'utilité des forêts ne peut se mesurer que par l'usage 
qu'on en fait, par les produits plus où moins importants 
qu'on en tire. Ces magnifiques futaies des Alpes, des Pyré- 
nées et des montagnes de la Corse, qui ne s'exploitent pas 
faute de débouchés , peuvent sans doute appeler notre curio- 
sité, comme production naturelle ; mais comme production 
économique, elles n’excitent aucun intérêt : ce qui l'indique 
trop clairement, c'est que ces admirables forêts sont aban- 
données aux dégâts du pâturage, quand elles ne sont pas 
livrées aux ravages destructeurs de l'incendie. 

Les forêts n’occupent donc l’économiste qu'en raison des 
produits échangeables qu'elles fournissent : ces produits , 
transformés en valeurs monétaires, constituent des revenus. 
Il est certain qu’en général , nous considérons la propriété 
forestière bien moims comme une source de produits ligneux , 
que comme une source de revenus pécuniaires ; c'est-à-dire 
que , dans leurs rapports avec ceux qui les possèdent , les 
forêts ne sont regardées que comme des capitaux , et n’inté- 
ressent qu’à titre de capitaux; et, à cet égard, on n’apercoit 
aucune différence essentielle entre les forêts de l'État et celles 
des autres classes de propriétaires. Les premières forêts sont 
des capitaux ;, de même que les secondes ; seulement les 
capitaux forestiers, qui se trouvent aux mains de l'État , pré- 
sentent un intérêt général qui ne peut exister dans les forêts 
particulières. Quoi qu'il en soit, à partir de ce moment , 
nous allons envisager les forêts sous l'aspect des capitaux 
dont nous étudierons d’abord la nature , ct dont, plus tard , 
nous suivrons les développements. 

Le capital que représente un bois peut être constitué sous 
l’une ou l’autre des deux formes très différentes. Si ce bois 
s’exploite par coupe: intégrale au bout d'une certaine série 
d'années , c’est un capital à revenus périodiques , c’est un bois 
non-aménagé ; si le bois fournit successivement des exploita- 


396 DE L'AMÉNAGEMENT 
tions annuelles, c'est un capital à revenus annuels , c'est un 
bois aménagé. 

L'exploitation intégrale et périodique d’un bois est conforme 
au mode de développement de la production forestière. En 
effet, les produits des bois , très différents en cela de tous 
les autres produits du sol , ont besoin de plusieurs années pour 
parvenir à l'état de maturité. Ainsi , les exploitations d’un 
bois sont naturellement séparées par un intervalle de quelques 
années , par une période plus ou moins longue : et si l’ex- 
ploitation prend la forme de l’annualité pour s’assortir à 
l'annualité de nos besoins , cette modification est le résultat 
d’un art particulier appelé l'aménagement des forêts. Nous 
arréterons d’abord notre attention sur la propriété forestière 
constituée dans sa forme primitive, puis nous la considérerons 
dans les transformations diverses que peut lui faire subir 
l'aménagement. 


—— 


SECTION PREMIÈRE. 


DES BOIS NON AMÉNAGÉS. 


L'absence de l'aménagement est l’état originaire des forêts; 
ces forêts n’ont pas dû être et n’ont pas été aménagées , tant 
que leurs produits ligneux n’ont offert aucune valeur échan- 
geable , tant que cette nature de propriété n’a présenté de 
valeur capitale que celle qui dérive du pâturage ; jusque-là 
les forêts ont pu croître librement sous la seule influence 
des lois qui président à la vie végétale. Tel était l’état des 
forêts dans l'enfance des sociétés ; mais une fois que le tra- 
vail et l'industrie eurent pris quelque développement , les 
produits forestiers devinrent des valeurs échangeables , les 
forêts prirent rang parmi les capitaux productifs. Dès-lors , 
on songea à constituer ces capitaux de la manière la plus 
commode pour leurs propriétaires ; on établit dans les forêts 
des exploitations annuelles et uniformes. C’est ainsi qu'a pris 


DES FORÈTS. 397 
naissance , l'aménagement ou la transformation de la pro- 
priété forestière , transformation qui avec le temps s’est éten- 
due à la presque généralité des forêts ; en sorte que les bois 
non-aménagés , devenus de plus en plus rares, ne se rencon- 
trent guère actuellement que dans la propriété du dernier 
ordre. 

Toutefois , pour nous expliquer clairement à nous-mêmes 
l'idée que le mot aménagement a pour but d'exprimer, nous 
commencerons par définir avec netteté la propriété forestière 
non-aménagée, par bien déterminer ses conditions d'existence. 
Les notions que nous aurons acquises dans cet examen préli- 
minaire pourront nous faciliter l'intelligence de l’aménage- 
ment , de cette combinaison tout artificielle qui a pour but 
d'adapter les revenus des capitaux forestiers à nos besoins 
annuellement renaissants ; en un mot, de donner le carac- 
tère de l’annualité à une production que la nature avait rendue 
périodique. 

Comme en toute exposition il est nécessaire de procéder 
du simple au composé , nous nous occuperons, en premier 
lieu , de la propriété forestière réduite à l’état tout-à-fait 
élémentaire ; nous la représenterons par l'unité d’étendue , 
par un hectare. En même temps nous supposerons que celle 
unité forestière appartient, par le degré de fertilité du sol, 
à la 3° classe de Gotta ; c’est-à-dire que nous admettrons pour 
cet hectare une échelle de production représentée par les 
chiffres suivants. Le recru, âgé de 10 ans, donnerait un 
volume de 9 mètres cubes 80 centièmes ; le recru de 20 ans, 
un volume de 22 m. c. 59 ; le recru de 30 ans, un volume 
de 37 m. c. 88 ; le recru de 40 ans , un volume de 54 m. c. 
73 ; le recru de 50 ans , un volume de 73 m. c. 14; le re- 
cru de 60 ans , un volume de 92 m. c. 95 ; le recru de 100 
ans, un volume de 184 m. c. 75; enfin le recru de 150 
ans ; un volume de 296 m. c. 14. Ces produits, étant con- 


398 DE L'AMÉNAGEMENT 

vertis en argent * , offriraient les valeurs suivantes : 196 f. 
pour le recru de 10 ans ; 452 f. pour le recru de 20 ans ; 
758 f. pour le recru de 30 ans ; 1,095 f. pour le recru de 40 
ans; 1,463 f. pour le recru de 50 ans; 1,859 f. pour le recru 
de 60 ans ; 3,695 f. pour le recru de 100 ans, et 5,923 f. 
pour le recru de 150 ans. 

La première observation que fournit le rapprochement de 
ces valeurs , c’est que leur expression s'élève à mesure que se 
prolonge la période d’exploitabilité ; ainsi le produit de 150 
ans, qui est de 5,923 f. , est plus de 30 fois aussi considé- 
rable que le produit du recru de 10 ans. Mais cette énorme 
différence , en faveur du produit de 150 ans, est-elle une 
raison suffisante pour autoriser l’aflirmation que le plus consi- 
dérable de ces produits est aussi le plus utile ? Qui sait si 
l'accumulation des intérêts * appliquée au produit pécuniaire 
de 10 ans, pendant l'intervalle de 140 ans restant à écouler 
entre la réalisation du produit de 10 ans, et la réalisation du 
produit de 150 ans , ne donnerait pas un résultat supérieur 
au chiffre 5,923 , exprimant la valeur de la coupe de 150 
ans. Dans le cas de l’aflirmative , l’exploitabilité la plus utile 
serait, non pas celle qui doit donner un produit de 5,923 f., 
mais bien celle qui ne donne qu'un produit de 196 f., mais 
qui le donne 140 ans plus tôt ; en d’autres termes , il y au- 
rait, sous le point de vue de la production pécuniaire, avan- 
tage à régler l'exploitabilité de cet hectare à 10 ans plutôt 
qu'à 150 ans, à percevoir un produit de 196 f. tous les 10 
ans, plutôt qu'un produit de 5,925 f. tous les 150 ans; et 
cependant, ces produits, s'ils sont divisés par le nombre 
d'années des périodes d'exploitabilité , reviennent à 19f. 60 c. 
par chaque année de la période de 10 ans , et à 39 f. 48 c. 
par chaque année de la période de 150 ans. 


* À raison de 20 f. le métre cube, 
2 Toujours au taux de #4 p. °/0. 


DES FORÉTS. 399 

On voit que nous ne connaissons pas encore le véritable 
rapport qui règne entre ces produits progressifs ; le plus 
considérable en apparence peut se trouver le plus faible en 
réalité. Cette comparaison entre des produits réalisables , à 
des époques diverses ; ne nous apprend point quelle est la 
valeur réelle des termes de la progression ; mais notre incer- 
titude cesserait immédiatement , si un calcul rigoureux nous 
permettait de ramener l'expression de ces produits périodiques 
à l'expression de revenus annuels ; car alors il serait de toute 
évidence que le produit périodique le plus avantageux serait 
celui qui serait représenté par Le plus haut revenu annuel : 
l’exploitabilité la plus lucrative serait ainsi déterminée posi- 
tivement et sans aucune équivoque. 

Cr, nous avons donné dans le Manuel de l'estimateur des 
forêts trois tables, pour servir à la conversion des produits 
périodiques en revenus annuels ; nous nous aiderons de ces 
tables pour opérer une conversion de ce genre sur les produits 
de l’hectare qui nous occupe. Tous les éléments de ce calcul 
seront consignés dans un tableau qui va suivre, et dont l’ex- 
plication ressortira des titres mêmes que nous donnerons , à 
chaque colonne. Nous ajouterons seulement ici que nous avons 
adopté pour base d'un premier calcul le taux de #4 p. °/, , 
comme étant celui qui représente le rapport le plus élevé 
entre le produit brut des forêts et leur valeur capitale ; mais 
afin d’embrasser entièrement la question , nous présenterons 
un second calcul fondé sur la base d’un revenu à 3 p. Je : 
revenu le plus faible que puisse donner la production brute 
des forûts. 

Afin de prendre l'échelle de production dès son origine , 
nous attribuerons au recru d’un an une valeur de 20 f.,àù 
celui de 5 ans une valeur de 94 f., suivant la table d’expé- 
rience de M. Cotta, donnée plus haut (pag. 313 et suiv.) 
— On peut nous objecter que le recru d’un an n’a réellement 


400 DE L'AMÉNAGEMENT 


aucune valeur assignable en argent. — Nous l’admettrons 
volontiers ; mais alors le revenu de 20 f. ne représentera 
plus le produit d’une exploitation ligneuse , maïs un produit 
d’une autre nature ; il est très peu de terrains d’une certaine 
fertilité, dont on ne puisse tirer 20 f. par an, ne füt-ce 


qu'en l’affermant comme pâturage. 


RÉDUCTION A L'ANNUALITÉ 


Des produits d'un hectare de bois de moyenne qualité , 


(3° classe de M. Cotta). 


PÉRIODES PRODUITS PÉRIODIQUES 
H , D'UN HECTARE DE BOIS 
A D’EXPLOI- 
, RQ 
A TADILITÉ. : : 
È EN MATIÈRE. EN ARGENT. 


Le taux d'intérêt étant de 4 p. 100. 


ans. NE fr. 
4 1 20 
5 4 68 94 
10 9 80 196 
20 29 59 452 
50 51 88 158 
40 54 T3 1,095 
50 175 14 1,463 
60 92 95 1,859 
100 184 T5 3,695 
150 296 14 5,923 


REVENUS ANNNUELS 
CALCGULÉS D'APRÈS 
LES PRODUITS 
PÉRIODIQUES. 1 


Le taux d'intérêt étant de 3 p. 100. 


1 1 20 

8 Z 68 94 

10 9 80 196 

20 22 59 452 

30 51 88 158 

20 SZ 13 1,095 

N 50 15 44 1,465 
ET) 2 95 1,859 
100 184 75 3,695 
150 296 14 5,923 


CZ Ts DEEE Fr 29 re 


* Les calculs pour trouver les revenus annuels ont été faits à l’aide des tables qui se 


20 


00 


trouvent aux pages 253 et 254 du Manuel de l'Estimateur des foréts. 


CAPITAUX CORRESPON- 
DANTS AUX REVENUS È 
ANNUELS OU REPRÉ- Æ 

SENTANTS LES VA- 
LEURS DU SOL. 


DES FORÈTS. 401 

Il suit de ces tableaux renfermés dans le même cadre, mais 
distingués l’un de l’autre , que le plus haut revenu annuel 
correspond à l’exploitabilité de 1 an. En effet , dans chacun 
de ces tableaux , le revenu le plus élevé est exprimé par le 
chiffre 20. L’exploitabilité à 5 ans ne donnerait qu'un revenu 
de 17 f. 33 c. dans le système de l'intérêt à 4 p. °/,, et de 
17 F. 70 c. dans le système de l'intérêt à 3 p. °,. L’exploi- 
tabilité à 10 ans ne donnerait qu'un revenu de 16 f. 32 c. 
dans le système de l'intérêt à 4 p. °/, ; et de 17 f. 10 c. 
dans le système de l'intérêt à 3 p. °/. Les revenus continuent 
ensuite à descendre d’autant plus rapidement, que les périodes 
d’exploitabilité comprennent une plus longue durée. L'ex- 
ploitabilité à 150 ans , par exemple , n’offre qu'un revenu de 
66 centimes dans le système de l'intérêt à 4 p. ,/°, et un 
revenu de 2 f. 13 c. dans l’autre système ; ce qui signifie que 
recevoir 66 centimes chaque année pendant une révolution 
de 150 ans (l'intérêt étant de 4 pe %): c’est la même chose 
que recevoir 5,923 f. en une seule fois au bout de cette pé- 
riode ; et que recevoir 2 f. 13 c. chaque année pendant 150 
ans, lorsque le taux d'intérêt est de 3 p. °; c’est la même 
chose que recevoir en une seule fois 5,923 f. au bout de cette 
période. En résumé , il y a équivalence mathématique entre 
les revenus décroissants , indiqués à la 4° colonne des tableaux 
précédents, et les produits périodiques disposés en série crois- 
sante dans la 2° colonne. 

La décroissance des revenus , dans ces deux tableaux ;, 
part de l’exploitabilité de 1 an, et devient de plus en plus 
sensible à mesure de l'élévation des périodes : il y a seulement 
cette différence que , dans le second tableau , les chiffres qui 
expriment les revenus annuels sont un peu plus élevés que 
les chiffres qui leur correspondent dans le premier tableau. 
Cette différence s'explique par la disparité du taux de l'in- 
térêt. On concoit aisément que ; lorsque le degré d’accumu- 


402 DE L'AMÉNAGEMENT 
lation est moins prononcé , lorsque la progression est moins 
rapide ; il faut, pour que cette accumulation produise des 
résultats identiques dans l’un et l’autre système d'intérêt , que 
le revenu annuel, c’est-à-dire la base primitive de l'accumu- 
lation , soit plus considérable dans un cas que dans l’autre. 
EE toutefois , dans les deux ordres d’accumulations que nous 
venons de représenter , le terme-maximum , le revenu le plus 
élevé ; correspond à l'exploitabilité de 1 an, c’est-à-dire à 
l'exploitabilité-minimum ; à celle qui annihile en quelque 
sorte la production forestière ; qui réduit le bois à l’état de 
simple pâturage, mais qui le convertit en même temps en 
propriété à revenu annuel. Ainsi, un sol productif d’un re- 
venu annuel de 20 f. présenterait une valeur capitale de 
500 F. au taux de 4 p.°/,, et de 666 f. 66 c. au taux de 
3 p. %, ; tandis que l’hectare de bois, qui donne un produit 
de 5,923 f. tous les 150 ans, n'offrirait qu'une valeur capi- 
tale de 16 f. 55 c. au taux de 4 p. °/, , et de 1ifidäte 
au taux de 3 p. S FE 

Nous avons vu , au chapitre précédent , que l'exploitabilité 
à 150 ans environ est celle qui porte au plus haut degré la 
production matérielle dans les forêts de bois durs, et nous 
venons de constater que ; dans ces mêmes forêts, l’exploita- 
bilité à 1 an est celle qui donne au sol forestier la plus haute 
valeur capitale , et qui assure au propriétaire le revenu annuel 
le plus considérable , ou en d’autres termes , qui élève au 
plus haut point la production pécuniaire des bois. Ces fonds 
présentent ainsi deux produits de nature distincte , dont le 
développement est soumis à des lois dissemblables ; il existe 
même entre ces lois un contraste tel, que l’un des produits 
ne peut croitre sans qu'aussitôt l’autre soit frappé d’une ré- 
duction. En effet, la production en matière rapportée à 
l’année moyenne , va sans cesse en augmentant de 1 an jus- 
qu'à 150 ans ; tandis que la production annuelle en argent 


DES FORÈTS. 405 
va sans cesse en diminuant du premier de ces termes à l’autre. 
Si.en exploitant mon hectare de bois tous les ans , ou plutôt 
en le livrant au päturage ,; ou en le soumettant à quelque 
culture non destructive des souches , je parviens à créer un 
produit annuel de 20 f. , ce sol me donnera un revenu de 
20 f. , et représentera conséquemment un capital de 500 f. 
au taux de 4 p. gl o+ Si, au contraire, cet hectare de bois est 
soumis à l’exploitabilité de 150 ans , le revenu annuel ne 
sera plus que de 66 ce. ; et la valeur capitale de 16 f. 55 c. 
On voit donc que , lorsque ce fonds donnera le plus de bois, 
il donnera le moins d'argent , et vice versa. 

Maintenant nous demanderons quelle est l’idée précise que 
M. Varennes-Fenille a entendu attacher à cette expression , 
maximum composé, qu'il na pas définie avec toute la netteté 
désirable. Aurait-il voulu caractériser l'état d’un bois qui 
donne à la fois le plus de matière et le plus d'argent ? Mais 
il est irréfragablement démontré que ces deux maximum 
sont exclusifs l’un de l’autre ; que ; quand l'un des produits 
tend à monter , l’autre tend à descendre : en sorte que le 
maximum composé , compris de cette manière , n'existe point 
et ne saurait exister. 


M. Varennes-Fenille aurait-il eu la pensée de signaler le 
terme d'exploitabilité , qui, en donnant à la coupe la plus 


haute valeur absolue , porterait en même temps le revenu au 
chifire le plus élevé ; mais cette hypothèse est identique avec 
la précédente ; et n’est pas moins irréalisable. L’exploitabilité 
de 150 ans, tout en fournissant un produit final de 5,923 f., 
ne correspond qu'à une rente de 66 c. ; en sorte que la coupe, 
qui offre la valeur pécuniaire la plus importante , est en 
même temps la moins productive en revenu annuel]. 

Puisque M. Varennes-Fenille a appelé maximum simple , 
le produit le plus élevé en matière , il n’a pu vouloir désigner 
par le maximum composé, autre chose que la plus haute 


404 DE L'AMÉNAGEMENT 

rente , le rapport le plus élevé entre le revenu et le capital 
engagé. Cependant ce maximum n'offre, au premier coup. 
d'œil, rien de composé ou de mixte ; il ne se rapporte qu’à 
un seul objet : la production en argent. Mais , au fond, il im- 
plique l’idée de relation ou de proportion entre le revenu et le 
capital : ce qui justifie assez bien la dénomination que Va- 
rennes-Fenille à adoptée, et que nous conserverons ;, non 
qu'il soit difficile peut-être d’en trouver une plus exacte, mais 
parce que cette locution est actuellement consacrée par lPu- 
sage , je dirai même par le nom de son auteur. Toutefois , 
nous devons faire remarquer que Varennes-Fenille a complè- 
tement erré dans l’application pratique qu’il a faite de l’idée 
du maximum composé * ; ce n’est point à la 21° année, que 
se trouve le plus haut point d’accroissement utile des bois , 
ainsi qu'il l'a conclu de ses observations et de ses calculs, 
mais bien dès l’âge où la production forestière si faible, si 
chétive qu’on puisse encore la supposer , commence néan- 
moins à présenter quelque utilité, quelque valeur nette au- 
delà des frais d'exploitation. Ce sera même à l’âge de 1 an, 
ainsi que nous l'avons reconnu , si le sol est de nature à 
donner un fermage ou un produit de 20 f. par an , soit dans 
l'état de simple pâturage , Soït dans tont antre état, où, sans 
perdre précisément sa nature de bois, ce terrain offrirait un 
revenu annuel de 20 f. 

Deux choses sont donc à distinguer essentiellement dans 
la propriété forestière : la production en substance ligneuse , 
et la production en argent. Ces deux éléments se trouvent en 
constante opposition dans limmeuble-forestier ; tandis que , 
dans toute autre espèce d'immeuble , on les voit coexister 


1 M. Varennes de Fenille a le mérite de s’être occupé, le premier, de ce sujet, 
et d’en avoir compris toute la portée. Du reste, ses belles expériences sur les pro- 
priétés physiques du bois lui assurent la première place, après Duhamel, parmi les 
créateurs de la science forestière dans notre pays. 


DES FORÉTS. 405 
dans un rapport harmonique. Si le produit en nature d'une 
terre arable , d’un pré, etc. , se trouve doublé par l'effet d'un 
“meilleur mode de culture, d'un assolement mieux entendu , 
le revenu et le capital de la propriété se trouveront également 
doublés. Dans les forêts un pareil accroissement , au lieu 
d'élever la rente de la propriété , lui ferait éprouver une dé- 
pression dont nous allons offrir un exemple. 

En comparant les exploitabilités à 10 et à 150 ans , sous 
le double point de vue des produits en matière et en argent , 
on voit que, dans la première de ces exploitabilités , la pro- 
duction annuelle en matière est représentée par la 10° partie 
de 9 mètres cubes 80/ 100 , produit de la coupe de 10 ans. 
Cette 10° partie , qui est de 98/100 de mètre cube , corres- 
pond à une rente annuelle de 16 f. 32 c. 

Dans l’exploitabilité à 150 ans , la production annuelle en 
matière est représentée par la 150° partie de 296 m. c. 
14 / 100 , produit de la coupe de 150 ans. Le quotient est 
im::c. 97/100 ; ainsi le produit en matière de cet hec- 
tare sera double de celui recueilli annuellement sur l’autre 
hectare ; tandis que la rente, qui ne sera plus que de 66 c. 
au lieu de 16 f. 32c., se trouvera environ 24 fois moindre 
que dans l’exploitabilité à 10 ans. 

Mais , afin d'imprimer à ces résultats un caractère mani- 
feste de généralité ; nous ferons de nouveaux calculs sur les 
17° et 10° classes de Cota ; c’est-à-dire sur la production des 
plus mauvais sols , et sur celle des meilleurs. Ces calculs 
seront présentés dans les deux tableaux qui vont suivre , où 
nous porterons ; dans la 3° colonne , les produits de l'hectare 
en argent , à raison toujours de 20 f. le mètre cube, comme 
nous l'avons fait jusqu'à présent , et comme nous le ferons 
dans tout le cours de cet écrit. 


T, Il, 


1° 
x 


406 DE L'AMÉNAGEMENT 
RÉDUCTION A L'ANNUALITÉ 


Des produits d'un hectare de bois de la plus mauvaise qualite , 


(1e classe de M. Cotta). 


PÉRIODES PRODUITS PÉRIODIQUES REVENUS ANNUELS CAPITAUX CORRESPON- k 
D'UN HECTARE DE BOIS HSULQRE DANTS AUX REVENUS al 
D’EXPLOI- D'APRÈS LES ANNUELS OU REPRÉ- À 


EN MATIÈRE. EN ARGENT. 


PRODUITS SENTANTS LES VA- 


TABILITÉ. PÉRIODIQUES. I LEURS DU SOL. 


Le taux d'intérêt étant de 4 p. 100. 


ans m.c. cre fr l'E fr. c 

À » 60 12 42 00 500 00 

5 PCs D 56 10 34 958 48 
10 5 80 116 9 66 244 54 
20 15498 265 8 90 992 48 
50 396 445 7 95 198 36 
40 22% 95 G45 6 79 169 69 
50 45 00 860 LE 5 140 : 83 
60 54 69 1,094 4 60 114 2 
100 108 69 2,174 1 75 45%" 91 
150 174 21 5,484 » 39 9, «°75 


_ 


1 Voir la note de la page 596. 


à 


DES FORÈTS. 407 
RÉDUCTION A L'ANNUALITÉ 


Des produits d'un hectare de bois de la meilleure qualité , 


( 10° classe de M. Cotta). 


Ë PÉRIODES PRODUITS PÉRIODIQUES REVENUS ANNUELS | CAPITAUX CORRESPON“ À 

: D'UN HECTARE DE BOIS CALCULÉS DANTS AUX REVENUS Ë 

À D'EXPLOI- D'APRÈS LES ANNUELS ET REPRÉ< } 
Re À PRODUITS SENTANTS LES VA- 


D TABILITÉ. |° PÉRIODIQUES. 1 LEURS DU SOL. 
EN MATIÈRE. EN ARGENT. 


Le taux d'intérêt étant de 4 p. 100. 


cre 
25 
50 
00 
14 
45 
66 
55 
JE 
00 
91 


Les trois tableaux que nous venons de présenter concou- 
rent à démontrer cette proposition : que le plus haut revenu 
annuel ou la plus haute rente d’un bois de quelque degré de 


1 Voir la note de la page 596. 


408 DE L'AMÉNAGEMENT 

fertilité qu'il soit ; ne se rencontre ou ne s'obtient que dans 
l'exploitabilité la plus limitée possible. On voit, en effet, que 
l'exploitabilité à 1 an, si elle pouvait donner un produit 
de 20 f. dans un sol de qualité moyenne, de 12 ou 45 f. 
dans les sols de qualités extrêmes , serait la plus avantageuse 
de toutes les exploitabilités , serait celle qui porterait au plus 
haut degré le revenu annuel ; et par conséquent la valeur 
capitale de la propriété. Ainsi, pour élever au maximum la 
rente du capital forestier , il faut, en quelque sorte, exploiter 
le bois à sa naissance, ou tout au moins aussitôt qu'il pré- 
sente quelque valeur, Et au contraire , pour obtenir la plus 
grande production en substance ligneuse, il faut soumettre 
le bois à l'exploitabilité séculaire, à celle qui le conduit à 
l’état de futaie, et même de haute futaie. Il suit de cette 
opposition , que plus le capital forestier sera constitué en fa- 
veur de la production matérielle, et moins 1l le sera en 
faveur de la production pécuniaire ; et réciproquement; que 
plus on voudra tirer d’argent ‘ d’un bois, moins on obtien- 
dra de matière. 

Cette disposition toute spéciale des capitaux forestiers , 
celte espèce d’antagonisme entre les deux éléments qui les 
constituent, est d’un trop grand intérêt par les considéra- 
üons qui s’y rattachent , et que nous présenterons plus tard , 
pour que nous nous contentions de mettre simplement ce 
fait en lumière. Nous nous imposerons encore le devoir de 
donner avec autant de clarté qu'il nous sera possible, l'ex- 
plication d’un phénomène qui intéresse à un haut degré la 
science forestière , et qu'il importe d'autant plus de bien 
établir comme point de théorie, que jusqu'à présent, ce 
nous semble, cet apercu n’a fixé l'attention particulière 


d'aucun auteur forestier. 


1 C'est-à-dire d’intérèts. 


dt 


boulot 1 is 


DES FORÉTS. 409 
Qu'est-ce que la production forestière ? C’est une accu- 
mulation succesive de produits épargnés qui s’'agglomèrent 
sur le sol, de la même sorte que les intérêts composés : se 
groupent autour d'un capital monétaire. Chaque année la 
végétation ligneuse donne un produit, un accroissement , 
que dans le langage forestier on appelle une feuille. Je pos- 
sède, par exemple, un hectare dont l'exploitation , au bout 
d’un an, pourrait offrir un produit d’un mètre cube en ma- 
tière, ou de 20 f. en argent ; je m'abstiens de recueillir ce 
produit; c’est un intérêt épargné : je laisse l’année suivante 
la 2° feuille s'ajouter à la 1°: encore un intérêt épargné. 
D'année en année, et d'épargne en épargne, Je conduis mon 
bois à l’âge de 10, 15 ou 20 ans, etc. : c'est-à-dire que 
je mets en réserve les intérêts de mon capital pendant 10 , 
15 ou 20 années, dans la vue de les recueillir cumulati- 
vement, au bout d’une certaine période , dont la durée dé- 
pend de mon libre arbitre. 


Nous avons dit que le taux le plus faible des placements 
en fonds forestiers était de 3 p. °/,. Cette classe d'immeu. 
bles, en effet, n’admet pas autant de concurrence que les 
autres, par la raison toute simple , qu'elle se présente asséZ 
rarement sous la forme de petits capitaux. Or, à ce taux de 
3 p °/, ; le sol d'un hectare de bois susceptible de donner un 
produit de 20 f. à l’âge de 1 an, présenterait une valeur 
capitale de 666 f: 66 c. 

Cela posé, comparons l'accumulation des produits ma- 
tériels de cet hectare de bois, réduits en argent à raison 
de 20 f. le mètre cube, avec l'accumulation au taux de 
3 p- °/, des intérêts d’un capital monétaire de 666 f. 66 c. : 
ce rapprochement sera présenté dans le tableau qui suit. 


? L'intérét composé est la seule base de l'évaluation des capitaux, L’antérét simplg 
Supposerait que la valeur des choses n’a d'autre limite que l'infini, 


410 DE L'AMÉNAGEMENT 


TABLEAU 


PRÉSENTANT LE PARALLÈLE DE L'ACCUMULATION FORESTIÈRE ET DE 


L'ACCUMULATION PÉCUNIAIRE. 


Soi de moyenne qualité. — 5° Classe de M. Cotta. 


PÉRIODES | ÉCHELLE D'AGCROIS- RÉSULTATS 
\ SEMENT DU RECRU DE L'ACCUMULATION 
À p’expLor- | D'UN necTARE OÙ RÉ- | DES INTÉRÈTS A 5 P. 2/9 
Ë SULTATS DE L’ACCUMU- D'UN CAPITAL 
TABILITÉ. | LATION FORESTIÈRE. 


fr. 
20 


106 
[919] 


857 
931 
1,508 


Ce tableau nous montre qu’au bout d’une période de 5 an- 
nées , l'accumulation des intérêts pécuniaires s'élève à 1 06 f. 
18 c., tandis que l'accumulation des produits forestiers n'offre 
qu'une valeur de 94 f. Qu'au bout d’une période de 10 ans, 
l'accumulation des intérêts pécuniaires s'élève à 229 f. 28 c., 
tandis que l'accumulation des produits forestiers n'offre qu'une 
valeur de 196 f. A tous les autres termes nous voyons la 
progression pécuniaire dépasser de plus en plus la progres- 
sion forestière. Enfin, après une révolution de 150 ans, 
l'accumulation pécuniaire donnerait une masse d'intérêts 
de 55,101 f. 74 c., tandis que l'accumulation forestière , 
qui se résume dans le produit d’un hectare de futaic 
de 150 ans, ne s’élève qu'à la valeur de 5,993 f, 


NOT VOUS ‘PUS 


DES FORÈTS 411 

Remarquons maintenant que pour déterminer la valeur 
capitale des choses en général et des immeubles en particu- 
lier, nous n'avons pas d'autre base que leurs produits, Si 
tel capital offre dans un temps donné un produit double du 
produit d’un autre capital , nous jugeons immédiatement que 
la valeur du premier est double de la valeur du second. 
Ainsi , en revenant sur les chiflres que nous avons comparés 
tout-à-l'heure , nous pourrons facilement calculer la valeur 
du fonds de l'hectare de bois, correspondant à chaque pé- 
riode d’exploitabilité. 

Pour l’exploitabilité à 5 ans, nous établirons cette pro- 
portion : une. accumulation de 106 f. 18 c. d'intérêts est 
au capital 666 f. 66 c. dont elle émane, comme une accu- 
mulation de 94 f. est à un capital cherché. Le calcul donne, 
pour ce dernier capital, le chiffre 590 f. 19 c. , que nous 
avons trouvé par une autre voie, et qui se trouve consigné à 
la dernière colonne du 2° tableau de la page 400. 

Et pour l'exploitabilité à 30 ans, nous aurons cette pro- 
portion : une accumulation d'intérêts s’élevant à 951 f. 51 c. 
est au capital 666 f. 66 c. dont elle émane, comme une 
accumulation de 758 f. en produits forestiers est au capital 
qui en est la source. Ce capital est 531 f. 07 c., comme 
l'indique même le tableau. Enfin, pour l’exploitabilité 
à 150 ans, nous avons la proportion : 

RAD OdQf..226...:000.1. Ohe. ::5,093 &, : %. 
La valeur de x est 71 f. 15 c. : c’est-à-dire que le chif- 
fre 71 f. 14 c. représente la valeur d’un capital qui fournit 
une accumulation d'intérêts de 5,923 f. , au bout de 150 ans. 

La valeur capitale de l’hectare de bois, diminue donc à 
chaque degré ascendant de la série des exploitabilités ; et cette 
diminution devient de plus en plus considérable à mesure de 
l'élévation, des âges. Cette baisse, comme nous venons de le 
voir dans les calculs précédents, est la suite de l’infériorité 


412 DE L'AMÉNAGEMENT 

des produits forestiers par rapport aux produits monétaires. 
La valeur capitale du sol n’éprouverait aucune réduction , 
si la production forestière suivait un développement ana- 
logue à celui de la production pécuniaire : que faudrait:l 
pour que cette similitude existât ? Il faudait que les 5 feuilles 
de l'hectare de bois valussent 106 f. 18 c. au lieu de 94 f. ; 
que les 10 feuilles valussent 229 f. 28 c. au lieu de 
196 f.; que les 40 feuilles valussent 1,508 f. 03 c. au 
lieu de 1,095 f. ; que les 60 feuilles valussent 3,261 f. 07 c. 
au lieu de 1,859 f.; enfin, que les 150 feuilles valussent 
55,501 f. 74 c. au lieu de 5,993 f, 


En d’autres termes, il faudrait que l'accroissement des 
produits forestiers marchät du même pas que l'accumulation 
des intérêts pécuniaires au taux de 3 p. °/,. Mais cette res- 
semblance d’allure, cette égalité de gradation entre les 
deux suites de produits, n'ayant pas même lieu dans les pé- 
riodes les plus inférieures, comment pourrait-elle exister 
lorsque l'accumulation monétaire a acquis une activité dé- 
mesurée? On concevra aisément que la différence des deux 
progressions déjà si grande vers le 100° terme, devienne 
excessive vers la fin de la période de 150 ans, bien pourtant 
que ce dernier âge soit le point culminant de l'accroissement 
physique des bois. Dès cet instant, l'accroissement des inté- 
rêts pécuniaires prend une extension qui devient bientôt 
incommensurable , tandis que l’accumulation forestière se 
ralentit, et décroit Jusqu'à ce qu’elle soit devenue tout-à-fait 
nulle, alors que le bois est parvenu au terme extrême de 
l'accroissement. Ainsi, l'intérêt forestier, ou ce qui est la 
même chose , le degré de développement des produits fores- 
tiers, qui déjà est inférieur au taux de 3 p. °/, dans la jeu- 
nesse des bois, s’atténue d'âge en âge, descend en pro- 
gression continuellement rétrograde de 3 à 2 1 /2 : puis 


DES FORÈTS. 413 
à2, puis à 1 1/2, puis à 1 p. ‘> puis à des fractions 
décroissantes jusqu’à 0. 

En résumé, nous avons fait voir que l'accroissement des 
produits forestiers , et l’accroissement des intérêts d’un ca- 
pital monétaire suivent des lois absolument différentes; et 
ce que nous avons démontré pour un bois de fertilité 
moyenne, nous allons le démontrer pour les bois de la moin- 
dre et de la plus haute fertilité, (les 17% et 10% classes de 
M. Cotta). Le tableau suivant indiquera dans la 2° colonne 
les produits de l’hectare , d’après les tables d'expérience de 
M. Cotta, et dans la 3° colonne les accroissements succes- 
sifs des intérêts du capital qui représente le sol, 


414 DE L'AMÉNAGEMENT 


TABLEAU 


Présentant le parallèle de l'accumulation forestière et de l'accumu- 
lation pécuniaire dans les bois de qualités extrémes. 


PÉRIODES ÉCHELLE RÉSULTATS DE L’ACCUMULA- À 
D’ACCROISSEMENT TION DES INTÉRÊTS A 

D’EXPLOI- DU RECRU 3 r. 9/0 DU CAPITAL ; 

D'UN REPRÉSENTATIF DE LA VA- E 

TABILITÉ. HECTARE. LEUR DU SOL D'UN IECTARE. 


D —— ———————__———_—_—_—————_——— 


ë Sol de la plus mauvaise qualité. — 17e classe de M. Cotta. À 
Capital primitif, 400 fr. À 


Sol de Ja meilleure qualité. — 10€ classe de M. 
Capital primitif , 4,500 fr. 


45 45 
250 258 
480 515 

1,209 
2,140 
5,593 
8,075 
7,357 
97,527 
194,879 


Ce tableau indique que dans les sols de qualités extrêmes , 
comme dans ceux de qualité moyenne, la marche progres- 
sive des produits forestiers , est de moins en moins accélérée, 
comparativement à la marche rapidement ascendante d'un 


DES FORÈTS, 41 
capital monétaire. La disparité entre les termes qui se cor- 
respondent d'une progression à l’autre est énorme dans 
l'exploitabilité à 100 ans, et dépasse toute proportion dans 
les exploitabilités supérieures. En effet , l’hectare de mauvaise 
qualité ne présente à 150 ans qu’une valeur de 3,484 f., 
tandis que l'accumulation des intérêts pécumiaires , au bout de 
cette période , s'élève à 33,301 f. L'hectare de la meilleure 
qualité n'offre à 150 ans qu’une valeur de 14,458 f. , tandis 
que l'accumulation des intérêts du capital représentatif du sol 
s'élève au chiffre de 124,879 f. 

Une remarque que nous devons nous garder d’omettre , 
c'est que cette disparate entre l'accumulation propre aux ca- 
pitaux immobiliers, à l'accumulation propre aux capitaux 
monétaires , n'existe que pour les bois. Dans tous les autres 
immeubles les produiis se réalisent chaque année, se trans- 
forment aussitôt en argent, ou du moins prennent la forme 
de valeurs mobilières, et sont, par conséquent, toujours sus- 
ceptbles d’accumulation , à la facon des valeurs monétaires. 
Ainsi, nulle assimilation à établir entre l'immeuble forestier 
et un autre immeuble, de quelque nature que soit ce dernier. 
Les forêts considérées comme capitaux, ont une constitution 
absolument exceptionnelle : leurs produits suivent dans leurs 
développements, une marche qu'on ne rencontre dans aucune 
autre catégorie de produits ou de revenus immobiliers. 

La vérité la plus capitale qui ressorte de ce que nous 
avons dit dans ce paragraphe , c'est que, comme nous l'avons 
déjà exprimé plus haut, la production des bois en matière 
ligneuse, augmente depuis l'exploitabilité la plus réduite 
possible , jusqu’à l'exploitabilité en haute futaie ( celle de 40 
à 160 ans ) : et par contre, la production en argent ‘, ou 
la rente du capital forestier diminue constamment , à me- 


LES . “ 0 . . , e U 
1 Intérêts compris : si lon fait abstraction des intérêts, la production en argent 
AL 2 SR 
croil nécessairement comme la production ligneuse. 


416 DE L'AMÉNAGEMENT 

sure que l’exploitabilité embrasse de plus longs intervalles : 
ce qui revient à dire que , dans la propriété forestière, la 
production en nature et la production en argent sont tout- 
à-fait inconciliables : on ne peut élever l’une sans abaisser 
l'autre, en sorte qu'il est très vrai de dire que la prospérité 
d'une forêt et l'intérêt pécuniaire de celui qui la possède 
sont perpétuellement en contradiction. 

Comme dans le présent paragraphe nous n'avons traité 
que des bois non-aménagés, c’est-à-dire de l’immeuble-fo- 
restier supposé encore dans son état primordial , nous re- 
mettons à tirer les conséquences pratiques qui découlent des 
résultats précédents , au moment où , après avoir étudié les 
forêts dans l’état d'aménagement, nous connaïtrons à fond la 
richesse forestière , sous la double forme qu’elle peut affecter. 


SECTION DEUXIÈME. 


DES BOIS AMÉNAGÉS. 


« Aménager une forêt, a dit un auteur‘, c’est régler l’or- 
dre dans lequel le propriétaire en jouira, c’est déterminer 
la quantité de bois qu'il coupera tous les ans, c’est fixer un 
mode durable de jouissance et de conservation. » 

Nous avons avancé déjà, et nous répétons ici, que l’a- 
ménagement n'appartient point aux âges anciens de la pro- 
priété forestière. Les bois n’ont recu cette forme qu'à l’époque 
où leurs produits long-temps dénués de valeurs , ont com- 
mencé à être considéré comme l’équivalent d’autres pro- 
duits , c’est-à-dire ont commencé à offrir une certaine va- 
leur d'échange. Alors dut venir la pensée d'établir des 
exploitations successives dans les forêts , afin d'y créer des 
ressources annuelles et constantes. On établit donc dans les 
bois des coupes successives, mode de division qui est à la 


1 M. Noirot ainé. 


DES FORÉTS. 417 
production forestière ; ce que la division des soles est à la 
production agricole. La même terre ne pouvant suflre à 
donner perpétuellement des récoltes annuelles , on a ima- 
giné de réunir en un seul système de culture plusieurs par- 
celles de terres. L'une reste en jachère tandis que les autres 
sont eñ production. La fraction dont la fécondité s’est renou- 
vellée, recoit à son tour le dépôt d’une récolte, pendant 
qu'une autre parcelle répare son épuisement. Cette dispo- 
sition présente le double avantage de garantir un revenu 
constant , uniforme, et d'entretenir le sol dans un état per- 
manent de fertilité. 

Il en est de même dans les forêts. Une fraction donnée 
du sol boisé ne peut fournir un produit doué de quelque va- 
leur , qu'au bout de plusieurs années , comme 5 ans, 10 ans, 
15 ans, etc.; afin de suppléer à l’intermittence naturelle 
des revenus, on a groupé en un seul système d'exploitation 
5, 10 ou 15 parcelles, que l’on a soumises à une exploi- 
tation successive, qui ne revient, pour chaque parcelle ou 
coupe, que tous les 5, 10 ou 15 ans; de cette sorte on à 
préparé deux résultats essentiels : d’abord la maturité des 
produits, ensuite leur successibilité d'année en année , on 
a créé une propriété à revenu annuel , on a enfin organisé 
un aménagement forestier. 

Mais , pour prendre une idée exacte et claire de l’aména- 
gement, 1l nous parait indispensable d'étudier ou de suivre 
attentivement la transition qui sépare l’état d’un bois non 
aménagé de l’état d’un bois qui a subi cette transformation : 
dans ce but, nous établirons un parallèle entre deux bois 
semblables , dont l’un serait encore exploitable par coupe 
intégrale, et dont l’autre passerait à l’état de bois exploi- 
table par coupes successives; c’est-à-dire à l'état de bois 
aménagé. Cette manière de procéder , conforme au principe 
de la liaison des idées, convient d'autant micux ici, ewil 


418 DE L'AMÉNAGEMENT 
s'agit d'exposer des notions abstraites et assez compliquées. 

Afin de réduire cette comparaison aux termes les plus 
simples ; nous supposerons deux bois d’une étendue de 
10 hectares, exploitables tous deux à 10 ans, et susceptibles 
de donner l'un et l’autre à cet âge un produit de 9 m. c. 
80/1090 en matière, revenant à 196 f. en argent. Nous sup- 
poserons, en un mot, deux bois de la 3° classe de M. Cotta, 
entre lesquels nous admettrons l'identité la plus absolue sous les 
différents rapports de l'étendue superficielle du degré de ferti- 
lité, de la nature du volume et de la valeur vénale des produits. 

Bois non aménagé. Ce bois, d'après l'hypothèse, s’'ex- 
ploite intégralement tous les 10 ans, et rend, au bout de 
cette période, 196 f. par hectare, et 1,960 f. pour le tout. 
Ainsi, posséder ce bois c'est être porteur du ütre d’une 
créance composée d'autant de capitaux distincts qu'il y a 
d'hectares ou d'unités d'étendue dans ce bois. Cette propriété 
peut donc être représentée par un groupe , une collection de 
10 capitaux productifs, chacun d'un revenu de 196 f. au 
bout de 10 ans, époque de leur commune échéance. 

Nous ne connaissons cette créance que par ses produits. 
Si nous voulons déterminer la valeur de chacun des capitaux 
composants , c’est-à-dire si nous voulons connaître la valeur 
du sol de chacun des 10 héctares de bois, nous aurons à 
résoudre cette question : Quel est le capital dont les inté- 
rêts seulement forment par leur accumulation un produit 
au taux de 4 p. 0/0 de 196 f. dans le cours de 10 ans ? 
En d’autres termes : Quelle est la valeur capitale ou fon- 
cière d'un hectare de bois, dont l'exploitation faite de 
10 ans en 10 ans donne un produit de 196 f.? Si, pour évi- 
ter de longs et fastidieux calculs, nous avons recours au: 
procédé abrégé consigné au Manuel de l'estimateur des. fo- 
rêts , nous trouvons que la valeur du sol est exprimée par le 


chiffre 408 f. 15 c. 


DES FORÈTS. 419 

Le bois non-aménagé est done l'équivalent rigoureux , 
la représentation précise d’une créance composée de 10 ca- 
pitaux , d'une valeur partielle de 408 f. 13 c., et d’une va- 
leur totale de 4,081 f. 30 c. : créance dont on épargne les 
intérêts pendant 10 ans, afin d’en recueillir la somme en- 
üère après cet intervalle. La perception de ce produit étant 
faite, le capital primitif qui s'était grossi successivement 
par l’accumulation des intérêts ; se trouve rappelé à sa pre- 
mière valeur de 4,081 f. 30 c.; ou autrement, ce capital 
autour duquel s'était agglomérée une épargne progressive 
d'intérêts pendant 10 ans, est dépouillé de tout accroisse- 
ment, et redevient la base d’une nouvelle accumulation. 

Tel est matériellement l’état du bois non-aménagé : l’ex- 
ploitation collective des 10 hectares donne tous les 10 ans 
un produit en argent de 1,960 f. ; c’est-à-dire que chaque 
10° année les 10 capitaux partiels donnent un produit de 
196 f. pour chacun, et de 1,960 pour l’ensemble de la créance. 
Ces 10 capitaux arrivent simultanément à leur échéance , 
chacun avec une accumulation de 196 f. Voilà l'état de non- 
aménagement soit du bois, soit de la créance qui est l'i- 
mage de cette propriété. 

Bois passant à l'état d'aménagement. — Nous venons 
de voir dans quelles conditions se trouve soit un bois non- 
aménagé, soit une créance non-aménagée. Actuellement 
nous nous adresserons cette demande : Quelle modification 
devons-nous imposer au bois de 10 hectares ou à la créance 
qui le représente, pour donner à ce bois ou à cette créance 
la forme constitutive de l'état d'aménagement ? Nous n’avons 
autre chose à faire qu’à rendre successives d'année en année; 
des échéances qui, jusqu'alors, ont été simultanées. Voilà le 
but, voyons comment nous parviendrons à l’atteindre. 

Nous éprouverions probablement une grande difficulté à 
rendre compréhensibles les idées qui nous restent à déve- 


420 DE L'AMÉNAGEMENT 

lopper Sur ce sujet théorique, si nous n'avions recours au 
langage des chiffres. Nous l’emploierons dans deux tableaux 
séparés ; celui qui va suivre immédiatement , représentera 
l’état du bois non-aménagé , ou l’état d'une créance com- 
posée de 10 capitaux de valeur égale, dont les intérêts par- 
tent de la même date, s'accumulent d’après le même taux , 
et sont recueillis au bout du même laps de temps. 


TABLEAU 


Figurant la marche de l'accumulation des intérêts de 10 capitaux 
parallèles, ou à échéances simultanées dans une période décennale. 


RENTES À RECEVOIR A L’EXPIRA - 

TION DE LA PÉRIODE DÉCENNALE ; k 
OU RÉSULTATS DE L’ACCUMULA- 
TION DES INTÉRÊTS A 4 pP. 0/4. 


MUTATION EXPRESSION 
DES NUMÉRIQUE 
CAPITAUX. DES CAPITAUX. 


408 f. 13c. 


Ce tableau représente la constitution d’une créance divi- 
sée en 10 capitaux de pareille valeur , dont les intérêts ac- 
cumulés pendant 10 ans offriraient après celte période, 
10 produits de 196 f. pour chaque capital partiel , et par 
conséquent de 1,960 f. pour l'ensemble de la créance. 

Le passage de cet état de non-aménagement ou de pério- 
dicité des revenus , à l’état d'aménagement ou d'annualité 
des revenus, s’accomplit comme nous allons l'expliquer , 
en nous aidant du tableau ci-après. 


= TABLEAU 
Figurant la marche de l'accumulation des intérêts de 10 capitaux successifs , ou à échéances annuelles 
dans unc période décennale. E 
Gt 
4 NOTATION EXPRESSION INTÉRÊTS DÉJA ACCU- CUMUL DE CHAQUE RENTES NOMBRE D'ANNÉES INTÉRÊTS QUE PRODUIRAIT 
Î MULÉS POUR CHAQUE CAPITAL AVEC L’iN- ENTRE L'ÉCHÉANCE LE PLACEMENT DE CHAQUE 
DES DES CAPITAUX CAPITAL A L'ORIGINE TÉRÈT ACQUIS A PAYÉES AN- DE CHAQUE RENTE RENTE DEPUIS SON 
j DE LA PÉRIODE L'ORIGINE DE LA A L'EXPIRATION ÉCHÉANCE JUSQU’AU 
À CAPITAUX. PRIMITIFS. DÉCENNALE. PÉRIODE DÉCENNALE. NUELLEMENT. DE LA PÉRIODE. TERME DE LA PÉRIODE. 
ad 
ÉTŒl 
= fr. c. fr. ( fr. (OA ns. 
E a 408 15 472 TS 580 88 9 
a b 408 13 150 4 558 54 8 
= m 408 13 198 93 557 06 ri 
d 408 15 108 98 516 41 6 
e 408 13 88 42 496 55 5 
f 408 13 69 32 4TT 45 4 
g 408 13 50 96 459 09 3 
h 408 15 53 50 A 45 2 
4 i 408 13 16 33 424 46 1 
k 108 13 00 00 408 13 0 
Ÿ Totaux, 4,081 30 818 70 4,900 00 


T, Il, 


492 DE L'AMÉNAGEMENT 

Imaginons que les 10 capitaux désignés à ce tableau par 
les lettres «, b, ce, d, etc. , et dont la valeur numérique est 
uniformément de 408 f. 13 c., sont déposés dans les mains 
d'un banquier qui en sert les intérêts à raison de 4 p. 0 / - 
ce banquier a soldé jusqu'à présent ces intérêts de 10 ans 
en 10 ans. C'est-à-dire qu’au lieu de payer chaque année un 
intérêt de 16 f. 32 c. pour chaque capital partiel, ou 
un intérêt de 163 f. 25 c. pour la créance intégrale , il a 
toujours payé à la fin de chaque période decennale, 1,960 F., 
pour l'accumulation totale des 10 annuïtés avec les intérêts 
composés. Mais le porteur du titre veut modifier cet état de 
choses , il demande au banquier de lui servir désormais une 
rente de 196 f. à la fin de chaque année. Le banquier accède 
à ce vœu sous la condition d’une juste indemnité. Il résulte 
de cetarrangement, que la rente du capital « sera payée 9 ans 
avant son échéance, que la rente du capital b sera payée 
8 ans avant son échéance, que la rente du capital c sera 
payée 7 ans avant son échéance, et ainsi des autres rentes 
jusqu'à la dernière qui, par exception , ne sera payée qu'à la 
10° année, conformément au titre primordial. 

Cette novation dans la forme de la créance entraine pour 
le banquier des pertes d'intérêts , savoir : 
Pour le capital a, la perte de 9 années d'intérêts 


d’une somme de 196f. 
Pour le capital 8, la perte de 8 années d'intérêts 
d'une somme de 196 


Pour le capital €, la perte de 7 mois d'intérêts d’une 
somme de 196 
Pour le capital d, la perte de 6 années d'intérêts 
d’une somme de 196 
Et ainsi de suite pour les autres capitaux moins le der- 
nier, à l'égard duquel le banquier ne fait aucune avance, 
et ne supporte conséquemment aucune perte. 


DES FORÈTS. 423 
Or, l’intérêt de 196 f. pendant 9 ans s'élève 


à la somme de 82 f. 97c. 
L'intérêt de 196 f. pendant 8 ans s'élève à la 

somme de 12 24 
L'intérêt de 196 f. pendant 7 ans s'élève à la 

somme de 61 92 
L'intérêt de 196 f. pendant 6 ans s'élève à la 

somme de 52 00 


Et de même pour les autres rentes, dont les intérêts vont 
en diminuant jusqu'à la dernière , celle qui ne donne lieu 
à aucune perte. En résultat, il sera dû au banquier une 
somme de 393 f. 18 c., formant le total de la dernivre co- 
lonne du tableau précédent. A l'instant donc où intervient 
le nouveau pacte, le détenteur de la créance doit assurer 
au banquier, la rentrée d’une valeur de 393 f. 18 c., dans 
le cours de la période décennale. Un moyen simple se pré: 
sente pour lui ménager cette indemnité ; c’est d’annexer à 
chaque capital partiel, une somme d'intérêts épargnés pré: 
cisément égale à l'accumulation dont le banquier est privé 
par l’anticipation de ses paiements. Le capital & par exem- 
ple, lui aurait fourni pendant 9 ans une accumulation 
de 172 f. 75 c. On ajoutera donc au capital &, une valeur 


additionnelle de 172 35%e, 
Au capital b, une valeur additionnelle de 150 41 
Au capital ce , une valeur additionnelle de 128 95 
Au capital d, une valeur additionnelle de 108 28 


Des additions proportionnelles seront faites aux capitaux 
-subséquents, moins le dernier qui reste constamment dans 
les mêmes conditions. On voit au tableau, que le total de ces 
valeurs additives est de 818 f. 70 c., somme qui étant réunie 
au capital primitif, porte à 4,900 f. la créance intégrale. 

Lors de la transformation de la créance, la caisse du 

banquier recoit donc un dépôtcomplémentaire de 818f.70 c,s 


424 DE L'AMÉNAGEMENT 

dont les intérêts sont destinés à cette caisse ; par compen- 
sation des pertes qu’elle subit ; l'accumulation de ces inté- 
rêts, durant le cours de la période décennale, s'élève exacte- 
ment à 393 f. 18 c., comme on peut le vérifier au moyen 
de calculs logarithmiques, ou à l’aide de tables auxiliaires *. 
Ainsi, à l'instant où finit la période de 10 ans, le posses- 
seur de la créance se trouve parfaitement quitte envers le 
banquier qui, dès lors, peut continuer le même service de 
rentes annuelles ; les intérêts de ses avances devant lui être 
remboursés de nouveau au bout de la seconde période , et de 
toutes celles qui suivront , par les intérêts du capital additif , 
devenu désormais une portion intégrante de la créance. 

Maintenant nous comparerons entr'elles la créance pos- 
térieure à la transformation et Ja créance primitive ; mais, 
pour la clarté et la commodité du langage, nous prendrons 
ici le rôle de détenteur du titre. 

Avant la modification apportée à ce titre, Je recevais à la 
fin de chaque 10° année la somme de 10 rentes de 196 f. 
l'une, c'est-à-dire 1,960 en un seul paiement ; mais j'étais 
pendant 10 ans privé de tout revenu. Depuis la transforma- 
lion, je recois Lous les ans une somme de 196 f., dont les in- 
iérèts deviennent pour moi un nouvel élément d'accumula- 
tion. La première rente me donne 9 années d'intérêts, la 
deuxième 8 années, le troisième 7 années, la quatrième 
6 années, etc. Je me trouve donc, à la fin de la période, plus 
riche d’une accumulation d'intérêt justement égale à celle 
dont le banquier se trouve à découvert vis-à-vis de moi , et 
dont il est remboursé complètement par les intérêts additifs 
du capital. 

Mais, dira-t-on, vous consommez ces rentes à mesure que 
vous les touchez , elles ne sont donc pas productives d'intérêt 


: Ces tables ont été dressées par l’auteur de ce Mémoire. 


DES FORÈTS, 495 
comme vous le supposez ? Cette objection serait dénuée de 
fondement. Ces rentes ne devaient pas être percues avant 
la fin de la période décennale ; il est clair, dès lors , que si 
le banquier ne m'en eût pas fait l’avance , je n'aurais pü les 
consommer qu'en les empruntant ailleurs : admettant cette 
dernière hypothèse , je me serais trouvé débiteur au bout de 
10 années, non seulement de 10 rentes de 196 f. l’une, 
mais encore des intérêts de 9 années pour la première rente , 
de 8 années pour la seconde , de 7 années pour la troisième , 
etc. , c’est-à-dire que je me serais trouvé grevé d’une somme 
d'intérêts de 393 f. 18 c., en excédant du produit de mon 
capital. Le revenu, ou le produit de ma créance est donc 
très certainement accrü d'une somme de 393 f. 18 c. par 
chaque période décennale, puisque je profite effectivement 
de cette valeur, en outre du produit qui m'était assuré par 
une créance primitive. 

Pour donner un autre tour à cette démonstration, nous 
dirons qu'on ne peut comparer exactement entr'elles les 
deux créances, qu’en les placant dans des conditions sem- 
blables. Or, la première créance ne me donnait aucun pro- 
duit avant l'expiration de la période de 10 ans. Pour con- 
server l’analogie , il faut donc supposer que relativement à 
la seconde créance , j'ajourne à la 10° ou dernière année la 
jouissance ; en d’autres termes , la consommation des 10 ren- 
tes que je recois d'année à autre ; ce qui signifie que Je place 
à intérêts ces 10 rentes à mesure de leur perception; en 
sorte que la première de ces rentes se bonifie de 9 années 


d'intérêts, c’est-à-dire de 82 f. 970: 
La 2° de 8 années d'intérêts , c’est-à-dire de 1201t-494 
La 3° de 7 années d'intérêts , c’est-à-dire de 61 92 
La 4° de G années d'intérêts , c’est-à-dire de 52)14:00 


Et ainsi des autres. 


En un mot, ces rentes sont pour moi la source d’une ac- 


426 DE L'AMÉNAGEMENT 

cumulation nouvelle de 393 f. 18 c. ; en sorte qu'à l'avenir 
le produit de ma créance, pour chaque période décennale, se 
composera d’abord de 1,960 f. pour les 10 rentes recues 
successivement , puis d’une somme d'intérêts de 393 f. 18 c.; 
en tout 2,353 f. 18 c., au lieu de 1,960 f. que ma créance 
me rapporlait antérieurement. 

Cette créance est donc devenue plus productive depuis sa 
transformation. À partir de ce moment, elle me donnera, par 
chaque période de 10 ans , une production de 393 f. 18 c. 
au delà de celle qu’elle m'offrait auparavant. Ce surcroît de 
revenu est précisément égal à la valeur résultant au profit 
du banquier, de l'accumulation des intérêts du capital ad- 
ditif: en sorte que la réunion de ce dernier capital à la créance 
originaire, augmente en définitive mon revenu, d'un intérêt 
égal à celui que ce capital est destiné à solder au banquier. 

Il ne sera pas hors de propos , de rappeler ici que 
les valeurs annexées ou sur-ajoutées à chacun des 10 capi- 
taux partiels, sont supposés des intérêts ou des produits épar- 
gnés. Le capital additif n’est donc autre chose qu’une accu- 
mulation d'intérêts. Or, la conversion d’une somme d’inté- 
rêts en un capital, d’une valeur consommable en une valeur 
productive , est un accroissement de richesses. Donc la mo- 
dification imposée à ma créance a augmenté ma fortune , 
d’une valeur égale à celle du capital additif, et mon revenu, 
d'une accumulation de 393 f. 18 c. par chaque période 
décennale. 

Si l’on admet actuellement l'inverse de l'hypothèse pré- 
cédente , c’est-à-dire , si l’on suppose la soustraction du capi- 
tal sur-ajouté, la créance revenue à son état primitif n’offrira 
plus qu'une valeur capitale de 4,081 f. 30 c. au lieu 
de 4,900 f., et un produit périodique de 1,960 f. au lieu 
de 2,353 f. 18 c. Ma fortune ne souflrira aucune atteinte 
de cette soustraction, si la valeur retranchée est conservée 


LES FORÈTS. 427 
dans sa forme de capital , mais si elle est considérée comme 
un revenu, et comprise à ce titre dans mon fonds de con- 
sommation, ma richesse se trouvera amoindrie de toute la 
valeur du capital additif. 

Transportons maintenant dans un autre ordre de valeurs 
les apercus divers que nous venons de présenter. Supposons 
que je sois le possesseur des deux bois dont il a été parlé 
page 418; ces deux bois qui ne diffèrent entr'eux que par cette 
seule circonstance , que l’un s’exploite intégralement au bout 
d’une période de 10 ans, et l’autre fractionnairement dans 
le cours de la même période. 

Le premier de ces bois fournit tous les 10 ans une exploi- 
tation de 10 hectares, dont le produit est de 196 f. par hec- 
tare , ou de 1,960 f. en totalité : ce bois peut donc être pris 
pour le parfait équivalent de ma créance primitive, qui me 
rendait, ainsi que ce bois, un produit de 1,960 f. à chaque 
19° année. Le fonds du bois vaut done 408 f, 13 c. par 
hectare, et 4.081 f. 30 c. en totalité. 

Le second de ces bois est aménagé en 10 coupes d’un hec- 
tare chacune, lesquelles m'offrent successivement ; dans le 
cours de 10 ans, 10 produits de 196 l’un, et en somme 
de 1,960 f. Ce bois est l'équivalent de ma créance transfor- 
mée. Le sol de ce dernier bois présente une valeur de 408 f. 
13 ce. par hectare , ou de 4,081 f. 30 c. en masse; c'est-à- 
dire ; la même valeur que le sol de l’autre bois. On ne voit 
jusques là qu'une identité complète entre les deux im- 
meubles. 

Mais lorsqu’au bout de 10 ans, le bois aménagé a fourni 
une production de 1,960 f., absolument égale à celle de 
l'autre bois, on retrouve sur le premier une autre produc- 
tion qui n’apparaît point dans le bois non-aménagé : elle con- 
siste dans des recrus d’âges décroissants depuis 9 ans jusquà 


S 
zéro, Une coupe est couverte d'un recru de 9 ans, une autre 


428 DE L'AMÉNAGEMENT 

d’un recru de 8 ans, une troisième d'un recru de 7 ans, et 
ainsi des autres, en descendant jusqu'à zéro (âge de la coupe 
exploitée). Ces produits excédants ne sont autre chose que 
les intérêts ajoutés à chaque fragment de la créance, lors de 
ses transformations. La somme de ces produits représente le 
capital additif dont les intérêts sont dévolus au banquier. 
Ce capital, dans la supposition précédente, se composait 
d'intérêts monétaires ou de valeurs fictives. Dans l’hypo- 
thèse actuelle, il se compose de produits forestiers ou de 
valeurs matérielles. Le dépositaire de ce capital était d’abord 
un banquier ; actuellement c’est la forêt. 

De même que le banquier, cette forêt me fait l'avance 
d’une rente annuelle de 196 f. Elle se met ainsi à découvert 
d'intérêts, dont elle est remboursée par les intérêts du capi- 
tal additif, c’est-à-dire par les développements successifs de 
ces produits qui se trouvent implantés sur le sol, à l'expira- 
ration de chaque période décennale. Ces produits sont autant 
d’intérèts épargnés , formant , pour la forêt comme pour son 
possesseur , un nouveau capital productif. 

Mais le bois non-aménagé dont le tableau de la page 420 
nous retrace l'image exacte , n’offre qu'un seul capital , celui 
que le calcul exprime par le chiffre 4,081 f. 30 c. Les pro- 
duits de ce capital constituent un revenu périodique que 
l'on voit naître, se developper progressivement , et que l’on 
recueille au bout de 10 ans, terme de lexploitabilité. 
Chaque 10% année vient donc distraire du capital les intérêts 
agglomérés : en d’autres termes, vient dépouiller le sol de 
la totalité de ses produits ; d’où il suit , que dans ce bois on 
ne trouve jamais qu'un capital qui est le sol, et un revenu 
qui se réalise tous les 10 ans par une exploitation intégrale. 

Dans le bois aménagé, on trouve également un capital qui 
est le sol, un revenu qui se réalise par 10° dans le cours 
de la période décennale ; mais par delà ce revenu, à la fin de 


DES FORÈTS. 429 
chaque révolution , on découvre encore une production indé- 
pendante de celle qui a formé le revenu. IL existe dans ce 
bois une coupe âgée de 9 ans, une seconde de 8 ans, une 
troisième de 7 ans , une quatrième de 6 ans, et ainsi de 
suite jusqu'à la dernière.Ces produits, dont l’âge moyen est de 
5 ans à peu près, se présentent sous la même forme, à l'ori- 
gine comme à la fin de chaque période, et à tous les termes 
intermédiaires de la révolution décennale; c'est un capital 
permanent, invariable dans sa consistance et dans sa valeur. 

La propriété forestière , constituée dans l’état d’aménage- 
ment, existe donc sous une forme complexe : elle offre la 
réunion ou la juxtà-position de deux capitaux matériels , qui , 
quoique parfaitement séparables par la pensée, n’en ont pas 
moins une existence commune, et n'en concourent pas 
moins en commun à l'œuvre de la production : l’un est le 
capitaf foncier , c’est-à-dire la créance primitive, l’autre est 
le capital superficiel, c’est-à-dire la créance additive : le 
dépositaire des deux créances ou des deux capitaux fictifs 
était un banquier , le dépositaire des deux capitaux matériels, 
c’est la forêt elle-même. Nous désignerons ce capital additif 
matériel , dont les produits appartiennent exclusivement 
à la forêt, par l'expression richesse propre des forêts ; et sous 
cette dénomination, nous en ferons le sujet d'une étude 
spéciale dans le paragraphe qui va suivre. 


SECTION TROISIÈME. 


DE LA RICHESSE PROPRE DES FORTS. 


Les deux capitaux constituants de la propriété forestière 
aménagée apparaissent d’abord très distincts l’un de l’autre, 
puis se montrent sous des caractères essentiellement difié- 
rents : tous deux sont des capitaux immobiliers, ou pour 


U 


430 DE L'AMÉNAGEMENT 

employer le mot propre des immeubles : l'un de ces im- 
meubles résiste à la décomposition ou à la destruction , c’est 
le sol que nous appellerons l'immeuble non-fongible ; autre 
est susceptible de consommation ou de transformation , nous 
l’appellerons l'immeuble fongible : c’est ce capital additionnel 
dont la forêt se trouve enrichie par l’aménagement; c’est 
cette valeur qui s'élève à 818 f. 70 c. dans le tableau de la 
page 421, figuratif de la créance transformée ou du bois 
aménagé. 

Nous avons vu que la réunion de cette valeur à la créance pri- 
mitive augmente le revenu de cette créance d’un chiffre égal 
au revenu que fournit particulièrement ce capital sur-ajouté. 
Ainsi, en appliquant ce résultat au bois non-aménagé , au 
lieu de la créance primitive, on reconnait qu'il a sufli d’é- 
chelonner année par année l'exploitation de ce bois, pour su- 
perposer à l'immeuble foncier un immeuble superficiel 
d’une valeur de 818 f. 70 c., et productif d’un revenu pé- 
riodique de 393 f. 18 c. au bout de chaque 10° année. 


L'aménagement des forêts , ainsi que nous l'avons dit dès 
notre début, a donc des effets d'une portée tout autre que 
celle qu'on suppose communément. Cette transformation 
n’a pas seulement pour résultat d’égaliser des produits , de 
les coordonner en une succession annuelle, et d'assurer leur 
régénération indéfinie ; mais elle crée encore des capitaux 
matériels, de véritables immeubles. En effet, un produit 
qui demeure invariablement attaché au sol, sans accroisse- 
ment comme sans diminution, participe de la nature de 
l'immeuble ; c’est un capital matériel pourvu de tous les 
attributs de l'immeuble ; en un mot, c’est un immeuble. 
Le capital forestier est donc d’une nature mixte; c'est une 
aggrégation de deux éléments hétérogènes , tous deux inva- 
riables dans un aménagement donné : voilà leur similitude , 


DES FORÈTS. 431 
mais l’un fongible et l’autre non fongible , voila leur dis- 
semblance. 

Cette action créatrice qu'exerce l'aménagement sur la ri- 
chesse forestière a été déjà signalée dans notre Manuel de 
l’estimuteur, des forêts. En annoncant alors l'existence d’un 
double immeuble dans la propriété boisée, nous avons émis 
sous l'apparence d'un paradoxe, une proposition d’une in- 
contesta ble vérité : nous ajoutérons même que quelque bizarre 
que paraisse cette pensée , elle n’en est pas moins, si nous ne 
ne nous abusons pas, l’une des bases essentielles, l’un des 
principes générateurs de la science forestière : sans cette 
notion, en effet, d’un immeuble composé, il nous semble 
très difficile de saisir le jeu assez compliqué de cette ma- 
chine qu'on appèle l'aménagement d'une forêt. 

L'importance que nous attachons à cette idée d’une ri- 
chesse propre aux forêts, importance que nous espérons jus- 
üfier plus tard, nous commande de nous arrêter pendant 
quelques instants sur cette notion, afin de la développer assez 
pour la rendre facilement intelligible : nous verrons bientôt 
que loin d’être une abstraction chimérique ou oiseuse , cet 
apercu exprime au contraire une réalité, un fait, dont la 
portée en économie forestière est telle que nous n'avons pas 
craint d'en parler de la manière suivante, dans un écrit 
précédent. 

« L'aménagement exerce unc influence tellement marquée 
sur la production des bois, que plus une forêt est riche de 
produits, moins grande est la part du sol dans la création 
de ces produits : la valeur du fonds d'une forêt décroit pro- 
gressivement à mesure qu'augmente sa richesse et sa puis- 
sance productrice ; en sorte qu'il serait permis de dire, que 
le sol est la partie la moins importante de la propriété fores- 
tière ; pensée qui semble absurde et qui exprime pourtant 
une vérité. » 


432 DE L'AMÉNAGEMENT 

Nous complèterons notre démonstration de l'existence 
d'un double immeuble , dans les foréts aménagées , en re- 
présentant au tableau suivant la constitution d’un bois qui 
serait divisé en 10 coupes annuelles : constitution dont nous 
avons fait voir la similitude avec celle d’une créance com- 
posée de 10 capitaux productifs de rentes annuelles. 


TABLEAU 


Présentant la constitution normale d'un bois de 10 hectares, ameé- 
nagé en 10 coupes annuelles d'une valeur uniforme de 196 f. 


AGES VALEUR VALEUR VALEUR VALEUR NUMÉROS 

ACTUELS DU DU CUMULÉE DES FEUILLES 
DES RECRUS FONDS RECRU DU FONDS ET OU DES AC- 

NH PROGRES- D'UN D'UN DU RECRU DE CROISSEMENTS S 

SIFS. HECTARE. HECTARE. CHAQUE COUPE. ANNUELS. FEUILLES. 


D'ORDRE B 


DES 


fr. : fr. £ tr 
408 172 580 
408 150 558 
408 537 
408 516 
408 
408 © TT 
408 
408 
408 
408 


9 
8 
T 
6 
5 
4 
3 
2 
1 
0 


4,081 


Pour faire apprécier exactement les effets de la transfor- 
mation opérée par l'aménagement, nous comparerons le 
bois représenté au tableau précédent , avec un bois semblable 
qui serait resté dans l'état de non-aménagment. 

Nous ferons , d’abord , remarquer que les éléments de ce 
tableau sont entièrement puisés dans celui de la page 421 , 
par lequel nous avons représenté la transformation de la 


DES FORÊTS. 433 
créance. Au premier coup-d'æil ; on reconnait que les 2° , 
3° et 4° colonnes sont absolument les mêmes dans les deux 
tableaux. Il ne nous reste qu'à montrer que les colonnes qui 
suivent ne sont que la conséquence des précédentes ; pour 
achever d'établir l'identité des deux tableaux. 

La 1" de ces colonnes indique les âges actuels des recrus, 
ou bien le nombre d'années pendant lesquelles s'est formé le 
capital sur-ajouté, à chaque fragment de la créance primitive. 

La 5° colonne , intitulée valeur des feuilles , exprime la 
différence d’un accroissement annuel à l'accroissement sui- 
vant ; par exemple , on sait que le recru de 10 ans vaut 
196 f. : d'un autre côté , le calcul a donné 172f. 75 c. 
pour celui de 9 ans ; la différence 23 f. 25 c. exprime la 
valeur du 10° accroissement ou de la 10° feuille. 

Le recru de 9 ans valant 172 f. 75 c., et celui de 8 ans 
150 f. 41 c. , la différence 22 f. 34 c. exprime la valeur de 
la 9° feuille , ainsi des autres accroissements ou feuilles. 

La 6° et dernière colonne indique le n° d'ordre des feuilles 
ou des degrés d’accroissement du bois. 

Reprenons maintenant le parallèle que nous voulons 
établir : 

Le bois aménagé fournira , dans le cours de 10 ans, 10 
coupes d'un hectare valant chacune 196 f, ; ce qui fera 
1,960 f. pour la révolution. 

Le pareil bois exploitable par masse donnera , au bout de 
la période de 10 ans, un produit de 196 f. par hectare ; ce 
qui fera , en tout , 1,960 f., comme dans l'hypothèse pré- 
cédente. 

Dans l’un et l’autre bois , ces mêmes produits se renouvel- 
leront perpétuellement ; cela est évident. 

Jusque-là on apercoit la plus exacte parité entre nos deux 
bois. Le premier ainsi que le second donne ; en somme, un 
produit de 1,960 f. par chaque révolution de 10 ans, et si 


434 DE L'AMÉNAGEMENT 
les produits pécuniaires sont égaux , les produits matériels ne 
le sont pas moins. 

En effet, le produit en matière de 10 hectares exploités 
par coupes successives, à l’âge de 10 ans , n’est certes ni plus 
ni moins considérable que le produit de 10 hectares coupés 
collectivement à l'age de 10 ans , lorsque tout d'ailleurs est 
supposé pareil, qualité du sol ; essences du bois , situation 
et valeur. 

Mais c'est ici que tout-à-coup notre attention est frappée 
d'une disparate bien saillante entre les deux propriétés que 
nous comparons. 

Après l’accomplissement d’une révolution de 10 ans, 
lorsque les deux bois ayant fourni dans des temps égaux des 
produits égaux , et que les coupes vont recommencer leur 
rotation ordinaire , quel est l'état respectif des deux propriétés ? 

Le bois aménagé offre une surface encore couverte de re- 
crus âgés de 1,2, 3, 4, jusqu’à 9 ans (l’âge de la dernière 
coupe exploitée étant 0) ; ce qui revient à une superficie uni- 
formément âgée de 5 ans environ. A la même époque , le 
bois exploitable par masse n'offre plus qu'un sol destitué de 
tout produit, une surface que l'exploitation a mise entière- 
ment à nu. 

La supériorité de valeur du bois aménagé sur celui qui n’a 
pas subi cette transformation , se montre ici dans tout son 
jour ; tandis qu'à la dernière année de chaque révolution dont 
les produits ont été égaux de part et d’autre , ce dernier bois 
ne présente plus qu'un sol dénué qui attend une nouvelle 
reproduction ; l’autre bois est encore riche d'une superficie 
équivalente à très peu près à celle que présenterait le bois 
non-aménagé , 5 ans après son exploitation. 

Cet excédant de production, cette sorte de réserve se per- 
pétue indéfiniment de révolution en révolution ; et c'est en 
se renouvelant que cette épargne se maintient toujours au 


DES FORÉTS. 435 
même degré. Car toutes les coupes passent successivement 
sous le niveau de l'exploitation qui emporte ainsi dans la ré- 
volution actuelle le fonds de réserve accumulé dans la révo- 
lution précédente ; les produits sont remplacés aussitôt qu’en- 
levés : tâchons de nous rendre compte de ce phénomène. 

Immédiatement après l'exploitation de la coupe parvenue 
en maturité, une feuille , un premier accroissement recou- 
vre déjà le sol que l’on vient de dépouiller ; à la même 
époque , une feuille se superpose à toutes les autres coupes de 
l'aménagement. Au moment donc où j'exploite un hectare 
âgé de 10 ans, c’est-à-dire, au moment où je recueille une 
accumulation de 10 feuilles progressives , depuis celle de 
Î an jusqu'à celle de 10 ans , chacune des 10 coupes de l’a- 
ménagement acquiert une nouvelle feuille. La première 
coupe une feuille de 1 an, la suivante une feuille de 2 ans, 
enfin la dernière coupe une feuille de 10 ans. Or, ces 10 
feuilles isolées de 1, 2,3 , 4 ans , etc. , sont précisément 
l'équivalent des 10 feuilles agglomérées sur l’hectare qui 
vient d’être dépouillé. 

Nous savons comment on organise le mécanisme de la- 
ménagement ; voyons actuellement de quelle manière doit 
fonctionner ce mécanisme , à partir de la période de trans- 
formation. 

Dans le bois que nous avons supposé aménagé en 10 frac- 
tions égales , une seule de ces fractions est exploitée annuel- 
lement , 9 autres restent intactes : ces dernières fractions 
sont celles qui se trouvent pourvues de recrus âgés de 1, 2, 
3, 4, jusqu'à 9 ans, et qui en masse reviennent à une super- 
ficie uniformément âgée de 5 ans à peu près. 

Si le même bois eut été divisé en 20 coupes , une seule 
de ces coupes serait livrée chaque année à l'exploitation ; 29 
resteraient intactes , l'âge moyen de celles-ci serait de 10 ans. 

Aménagé en 60 coupes, ce même bois ne livrerait à l’ex- 


436 DE L'AMÉNAGEMENT 
ploitation annuelle qu'une seule de ces 60 fractions ; les 59 
autres resteraient intactes ; leur âge moyen serait de 30 ans. 

Aménagé en 120 coupes , ce bois en livrant chaque année 
une coupe à l'exploitation , offrirait sur 119 coupes une su- 
perficie moyennement âgée de 60 ans. 

Enfin aménagé en 240 coupes, ce bois présenterait con- 
stamment une fraction exploitable , et 239 fractions non ex- 
ploitables , dont l’âge moyen serait de 120 ans. 

Ainsi, quelle que soit la disposition d’un aménagement , 
c'est-à-dire , quel que soit le nombre de fractions composant 
la rotation des coupes , toutes ces fractions , une seule excep- 
tée , présentent à tous les instants de la durée d’un aménage- 
ment, une masse de produits superficiels , toujours semblable 
à elle-même, et qui ne peut éprouver aucune altération , à 
moins que l'aménagement ne soit soumis à l’action d'une 
cause perturbatrice. 

Dans le bois non-aménagé , on ne découvre rien d’ana- 
logue; on voit une superficie qui naît , se développe graduel- 
lement, jusqu’à ce qu’elle soit parvenue à l’état de maturité. 
Recueillie alors, cette production fait place à une nouvelle 
production qui parcourt les mêmes phases ; mais aucune 
partie de cette production ne présente de fixité. IL n'existe 
jamais dans le bois non-aménagé, qu’une superficie de la na- 
ture des fruits et non de celles des immeubles. Une superficie 
qui est un produit et non un agent productif, un revenu enfin 
et non un capital. C’est ainsi que toute la superficie d’un bois 
non-aménagé est un revenu sans exception d'aucune parcelle, 
et qu’au contraire toute la superficie d’un bois aménagé , 
moins une seule fraclion , est un capital matériel, un im- 
meuble. 

IL est donc bien établi que, dans tout aménagement consti- 
tué en une périodicité quelconque , il existe une superficie 
permanente ; laquelle forme un immeuble complémentaire, 


DES FORÈTS. 437 
on pourrait dire un second bois annexé au premier. Nous al- 
lons voir actuellement que cet immeuble grandit en raison 
du nombre des fractions de l'aménagement ou des années 
dont se compose le cercle de l’exploitation. 

Retournons aux cinq aménagements de 10 , 20, 60 , 120 
et 240 ans, dont tout-à-l'heure nous avons supposé l’applica- 
tion successive au même fonds de bois; et, pour donner à 
notre rapprochement plus de relief , nous supposerons que 
ces cinq aménagements existent en même temps sur cinq 
fonds de bois de même étendue et qualité. 

Dans le bois aménagé à 10 ans, la superficie immobilisée 


occupe les 9/10° de l'étendue intégrale du bois. — Dans le 
bois aménagé à 20 ans , les 19/20°. — Dans le bois amé- 
nagé à 60 ans , les 59/60°. — Dans le bois aménagé à 120 


ans , les 119/120°, et enfin dans le bois aménagé à 240 
ans, les 239/240€. 

Ces fractions , étant réduites à un dénominateur commun, 

2 ? 


présenteront la série suivante : 


216 298 236 238 239 
240 240 240 240 240 


Ainsi , l’espace embrassé par la superficie immobilisée 
croit en raison de l'extension de la période d’exploitabilité ; 
et inversement, l'étendue de la fraction exploitable diminue, 
à mesure que le cercle de l’exploitabilité s'agrandit. Soit , 
par exemple , un bois de 240 hectares que l’on suppose sou- 
mis iour-à-tour aux cinq divisions précédentes : 

Aménagement à 10 ans. — La réserve immobilisée occu- 
pera une étendue de 216 hect., et la coupe exploitable une 
étendue de 24 hect. 

Aménagement & 20 ans. — La réserve immobilisée oc- 
cupera une étendue de 228 hect., et la coupe exploitable 
une étendue de 12 hect. | 


Aménagement à 69 ans. — La réserve immobilisée OC- 
EN 29 


438 DE L'AMÉNAGEMENT 
cupera une étendue de 236 hect., et la coupe exploitable 
une étendue de 4 hect. 

Aménagement à 120 ans. — La réserve immobilisée 
occupera une élendue de 238 hect., et la coupe exploitable 
une étendue de 2 hect. 

Aménagement à 240 ans. — La réserve immobilisée oc- 
cupera une étendue de 239 hect., et la coupe exploitable 
une étendue de 1 hectare. 

La surface occupée par la réserve immobilisée est, comme 
on le voit, déjà très considérable dans les aménagements 
à courtes périodes; en sorte que l'accroissement de cette sur- 
face est peu sensible d’une période à l'autre, mais, en retour, 
une rapide progression se montre dans l’accroissement des 
âges moyens. 

Dans l'aménagement à 10 ans, l’âge moyen est de 5 ans. 


20 ans, 10 ans. 
60 ans, 30 ans. 
120 ans, 60 ans. 
240 ans, 120 ans. 


Abstraction faite des surfaces , la réserve immobilisée 
croit donc en valeur matérielle , suivant l'échelle de produc- 
tion des recrus de 5 ans, de 10 ans, de 30 ans, etc. ; pro- 
gression extrèmement rapide, dont, au surplus, les termes 
sont donnés dans les tables de M. Cotta. Nous savons que 
cette réserve est la représentation du capital additif, dont le 
double effet est d'assurer l’annualité des rentes de notre 
créance , et d’en accroître Le chiffre de tout l'intérêt parti- 
culier à ce capital , intérêt qui relativement au bois, se tra- 
duit par une production naturelle : il est donc bien démon- 
tré que l'aménagement augmente la production matérielle 
des forêts, et toutefois, cette proposition est assez importante 
d'une part, et de l’autre assez peu d'accord avec les idées 
recues, pour que nous devions nous efforcer d'en porter la 


DES FORÈTS: 439 
démonstration au dernier degré de certitude. Voici une autre 
manière de faire concevoir ce fait : nous l'empruntons à 
un ordre de considérations purement forestières qui nous 
semblent faciles à saisir. 

Dans la marche que suit la végétation des bois, les progrès 
sont faibles d’abord , relativement à ce qu'ils deviennent plus 
tard : en sorte que si l’on compare deux bois semblables sous 
tous les rapports, et si l’on admet que la révolution de l’un 
soit fixée à 10 ans, et la révolution de l’autre à 20 ans, il 
sera évident que celui-ci parcourant dans le délai de 20 ans 
l'échelle ascendante de la végétation, fournira un produit 
matériel à la composition duquel auront contribué les années 
les plus favorables à la production ; tandis que le second, 
coupé deux fois pendant ce temps, se trouvera rejeté aussi 
deux fois dans l’âge du plus faible accroissement, et ne pour- 
ra rendre par conséquent que des produits moindres *. 

Ainsi, l’accroissement des bois dans la 2° période dé- 
cennale, c’est-à-dire dans celle de 10 à 20 ans, est plus 
considérable que dans la période de 1 à 10 ans. Les deux 
productions , bien qu’elles embrassent des espaces de temps. 
égaux, doivent être inégales; par la raison toute simple; 
que, dans une progression croissante , une série quelconque 
de termes consécutifs doit présenter une somme plus consi- 
dérable qu'une pareille série de termes, prise en avant de 
la premitre. 

Ces notions posées, nous ferons observer que, dans le bois 
non-aménagé , après chaque exploitation intégrale , le sol se 
trouve entièrement dépouillé, la recroissance du taillis s’o- 
père nécessairement en partant du degré le plus bas de 
l'échelle; ce bois acquiert d’abord une feurlle de 1 an, puis 


1 Ce rapprochement est emprunté au Traité de la culture des Forêts, par 
M. Parade, 


440 DE L'AMÉNAGEMENT 

une feuille de 2 ans, puis une feuille de 3 ans, et ainsi de suite 
jusqu’au terme de la révolution ; c’est-à-dire que sur toute la 
surface de ce bois , la végétation parcourt périodiquement 
l'ensemble des deux phases décennales, que nous avons com- 
parées entr’elles, et dont la première est évidemment plus 
faible en production que la seconde. 

Dans le bois aménagé, lorsque le fonds a fourni la der- 
nière des 20 coupes qui composent la rotation périodique , 
ce fonds, loin de se trouver entièrement dépouillé , présente 
alors une superficie âgée de 1 à 19 ans , revenant par consé- 
quent à une superficie uniformément âgée de 10 ans à peu 
près. Ainsi, à l'instant où finit une révolution, et où com- 
mence la suivante, la surface entière de ce bois peut être 
considérée comme couverte d’un recru âgé de 10 ans : lac- 
croissement de la première année de cette nouvelle révolu- 
tion, n'est donc pas une première feuille, mais une on- 
zième; l'accroissement de la seconde année, n’est donc pas 
une deuxième feuille , mais bien une douzième , et ainsi des 
autres accroissements. Il est donc parfaitement clair que ce 
dernier bois a gagné l’autre de vitesse. Son accroissement 
s'opère par des degrés beaucoup plus marqués. En un mot, 
il n'a point à parcourir la première de nos phases décen- 
nales, mais uniquement la seconde. 

Et pour le dernier trait du parallèle, supposons qu'on 
s'abstienne pendant 20 ans de toute exploitation dans le bois 
aménagé , aussi bien que dans celui où la coupe se fait par 
masse à chaque 20° année. Après la révolution vicennale , 
le premier de ces bois offrira une suite de recrus âgés de 20 
à 40 ans, où de 30 ans en moyenne; tandis que le second ne 
présentera qu'un recru uniformément âgé de 20 ans. La 
production du premier bois sera donc à la production du 
second, comme un recru de 30 ans est à un recru de 
20 ans , dans des sols de semblable fertilité. 


DES FORÈTS. 441 

Il est donc surabondamment prouvé que le simple frac- 
tionnement d’un bois en coupes annuelles , a pour consé- 
quence nécessaire d'accélérer la marche de la production 
matérielle de ce bois. D'un autre côté, il est reconnu que 
cet effet est la suite de la création du second immeuble , 
que nous désignons par l’un ou l’autre de ces synonymes : 
capital superficiel, réserve immobilisée, et enfin richesse 
propre des forêts. 

Un bois aménagé est donc un composé de deux immeubles 
différents par leur constitution physique , de deux capitaux 
doués chacun d’un mode spécial d’existence, et qui, ainsi que 
nous l’allons voir, se distinguent encore l’un de l’autre par la 
mesure suivant laquelle s'accumulent leurs produits respectifs; 
c’est-à-dire par le degré d'intérêt propre à chacun d’eux. 

Le capital foncier est, de même que tous les capitaux de 
cette catégorie, constitué sur le taux commun de l'intérêt 
immobilier , taux que nous admettions ici à 4 p. 0/0 ; mais 
comme tout capital productif a pour base le produit annuel 
ou le revenu du fonds , et que dans les forêts ce revenu baisse 
à mesure de l'élévation des périodes d’exploitabilité , il suit 
de là, que ce capital est variable dans son énonciation 
numérique. Aussi voyons-nous au tableau de la page 400, 
que la valeur capitale du même hectare s'exprime par le 
chiffre 500 f. si l'exploitabilité est réduite à 1 an , et seule- 
ment par le chiffre 16 f. 55 c. si l'exploitabilité est portée 
à 150 ans. Le capital foncier s’évalue sur le revenu, et le 
revenu change avec l’exploitabilité ; mais quelle que soit la 
valeur de ce capital, cette valeur est toujours constituée sur 
le taux moyen ou courant des placements immobiliers. 

Il n’en est point ainsi pour le capital superficiel : nous 
savons que le degré d'intérêt de celui-ci est plus faible que le 
taux immobilier, même dans les exploitabilités inférieures, 
et à plus forte raison dans les exploitabilités prolongées ; non 


442 DE L'AMÉNAGEMENT 
pas cependant que l'accroissement des bois ne gagne en ac- 


célération jusqu'à des âges reculés , mais parce que l'intérêt 
de l'argent quelque modique qu'en soit le degré , se dévelop- 
pant d’après une progression par quotient, acquiert une 
vitesse, qui a bientôt dépassé sensiblement celle de l’ac- 
croissement des produits forestiers, et qui , après une cer- 
taie durée ; devient tellement considérable, que la dispro- 
portion entre les deux suites croissantes, n’a plus aucune 
mesure. 

Ainsi l'immeuble intégral que présente un bois aménagé 
se décompose en deux capitaux : l’un constitué au taux gé- 
néral des capitaux fonciers, et l’autre à un taux moindre, et 
d'autant moindre que l'aménagement s'élève davantage dans 
l'échelle des exploitabilités. 

Reportons les yeux sur le tableau de la page 421, par le- 
quel nous avons figuré la transformation de notre créance 
primitive ; nous y verrons que la créance transformée , con- 
siste dans les valeurs suivantes : 

19 Capital primitif, 4,081 f. 30 c. 
29 Capital additif, 818 70 
Capital intégral, 4,900 f. 
Si le second de ces capitaux est comme le premier, consti- 
tué au taux de #4 p. 0/0 , la créance intégrale donnant un 
revenu de 106 f. offrira nécessairement la valeur nominale 
de 4,900 f. qui lui est donnée au tableau. 

Souvenons-nous que la fonction du capital additif est de 
produire en faveur du banquier , une accumulation destinée 
à le couvrir de la perte d’intéréts causée par le paiement an- 
ticipé des revenus. Si ce capital donne un intérêt de 4 p.0/0, il 
suflira d’une valeur de 818 f. 70 c. pour réaliser l’indem- 
nité de 393 f. 18 c. qui sera due au bout de la période dé- 
cennale, et cette valeur portcrait à 4,900 f. le chiffre de la 
créance intégrale, Le rapport de ce dernier chiffre à celui 


DES FORÈTS. 445 
du revenu annuel sera de 4 p. 0 / 0; c’est-à-dire que la 
créance intégrale sera constituée au même degré d'intérêt 
que les deux capitaux composants. 

Or, nous savons que ce capital additionnel est constitué 
à un taux d'intérêt non seulement inférieur à 4, mais même 
à 3 p. 0/0. Il sera donc nécessaire de verser dans la caisse 
du banquier, une somme plus forte que le chiffre 818f. 70 c., 
et d'autant plus forte, que l'intérêt sera plus inférieur 
à 4 p. 0/0 ; une somme telle enfin, qu’à un intérêt de 2 1/2 
ou de 2 p. 0/ 0, elle puisse fournir dans le cours de 10 ans 
une accumulation égale à 393 f. 18 c. 

Supposons que ce capital soit productif d’un intérèt 
de 2 1/2 p. 0/0, nous aurons à chercher quelle somme il 
faut placer à ce taux, pour qu'au bout de 10 ans l’accu- 
mulation des intérêts présente un résultat de 593 f. 18 c. 
Le calcul nous montre que cette somme est 1,403 82 c. 

Si l'intérêt n’était que de 2 p. 0/0 , le calcul nous donne- 
rait une somme de 1,795 f. 40 c. pour le capital cherché. 
Résumons ces deux hypothèses : 

Suivant l’une , la créance représentative du bois aménagé, 
ou le bois aménagé lui-même serait une aggrégation des 
deux éléments ci-après : 
1° Capital foncier , constitué au taux 


de 4 p. 0/0, 4,081 £. 30 c. 
2° Capital superficiel, constitué au 
taux de 2 1/2, 1,403 . 82 


Capital intégral, Di 12 c. 
Suivant l’autre hypothèse, le bois serait composé des 
deux éléments ci-après : 
1° Capital foncier, constitué au taux 


de 4 p. 0/0, 4,D81 5,530, c- 
2° Capital superficiel, constitué au 
taux de 2 p. 0/0, 1,295" "40 


Capital intégral, 5620 Lei A0 Cr 


444 DE L'AMÉNAGEMENT 

Bien qu'il ne soit pas possible d’assigner le taux exact de 
l'intérêt du capital superficiel, parce quele développement des. 
produits forestiers n’a point, etne peut avoir la régularité qui 
le rendrait résoluble en une loi mathématique ; il n’est pas 
moins consiaié que ce taux est inférieur à 3 p. 0/ 0 , d’où il 
suit que le capital superficiel doit présenter une valeur plus 
élevée que le chiffre 818 f. 70 c., est plus ou moins rap- 
proché des évaluations précédentes. 

Ne perdons point de vue que le but de l’adjonction de ce 
second capital à la créance primitive est de solder les inté- 
rêts dûs pour le service annuel d’un revenu de 196 f. qui ne 
devait être payé qu'an bout de 10 ans. Ainsi, quoique la 
créance, par suite de la transformation, ait acquis une valeur 
intégrale de 5,485 f. 12 c., ou même de 5,876 f. 70 c., 
cette créance ne donne toujours qu'un revenu annuel de 196f.: 
L'aménagement a rendu cette créance plus productive en in- 
térêts qu'elle n’était originairement » : mais le capital a été aug- 
menté dans une proportion plus forte que le revenu. En effet, 
le capital intégral excède 4,900 f. pour un revenu de 196 f. 
Le rapport du revenu au capital est donc amoindri, atténué, 
puisque ce capital devenu supérieur à 4,900 f., peut-être 
même égal à 5,876 f. 70 c., ne rapporte néanmoins que 
196 f. Le taux de la rente à donc éprouvé une dépression , 
il est descendu au-dessous de 4 p. 0 / 0. Et chose remarquable, 
dans cette combinaison de la propriété, le revenu accusera 
un capital de 4,909 f., c’est-à-dire que d’après ce revenu on 
appréciera à 4,900 f. la valeur capitale de Ja forêt, grandis 


1 Si au lieu d’une période décennale, on en suppose une de 20, 25, 50 ans, etc., 
je capital additif croitra progressivement , lors-même que la rente annuelle resterait 
stationnaire. En effet, la somme d'intérêts à solder au banquier est , toutes choses 
égales d’ailleurs, d'autant plus considérable , que ses avances sont plus prolongées. 
Ainsi, l’extension donnée à Ja période d’exploitabilité, ou au nombre des coupes, 
suffit pour accroitre la richesse propre de la forèt, alors même que le revenu n’éprou- 
verait aucun accroissement , peut-être même alors qu'il serait diminué. 

2 Voir page 513. 


DES FORÊTS. 445 
que cette valeur sera réellement supérieure à ce chiffre, 
peut-être même approximativement de 5,876 f. 70 c. Cette 
singulière anomalie nous amène à faire dans la propriété 
forestière aménagée , une nouvelle distinction entre le capi- 
tal nominal et le capital réel : distinction dont nous ne tar- 
derons pas à saisir plus clairement le sens, et apprécier l'u- 
tilité théorique. 

Pour ne résumer que les autres aperçus établis au présent 
chapitre , nous dirons que l'aménagement des forêts produit 
deux effets bien caractérisés. 

Le premier est d'augmenter le capital forestier, et par 
conséquent la production matérielle d’un bois, alors même 
que rien n’est changé dans la période d’exploitabilité. 

Le second est d'opérer une réduction, une baisse dans le 
taux de la rente, c’est-à-dire dans le rapport du revenu an- 
nuel au capital engagé. 

Nous retrouvons donc dans les bois aménagés , cette même 
contradiction, cette même incompalibilité que nous avons 
remarquée dans les bois non-aménagés , entre les deux sor- 
tes de production que l'on demande aux forêts ; la production 
en matière et la production en argent. 

Les développements du présent chapitre établissent de la 
manière la plus positive , trois faits principaux que nous al- 
lons enregistrer : 

1° Lorsque la propriété forestière est encore non-aména- 
gée , il suffit d'élever la période d'exploitabilité pour élever 
le degré de production, mais en diminuant le taux de la 
rente ; 

20 Si, sans élever l’exploitabilité d'un bois, on le soumet 
à la transformation de l'aménagement, on élève la produc- 
tion, mais on abaisse la rente ; 

3° Si, tout à la fois, on établit l'aménagement et on élève 
l'exploitabilité, l'accroissement de la production et la dimi- 


446 DE L'AMÉNAGEMENT DES FORÈTS. 
nution de la rente, ont lieu comme dans les cas précédents, 
mais suivant un rapport composé. 

Il s’en suit que , dans les deux formes sous lesquelles nous 
connaissons la propriété forestière , la production en nature 
et la production en argent sont tellement répulsives l’une de 
l’autre , que l’un de ces éléments ne saurait s'élever, sans 
qu’aussitôt l’autre obéisse à une tendance absolument 
contraire. 

Cette particularité, quelque démontrée qu’elle soit, dès ce 
moment, deviendra bientôt plus manifeste encore : le cha- 
pitre suivant la fera ressortir de la manière la plus frappante, 
puis présentera le développement des conséquences qui en 
découlent, 


La suite à la prochaine Livraison. 


MANUEL 
DU VIQGRARON, 


PAR 


M. DUPUITS DE MACONEX, 


MEMBRE DE LA SOCIÉTÉ ROYALE D'AGRICULTURE DE LYON 
ANCIEN ÉLÈVE DE L'ÉCOLE POLYTECUNIQUE. 


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( SUITE. ) 


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CULTURE DE LA VIGNE. 


Climat , exposition , sol , choix des cépages , pluralité des 
cépages, arbres plantés dans les vignes , conclusion. 


La France est considérée , à juste titre , comme le pays 
le plus favorisé pour la production du vin. En effet , l’on y 
rencontre à la fois une grande variété de vins plus ou 
moins légers et spiritueux, se faisant remarquer par leur 
gout et leur parfum, différant souvent de la position des 
vignobles , et des vins de liqueur de la plus haute qualité. 

La plus grande partic des départements fournit des vins 
supérieurs, depuis la région méridionale jusqu'à Ja fron- 


448 MANUEL 

tière du Nord. La région du Nord-Ouest est seule privée de 
celte précieuse plante, suivant une ligne qui commence en 
Bretagne, passe à quelques lieues au nord de Paris , et se 
termine en Champagne. La culture de la vigne se prolonge 
au dehors de la France jusqu'au 52° de latitude , sur les 
bords du Rhin et de la Moselle ; ce qui ne peut s’attribuer 
qu'à la profondeur des vallées et à la puissance des abris. 
Dans toutes les provinces où la culture de la vigne réussit, 
il est de vastes terrains où ce végétal ne donnerait jamais de 
fruits murs; etoù, par conséquent, sa culture est impos- 
sible. Ceci tient à l'élévation du sol qui compense la lati- 
tude, et à l’absence des abris. Ainsi, l'on a remarqué 
qu'une hauteur de 100 mètres équivaut à un degré de la- 
titude et à un degré de chaleur. 

Je crois pourtant que la proportion n’est pas exacte, 
ct J'admettrais plutôt la proportion de 150 mètres. Je 
pourrais fournir des preuves de ce que j'avance : les pla- 
teaux de la Beauce et de la Sologne , privés d'abris , sous le 
48 et le 47° de latitude , et à une élévation de 200 mètres 
environ, et les plateaux du département du Rhône à celles 
de 500 mètres, ne paraissant pas susceptibles de donner de 
bons produits. Je connais une vigne située sur le prolonge- 
ment d'un contrefort de la chaîne de Pilat, à 7 lieues au 
sud de Lyon, dont le raisin arrive à maturité dans les années 
ordinaires, et que je crois plantée à plus de 500 mètres au- 
dessus du niveau de la mer. La hauteur à laquelle on peut 
cultiver la vigne dans notre hémisphère s’accroit en raison 
inverse de la latitude. Aussi, dans les Iles Canaries, sous le 
319 de latitude boréale, se cultive-t-elle jusqu’à 1,200 m. 
au-dessus du même niveau. Cependant, à cette élévation , 
les orages doivent être un puissant obstacle à cette culture. 

Au rapport des voyageurs , les plantations de vigne ne se 
rencontrent plus au-delà du 30° de latitude ; excepté dans 


DU VIGNERON. 449 
certaines parties montagneuses, où l'élévation du sol fait 
jouir ces contrées d’une température semblable à celle des 
contrées situées plus au Nord. Cependant on la cultive au 
Brésil et à la Guyanne situés sous la zône torride. On y 
fait dans l’année, trois récoltes sur trois tailles exécutées 
après chaque cueillette. Toutefois, il est probable que ces 
vignes ne produisent qu'une mauvaise liqueur, et qu’elles ne 
sont cultivées que pour consommer le fruit en nature. 

La vigne, dit-on, ne prospère pas aux États-Unis, soit 
que l'humidité du climat rende ce végétal plus accessible 
aux gelées, soit que la même cause occasionne la coulure , 
et une maturité très inégale du fruit échappé à ces plaies. 
Cependant, la production du raisin à la Guyanne , pays 
éminemment humide , semble contredire le fait que je viens 
de citer. La manière de tailler, et la haute température 
qui règne en ces contrées , qui force la vigne à une végé- 
tation constante, seraient-elles la cause de cette différence ? 


Exposition. 


L'exposition est regardée à juste titre comme une des 
conditions essentielles pour la qualité des vins. Les crus les 
plus estimés, sont généralement sur des pentes plus ou 
moins rapides , en regard de l'Est au Sud-Ouest; tels que 
ceux du bassin du Rhône et de la Saône. Les vignobles cé- 
lèbres de l'Hermitage , de Condrieu, de Côte-Rotie, sont 
établis sur des coteaux très rapides et aux expositions que je 
viens d'indiquer. Il en est de même pour les plus estimés 
du département du Rhône, ceux du Maconnais et de la 
Côte-d'Or ; il en est parmi ces derniers , tels que le 
Clos-de - Vougeot, dont la pente est peu sensible ; mais 
ils sont situés aux pieds d'une côte très élevée , qui leur four- 
nit un abri puissant, Cependant, il est en France des vigno- 


450 MANUEL 

bles de premier ordre à l’exposition du Nord. Dans ces 
cantons , l'humidité est très considérable , d’où l’on conclut 
que cette exposition est favorable, parce que les vents secs 
du Nord enlèvent, en dessèchant le sol, cet excès d'humi- 
dité, l'une des plaies les plus dangereuses pour la vigne. 
Il est probable que , dans ces localités , la pente au Nord est 
très faible, car si elle était rapide , elle serait privée d’une 
forte dose de chaleur, soit par l’obliquité des rayons solaires, 
soit parce que la lumière ne pourrait atteindre le coteau que 
fort tard dans la matinée. 

Dans le bassin dn Rhône, l'exposition du Midi passe pour 
la plus avantageuse pour la qualité du vin. Ainsi , dans les 
vignobles de l’'Hermitage , de Condrieu, de Côte-Rotie, de 
Ste-Foix, etc. , etc. , les vignes qui approchent le plus de 
cette exposition, sont celles dont les produits sont les plus 
estimés. Ilest important de remarquer, que de tous les 
grands bassins de la France , celui du Rhône est celui qui 
éprouve à la fois la température la plus sèche et la plus éle- 
vée. L'exposition du Levant donne plus de prise aux gelées 
du printemps et à la coulure par le fait des rosées : car, à 
ces époques, les gelées et les rosées ne sont désastreuses , 
ordinairement, qu'avec le concours de Ia chaleur solaire. Or, 
les coteaux en regard du Levant recoivent le matin les 
rayons du soleil presque perpendiculairement ; tandis que 
les pentes tournées au Midi, ne recevant la lumière que 
très obliquement, les gelées et l'humidité des rosées dispa- 
raissent en partie avant que le soleil ne frappe directe- 
ment. 

Aussi, dans le bassin du Rhône , remarque-t-on , que 
les vignobles à cette exposition , sont à la fois les plus avan- 
tageux pour la quantité et la qualité des produits. Ainsi, 
supposant un coteau découvert et arrondi du Levant au Cou- 
chant, la partie la plus avantageuse à planter sera celle qui 


DU VIGNERON. 451 
se trouvera en regard du soleil au milieu du jour. L'Hermi- 
tage et la Côte-Rotie en fournissent plusieurs exemples. 

Les œnologistes attribuent au voisinage des rivières une 
influence favorable à la qualité du vin. Il est à remarquer, 
en effet, que les plus célèbres vignobles sont , la plupart , 
situés sur des pentes , dans le voisinage des grands cours 
d'eau. Je crois que la principale cause est celle-ci : les ri- 
vières coulant dans les parties les plus basses du pays 
qu'elles traversent, et la chaleur étant ordinairement, à expo- 
sition égale, plus forte dans les lieuxles plus bas , on en con- 
cluera nécessairement que la maturité sera plus complète 
sur les coteaux qui bordent des cours d’eau ; que sur toute 
autre position dans le même bassin. On attribue aussi un 
effet salutaire aux rosées qui sont plus abondantes dans les 
vallées traversées par des rivières. On ne peut nier qu’elles 
atténuent quelquefois les désastres occasionnés par une 
sécheresse extrême, parce que l'humidité qu’elles déposent 
sur le sol, en tempère.les mauvais effets. Cependant les ro- 
sées . sont très à craindre dans certaines circonstances. 
Ainsi, lorsque la rivière baignera le pied du coteau, elles 
seront l’une des principales causes de la coulure ; tandis que 
si les eaux étaient plus éloignées , elles seraient moins abon- 
dantes, et la coulure moins à craindre. J’ai été souvent à 
portée d'observer ce phénomène sur un vignoble célèbre , 
où J'ai possédé quelques hectares, et où j'ai commencé mon 
éducation viticole. 

Le meilleur vin se récolte ordinairement souvent à mi- 
côte, ce qui s'explique facilement. Dans les parties les plus 
basses la terre est plus profonde et plus substantielle ; l'hu- 
midité est plus abondante, la sève y sera par conséquent 
moins élaborée que dans les parties élevées. Le sommet des 
coteaux est inférieur au milieu, en produit, en qualité; parce 
qu'il est battu par les orages qui déchirent les feuilles, cas- 


459 MANUEL 
sent les bourgeons et arrêtent la croissance de ceux qui ont 
résisté , ctenfin, parce que la chaleur y est moins intense. 


Sol. 


Le sol influe beaucoup sur la qualité du fruit et de la li- 
queur qui en provient. Les plus légers, ou, en d'autres 
termes , ceux qui sont le plus fortement saisis par la cha- 
leur, sont généralement ceux qui donnent les meilleures 
productions ; pourvu , cependant , que la chaleur , ou plu- 
tôt la sécheresse qui en est la conséquence, n’affecte pas les 
souches. 

Tous les sols, soit par leur nature, soit par leur position , 
peuvent être profondément atteints par la chaleur. Ainsi, 
l'argile même la plus tenace peut être éminemment propre 
à la production et à la qualité du raisin , st elle repose à 
une petite profondeur , sur un sol très perméable , et si elle 
est assise sur une pente un peu rapide , comme l'on peut 
s'en convaincre dans quelques cantons du département du 
Rhône. 

On voit des vignes donnant d'excellents vins dans toute 
espèce de terrains; ainsi, les vins de l'Hermitage et de 
Condrieu sont produits sur un sable granitique, ceux de 
Côte-Rotie , partie sur un sol granitique ; partie sur un sol 
schisteux. L’on voit encore dans ce vignoble des plantations 
sur un gravier sablonneux, ayant quelque ressemblance 
avec les graviers du Rhône. Les vins qui en proviennent, 
quoique très bons, et ressemblant au vrai Côte-Rotie, en 
différent cependant un peu. Quant aux vins du même cru 
sur sol granitique ou schisteux, le goût et le parfum m'ont 
paru identiquement les mêmes. Cependant les marchands 
en font une légère différence , et donnent ordinairement la 
préférence à celui qui provient du terrain schisteux. Le vin 


DU VIGNERON. 453 
blanc de Côte-Rotie provenant de sable granitique est ab- 
solument le même que celui de Condrieu. On voit encore 
dans le département du Rhône des vins estimés récoltés sur 
des sols sablonneux, sur une terre rouge passablement consis- 
tante et mélée de cailloux , et sur un sol calcaire de bonne 
qualité et d’une profondeur inconnue, sans aucun mélange 
de pierre ou gravier ; tel que, pour ce dernier ; une partie 
des crus qui repose sur la pente du Mont-d'Or , et notam- 
ment le clos St-Benoît , situé sur la commune de St-Cyr. 

Il existe sur les bords du Rhône , et, par exemple , sur les 
riches communes d'Ampuis et de Tupin, où se récolte le vin 
de Côte-Rotie , des vignes dans des sables quelquefois mou- 
vants et des graviers, alluvions de ce fleuve; elles sont 
d'un produit extraordinaire : ce qui s'explique, en ce que le 
niveau du sol étant peu élevé au-dessus des eaux, l'humidité 
remonte jusqu’à la surface par l'effet de la capillarité, et en- 
tretient une belle végétation sur des sols qui, partout ailleurs, 
seraient atteint fréquemment par la sécheresse. Ces vignes 
donnent parfois des vins d'ordinaire passables. 

Dans la Franche-Comté une partie des bons crus repose 
sur une argile calcaire. Dans le pays de Gex et sur les bords 
du lac de Genève, l’on récolte des vins d'ordinaire assez bons, 
sur un sol argileux reposant sur des bancs de grès connus 
dans le pays sous le nom de mollasse. Le vin y serait pro- 
bablement d’une bien meilleure qualité , si la chaleur y était 
un peu plus forte : car, quoique la latitude soit la même 
que celle de Lyon, cependant la température y est généra- 
lement inférieure de trois degrés (Réaumur); ce qui doit 
être attribué à la plus grande hauteur du sol, et au voisi- 
nage des hautes sommités des Alpes. Aussi , les plants culti- 
vés sur le département du Rhône y müriraient rarement. 

Le plant dominant est le savagnien du Jura, dont je par- 


lerai lorsque je traiterai du choix des cépages. 
Te JL | , 30 


454 MANUEL 

Les sols volcaniques paraissent évidemment propres à Ia 
culture de la vigne , ainsi qu'on le voit sur les bords du 
Rhin, et dans le voisinage de Naples aux pieds du Vésuve , 
par le Lachryma-Christi. 

Les raisins récoltés sur un sol gras et fertile ne donnent 
le plus souvent qu'un vin plat, sans parfum et sans saveur, 
mais ordinairement très coloré. | 

Cependant, il est des cantons tels que la pente du Mont- 
d'Or, près de Lyon, où il existe des vignes sur un sol très 
fertile , produisant des vins agréables et spiritueux ; mais je 
dois faire remarquer que ces terres sont calcaires : or, la 
chaleur les pénètre facilement, et tous les genres de pro- 
duction se font remarquer par leur bonne qualité. 

Les pierres mêlées au sol et répandues à la surface pa- 
raissent avantageuses à la qualité et à l'abondance du pro- 
duit, parce que dans les sols consistants, elles aident à l’é- 
coulement des eaux surabondantes ; et qu'elles s’échauffent 
plus encore que le terrain : et dans les sols brülants elles 
modèrent l’évaporation produite par la chaleur, surtout lors- 
qu'elles sont plates ; puisque, si on enlève une de ces pierres, 
l’on voit constamment le sol humide par les temps les plus 
secs. Aussi, ne doit-on se permettre d'enlever que celles qui, 
par leur grosseur, sont un obstacle à la bonne confection 
des labours. 

Le sous-sol influe évidemment sur la production et la qua- 
lité des vins. Ainsi, lorsqu'un terrain consistant reposera sur 
un terrain plus consistant encore , la coulure fera beaucoup 
plus de ravages que si le sous-sol était très perméable. 

L'influence du sous-sol sur la qualité doit être encore plus 
sensible, puisque la bonté des vins dépend en partie de la 
quantité de chaleur que la terre absorbe, parce que la sève 
étant mieux élaborée, le muqueux doux, sucré, base de la 
production de l’alcohol, se forme en plus grande abondance, 


tout le reste étant égal d’ailleurs, 


DU VIGNERON. 455. 
Quelquefois les vignes reposent sur des roches fendillées ; 
l'on concoit alors que l'épaisseur du sol , dans lequel s'opère 
la plantation , peut être moindre que dans les circonstances 
ordinaires , puisque les racines des souches pénètrent dans les, 
interstices, ce qui les met à l'abri des plus grandes séche- 
resses , comme j'en ai eu de fréquentes preuves. La terre 
qui s’insinue dans les fentes des rochers est la plus déliée, 
et l'humidité s’y maintient sans excès jusque dans les temps 
les plus secs. 


Choix des cépages. 


Le choix des cépages est une chose très importante. Il en 
est qui donnent partout de bon vin. Il en est d’autres , au 
contraire, dont le produit est de qualité distinguée dans cer- 
tains vignobles, et qui, sur des localités différentes, ne pa- 
raissent pas convenir , lors même que toutes les conditions. 
sont remplies pour une bonne maturité. Ainsi, le gamé 
donne d’excellent produit dans le département du Rhône, 
et des produits inférieurs dans la Côte-d'Or ; à moins que 
ces deux plants ne soient pas les mêmes , ainsi que l'avance 
Bosc. Cependant j'ai eu lieu de les observer à côté l’un de 
l'autre ; et je n’ai apercu aucune différence. 

Certains plants qui, dans les régions chaudes, donnent 
des vins de qualité , ne pourraient réussir au Nord faute 
de maturité , tels que la serine et le vionnier des côtes 
du Rhône. Quelques uns transportés à toutes les latitudes 
ont donné constamment des produits distingués : tels que 
le pineau de Bourgogne. Je serais porté à croire, quoique 
je n’en ai aucune preuve, qu'il en serait de même du sava- 
gnien ou sarvaignien noir du Jura. Ce plant , dont la préco- 
cité est encore plus grande que celle du pineau , donnerait 
peut-être le moyen de récolter des vins passables, dans 
des départements où le fruit de la vigne a de la peine à mürir. 
( Voyez plus haut ce que j'ai dit en parlant du pays de Gex. ) 


456 MANUEL 

Il est des cépages qui ont à la fois la propriété de donner 
d'excellents et d’abondants produits. De ce nombre on peut 
compter la serine et le vionnier, dont j'ai déjà parlé. Il en 
est d’autres qui sont plus sujets à la coulure et à la gelée ; 
et, quant à cette dernière circonstance , il est des vignes 
qui donnent facilement du fruit sur les bourgeons qui per- 
cent l'écorce de la souche. D’autres sont deux ans avant de 
produire après le désastre de la gelée; parce que générale- 
ment la grappe ne parait que sur les bourgeons de l’année 
venus sur un sarment, qui est lui-même le produit d’un bois 
de deux ans. Le gamé se fait remarquer dans le premier 
cas, et, pour le second , la serine ainsi qu’un grand nombre 
de plants qui nous viennent du Midi. 

Il est des cépages plus facilement touchés par les gelées. 
Je ne saurais en donner des exemples, n'ayant jamais eu 
occasion de faire des observations sur ce sujet. Les vigno- 
bles sur lesquels j'ai travaillé, sont très rarement atteints 
par le froid. Cependant, je serais porté à croire que les plus 
accessibles aux gelées , sont les plus précoces à la pousse du 
printemps , ceux qui végétent le plus tard à l’automne, et 
enfin ceux dont la moëlle a le plus d'épaisseur. Le vionnier 
(blanc) de Condrieu et de Côte-Rotie est moins sujet à cou- 
ler que la serine (noire) ; mais cette dernière donne un pro- 
duit plus égal. Or, il est à remarquer que la serine est plus 
vigoureuse que le vionnier, que ces deux plants sont pêle- 
mêle dans les lieux que je viens de citer, et enfin que la 
taille est aussi longue pour l'un que pour l'autre. Je crois 
donc donner un conseil utile aux propriétaires et aux vigne- 
rons en les engageant à tailler le vionnier plus court , et à 
séparer ces deux plants, autant que possible , en observant 
que le vionnier réussit mieux dans les sables granitiques , 
et la serine dans les sols consistants. Ces réflexions sont ap- 
plicables à tous les vignobles dans les mêmes circonstances. 


DU VIGNERON. 457 

Le gamé du Lyonnais est un plant robuste peu sujet à 
couler , et dont le produit est généralement abondant. Le 
persaigne , plant tardif , donnant un vin plat et très coloré , 
se cultive à cause de l'extrême abondance de son produit. IL 
demande des sols de bonne qualité : car , dans les graviers 
secs , il coule facilement. Il n'est pas rare de voir , dans 
quelques localités , ce plant donner 200 hectolitres à l'hec- 
tare. Aussi, malgré la mauvaise qualité du vin qui en pro- 
vient, les vignes qui le produisent, se vendent-elles dans 
le voisinage de Lyon , à l’égalides meilleurs crus de l'Her- 
mitage, de Côte-Rotie et de la Côte-d'Or ; c’est-à-dire, 30 à 
35,000 f. l'hectare. 

Il est des plants qui réussissent mieux sur des terrains secs; 
quelques-uns préférent les sols un peu consistants. Aïnsi , 
dans le premier cas, se distingue le gamé dont les racines 
sont sujettes à pourrir dans les terrains frais : tandis que 
la serine et le persaigne prospèrent dans de pareils sols, 
et sont au contraire sujets à couler dans les sols très secs , 
principalement le dernier. 

Le pulsare du Jura , suivant les œænologistes qui l'ont étu- 
dié , se fait remarquer par la faculté inappréciable de donner 
d’abondants et d'excellents produits dans des sols ordinaire- 
ment rebelles à la qualité, les sols argileux. Il est étonnant 
qu'il soit si peu répandu. 


Pluralité des cépages. 


J'ai vu des vignes renfermant une multitude de plants 
divers. Il me paraït de la plus grande évidence , que cette 
méthode est des plus défectueuses. Lorsque vient l’époque 
des vendanges, les uns seront parfaitement mürs, d’autres 
encore verts et quelques uns en pourriture. Or, dans cet 
état, comment se flatter d'obtenir un vin potable? De 


458 MANUEL 

plus, les uns sont faibles , les autres vigoureux ; les pre- 
miers soufriront nécessairement du voisinage des seconds , 
et la récolte en sera affectée. 

Dans la plupart des vignobles célèbres, les plants sont au 
contraire réduits à un ou deux au plus. Ainsi, à Condrieu , 
on ne cultive qu’un seul plant , le vionnier, À l’'Hermitage 
et à Côte-Rotie un seul plant de noir : la sira pour le pre- 
mier, et la serine pour le second. Je crois ces deux plants les. 
mêmes, quoique, cependant, je ne puisse l’aflirmer. Dans 
ces vignobles , on estime qu’un mélange de blanc bonifie la 
qualité du vin rouge. Ainsi , sur Côte-Rotie, la serine est 
mêlée au vionnier , dans la proportion du quart où du cin- 
quième pour ce dernier ; et à l'Hermitage, à la sira sont 
jointes la roussanne et la marsanne , cépages blancs. Sur les 
meilleurs crus du Beaujolais et des environs de Lyon, le 
gamé noir est à peu près l'unique plant. Sur la Côte-d'Or ; 
le pineau de Bourgogne est l'espèce dominante , et presque 
exclusivement cultivée dans les vignes dont les produits sont 
les plus estimés. 

Il est à remarquer que les cépages blancs, à maturité 
égale, donnent un vin plus liquoreux et plus alcoholique 
que les cépages noirs ; et ceux-ci se font remarquer par leur 
supériorité pour le parfum , ainsi que j'ai eu lieu de l’ob- 
server. C’est évidemment à ces causes qu’il faut attribuer le 
mélange des cépages blancs et noirs dans les vignobles qui 
produisent des vins de haute qualité. 


Arbres au milieu des vignes. 


Il faut se bien garder de planter des arbres au milieu des 
vignes. Parmi les plus nuisibles, on peut signaler le noyer 
que l’on y voit fréquemment , ses racines tracent et s'éten- 
dent au loin; son ombrage est épais, et l’eau des pluies ei 


DU VIGNERON, 459 
des rosées qui tombent de ses feuilles sur le raisin peut faire 
contracter au vin un mauvais goût. Les souches, qui sont 
placées sous son ombrage , sont chétives , le sarment est efli- 
lé et le produit presque toujours nul. Or, si le produit de 
la vigne est supérieur à celui du noyer; et, dans la plupart 
des circonstances, la différence est considérable , comment 
expliquer l'insouciance des propriétaires et leur peu d'em- 
pressement à arracher ces arbres ? 

Tous-les arbres à feuillage épais ; et surtout ceux dont 
les racines sont tracantes , font tellement du mal à la vigne, 
que le propriétaire agit évidemment contre ses intérêts en 
ne les arrachant pas. 

Les seuls qne je puisse tolérer , et encore dans les vigno- 
bles inférieurs, sont l’amandier et le pêcher. Leurs racines 
tracent peu et leur ombrage est léger. Aussi , voit-on dans 
beaucoup de vignes du Lyonnais , des pêchers plantés au 
milieu d'elles. Ces arbres sont venus de noyaux et d’une 
espèce qui se reproduit identiquement. Leurs fruits sont de 
grosseur moyenne ,; de la nature de celles que l’on nomme 
pêches fines, et d’une saveur et d’un goût exquis , dont les 
belles pèches de Montreuil près Paris , sont incapables de 
donner une idée. 

Dans les vignes bien abritées , où l'on est dans l'usage de 
provigner, les arbres fruitiers croissent merveilleusement , 
les fruits en sont excellents et de la plus grande beauté. 
Cela tient évidemment à ce que les arbres profitent du 
travail donné au sol, et des engrais dont on pourvoit les 
fosses à provins. 


Conclusion. 


D'après les principes que je viens d'exposer , lorsqu'un 
propriétaire voudra établir une vigne , il choisira de préfé- 


460 MANUEL DU VIGNÉRON. 
rence un terrain léger , reposant sur un sous-sol perméable , 
en pente et à l'exposition du Midi. 

Il recherchera dans son voisinage les plants les plus dis- 
tingués, soit pour l'abondance , ou pour la qualité du pro- 
duit. Il aura égard à la faculté de résister plus où moins à 
la gelée, à la sécheresse et à toutes les intempéries. 

S’il plante pour son usage , il s'attachera à ceux qui don- 
nent la meilleure liqueur , si, au contraire , il ne veut avoir 
égard qu’à la rente , et que , dans sa contrée , le commerce 
enlève de préférence des vins colorés , il choisira les plants 
qui, à cette qualité, joignent celle de produire beaucoup. 

Il ne plantera qu’un seul ou deux cépages au plus, sur- 
tout, lorsqu'il aura en vue la qualité. Enfin, s’il voit un 
avantage à planter un grand nombre de variétés , il les pla- 
cera sur des terrains séparés, appropriés à chaque espèce ; 
à moins qu'ils ne soient identiquement de la même force, 
et que l’époque de la maturité du fruit soit absolument la 
même. Enfin , il se gardera de planter des arbres au milieu 
de ses vignes , surtout s’il vise à la qualité du produit ; et se 
permettra, tout au plus, d'y admettre quelques amandiers 
et péchers. 


SUR L'INTERVERSION 


DE LA 


TEMPÉRATURE ATMOSPHÉRIQUE 


DURANT LES HIVERS RIGOUREUX, 


PAR 


M. J. FOURNET, 


BROFESSEUR A LA FACULTÉ DES SCIENCES DE LYON: 


aLdo 


ne 


M. Arago ayant signalé aux physiciens diverses anoma- 
lies remarquables dans la loi du décroissement de la chaleur 
à mesure que l'on s'élève dans les régions supérieures de 
l'atmosphère , je crois devoir extraire d’un travail sur la géo- 
graphie physique et la météorologie du bassin du Rhône 
quelques faits de nature à généraliser les apercus de cet il- 
lustre astronome. 
Durant l'hiver de 1829 à 1830 j'habitais la vallée de la 
Sioule , en Auvergne; la température y fut si rude que, 
revenant le soir des mines, j'eus le nez gelé superficielle- 


ment, pour avoir regardé , durant quelques instants, le ciel, 
T. Te 31 


462 SUR L'INTERVERSION 

dont Féclat bronzé me frappait vivement; c'était un simple 
eflet de rayonnement vers l'espace dont je ne fais mention 
que parce qu'il peut donner une idée de l’äpreté du froid qui 
régnait dans ce bas-fond. 

Des neiges abondantes nous encombrèrent peu après cette 
journée ; et, ayant à visiter les exploitations de la Haute-Ta- 
rentaise, je dus franchir les montagnes du Puy-de-Dôme 
entre deux murailles de neige plus élevées que la voiture 
dans laquelle je me trouvais ; cependant l'atmosphère ne me 
parut pas aussi rigoureuse à cette hauteur que dans la val- 
lée, et 1l en fut de même dans la chaîne du Forez. J'arrivai 
bientôt à Lyon , où l’état de la saison était tel, que le Rhône 
se trouvait pris vis-à-vis de Miribel , et que l’on y mettait 
en usage divers moyens pour couper un canal dans les glaces 
de la Saône. Continuant ma route , je traversai le Dauphiné; 
la température y était encore extrême; mais, en pénétrant 
dans les Alpes, j'éprouvai un nouvel adoucissement; et, 
enfin ; sur les élévations de Pesey , à environ 2,000 mètres 
au-dessus du niveau de la mer , je fus très surpris, non 
seulement de ne trouver que des neiges insignifiantes , mais 
de jouir encore d’un hiver dont la lénitude contrastait sin- 
gulièrement avec la rigueur de ceux que je venais de ressen- 
ür : et ce n'était pas l'effet d'un dégel momentané, car 
celte température avait été constante dans cette localité al- 
pine ; d’ailleurs mon retour à Lyon me fit retomber dans 
les froids qui s’y étaient maintenus jusqu'alors. 

Ce premier faitm’apprit qu'une cause de chaleur régnait 
dans les parties supérieures de l'atmosphère , tandis que les 
localités basses étaient maltraitées. Cependant, réduit à la 
simplicité avec laquelle je l’expose, il eut eu bien peu d’im- 
portance scientifique, et devait passer inapercu, si l'hiver 
de 1838 n'était venu me démontrer qu'il pouvait être d'un 
ordre général. 


DE LA TEMPÉRATURE ATMOSPHÉRIQUE, 463 

Cette année ; le froid fut tardif à Lyon ; les registres de 
l'Observatoire, tenus par mon collègue M. Clerc, con- 
statent que durant les premiers jours de janvier jusqu'au 7 , 
le thermomètre avait marqué de + 2° à + 8° centigrades 
au-dessus de zéro , et que le 8, à midi, il se trouvait encore 
à + 6°, tandis que déjà dans la soirée, le mercure était 
descendu à — 4°,4 , et dès-lors le froid s’accrut avec une 
étonnante rapidité. 

Des souffles venant du Sud avaient produit la douce tem- 
pérature des journées précédentes ; mais, vers trois heures 
de l'après-midi du jour critique, on put reconnaître l'arrivée 
tempétueuse du vent du Nord. Je montai sur le plateau de 
la Croix-Rousse , où les rafales violentes qui m'’assaillirent 
et l'irrégularité de leur allure , suivant tous les rumbs com- 
pris entre le N-O et le N-E , me firent aisément comprendre 
qu'il y avait une sorte de lutte engagée entre les deux vents ; 
et ce fut le nouvel arrivant qui, dès ce moment, régna pres- 
qu'exclusivement dans nos environs. Cependant , malgré 
son impétuosité , il n'avait fait que glisser sous le vent mé- 
ridional; car, tandis que nos régions basses étaient en proie 
à une saison inusitée, et que des brumes plus ou moins 
épaisses nous masquaient fréquemment le ciel, les sommités 
lyonnaises jouissaient d’un ciel pur et d’un climat modéré : 
fait qui sera , je l'espère, clairement établi par les documents 
suivants, puisés à dessein à des sources diverses. 

M. Courbis, professeur d'histoire naturelle au collége 
de Tarare , s’est assuré que les cimes d'Affoux, de Bouci- 
vre, de Violay et de Joux avaient été dégarnies de neige 
une quinzaine de jours avant les plaines du Forez et du Lyon- 
nais : cette fusion prématurée fut provoquée par le vent 
du Sud , dont l'apparition dans ces régions élevées avait été 
bien plus fréquente que celle du vent septentrional. Les ob- 
servations suivantes, prises dans la journée du 15 janvier; 


464 SUR L'INTERVERSION 

durant laquelle l'hiver acquit sa plus grande intensité, 
donnent une idée des différences produites par cette cause : 
à Lyon, le thermomètre s'étant abaissé, vers les 7 heures du 
matin , à — 21°,25 centig. , et s'étant maintenu à — 18° 
dans le reste du jour , Tarare n’éprouva qu'un froid de 
— 139,75, diminution remarquable pour la faible différence 
de niveau d'environ 200 mètres qui existe entre ces deux 
stations ; mais la température de Lyon se retrouve sur l’autre 
versant , vers les plaines de la Loire , où Roanne indique 
— 25°, et Feurs — 279,5, tandis qu'à Verrières, dans les 
montagnes du Forez, le mercure ne s’est pas contracté, pen- 
dant toute la durée de l'hiver, au-dessous de — 15°. 

M. Chirat, professeur d'histoire naturelle au séminaire 
de Ste-Foy-l'Argentière , m’annonca de son côté qu'à Duer- 
ne ; sur le point culminant des montagnes d'Izeron , le vent 
du Sud avait régné avec constance ; il faisait fondre le jour 
ce que le rayonnement nocturne avait congelé la nuit; le 
soleil ÿ régna avec tout son éclat, et rarement on y vit un 
aussi bel hiver : aussi ces hauteurs, comme celles de Tarare, 
ont été dépourvues de leur manteau blanc bien avant la 
vallée de la Brévenne ; d’ailleurs la neige y avait été moins 
abondante que dans les plaines ; enfin, les abricotiers et les 
amandiers n’y ont pas gelé, comme cela est arrivé dans le 
bas-fond de Ste-Foy-l'Argentière. 

M. Bravais , dont le fils partage en ce moment les périls 
et la gloire de l'expédition scientifique vers le pôle , observa 
qu'à Annonay, le vent du N-E domina dans les parties basses, 
tandis que , dans les parties supérieures de l'atmosphère, les 
nuages étaient fréquemment poussés par le S-O. Les mesures 
qu'il à recueillies lui ont encore appris que, sur la latitude 
d’Annonay , le maximum du froid a été à Andancette, sur le 
Rhône — 20°, à Annonay — 17°, et, enfin, à St-Agrève 
— 129 seulement : or les hauteurs de ces trois points au-dessus 


DE LA TEMPÉRATURE ATMOSPHÉRIQUE, 465 
de la mer sont indiquées par les nombres respectifs 125 mèt., 
900 m.et 1,250 m., éléments qui suffiront pour établir 
la progression ascendante du calorique dans cette cir- 
constance. 

S'il était nécessaire d’ajouter mon propre témoignage, je 
dirais de plus que dans une excursion à Ste-Paule, en Beaujo- 
lais, faite avant la cessation de la période froide , je pus 
reconnaitre parfaitement la diminution des neiges à mesure 
que je gagnais en élévation , et qu'en outre, les cultivateurs 
s’accordèrent unanimement pour attribuer à la douceur du 
climat dont ils avaient joui , l’état prospère de leurs vignes 
montagnardes ; tandis que toutes celles des plaines qui n’ont 
pas été garanties par une épaisse couverture de neige ou 
par d'autres circonstances d'exposition locale , ont été forte- 
ment affectées. 


Nous retrouvons encore les mêmes circonstances entre 
Genève et le St-Bernard; car le thermomètre de la ville 
descendit deux fois à — 25°, et, à deux autres reprises, à 
— 219,5 centig. , tandis que sur l’Alpe, il ne s’est abaissé, 
dans les journées correspondantes, qu'à —19°,4 et —18°,8. 
D'un autre côté, le froid n'y a jamais été indiqué par une 
contraction de la colonne mercurielle plus grande que 
— 219,8 : ajoutons que ces nombres, qui. peuvent paraître 
excessifs , sont habituels à cette station glacée , où la tempé- 
rature moyenne de l’année est d'environ —1°,26 seulement; 
car une série d'hivers successifs a donné, année par année , 
les minima suivants : 


SG 25005 CRUE | Pie se LE 2: 
MAL LU 4230.00 teens ee 1800 
PRO .87 AR Nu 10 75 
CCD PRET ARE, eo HU ie 
DD. on 74 JS opte 93 12 


466 SUR L'INTERVERSION 
et, en moyenne, — 22°,67; d'où il suit qu'à cette élévation 
l'hiver de 1838 à été plutôt modéré qu'extraordinaire. 

Enfin, si en nous.maintenant entre les limites de temps 
hyémal que nous préciserons plus tard, nous prenons les 
températures moyennes de midi à Lyon et à Genève, nous 
trouvons , pour la première ville, un froid de — 7°,28, et 
pour Genève , seulement — 6°,08. 

Une circonstance singulière donne un nouveau degré 
d'authenticité à cette interversion de la température atmo- 
sphérique ; en effet, le 16 janvier, le lendemain du plus 
grand froid que nous ayons éprouvé à Lyon , le thermomètre 
indiquant encore — 11° à midi, il tomba, vers les 6 heures 
du soir, une véritable pluie , dont l’eau se congelait instanta- 
nément en verglas sur le pavé, sur les murs et sur les para- 
pluies des promeneurs ; cette pluie éleva la température de 
la ville à un tel point, qu'à 10 heures du soir elle n’était plus 
qu'à — 5°. Le même phénomène se répéta le 27 janvier , 
après le fort abaissement de — 11°,6 du 26; et, je le de- 
mande , quelles raisons pourrait-on opposer à des faits qui 
démonirent d’une manière aussi claire l'existence d’une tem- 
pérature supérieure à zéro , dans la région des nuages , pen- 
dant que la surface de nos fleuves se solidifiait dans les ré- 
gions basses ? On dirait même que, de temps à autre, la couche 
chaude supérieure s’affaissait dans le bain froid inférieur ; 
car , en prenant les moyennes des diverses périodes de re- 
doublement et de relâchement qui eurent lieu à Lyon, on 


trouve : 

Pour la période du 8 au 10 janvier , une moyenne de — 3°,7 
11 + Ca LE 
3) 1k97 2) = à 0 
2 F3 au 16 >) — 13 .0 
» 17-2ae ») — 7 ,0 
D. 19/2071 » — 15 ,5 


DE LA TEMPÉRATURE ATMOSPHÉRIQUE. 467 

P' la période du 22 au 25 janvier , une moyenne de — 1°,7 
» 26 ») — 10 ,1 

» 27 au 31 » EME AE 


Résultats qui suflisent pour établir que la température 
moyenne de cet hiver n'a été, pour notre ville, que la consé- 
quence d'une oscillation continue entre deux causes ; l'une de 
chaleur, l’autre de refroidissement. | 

Ces premiers aperçus m'ont déterminé à pousser plus loin 
ces recherches, en examinant d’abord de quelle manière le 
froid est venu envahir successivement la longue dépression 
qui s'étend des bouches du Fthin à celles du Rhône; et si Je 
m'abstiens de discuter son extension dans le sens perpendi- 
culaire de l'Est à l'Ouest, c’est que, d’une part, les données 
me manquent du côté de l'Atlantique , et que , de l’autre, il 
suflit de rappeler que sur le versant oriental des Alpes , la 
température glaciale a été remplacée par des fontes de glaces 
et de neiges, et par des pluies tellement abondantes, que le 
débordement du Danube occasionna les plus terribles désas- 
tres dans la Hongrie ; les rigueurs de l'hiver étant donc , 
pour ainsi dire , demeurées circonscrites dans une zÔne CCCI- 
dentale du grand massif européen , nous n'avons pas à nous 
occuper de ce qui s’est passé au-delà. 

Les éléments numériques dont je vais faire usage m'ont 
été fournis par M. Müncke de Heidelberg , par les Observa- 
toires de Lyon , de Genève , du grand St-Bernard ; et le reste 
sera puisé dans une intéressante notice de M. Toulouzan, 
lue à l'Académie de Marseille. 

Les époques successives à partir desquelles la moyenne 
thermométrique s'est maintenue au-dessous de zéro dans la 
direction indiquée, sont, à 

Hambourg , la journée du 6 janvier. 
Heidelberg , > 7 
Genève et Lyon, » 8 


468 SUR L'INTERVERSION 

C'est-à-dire que le courant d’air glacé venait du Nord , en 
parcourant un espace d'environ 200 lieues en deux jours, ou à 
peu près 4 lieues à l’heure:. [la du se propager dans le même 
sens jusqu’à Arles; car la neige qui tomba à Lyon dans la 
soirée du 9 se manifesta seulement le 10 à Valence; le 
Rhône ne charria d’ailleurs des glacons dans cette ville que 
le 13 ; le 14 il fut pris à Avignon, et seulement le 15 à Arles ; 
enfin , cette journée du 15, qui a été celle du plus grand 
froid général dans le bassin du Rhône, donne l'échelle 
thermométrique suivante ; savoir : 


Gencyes om ro SION TE O9 0'centtes 
YO NE RASE, SR) 7 
Valence 20e AL OT EE Te O0 
1 SE SSL JS | 
ANTON ee De te ee DD SU 
ATEN, DODS SON ATE UE TS ge 
Maärsedle te OR UE 0695 


D'où il suit qu'à mesure qu'on se rapproche de ce dernier 
point , la prédominance du Nord cède à celle du Sud ; et , en 
effet, ni les îles de la Méditerranée, ni le littoral de l'Italie, 
ni les côtes de l'Espagne n'ont éprouvé de grands froids, et 
en Corse les amandiers se couvraient de fleurs pendant que 
nos noyers gelaient. 

Si d'un autre côté nous cherchons le terme des grands 
froids de janvier, nous n’atteignons plus à la même préci- 
sion, probablement parce qu'il faudrait avoir égard à la hau- 


1 Lamarck, dans ses Ænnuaires météorologiques , a déjà fait observer que le re- 
froidissement du mois de mai 18014 , qui a fait geler beaucoup de vignes et a fait tant 
de tort à la végétation, a employé 48 heures à traverser la France du Nord au Sud. 
En effet , à Bruxelles et à Paris, c’est dans Ja nuit du 24 au 95 floréal que ce froid 
s’est fait ressentir , tandis qu'a Besançon et à Montpellier on ne l’a éprouvé que dans 
Ja nuit du 26 an 27 ; il suppose qu'il a étérelardé dans sa marche par la chaleur du 
jour. 


DE LA TEMPÉRATURE ATMOSPHÉRIQUE. 469 
teur des lieux au-dessus du niveau de la mer , hauteur dont 
nous avons déjà démontré toute l'importance ; en second 
lieu, la question se complique de la température propre aux 
diverses latitudes ; enfin , la lenteur du retour de la chaleur, 
en formant un contraste des plus saillants avec la précipita- 
tion de l'invasion du froid , contribue encore à dénaturer les 
résultats. Cependant si nous considérons : 

1° Qu'à Hambourg la moyenne diurne a été de — 2°,5 
le 27 janvier , et qu’à dater de ce moment on a des maxima 
journaliers qui ne s’abaissent plus au-dessous de — 5 centi- 
grades ; 

2° Qu’à Heidelberg on a atteint — 2°,8 dans la journée 
du 27 janvier , et 0°,0 dans celle du 98 ; 

3° Qu’à Genève, le thermomètre est monté à — 1°,9 le 
27 janvier, et qu'ensuite nous trouvons fréquemment des 
degrés positifs ; 

49 Qu'’à Lyon encore , à la même date , on a eu — 0°,6, 
puis de nombreux résultats positifs comme à Genève ; 

59 Si l'on voit, en outre, que dans l'intervalle du 26 au 
27 le baromètre s’est fortement abaissé pour remonter, dans 
la soirée du 27, à 


Différence. 
mill. mil]. mill. 
Heidelberg, de 735,62 à ‘738,55 4. 07, 2,95 
Genève, de10916 "Ari OR PR. 1227 
Lyon , dE 26,60 PTE CODE AE PPS 6 1 


Gi St-Pernard, de 546,56 à 549,29 . . . 2,173 
Et qu'ensuite, malgré les oscillations de détail, il n'est plus 
retombé à des points aussi bas, de même qu'il n’y était pas 
arrivé auparavant ; si l'on considère , dis-je , tous ces phéno- 
mènes, on ne peut s'empêcher de reconnaitre qu'il y à eu 
sur cet espace une simultanéité de modification indiquant, à 
dater de ce jour, un changement prononcé dans l'état ano- 
mal de l'atmosphère. 


470 SUR L’INTERVERSION 

Si donc , sans avoir égard aux irrégularités de détail, on 
se contente de tenir compte de la durée des froids dans di- 
verses localités , on aura des longueurs d'autant plus grandes 
qu'elles se rapportent à des stations plus septentrionales , 
puisqu'ils ont persisté , à 


Durée. 
Hambourg , du 6 au 27 janvier, c'est-à dire 22 Jours. 
Heidelberg , du 7 au 27 > 2 
Genève et Lyon, du 8 au 27 » 20 


Tandis que les chiffres suivants tendent à démontrer une 
assez grande uniformité dans les minima correspondants : 


Hambeusess 2. 2 . 2121 
Heidelberg y 4: we 2 we = 21 90 
CODE De ne 0 e Loe— 2 0 
NOR ae 2 ee a 414) 


Grand St-Bernard . . . —21 ,80 


Pour donner une plus grande précision à ces notions, j'ai 
réuni dans un tableau ( planche 1X ) les courbes correspon- 
dantes aux variations diurnes dans diverses localités. Elles se 
composent, aulant qu'il a été possible , des deux élé- 
ments, maxima et minima; en sorte que les étrangle- 
ments et élargissements , compris ces deux dernières lignes , 
peuvent donner une idée des transitions extrêmes d’un même 
jour qui ont été quelquefois considérables. 

Il résulte des faits exposés jusqu'à présent, que la super- 
position de deux vents , l’un méridional , l'autre septentrio- 
nal , a joué un grand rôle dans la cause de l'hiver de 1838 , 
et il parait en avoir été de même dans d’autres circonstances 
analogues ; car, d’après de Saussure , les froids de 1785, qui 
se firent sentir si vivement à Genève , furent accompagnés de 
brises du Sud et du S-0, et le P, Cotte rappelle aussi 
des cbservations analogues faites dans les années 1709 , 


1783 et 1789. 


DE LA TEMPÉRATURE ATMOSPHÉRIQUE. 471 


Cette premicre donnée me détermina à tenter une suite de 
calculs de moyennes, relatives à toutes les combinaisons jour- 
nalières des trois vents observés aux stations de Lyon, de 
Genèveet du grandSt-Bernard ; mais, toutes réflexions faites, 
je crois devoir m'abstenir d’en exposer les résultats, dans la 
crainte d'induire en erreur; il était évident, par exemple , 
qu'ils pouvaient être établis sur des bases fausses, parce 
qu'une foule de causes locales et accidentelles peuvent faire 
varier les températures et autres éléments numériques dans 
des points aussi espacés en longitude que le sont les lieux en 
question, et l’on ne pourra réellement compter sur une cer- 
taine exactitude que quand nos instruments se préteront à 
l'emploi ingénieux des ballons captifs que M. Arago a ré- 
cemment proposé d'introduire dans la météorologie. D'un 

‘autre côté , comme Deluc l’a déjà démontré dans ses recher- 
ches sur les modifications de l'atmosphère , les masses d'air 
en mouvement peuvent , dans certaines circonstances , parti- 
ciper facilement, et pendant un certain temps du moins, aux 
températures antérieurement acquises par les diverses stations 
qu'elles viennent envahir, en sorte qu'il faudrait une nom- 
breuse série d'observations pour se dégager de cette cause 
d'erreur : cependant, comme pierre d’attente pour un édifice 
plus régulier et mieux ordonné, et avec toutes les restrictions 
que je viens d’énoncer , je résumerai de la manière suivante 
le résultat de quelques-unes de mes combinaisons : 

1° La température a été douce à Lyon quand le Sud a 
prédominé dans toute la hauteur de l'atmosphère ; 

20 Le froid a été d'une intensité moyenne dans les jour- 
nées où le Nord a régné seul ; ou bien quand le Sud était 
simplement superposé au Nord ; ou bien, enfin, quand le 
calme régnait à Genève entre deux lames en mouvement 
dans un sens ou dans l’autre ; 

3° Le climat a été réellement excessif à Lyon comme à 


472 SUR L'INTERVERSION 

Genève , lorsqu'une couche Sud régnait au niveau de Genève 
entre deux couches Nord, l’une en bas à Lyon, l’autre en 
haut au St-Bernard. C'est sous cette influence qu'à l'heure de 
midi, dans la journée du 11 janvier , la colonne mercurielle 
s’est contractée depuis la veille de — 5° à —- 11°, et que 
l’on à ressenti les froids de — 18° et de — 14°,8 des 15 et 
21 janvier : si même l’on veut ranger les vents d'Ouest dans 
la classe des vents méridionaux dont ils ne diffèrent pas es- 
sentiellement, on pourrait encore ajouter à ces éléments la 
journée du 20 janvier, dans laquelle le mercure s’est mainte- 
nu à — 150,6. 

Cette nouvelle complication sera, sans doute, prise en con- 
sidération par les météorologistes , quand ils auront assez de 
données pour chercher la théorie de ces grands froids. Provi- 
soirement on peut entrevoir qu'elle ne doit pas différer essen- 
tiellement de celle qui nous donnera l'explication de la for- 
mation de la grêle au milieu des chaleurs de l'été ; car , ainsi 
que j'espère le démontrer dans un Mémoire auquel je travaille 
depuis plusieurs années, le concours de deux vents, l’un 
septentrional , l’autre méridional , paraït jouer un grand rôle 
dans ce phénomène de refroidissement subit de l'atmosphère. 
Cette idée semble même avoir déjà été pressentie par le 
P. Cotte, lorsqu'il croit devoir faire remonter les rigueurs de 
l'hiver de 1788 à 1789 à la grêle désastreuse qui survint le 
13 juillet 1788 : seulement dans l’un des cas l’eflet serait 
purement momentané, tandis que dans l’autre la superposi- 
tion des lames d’air , douées de propriétés physiques diffé- 
rentes , se soutient pendant un temps plus ou moins long, en 
veriu de causes qui sont encore à trouver. 


Pour compléter notre étude autant qu'il est possible dans 
l'état actuel des choses, voyons encore quels ont été les ré- 
sultats fournis par les autres instruments météorologiques. 


DE LA TEMPÉRATURE ATMOSPHÉRIQUE. 473 
Ceux-ci donnent moyennement pour l'heure de midi et 
dans les journées des 11, 15 et 21 janvier : 


Baromètre, Hygromètre.  Éthrioscope. 
Grand St-Bernard. . . 559,47 85 ») 
GhneNe.-demen. 099991 92 2,09 
mon choc) Joue 1:746,88 18 » 
Et pour le reste de la période : 

Baromètre. Hygromètre.  Éthrioscope. 
Grand St-Bernard. . . 554,95 82 » 
Génénen lon acosors|729:49 85 1,05 
pong sb.shorml.rhn1440;61 74 >» 


Ces chiffres indiquent déjà que les plus grands froids ont 
été accompagnés des plus grandes pressions barométriques ;, 
du maximum d'humidité et de la plus grande diathermansie 
de l'atmosphère ; mais si l’on craignait que notre manière de 
combiner les éléments numériques uniquement d’après les 
jours durant lesquels trois couches d'air existaient simultané- 
ment dans l'atmosphère , savoir : le Nord en bas et en haut, 
et le Sud entre deux , si l’on craignait, dis-je, que ce choix 
ne füt trop systématique, on pourrait encore décomposer 
simplement la saison en ses diverses périodes, et l’on trou- 
verait ainsi, pour la station de Genève , qui seule nous donne 
les résultats de l’éthrioscope : 


Moyenne des Moyenne Moyenne  Diatherm. 
minima. barométr.  hygrométr. moyenne. 


Période du S8au10, — 6,0 727,03 79,56 1,39 
Période du 1 1 au 12, — 25,1 LA 108 OUT se 2909 
Période du 13au14, — 8,2 725,02 85,62 1,47 
Période du 13au16, — 19,8 723,37 93,50 0,49 
Période du 17au 18, — 7,9 122,29 AT ALU V3 
Période du 19au22, —17,2 727,49 91,06 1,95 
Période du 23 au28, — 7,2 715,22 92,70 0,76 
Période du 29 , TU. 123,00 719000  A,70 


474 SUR L'INTERVERSION 
Ou bien, en résumant les observations pour les froids et ce 


qu'on pourrait appeler les chaleurs : 


Température. Press.Parom. Hygrométr. Diatherm. 
Froids , — 18,3 121539 91,77 1,79 
Chaleurs, — 7,5 120:5Æ 86,58 0,94 


Nombres qui confirment trop évidemment la loi déjà énon- 
cée , pour qu'il soit nécessaire de nous appesantir davantage 
sur sa réalité. 

En examinant plus en détail la marche des instruments 
durant cet hiver, on voit que l’éthrioscope est celui qui a dé- 
celé avec la plus grande promptitude l’arrivée des grands 
froids, et, sous ce rapport, son emploi mérite d’être plus 
généralisé qu'il ne l’est actuellement : par exemple, à Ge- 
nève , à 3 heures de l'après-midi, la veille du 


11, il accusait déjà 39,03 
UE » 4 ,78 
2, >) | 


Et ces nombres n'ont guère été dépassés, ou à peine atteints, 
pendant la durée de ces mêmes froids. IL est évident que 
c'est à la plus parfaite dissolution des vapeurs atmosphéri- 
ques, occasionnée par la prédominance de la couche d'air 
chaud , qu'il faut attribuer l'indication hâtive de cet instru- 
ment ; mais cette même transparence de l'air, ainsi que le 
calme qui règne assez habituellement durant la nuit, qui as- 
siste à l'extension du vent méridional, favorisent de leur 
côté le rayonnement , et occasionnent ainsi la recrudescence 
momentanée des froids. Cette explication est même la seule 
que l’on puisse donner de la croyance populaire à Lyon sui- 
vant laquelle les gelées les plus intenses précéderaient pres- 
qu'immédiatement les dégels, ou du moins de fortes élévations 
de température. IL m'a paru curieux de vérifier l'exactitude 
de cette observation ; et, en effet, je trouve que le fort abais- 
sement de — 219,25 du 15 janvier a été suivi de l'élévation 


DE LA TEMPÉRATURE ATMOSPHÉRIQUE, 4175 
à — 5° du 16 janvier; de même le 21 janvier matin, le ther- 
momètre a marqué — 19°,2 ; le soir il n'indiquait plus que 
— 12,2, et le lendemain il s'élevait à + 2°,6 ; enfin, le 
26 janvier matin, l'instrument dénotait — 11°,6 , et le len- 
demain soir il était monté à — 0°,6 , et chaque fois le soleil 
a percé les brumes, ou bien le ciel était étoilé, ou bien encore 
le vent du Sud se faisait sentir jusque dans la ville. 
L'hygromètre ; au contraire, paraît être plus affecté des 
suites du froid , et il manifeste encore l’existence d’une forte 
humidité quand la température s’est déjà élevée. 
12, il a indiqué à Genève , à 3 heures 


LES de l'après-midi ; 98e 
Ainsi le 16 , È + 
99 . 97 


ZA 3 
Tandis que la veille des froids il était aux mêmes instants à 
66°, à 76° et à 67° seulement. 

Enfin le baromètre s'est élevé graduellement à l'approche 
du froid, et s’est maintenu au plus haut pendant sa durée , 
pour s’abaisser ensuite, en sorte que ses oscillations ont 
paru suivre assez régulièrement la marche du thermomètre. 
S'en suivrait-il que le fait de la superposition des vents au- 
rait une certaine influence sur l'élévation de la colonne 
mercurielle? Dans tous les cas je me bornerai à ajouter ici 
que, dès 1789, Wan Swinden a signalé, comme étant 
une des singularités les plus remarquables de cet hiver, la 
grande hauteur du baromètre les #4, 5 et 6 janvier, 
nonobstant l'intensité du froid ; car on a remarqué, dit-it, 
qu'en général on n’a pas de gelée excessive et continue le 
baromètre étant très haut. 

L’exposé précédent amène naturellement à la question de 
savoir quelles sont les époques qui ont vu se reproduire des 
hivers rigoureux. Ont-ils été autrefois plus nombreux , plus 
fréquents que de nos jours ? L’'intensité des gelées était-elle 


476 SUR L'INTERVERSION 

aussi vive? En un mot, les documents historiques permet - 
tent-ils d'admettre une modification en bien ou en mal 
dans nos climats ? Pour répondre autant que possible à ces 
demandes J'ai fait usage des tables consignées dans l4n- 
nuaire du bureau des longitudes , dans la Statistique des 
Bouches-du-Rhône; j'y ai réuni ce que nous ont appris les 
chroniqueurs de Lyon et divers météorologistes, tels que le 
P. Cotte, Rozières etc. , etc. ; enfin, je me suis servi des 
documents conservés de l'Observatoire de Lyon. Ces der- 
niers ; que l’on doit aux PP. Béraud et Delacroix ; ont l’a- 
vantage de donner des résultats numériques que ne présentent 
pas les autres ; cependant cette lacune dans les observations 
antérieures à 1709 ne doit pas être un motif d'exclusion , 
car enfin, les indications thermométriques peuvent être 
remplacées jusqu’à un certain point par les effets du froid sur 
les végétaux tendres , sur les arbres, sur les hommes et les 
rivières , données que les historiens ont rarement manqué 
de consigner dans leurs récits : ainsi, en février 1766, Île 
Rhône n’était pas totalement pris au-dessous de Lyon , quoi- 
que, du 16 jusqu'au 27 janvier , la température se füt tou- 
jours maintenue au-dessous de — 8° centig. , et que les 29, 
30 et 31 janvier et le 1% février on eut éprouvé des froids 
de — 11°,2, de — 129,5, de — 189,7 et de — 229,7; 
on est donc, suivant toute apparence , en deca de la vérité 
en fixant à — 18° centig. le degré auquel il est nécessaire 
que le thermomètre descende pour que le Rhône gèle à 
Arles ou dans tout autre point de la Provence. 

D'un autre côté , on a trouvé que le Var se prend quand 
la température est de 10 à 12° centig. au-dessous de zéro. 
Quand le golfe de Venise gela en 1709 , le thermomètre 
était descendu dans la ville à — 20° centis. 

IL faut un froid de — 9° centig. au moins pour que la 
Seine se gele à Paris. 


DE LA TEMPÉRATURE ATMOSPHÉRIQUE. 4757 

Enfin les oliviers soufirent par des froids de — 7 à — 8°. 

Cependant , quelque précision que ces chiffres présentent 
au premier Coup d'œil, ilne faut pas les considérer abs- 
traction faite de tout l'accessoire des hivers ; ainsi un froid 
momentané de 20° ne fera périr tout au plus que les herbes 
et quelques arbustes, et ne solidifiera nullement les rivières 
un peu grandes, parce que les masses terrestres, en général 
peu conductrices , exigent un certain laps de temps pour 
participer à la température de l'atmosphère ambiante. 
Réciproquement, on peut aussi concevoir que la prolonga- 
tion outre mesure d'un hiver modéré peut finir par produire 
des eflets analogues à ceux des plus rigoureux. 

Il suit donc de là que pour arriver à former des histoires 
complètes des grandes aberrations hyémales, aucun des 
détails contenus dans les historiens ne doit être omis. Il 
sera sans doute difficile d'obtenir des-résultats un peu précis 
antérieurement au 1 7° siècle; cependant, ce n’est pas un motif 
pour négliger le perfectionnement des tables ; il y a même 
tout lieu d'espérer que, pour le bassin au Rhône, entr’autres. 
on arrivera, avec un peu de patience, à réunir bien des 
éléments essentiels ; car, avant la révolution , une foule 
d’observateurs savants et judicieux y avaient adopté la mé- 
téorologie comme objet principal de leurs recherches, et 
les artistes lyonnais avaient déjà senti les avantages de la di- 
vision centigrade du thermomètre long-temps avant que 
cette idée ne füt absorbée par le nouveau système métrique. 
Tant d'observations ne peuvent être anéanties ; les papiers 
de famille, les archives des villes, les anciens registres 
des Observatoires doivent contenir beaucoup de documents 
inédits, dont la réunion en un seul faisceau pourrait faire 
remonter à quelques siècles plus haut la science que l’on 
croit encore si neuve. Tels sont les motifs qui m'ont déter- 
miné à compléter les premières ébauches, avec l'espérance 

qe Ji 32 


478 SUR L'INTERVERSION 

qu'elles se développeront encore dans quelques années ; 
car l'expérience journalière nous apprend qu'il sufit 
d’énoncer une idée, pour que le zèle et l’activité scienti- 
fique de notre époque en ait promptement tiré tout le parti 


possible. 


400-401. Les Goths appelés par Stilicon passent les 
fleuves sur la glace. Le Rhône fut pris dans toute sa largeur. 
La Mer Noire gela, dit-on', entièrement ; mais il y a ici une 
hyperbole évidente, et l’on aurait eu quelque peine à véri- 
fier le fait. 

462. Sous Sévère, successeur de Majorien, le Var gela 
et le froid fut très général en Europe; car Théodomir put 
traverser le Danube avec son armée, pour aller, en Souabe, 
venger la mort de son frère. 

545. * Le froid a été si grand que les oiseaux pouvaient 
être pris à la main°. 

163.* L'hiver de cette année fut des plus rigoureux ; il 
tomba une grande quantité de neige, et le froid s’étendit 
jusqu’au détroit des Dardanelles et à la Mer Noire qui furent 
gelés. 

191. Les vignes ont beaucoup souffert en Provence. 
Épizootie. 

800. * Grand froid. 

822. Le Rhône, le Pô , l'Adriatique , ainsi que plusieurs 
ports de la Méditerranée furent pris par les glaces; des char- 
rettes pesamment chargées traversent durant plus d'un mois 
le Danube , l’Elbe et la Seime. 

829. * Année où le patriarche jacobite d’Antioche , 


* Les aslériques indiquent les hivers pour lesquels le bassin du Rhône n’a pas 
fourni d'éléments authentiques. 


DE LA TEMPÉRATURE ATMOSPHÉRIQUE. 479 
Denis de Telmabre, et le calife Mamoun , allant en Egypie, 
trouverent le Nil gelé. 

860. L’Adriatique et le Rhône gèlent. 

874. Le Rhône est pris ; les vignes souffrent : l'hiver a 
été long, car la neige tomba dès le commencement de no- 
vembre et demeura jusqu'à la fin de mars ; elle était si pro- 
fonde qu’on ne pouvait aller faire du bois dans les forêts. 
Épizootie. 

891-893. Le Rhône gèle, les vignes souffrent ; les 
bestiaux ont péri dans les étables. 

991.* Hiver très froid et très long ; les arbres fruitiers 
souflrent ; le blé n’a pas germé, et une disette en fut la 
suite. 

1044. * Une énorme quantité de neige a couvert la terre ; 
la vigne et les arbres fruitiers ont péri. A la suite de 
cet hiver rigoureux il y eut famine. 

1067.* Froids extraordinaires. 

1124. * Froids extraordinaires. 


1133. On traverse le Rhône sur la glace ; le Po, en 
Italie, est gelé depuis Crémone jusqu’à la mer ; les routes 
sont devenues impraticables à cause de l'abondance des 
neiges ; le vin se solidifie dans les caves et les arbres se 
fendent avec bruit. 

1179. * Le blé et la vigne ont gelé en Autriche; le 
bétail a péri. 

1209-10.* Id. Neige abondante , famine, froid très ri- 
goureux. 

1216. Le Rhône et le Pô gèlent à une grande profon- 
deur (jusqu’à 15 pieds, dit-on) , et le vin, en se solidifiant, 
fait éclater les tonneaux. 

1934. Le Rhône et le PÔ sont de nouveau pris par les 
glaces ; de lourds chariots traversent l'Adriatique en face de 


480 SUR L'INTERVERSION 
Venise; un bois de sapin situé auprès de Ravenne est dé- 
truit par la gelée. 

1256. liver rigoureux dans le Nord et doux en Pro- 
vence ; le Danube reste gelé dans toute sa profondeur pen- 
dant un temps considérable. 

1269. * Id. Le Cattégat est entièrement gelé, et le froid 
très intense en Ecosse. 

1292. Hiver rigoureux dans le Nord et doux en Provence ; 
le Rhin est entièrement pris auprès de Brisach , au point que 
des chariots le traversent ; il en est de même pour le Catté- 
gat, que l’on passe sur la glace. En Allemagne , 600 hom- 
mes sont employés à pratiquer un passage aux troupes au- 
tichiennes. 

1302. Le Rhône est pris ; des épidémies et des épizooties 
succèdent à ce rigoureux hiver. 

1305. Le Rhône et toutes les rivières de la France et de 
l'Allemagne sont de nouveau pris; la mer est gelée à 5 
lieues des côtes en Hollande. On éprouve ensuite une disette 
de comestibles et de fourrages. 

1316.* Le blé n’a pas germé en Allemagne. 

1523. Le Rhône gèle et le froid est très intense en Alle- 
magne. Des voyageurs à pied et à cheval ont pu cheminer 
sur la glace du Danemark à Lubeck et à Dantzig. 

1333-34. Cet hiver, toutes les rivières sont gelées en 
France; la glace du Rhône avait 5 pieds d'épaisseur et les 
voitures les plus chargées le traversaient sans risque; il 
resta 3 mois dans cet état. Cet hiver fut suivi, dit-on, 
de l’apparition d’une multitude d'insectes venimeux et de 
la peste; le froid s’étendit en Italie. 

1344. Les fleuves de la Provence et de l'Italie sont gelés. 

1358. Il tombe beaucoup de neige, au point qu'il y en 
eut 10 brasses à Bologne en Italie ; à la suite, le Rhône 
et la Durance débordèrent. 


DE LA TEMPÉRATURE ATMOSPHÉRIQUE. 481 

1564. A Arles, le Rhône gèle à la profondeur de 15 
pieds ; le froid fit périr les arbres ; puis la chaleur de l'été 
et les sauterelles détruisent les plantes. 

1392. * Les arbres fruitiers se brisent en pièces et sont 
détruits par la gelée. 

1408. Un des plus grands froids connus dans le Nord ; 
hiver ordinaire en Provence. Le Danube est gelé dans tout 
son cours ; la glace s'étend sans interruption de la Korwège 
au Danemarck. En France, les vignobles et les vergers 
sont détruits ; les voitures traversent la Seine. 

1423. Grand froid dans le Nord et dans l'Allemagne ; 
hiver doux et sec en Provence. 

1452-33-34. Trois années consécutives de grands froids 
en Allemagne, mais hivers ordinaires en Provence; en 
Hollande, il neige pendant 40 jours en 1434. La gelée 
commence à Paris le dernier décembre et continue pendant 
3 mois moins 9 jours. Elle recommence vers la fin de 
mars et dure jusqu'au 17 avril. 

1460. Le Rhône et le Danube sont pris ainsi que a Bal- 
tique ; les piétons et les cavaliers passent sur fa glace du 
Danemarck en Suède ; les vignobles sont geiés en Allemagne. 

1468.* Les vignes souffrent beaucoup ; en Flandre, on 
coupe à la hache la ration de vin @es soldats. 

1493. Le port de Gênes est pris par les glaces les 25 et 
26 décembre. 

1500. Hiver si rude que la Saône ut entièrement gelée 
de Lyon à Mäcon. 

1507. Le port de Marseille se pèle dans ‘ouie son éten- 
due; le jour de l'Épiphanie il tombe 3 pieds de neige dans 
cette ville ; eïle garantit les herbes, mais les arbres 
périssent. 

1544. Le froid fut si vif en France que le vin se solidi- 
fiait dans les tonneaux. Ouragans du S-E à Marseille. Le 


482 SUR L'INTERVERSION 

Rhône, débordant le 11 novembre , renverse 200 toises 
des remparts d'Avignon, et couvre toutes les plaines durant 
8 jours. 

1548. Froid général par toute l’Europe ; hiver long ct 
très intense ; on se rend de Rostock au Danemarck sur la 
glace. 

1564-65-66. Charles IX était à Salon; le froid com- 
menca à Ja Noël dans toute l’Europe ; le Rhône fut pris 
dans toute sa largeur à Arles. En 1565 et 66, les oliviers 
ci autres arbres périssent. Durant 3 mois des chariots 
traversent l'Escaut sur la giace. 

1568-69. Le 11 décembre les charrettes traversent le 
Rhône sur la glace, et la débâcle n’a lieu que le 21. 

1570-71. À Arles , le froid dure depuis la fin de novem- 
bre jusqu'à la fin de février ; à Marseille , il n'acquiert une 
grande intensité qu'au 1% janvier ; les arbres fruitiers pé- 
rirent dans le Languedoc. Ce froid fut général dans toute 
l'Europe, et toutes les rivières de France , même celles du 
Languedoc et de la Provence, se couvrent de glaces solides 
au point de porter des charrettes chargées. Une cherté de 
blé suit cet hiver, et le mal est tel, que les états de Pro- 
vence font des remontrances. Les moulins à blé du Rhône 
se trouvent arrêtés; le gouverneur de Lyon , M. Mandelot, 
qui s'était si bien montré dans l’inondation du 2 décembre 
1570, effrayé de ce nouveau danger , employa tant de bras 
à rompre les glaces, qu'il parvint à mettre la ville à Pabri 
de la famine. (Quelques auteurs portent cet événement à 
1572, et même à 1573.) 

15914. Le 1% mai il tombe une telle quantité de neige 
dans les montagnes lyonnaises, à [zeron et à St-Sympho- 
rien-le-Château, que les branches des arbres en sont rompues. 

1594. La mer gèle à Marseille et à Venise; le froid se 
répand en Allemagne et en Hollande, où le Rhin et l'Éscaut 


DE LA TEMPÉRATURE ATMOSPHÉRIQUE. 483 
sont glacés. Il tombe encore au mois d'avril 1595 beaucoup 
de neige à Lyon, et le froid intense qui l'accompagne dure 
Jusqu'au 26 du même mois; ces gelées détruisent la récolte 
de nos montagnes. 

1599-1600. En décembre le froid fait périr beaucoup 
de bestiaux et d'hommes autour de Lyon. Il alla toujours 
croissant depuis novembre jusqu'au 23 janvier, et finit à 
la fin de mai. C'était l'année du mariage de Henri 1V avec 
Catherine de Médicis; le pain qu'on lui servit le 26 était 
gelé, et il voulut le manger tel ; ce froid s’étendit en Al- 
lemagne. 

1603. Des charrettes passent le Rhône sur la glace. En 
Janvier et en février le froid fut si äpre à Lyon, qu'on ne se 
ressouvint pas d'en avoir ressenti un pareil depuis 50 ans: 
il dura 7 semaines avec une telle intensité, que les arbres 
éclatèrent; puis sarvint en avril, maiet juin une séche- 
resse excessive. 

1608. Hiver remarquable par la grande quantité de 
neige qui tomba à Padoue et par le froid excessif qui avait 
commencé à se faire sentir le jour de là SE Thomas; il dura 
plus de 2 mois sans s'adoucir , glaca toutes les rivières , 
et beaucoup de voyageurs, ainsi que le gibier, périrent dans 
les campagnes. 

Le dégel qui suivit causa encore de plus grands dégâts s 
il s'était accumulé des montagnes de glace sur la Saône et 
surtout devant l'église de l'Observance; on craignit qu’en 
se détachant, elles ne vinssent à emporter le pont de Pierre, 
que l’on chargea de fardeaux par mesure de précaution ; 
toute communication fut interceptée entre les deux rives , 
et l’on fit des processions et des prières publiques. 

Un artisan fit alors assembler le Consulat , lui offrant de 
rompre la glace par petits morceaux, ct de la faire écouler 
sans danger : on lui promit 600 livres ct une place de com- 


484 SUR L’INTERVERSION 

mis aux portes. Il alluma contre la glace quelques feux avec 
des fagots et un peu de charbon, puis se mit à murmurer 
quelques paroles. Aussitôt , ie prodigieux rocher éclata 
comme un coup de canon , en se divisant en une infinité de 
pièces , dont la plus grosse n'avait pas plus de 3 à 4 pieds 
d'épaisseur, et ia débâcle eut lieu sans accident: il parait évi- 
dent, d’après cela , que la glace se tressailla sous l'influence 
de la chaleur, comme ferait un verre que l’on chaufferait 
brusquement. Le Consulat, loin de récompenser cet homme ;, 
laccusa de sortilége. Il courut le danger d’être brülé, et 
n'échappa à cette peine que par la fuite ; sa recette fut brülée 
publiquement. Cependant il fit un procès à la ville, et 
une transaction mit fin aux débats; le Consulat paya 1 00 liv., 
et le tailleur Bresson se désista de son action. Les pièces de 
ce procès, qui prouvent une grande ignorance , même 
pour cette époque , sont conservés aux Archives. 

1621-22. Toutes les rivières de l'Europe sont couvertes 
de glaces ainsi que le Zuyderzée; le détroit des Dardanelles 
est gelé, et la flotte Vénitienne est prise par les glaces dans 
les lagunes. 

1638. L'eau du port de Marseille gèle autour des galères. 

1654-55-56. Pendant ces 3 années il plut très rarc- 
ment ; la chaleur et la sécheresse diminuèrent beaucoup les 
récoltes dans le midi de la France, tandis qu'en 1655 et 
1656 , la Seine est prise, et la gelée dure depuis le 29 dé- 
cembre jusqu’en mars. 

1657-58-59-60. Hivers très ri goureux dans toute l'Europe; 
en Italie les glaces qni couvrent les rivières peuvent porter 
de très grands poids ; à Rome on n'avait point vu une aussi 
grande quantité de neige depuis des siècles. La gelée dura 
sans interruption, à Paris , depuis le 24 décembre 1657 jus- 
qu'au 8 février 1658. Entre le 24 décembre et le 20 jan- 
vier le froid fut modéré, mais ensuite il acquit une intensité 


DE LA TEMPÉRATURE ATMOSPHÉRIQUE. 485 
extrême, au point que la Seine fut entièrement prise ; le dé- 
gel du 8 février ne dura pas , le froid reprit le 11 et dura 
Jusqu'au 18. C’est en 1658 que Charles X put passer le pe- 
tit Belt, sur la glace, avec toute son armée , son artillerie et 
ses bagages. Les oliviers souffrent beaucoup ; et , enfin, le 
Rhône et toutes les rivières débordent , au point que la Ca- 
margue est sous les eaux. Pluie de soufre en Allemagne. 
De 1659 à 1660, les oliviers qui avaient repoussé et autres 
arbres périrent presque tous. 

1662-63.* La gelée dure à Paris du 5 décembre au 
8 mars. 

1665. Le G février, à Paris, — 219,2. 

1670.* Froid rigoureux dans le Nord, en Angleterre 
et en Danemarck; le grand et le petit Belt sont gelés. 

1676-1677. * Gelée fort intense, la Seine est prise 
pendant 35 jours consécutifs. 
= 1684. Hiver doux et sec en Provence, tandis qu'il est très 
rigoureux dans le Nord ; la Tamise gèle à 11 pieds de pro- 
fondeur ; des chênes se sont fendus. 

1691.* Des loups affamés entrent à Vienne et dévorent 
des hommes et des bestiaux. 

1695. Hiver doux et brumeux en Provence ; mais en Alle- 
magne les gelées commencent en octobre et se prolongent 
jusqu'en avril ; plusieurs personnes sont mortes de froid ; 
en Irlande, il tomba des pluies contenant une matière 
grasse et huileuse ; le même phénomène se reproduisit à 
Arles. 

1697-99. * Hivers très rigoureux. 

1709. Année dite du gros hiver ; toutes les rivières, les 
lacs, la mer Adriatique et la Méditerranée, à Gênes, à 
Marseille , à Cette, sont gelés; en Angleterre, on assure 
que la terre l'a été jusqu'à 2,74 de profondeur. Les ant- 
maux, dans les campagnes, et des milliers d'hommes ont péri 


486 SUR L’INTERVERSION 
jusque dans les maisons; presque tous les oliviers furent 
détruits en France; le Rhône était rempli de glaçons qui 
s’'accumulèrent à la hauteur de 12 pieds; le thermomètre 
marqua , à Lyon , — 189,75 centig.; à Paris, — 239,1 ; 
il y eut disette à la suite de cet hiver. 

1716. * Hiver rigoureux dans le Nord; la Tamise gèle 
à Londres ; des boutiques sont établies sur la glace. A Paris, 
— 182,7. 

1726. * Hiver rigoureux dans le Nord; on passe en trai- 
neau de Copenhague en Suède. 

1729.* Le froid a duré depuis le mois d'octobre jus- 
qu'en mai. En Écosse, beaucoup de bestiaux périrent sous la 
neige; dans d’autres parties de l'Europe des forêts entières 
ont été gelées. À Paris, — 15°,3 centig. 

1731-32.* Grands froids. 

1740. Froid presque comparable à celui de 1709. En 
Italie et en Portugal, la neige est épaisse de 8 à 10 pieds ; 
le Zuyderzée est entièrement gelé ; à Leyde, le thermomètre 
marqua —12° centig. En Angleterre , tous les lacs et la Ta- 
mise sont couverts de glace; la Seine aété prise — 149; des pos- 
tillons ont été gelés sur la selle de leurs chevaux ; les oliviers 
ont souffert. Le froid occasionna un tel fendillement des 
roches granitiques et autres des Alpes, que les routes ordi- 
taires de ces montagnes étaient couvertes de leurs débris , 
et les éboulements mirent à découvert plusieurs belles ca- 
vités tapissées de cristal de roche. Le plus grand froid est 
survenu à Lyon le 19 février , par un vent N-E violent; 
il s'éleva à — 112,20 centig. , et le thermomètre demeura 
au-dessous de zéro pendant presque toute la durée des mois de 
janvier , février et mars : les glaces de nos rivières commen- 
cèrent à partir le 11 mars. La température fut moins froide 
à Aix, où le maximum eut lieu le 8 février, et s’éleva à 
— 69,25 centig. A cet hiver succéda un été durant lequel 


DE LA TEMPÉRATURE ATMOSPHÉRIQUE. 487 
il y eut de fortes chaleurs; car, le 19 juillet, le thermo- 
mètre dépassa + 35° centig. À Aïx, la liqueur ne monta qu'à 
+ 280,43 centig. les 16 et 17 juillet. 

1741. A Lyon, le jour le plus froid fut le 26 janvier ; 
par un vent Nord violent, le thermomètre descendit à 
— 16°,25 ; l'intensité du froid égala donc presque celle de 
1709 , mais il ne dura pas ; à Aix, le jour le plus froid fut le 
26 février —6°,88. Par contre, dans la journée la plus chaude 
à Lyon, celle du 5 juillet, le thermomètre s’éleva +38°,70, 
tandisqu'à Aix, il n'atteignit que + 29°,37 les 15 et 16 août. 
Voilà donc deux années consécutives où le climat a été plus 
excessif à Lyon qu'à Aix. Les 4, 5, 6 et 12 janvier de 
l’année suivante ont encore été assez froids : — 112,1 centig. 

1742. Hiver remarquable dans le bassin du Rhône par 
les oscillations du baromètre de la fin de l’année ; la 
plus petite hauteur de cet instrument avait été, le 4 décem- 
bre, à 26 pouces 1 ligne — 0" ,706 ; il s’éleva ensuite , Jus- 
qu’au 31 décembre, à 27 p. 11 1., ou 0,755 ; et le 3 jan- 
vier suivant il atteignit 28 p. 2 1. — 0",762. Ainsi, dans 
l'espace d’un mois, ona vu, soit à Lyon , soit à Aix, le 
mercure du baromètre dans le plus grand abaissement et la 
plus grande élévation où on l'ait vu depuis long-temps. Ces 
variations extraordinaires ont été accompagnées, pendant Îx 
descente du 4 décembre , d'un vent du Sud impétueux, qui 
occasionna sur la Méditerranée une si violente tempête, que 
les eaux de celte mer s’étendirent jusqu'à 4 lieues dans la 
Camargue , et Les flots , poussés contre les rochers, sur les 
côtes de Gênes, s'élevaient de pius de 20 pieds au-dessus des 
maisons de cette ville. À Paris , le 10 janvier, — 179,0 ; la 
Seine fut gelée par un froid de — 10°. Le 2 octobre de cette 
année, il y eut à Lyon une aurore boréale à 8 heures du 
soir , ct le lendemain il en parut une seconde plus faible. 

1744. Le Mein est couvert de glaces durant sept semai- 


488 SUR L'INTERVERSION 
nes. À Evora , en Portugal , les maisons sont entourées de 
neige au point que les habitants ne peuvent sortir qu'avec 
une grande peine. À Lyon, le plus grand froid a été, le 
13 janvier, —15°,95; en janvier et en février la liqueur s’est 
maintenue presque toujours au-dessous du point de congéla- 
tion, et les vents du Nord n'ont point discontinué. A Paris, 
la Seine a été gelée par une température de — 9° centig. 
1745-46-47-48 et 49. Iivers cités d’une manière générale 
pour leur äpreté. Voici les résultats des observations que j'ai 
pu retrouver pour Lyon dans les registres du P. Beraud, 


174 rate » 21 janvier , — 152,00 centig. 
Maximum , 8 juillet, +38 ,12 


1746 Minimum, 15 février, — 12 ,20 T. néb. v. Nord. 
Maximum, 15 et 16 juill., + 39 ,37 
es {Minimum , 15 janvier , — 12 , + A Paris, le 14 jan- 
T\Maximum 128; juillet 056537, vier, — 139,6. 
PA Minimum, 9 mars,  —16 ArParis, 221528. 


Maximum , 23 juin, +40 ,75 

Il y eut donc, dans ce dernier hiver, un froid presqu'aussi 
vif qu'en 1709 ; sa durée peut se partager en trois 
périodes. Le premier hiver peut être considéré comme com- 
mencant le 3 janvier et finissant au 21 du même mois; le 
thermomètre demeura toujours au-dessous de zéro et descen- 
dit à — 112,25; le 30 janvier le froid recommenca ct 
continua jusqu'au 3 février ; le 26 février jusqu'au 9 mars 
constitue la 3" période qui fut signalée par des neiges abon- 
dantes; il y eut, en outre, des brouillards épais; cctte année 
présente donc une certaine analogie avec celle de 1838. Je 
ferai encore observer que les températures maxima des étés 
sont excessivement fortes et dépassent ce que nous connaissons 
maintenant ; il est à craindre que l'instrument n'ait été affecté 
par quelque réverbération. 


DE LA TEMPÉRATURE ATMOSPHÉRIQUE. 489 

1753. Froid très rigoureux à Lyon en janvier ; du 1€ au 
7 le thermomètre indiqua d’abord — 8°,75 ; le grand froid 
commença ensuite le 25, — 15°,60 centig., et il atteignit 
son maximum le 50 janvier, — 16°,25 ; le dégel survint 
le 1% février. 

1754-55, * A Paris, le 8 janvier 1754, — 149,1, ct, en 
1755, — 159,6 centig. En Angleterre, l'ale le plus fort, ex- 
posé à l’air dans un verre, se couvre, au bout d’un ;, d'heure, 
d'une glace épaisse de # de pouce ; je ne trouve pas d'in- 
dication pour Lyon. 

1766. Grands froids par toute l’Europe. A Lyon, l'hiver 
de cette année est remarquable par sa longueur et sa rigueur, 
car le thermomètre est descendu à —-15°,62 centig., et peut- 
être plus bas dans les campagnes. Quoi qu'il en soit, plu- 
sieurs personnes ont eu les extrémités gelées, les vignes 
ont beaucoup souffert , nombre de grands arbres se sont fen- 
dus dans toute la hauteur de la tige. Il est bon de ne pas 
oublier que les arbres fissurés au point de pouvoir passer la 
main dans l’ouverture, se sont ensuite tellement resoudés que 
l'on ne distinguait plus qu'à peine la ligne de séparation 
sur leur écorce, et après ils repoussèrent en partie ; même 
observation a été faite sur les oliviers et les figuiers à Oran- 
ge , en sorte qu'il ne faut pas toujours se presser d’abattre les 
arbres qui semblent morts. La Saône a été interrompue dans 
son cours le 28 décembre 1765, et ses eaux prises jusqu’à 
sa source pendant plus de 7 semaines ; il y eut ensuite des 
neiges abondantes en janvier, dont la fonte commenca brus_ 
quement le 12 février par un orage assez fort, sans cependant 
produire de malheurs par la débacle. 

Le 6 janvier, le Rhône gela entièrement en face de la 
rue du Puits-Gaillot, et le peuple s’y précipita pour traver- 
ser aux Brotteaux; mais M. de la Verpillière, commandant 
de la ville, interdit ce passage, et, une heure après cette me- 


490 SUR L'INTERVERSION 

sure de police , la débacle arriva ; tous les bateaux attachés 
au pont en furent entrainés. Dans cette période de 1766, 
la force et la longueur de la gelée, la cessation de la pluie 
pendant près de deux mois avaient occasionné une telle di- 
minution dans nos rivières , qu'il n'est pas de mémoire que 
les eaux de la Saône aient été plus basses : suivant des mesures 
précises , elles étaient, dans le mois de janvier, à 22 picds 
au-dessous du niveau des hautes eaux de 1711,et à 5 ou 
6 pieds au-dessous des eaux moyennes. Cette étonnante di- 
minution donna lieu à la découverte d’une jambe de cheval 
en bronze , enfoncée dans le sable de la rive gauche de la 
Saône près du monastère de Ste-Claire ; cette pièce d’anti- 
quité est conservée au Musée de Lyon. L'été suivant fut si 
sec pendant 6 mois, que les bateaux ne purent descendre le 
Rhône ni la Saône avec leurs charges ordinaires, et les per- 
sonnes les plus âgées n’ont aucun souvenir d’une navigation 
interrompue pendant un temps aussi considérable. La Seine 
fut prise à Paris par un froid de — 9°. 

1767. Hiver rigoureux par toute l’Europe ; voyageurs 
morts par excès de froid ; arbres fendus et détruits ; le froid 
a été aussi intense qu'en 1709 ; ce qui a cependant rendu 
celui de 1767 moins rigoureux que celui de 1766, au 
moins à Lyon, c'est que dans ce dernier cas 1l a eu une 
durée de 14 jours , tandis que dans la présente année il n’a 
duré que 3 jours. Une tempête du Sud mit fin au froid 
sans cependant faire cesser l'hiver , en sorte que les glacons 
ne se fondirent que très graduellement ; ils occupaient en- 
core la Saône le 3 février. Le minimum eut lieu le 11 jan- 
vier, — 200,00 centig. Le Nord, qui survint au mois de juin, 
refroidit l'été au point qu’à la St-Jean on s’approchait encore 
du feu. A Paris, —15°,3, la Seine fut prise. 

1768. Iliver encore considéré comme rigoureux pour 
toute l'Europe. À Lyon, un vent du Nord violent , qui sur- 


DE LA TEMPÉRATURE ATMOSPHÉRIQUE. 491 
vint le 3 janvier , abaissa la température à — 122,18 , et 
détermina la prise de la Saône depuis le pont de l'Archevé- 
ché à celui de St-Gcorges. Le #4, le froid fut plus vif, 
—129°,50 ; la Saône fut prise jusqu'au Palais; le Rhône était 
bas et commencait à charrier. Le 5 , la température s’abais- 
sa à — 159,55, et les glaces du Rhône s’accumulèrent 
contre le pont de la Guillotière et se soudèrent, par la viva- 
cité du Nord, jusqu’au dessus du Collége, en sorte que l’on 
put traverser le fleuve. Le 6 janvier le froid fut encore con- 
sidérable, puis il diminua jusqu’au 8, où le dégel commenca. 
IL est à remarquer que ce froid fut précédé , le 1% janvier, 
par un orage violent , suivi d'une pluie dont les gouttes 
gelaient en tombant. Ainsi donc l’espace de huit jours a vu 
commencer et finir un froid extrème, dont l'événement forme 
époque dans la ville. 

Les oliviers ont encore souffert dans le Midi. A Paris, 
— 170,1. 

1769. Il est tombé beaucoup de neige en avril dans les 
montagnes lyonnaises , dans celles du Forez, du Bugey et 
sur la Bresse , et point autour de Lyon. 

1771. L’Elbe gèle. A Lyon, le minimum eut lieu Île 
11 février , et fut de — 8°,75 seulement, par un vent du 
S-0. Mais en juin il tombe deux pieds de neige en Suisse et 
en Savoie, ce qui refroidit l'atmosphère de la ville au point 
qu'il faut se chauffer ; dans le Midi, la brise n’a point soufilé 
pendant l'été de cette année. A Paris, — 139,6. 

1773. La Saône fut prise en janvier ; puis elle déborda , 
ainsi que le Rhône, à la fin du mois ; mais en février le 
froid acquit plus d'intensité ; le 2, il tomba un grésil et une 
neige poussés avec violence par le Nord, en sorte que la Saône 
commenca à charrier le 3 ; le 5 , le tour du Rhône arrive; 
le 6 , la Saône fut arrêtée par les glaces amoncelées à plus de 
quinze pieds de hauteur en divers points, depuis le pont 


492 SUR L'INTERVERSION 

St-Vincent jusqu à l’Ile-Barbe ; le Rhône fut arrêté pareille- 
ment près de Montluel. Le 8 et le 9, neige abondante ; en- 
fin, le 18, il tomba une petite pluie qui fit partir les glaces 
sans accident , quoique les énormes monceaux eussent donné 
lieu à de grandes craintes. Le minimum eut lieu le 10 février 
et fut de — 14°,06 centig. 

1776. Le Danube , au-dessus de Vienne , porte une glace 
de cinq pieds d'épaisseur ; et, en général, l'hiver fut des 
plus rigoureux ; car, en Hollande et en France, le vin gela 
dans les caves; beaucoup d'hommes, d'oiseaux et d'animaux 
sauvages périrent. Cependant en Suède et en Russie la même 
saison n'offrit pas de froid bien remarquable. 

A Lyon, la Saône commmenca à charrier le 20 janvier ; 
elle fut prise le 27 à Serin ; le 30 , au pont de l’Archevèché, 
et le 31 , jusqu’à celui de St-George. À ces mêmes dates, le 
Rhône charriait avec force et les Losnes étaient prises. Le 
froid fut si excessif, que des bouteilles de vinaigre à la lavande 
distillé, placées dans un appartement tempéré, éclatèrent, 
et le liquide ne formait qu'un seul morceau de glace; le mi- 
nimum eut lieu le 1% février, par un vent de N-0, 
— 18°,12 centig. ; la seconde moitié de cet hiver a été plu- 
vieuse , et le 2 février le dégel commenca , et il y eut des 
débordements ; ceux-ci furent annoncés , le 11 février, par 
une énorme tempête, qui dura de 11 heures du matin à la 
nuit. 

Le P. Cotte établit, comme froid moyen de cet hiver , 
d’après les résultats fournis par trente-deux villes de lEu- 
rope, et surtout de la France, —21°,75. A Paris, le 29 jan- 
vier , — 199,1: cinquante jours de gelée sans interruption. 

1777. A Lyon, le minimum eut lieu les 14, 15 et 23 jan- 
vier, et fut de — 6°,87 seulement, par un vent S-0 ; 
cependant le Rhône et surtout la Saône ont charrié ; cette 
dernière fut même prise le 3 janvier entre le pont St-Vincent 


DE LA TEMPÉRATURE ATMOSPHÉRIQUE. 493 
et celui de Serin ; les glaces étaient amoncelées au-dessus de 
l'Ile-Barbe , et le 10, au soir, le dégel a commencé sans que 
la débâcle occasionnât de dommages, quoiqu’on eut concu 
des craintes pour les ponts dont on avait barré le passage. 

1779. Il n'y eut pas de neige en hiver à Lyon. Cependant 
le froid a été rigoureux en commencant. Le 6 janvier , la 
Saône charriait ; le 7 , elle était prise au-dessus des ponts , et 
les glaces accumulées s’y sont maintenues jusqu’au commen- 
cement de février. Le minimum eut lieu le 20 janvier par 
le vent du Nord, — 9°,37. 

1780. L'hiver fut considéré comme froid à Marseille’, 
ainsi que dans les années 1774, 1775, 1776 et 1777. A 
Lyon, le minimum eut lieu le 29 janvier, par un vent du 
Nord, — 5°,93 seulement ; mais il y eut beaucoup de neige. 

1782. D'après le P. Cotte, la moyenne de vingt-trois 
villes donne — 9°,75. 

1783-84. D'après le P. Cotte, la moyenne de quatre- 
vingt-trois villes est de — 199,75. A Paris, le 30 décembre 
1783, — 190,1. 

1785. Froid d'une rigueur extraordinaire à Genève, 
d’après de Saussure , accompagné de brises du Sud et du 
S-0. ; le petit Belt s’est entièrement gelé. 

1788-1789. Rigoureux hiver, qui s'annonca à Lyon 
dès le mois de novembre , où le vent du Nord prit le dessus 
et refroidit l'atmosphère ; les deux premiers mois d'automne 
avaient été très secs et les rivières très basses; le vent du 
Nord entretint cet abaissement au point que , le 1% décem- 
bre, la Saône était de 3 pouces plus bas qu'en 1749 et 
1766 , années considérées comme les plus mémorables du 
siècle , à cause de leur sécheresse. Le froid prit une intensité 
toujours croissante en novembre, et le 25, la Saône étais 
gelée; le thermomètre marquait — 12°. Le Rhône com- 


menca à charrier le 27 décembre, continua le 28 , et enfin 
T. I 53 


494 SUR L'INTERVERSION 

le 29, il fut aussi pris ; il resta en cet état jusqu'au 14 jan- 
vier; la glace avait jusqu'à 18 pouces d'épaisseur. Par me- 
sure de précaution , on chargea le pont de St-Clair ou pont 
Morand de 300 milliers de graviers , afin de le prémunir 
contre la débâcle, précaution qui ne fut pas inutile ; car, 
malgré d’autres soins encore , les avant-becs furent rom- 
pus par les glaces et les radeaux de bois; il y eut même 
un pilotis de Ja troisième palée qui fut brisé. Cette débâcle 
eut lieu le 14 , à 6 heures du matin. 

Celle de la Saône ne fut pas moins désastreuse : elle 
commenca le 15 janvier 1789 , et le pont de Serin en fut 
renversé en entier le 17. 

Cet hiver fit périr beaucoup de châtaigniers des environs 
de Givors; les oliviers périrent presque tous dans le Midi. 
Depuis 1749 , le thermomètre, en Provence, ne descendit 
jamais au-dessous de — 9° centigrades; et cette période 
n'ayant point offert de froids de — 15° et — 18°, comme on 
en avait observé auparavant , quelques personnes admettaient 
déjà que le climat s’améliorait. Mais , en 1789 , l'illusion fut 
détruite; car on éprouva, à Marseille, un froid de — 17° cen- 
tigrades. 

A Valence , en Dauphiné , le Rhône commenca à charrier 
le 27 décembre, s’est pris le matin du 29, et demeura 
tel jusqu’au 13, comme à Lyon, quoiqu'il soit très-rapide, 
et l'expérience démontra qu’en plusieurs endroits il était 
gelé jusqu'au fond. Personne ne se rappela avoir ouï dire 
que l’on eût ainsi passé ce fleuve durant 16 jours de suite. 

Le ciel a été assez beau pendant ces fortes gelées ; il a 
seulement été couvert en partie les 27 , 28 décembre , et les 
1%, 5, 6 et 7 janvier. Il tomba un peu de neige les 
26 décembre et 8 janvier ; le vent a été presque constamment 
au Nord depuis le 5 décembre jusqu'au 10 janvier. 

Cet hiver a encore présenté, à Valence , diverses oscilla- 


DE LA TEMPÉRATURE ATMOSPHÉRIQUE. 495 
tions. Ainsi, après des froids de — 1 1°,25 du 20 décembre, la 
température s’éleva, le 22, à —1°,87, et ilyeut un faux dégel 
qui dura 2 ou 3 heures environ ; le 26, le thermomètre re- 
monta encore à zéro, et cette nouvelle élévation occasionna un 
second faux dégel d’une heure seulement ; le maximum de 
froid eut lieu le 31 décembre, et fut de — 19° centigrades ; 
enfin , le 9 janvier , le thermomètre étant de nouveau monté 
à + 1°,25 au-dessus de zéro , le dégel commenca et dura 
avec la pluie , plusieurs jours de suite , par le vent du Sud. 

Les températures minima , observées dans plusieurs villes 
du bassin du Rhône , ont été les suivantes : 


Dates. Aero Alutude, 
Grande-Chartreuse . . le 30 déc. Las 26,95 
Lons-le-Saulmier. . . le 31 déc. — 24,00 9257m 
Pontarlier . . . . le 31 déc. —93,75 828m 
Châlons! 4514 4 41les3 fd. 59. 992,75 178m 
Emoats 64 ire 40 200 Sç0le 54 déc. — 21,87 162" 
Grenoble. . . . . le 31 déc. — 21,25 
Tournus..s + :. , ; le:31 déc. — 20,62 
Haut-Vivarais . . . le 31 déc. — 19,37 
Centre euueiou) de/déc: — 18,12 379m 
Vamiersis ui 8220. 41trle déc: — 18,12 
Mont-Dauphin (Dauphiné) le 31 déc. — 17,75 
Avignon, 42:18, 13%,r51le 8 1-déc. — 15,00 
Toulouse, . . . +. le 31 déc. — 13,75 139m 
Ceneeiss, ,1:4 o040h.18le;8t déé: — 12,50 
Montpellier . . . . le 31 déc. — 12,50 
Béziers . . . . . le 31 déc. — 6,87 69% 
Nice) 2714088 s0100 1e 3t/déc: — 6,25 


En général , la moyenne de 110 villes, prises dans toute 
l'Europe, a donné au P. Cotte — 21°,25 ; d’où il suivrait 
que l'intensité du froid a été moindre qu'en 1776 ; mais sa 


496 SUR L'INTERVERSION 

plus longue durée en a rendu cette fois Les effets plus désas- 
treux. A Paris, le froid a duré 50 jours consécutifs. Le 
31 décembre, jour du plus grand froid à Valence, le vent 
du Midi se fit sentir dons la capitale, et il semble, dit le 
P. Cotte, avoir ramené les vapeurs glaciales que le Nord 
avait accumulées au Sud ; il abaïissa le thermomètre à 
—91°,75. Des observations analogues ont été faites en 1709, 
et les 30 et 31 décembre 1783, jours où le thermomètre 
descendit à — 14°,25. 

Le froid n'a pas suivi l’ordre des latitudes : il a été plus 
vif dans certaines villes d'Allemagne qu'à St-Pétersbourg , 
plus vif aussi à Paris que dans certaines villes du Nord, 
circonstance que le P. Cotte attribue à la plus grande hau- 
teur de ces dernières. Enfin , dans le temps où le froid était 
excessif en France , il avait beaucoup diminué en Pologne. Il 
sera curieux de comparer ces résultats avec ceux de 1838. 

En général , les effets du froid ont été tels , que la gelée a 
pénétré dans des caves où 1l n'avait pas gelé depuis un siècle; 
même l’eau de plusieurs puits a été prise; la grippe a été endé- 
mique, surtout au commencement du froid , comme pendant 
le rude hiver de 1776 ; beaucoup d'hommes sont morts de 
froid ; les moutons, renfermés dans les étables malsaines, 
ont été victimes du préjugé que ce genre de vie leur con- 
vient mieux que celui des habitations en plein air ; beaucoup 
ont péri et presque tous ont perdu leur laine , tandis qu'en 
Bourgogne , où l'on a suivi l'exemple donné par d’Aubenton, 
de les tenir toute l’année en plein air , ils n’ont pas été ma- 
lades et n'ont pas perdu leur toison; les chevaux sont ceux 
des animaux domestiques qui ont le moins souffert. Dans les 
étangs de la Bresse, la glace a eu 16 à 17 pouces d'épais- 
seur, recouverte de 16 pouces de neige; aussi, après le 
dégel , les rives ont été couvertes d’une prodigieuse quantité 
de poissons poussés par les vents et les flots , à tel point que 


DE LA TEMPÉRATURE ATMOSPHÉRIQUE. 497 
Fon fut obligé de les faire enterrer , opération qui fut facilitée 
par les nuées de corbeaux , les loups, les renards , les chiens 
et les porcs , qui s’abbatirent sur cette proie. Le désastre est 
surtout survenu dans les étangs sujets à la brouille, végéta- 
tion qui, décomposant l'air vital contenu en dissolution dans 
l'eau , a pour ainsi dire provoqué l’asphyxie du poisson. 

Les végétaux ont aussi été très maltraités : il est à remar- 
quer que les épinards ont particulièrement résisté. 

En 1709, le froid fit beaucoup de mal, par la raison que 
la terre était imbibée d’eau, des pluies abondantes ayant 
précédé immédiatement le grand froid : aussi la terre 
mouillée se dilata par l'effet de la gelée , les racines de blé 
furent déchaussées, les arbres s’entr’ouvrirent par la même 
cause , et le mal fut très subit et bientot apparent ; en 
1789, la terre était sèche : aussi les ravages ne furent que 
partiels ; cependant beaucoup d'arbres, par un reste de 
vitalité, essayèrent en quelque sorte de pousser des jets au 
printemps ; mais dès que la chaleur prit des forces, les 
feuilles, les fruits, tout tomba, et la mort, qui existait réelle- 
ment, ne se manifesta que par la privation totale de la sève. 

1793. On vit, à Lyon, les bâtiments se couvrir de glace 
après un adoucissement de température. Le même événe- 
ment eut lieu à la fin des froids de 1838. 

1795. Froid remarquable au moment où l’armée fran- 
caise entra en Hollande. Le 25 janvier de cette année, le 
thermomètre baissa, à Lyon, à — 22°,5 centigrades; à 
Paris, à la même date, — 239,5. 59 jours de vents orien- 
taux, 55 jours de gelée, dont 30 dans le premier mois ; 
19 dans le second, et 6 seulement dans le troisième mois. 

1798. A Paris, le 26 décembre, — 17°,6. 

1799. A Paris, 51. jours de gelée dans les 3 mois d'hiver, 
avec une interruption dans les froids durant le second mois. 
Minimum , — 189,75, 43 jours de vents orientaux. 


498 SUR L'’INTERVERSION 

1800. Hiver précoce très froid , très long, comme le 
précédent , neige abondante , température assez basse pour 
faire souffrir les oliviers. A Paris , 40 jours de gelée dans les 
3 mois d'hiver , la Seine glacée. Minimum, — 13°,75. Sur 
90 jours , il y en eut 29 seulement de pluie ou de neige, et 
29 de vents orientaux. 

Le 19 janvier 1801, le Doubs gela entièrement. 

1802. Le 17 janvier, le thermomètre descend , à Lyon , 
à — 20° centigrades. À Paris, 33 jours de gelée. 

1808. Hiver froid et très sec dans le Midi. A Paris, on a 
eu 45 jours de gelée, en sorte que la somme totale du froid 
a été plus grande que dans les hivers précédents, bien qu'il 
n'ait pas été fort vif, puisque la température la plus basse a 
été — 60,87 seulement. Dans cette même ville, on eut 
64 jours sans pluie ou neige, tandis que dans l’hiver de 
1806 on avait eu 60 jours de pluie. Les vents boréaux ont 
dominé , en sorte que tout l'ensemble de cet hiver présente 
un penchant à être rigoureux. 

1809. Hiver rigoureux pour l'Asie boréale et une grande 
partie de l'Europe, car des froids très intenses et long- 
temps soutenus régnèrent dans la Russie, la Suède, le 
Danemarck, la Pologne, et se firent sent” même à 
Naples, tandis qu'en France, dans les deux tiers de l'Alle- 
magne, l'Espagne , etc. , on n’eut presque point d'hiver. Ce- 
pendant, au mois de janvier 1810, on put traverser la 
Saône sur la glace durant plusieurs jours, et le thermomètre 
descendit le 19 à — 179,5, en sorte qu’en général le froid a 
été remarquable. 

1812. Froid vers le Nord , mais température modérée et 
sèche dans le Midi. 

1820. Époque malheureuse, durant laquelle les provinces 
méridionales eurent beaucoup à souffrir. Grande neige. Le 
département des Bouches-du-Rhône éprouva un froid de 


DE LA TEMPÉRATURE ATMOSPHÉRIQUE. 499 

— 179,5, tandis que , depuis 1800 à 1819 , le thermomètre 
n'y élait pas descendu au-dessous de — 9° centigrades. Le 
Uhône et le Gard ont été pris durant plusieurs jours. Les 
11 et 13 janvier, le thermomètre est descendu ;, à Lyon, 
à — 13°,12. La débâcle de la Saône, qui eut lieu le 25 , oc- 
casionna une inondation désastreuse. À Paris , le 11 jan- 
vier , — 140,3. 

1823. Paris, le 14 janvier, — 14°,6 centigrades. 

1829-1830. Le froid a commencé de bonne heure à 
Lyon, et n’a présenté, jusqu'au 5 février, que de courtes 
intermittences. Déjà dès le commencement d'octobre il 
régna, quoiqu'à un degré supportable; mais au 22 dé- 
cembre , la neige est tombée avec abondance et la terre en à 
été couverte par une couche de 10 à 12 pouces d'épaisseur. 

Le 25 décembre , la température est devenue tout à coup 
très froide , et le vent du Nord a soufflé avec assez de vio- 
lence. Le 26 décembre , le thermomètre indiqua — 5°,75 
centigrades ; le 27, — 15°,00. 

Le froid s’adoucit le 5 , et le thermomètre montant à 2 ou 
3 degrés au-dessus de zéro, le dégel parut vouloir com- 
mencer; mais après deux jours, durant lesquels il tomba 
encore une énorme quantité de neige, le froid est redevenu 
graduellement plus vif, au point d'atteindre — 16°,87 dans 
la journée du 16 janvier; le 20, le vent du Sud éleva 
la température à + 6°,25 , et dès ce moment un dégel , qui 
dura plusieurs jours, fit espérer la débâcle des glaces. 
Cependant , vers la fin du mois, une nouvelle recrudescence 
amena des froids de — 12°,5, et les cinq premiers jours de 
février donnèrent encore des minima de — 15°,62. Durant 
tout ce temps, le baromètre a été assez haut ; seulement , à 
l'époque où a régné le vent du Midi , il est descendu un peu 
au-dessous de 27 pouces. Le Rhône fut pris vis-à-vis de Mi- 
nibel, et la Saône en plusieurs endioits. On put patiner en 


500 SUR L'INTERVERSION 

amont et en ayal du pont de l'Archevèché, et la débacle eut 
lieu sur le Rhône le 9 février; les eaux s'élevèrent à une 
grande hauteur, entrainant avec elles plusieurs moulins. Le 16 
février , au milieu de la nuit, les boites annoncèrent à leur 
tour la descente des glaces de la Saône. Arrêtées un moment 
entre la culée du pont de la Gare et l'ile-PBarbe , elles firent 
craindre des accidents ; mais elles reprirent bientôt leur 
cours. La neige manqua dans les Alpes. 

A Paris, le thermomètre indiqua — 14°,5 centigrades. 

1837-1838. Le froid de cette période parait avoir com- 
mencé en Russie ; car, déjà en décembre 1837, sous l'in- 
fluence d'un froid sec de — 22 à 24°, la neige, qui rend les 
communications si faciles dans l'empire russe, avait tota- 
lement manqué, et ce fut sous ce ciel rigoureux qu'arriva , le 
30 décembre, l'incendie du palais impérial de St-Pétersbourg. 
Des bords glacés de la Newa , ce vent sec du Nord fut porté 
jusqu'aux rivages de la Mer Noire ; mais, en passant sur les 
deltas des grands fleuves qui se jettent dans cette mer, ce 
vent froid en condensa les vapeurs, sous forme d’un brouil- 
lard froid et glacial quis’étala sur les deux rives du Bosphore et 
de l’Archipel. Au brouillard succéda la neige , à la neige la 
glace , et le froid augmenta tellement d'intensité, que l’eau 
gela dans les vases des bateaux à vapeur durant la traversée 
de Smyrne à Constantinople. 

Cependant, ce froid vint s’évanouir dans la Méditerranée, 
et y produisit seulement, par son contact avec l'atmosphère 
tempérée, des vents variables et plus ou moins violents, 
dont la navigation eut beaucoup à souffrir. 

Tel fut le terme de ce premier froid qui appartient encore , 
par sonorigine , à l’année 1837. Etait-ce un pronostic du froid 
de 1838, et Le second est-il une conséquence du premier ? 
C’est ce qui paraït extrêmement probable ; car, le 5 janvier , 
la chaine des Alpes se couvre d’une quantité de neige plus 


DE LA TEMPÉRATURE ATMOSPHÉRIQUE. 501 
forte que dans les plus grands froids ; elle tomba avec tant 
d'abondance, que les vallées de la Suisse, des fautes et 
Basses-Alpes , en furent encombrées; de là, elle descend dans 
le bassin du Rhône jusqu'à Valence, puis dans les bassins de 
la Loire et de la Seine , où elle arriva à Bourges et à Auxerre ; 
mais, sur le versant septentrional, dans le bassin du Rhin, la 
neige est remplacée par un brouillard lourd et humide qui 
s'étend le long du fleuve , passe en Angleterre , et couvre la 
ville de Londres de ténèbres si épaisses, qu'à quatre heures 
du soir la circulation des rues est forcément interdite. Dans 
le bassin du Danube , la neige , au contraire, s'arrête immé- 
diatement au pied des Alpes; c'est lorsque cette première 
neige cesse de tomber sur les Alpes, le 6 janvier, que le 
froid rigoureux commence à se faire sentir à Geneve et à 
Lyon; mais, tandis qu'il oscillait, entre certaines limites, dans 
la zône Nord-Occidentale de l'Europe, les choses se passaient 
différemment sur le versant oriental ; car des pluies bat- 
tantes fondirent les neiges des Alpes et grossirent le Danube 
au point de causer des débordements désastreux. 

En général , le froid s’est soutenu partout jusqu'au 20 ; et 
depuis lors il a rapidement décliné ; ce qui est encore remar- 
quable , c’est que le dégel a commencé aux bords de l'Océan 
pour se propager, avec le vent d'Ouest, jusqu'aux régions 
alpines. 


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RECHERCQHES 


ANALYTIQUES 


SUR 


DIVERSES EAUX DE L'INTÉRIEUR DE LYON 


ET DES ENVIRONS, 


PAR 


M, À Bineau, 


PROFESSEUR DE CHIMIE À LA FACULTÉ DES SCIENCES DE LYON. 


Ayant eu mission d'étudier la composition de quelques eaux 
que renferment Lyon ou ses environs, j'ai été conduit à faire 
diverses recherches, dont je vais exposer les résultats princi- 
paux. Jai compris dans ce travail les eaux de nos deux ri- 
vières , celles des sources du plateau de la Bresse les plus 
abondantes et les plus voisines de nous, et enfin celles du 


Jardin-des-Plantes et de la fontaine des Trois-Cornets, 


504 RECHERCHES ANALYTIQUES 


Eau du Rhône. 


Dépouillée par le filtre des matières qui s'y trouvent sim- 
° , A : , 
plement en suspension, l’eau du Rhône ne retient plus qu'une 
. r A . 24 Li e 
quantité extremement faible de substances étrangères, qui 
sont d’ailleurs sujettes à varier considérablement suivant les 
temps. 
Pendant l'été de 1835 , les eaux du Rhône ont été exami- 
nées par M. Boussingault. D'après son analyse , un litre de 
cette eau contenait : 


Acide carbonique. .  6°%,5 
Aie Pad te La MECS 14,5 centim. cubes. 
Ohbénets se xtR ot 


Carbonate de chaux .  02-,101 
Sulfate de chaux . .  02-,007 


Sulfate de magnésie . traces. 


Sulfate de soude . . id. ARS IOE: 
Chlorure de sodium . id. 
Chlorure de calcium . id. 
Matières organiques . id. 


Voici, d'autre part, les résultats que j'ai obtenus à diverses 
époques de cette année. Les gaz ont été ramenés par le calcul 
à la température de 0°, et, à l’état de sécheresse, sous la pres- 
sion de 0", 76; il en sera de même dans les résultats qui 
suivront. Les nombres donnés seront toujours relatifs à un 
litre de liquide. 


2 mars. 18 mars. 98 avril. 20 sept. 


Acide carbonique. 12%,8 16%,7 10,9 7cc ,9 
dues sie CMOS CT UT, ON 
3 


À 
Oxigène … 4/54 1cc.,9 enr mel ( 


Total des gaz . 38%,7 47e, 326,5, 28,2 


SUR LES EAUX DE LYON ET DES ENVIRONS. 505 


9 mars. 18 mars. 98 avril. 20 sept. 


Carbonate de chaux e 
accompagné d'un #. gr. 22 + 
peu.destice.. .. 0,141 0,135 0,140 0133 
Sulfate de chaux . 0,014 


Sulfate de soude et 0,001 non déterminé. 
de magnésie . . 0,016 ) 
Chlorure de sodium. 0.001 0,001 id. id. 


Azotates de chaux , 
de potasse et de 
inaghésie., + : U,00S 0,003 id. id. 


Total des sels dissous. 0,175 0,140 


Matières organiques. 0,007 0,015 id. id. 
Mat en suspension. » 0,400 0,025 id. 

1° Ce tableau démontre que la proportion des gaz , et no- 
tamment celle de l’acide carbonique , est susceptible de très 
grandes variations. 

2° On voit que la quantité de carbonate de chaux ne croit 
pas toujours en même temps que celle du gaz carbonique. 
Par conséquent, l’eau n’est pas toujours chargée de tout le 
carbonate calcaire que ce gaz lui permettrait de recevoir en 
dissolution ; il parait même qu'elle ne lest jamais ou 
presque jamais. La grande vitesse des eaux du fleuve 
est sans doute la cause qui les empêche de se saturer com- 
plètement de carbonate de chaux. Dans les puits voisins du 
Rhône et qu'il doit alimenter, j'ai trouvé constamment plus 
de calcaire en dissolution que dans le fleuve lui-même. Les 
autres matières salines y étaient aussi généralement plus 
abondantes. Cependant l’eau du puits de la ferme Bergeron, 
aux Brotteaux , ne différait guère de celle du Rhône que par 
une plus forte dose de carbonate de chaux. 

3° Les résultats du 2 et du 18 mars montrent Jusqu'à quel 


506 RECHERCHES ANALYTIQUES 
point est variable la proportion des sulfates dans le Rhône. 
Le 18 de ce mois, on y rencontrait à peine la trentième par- 
tie du poids des sulfates qui y existaient 16 jours auparavant. 

4° La présence du nitre n'est point un fait accidentel. 
Les nitrates se sont décelés également, à l'aide de l'acide sul- 
furique et du sulfate de fer , dans d’autres eaux puisées dans 
le fleuve à diverses époques. 

5° Les deux nombres qui représentent le poids des matières 
qui n'étaient qu'en suspension, ont été obtenus à des temps où le 
fleuve se trouvait dans des circonstances tout opposées sous 
le rapport de sa limpidité. Ils peuvent donner une idée des 
différences dont sont encore susceptibles à cet égard les eaux 


du Rhône. 


Eau de la Saône. 


L'eau de la Saône est réputée contenir en dissolution plus 
de substances salines que l’eau du Rhône. Effectivement, 
elle s’est troublée plus que cette dernière , par le chlorure 
de barium et par l'acide oxalique , lors du grand travail fait , 
en septembre 1807, par la Société de pharmacie. (Voy. 
Examen Chimique etc., pag. 1x. ) Toutefois les deux essais 
que j'ai faits sur cette eau sembleraient indiquer que c’est 
plutôt sous le rapport des matières organiques que les eaux 
du Rhône l’emporteraient en pureté sur celles de la Saône. 

On remarquera qu'avec la même dose d’acide carbonique, 
ces dernières sont proportionnellement plus chargées de car- 
bonate calcaire. La moindre rapidité de leur courant en est 


vraisemblablement la cause. 


5 mars. 51 mars. 

Acide carbonique. . . 12,6 1,4cc,, 1 
Aaatcsaouitét bles. ST st 15cc,6 
Oxigène “adieu Gcc,0 6e ,2 
TOME TAN: 324,3 35,9 


SUR LES EAUX DE LYON ET DES ENVIRONS, 507 


Carbon° de chaux et silice. 0,1 34 
Sulfate de chaux . . . 0,003 
Chlorure de sodium . . 0,002 
MeIE "10,002 


Total des mat‘ salines. 0,141 


Matières organiques . . 0,030 


2 


Eaux de Neuville, Fontaines , Sathonay ;, Royes. 


Les eaux qu'on propose d'amener à Lyon, pour les besoins 
de ses habitants, sont fournies par les sources de Neuville, de 
Fontaines, de Sathonay et de Royes. 

À Neuville, la fontaine Camille et celle de la Vosne offrent 
d’abondantes eaux , presque exemptes de sulfates et de chlo- 
rures , mais assez fortement calcaires pour être incrustantes. 


Dans une des sources de la Vosne , j'ai trouvé les quantités 


de gaz suivantes : 
S 
Acide carbonique LEE 
RE AT un à 0 
Oxigène “om he 


48 centimètres cubes. 


18 
5 


71 


L'eau puisée au milieu du ruisseau a donné à l'analyse les 


résultats qui suivent : 
Acide carbonique . . . . 
AAnle F188.%, OUL:. 4, 
MIMIEONS 1e fr Æetnt res 
Carbonate de chaux accompa- 
gné d'un peu de silice. . 
Chlorure de sodium . . . 
Sulfate de chaux . . . . 
AZI, 


Matières organiques . . . 


39cc ,7 
16,8 


6€c,5 


0,238 
0,005 
0,002 
0,007 
0,04 


63cc,0 


0s.,259 


environ. 


508 RECHERCHES ANALYTIQUES 

J'ai soumis à l’analyse de l'eau de la Vosne prise à des 
époques difiérentes. Les résultats obtenus n'ont point été 
complètement identiques avec ceux que je viens de citer. J'ai 
trouvé, par exemple , quelques semaines plus tard, 5 mulli- 
grammes, par litre , de sulfate de chaux , au lieu de 2. Tou- 
tefois je n'ai jamais observé des différences bien notables, 
et il en a été de même dans les divers essais que j'ai faits sur 
les eaux des autres sources du même plateau. 

Les matières organiques rencontrées dans l’eau de la 
Vosne pouvaient provenir, en partie , des plantes aquatiques 
qui végètent dans le ruisseau et des petits animalcules qui les 
environnent. Ces matières organiques, d’abord sans influ- 
ence sur la saveur de l'eau, se font sentir d’une manière bien 
évidente après l’action prolongée d'une température un peu 
élevée. Notre habile collègue, M.Buisson , a exposé au-dessus 
d’un four de boulanger quelques litres de l’eau dont il s’agit. 
Au bout de deux ou trois jours, le liquide avait pris un goût de 
marécage, très faible, mais bien manifeste. Placée dans les 
mêmes circonstances, l’eau du Rhône conserva entièrement 
sa saveur franche. Celle de la Saône acquit un goût légère- 
ment fade, sensible seulement à une dégustation attentive. 


L'eau de la fontaine Camille a offert la composition sui- 


vante : 
cc 
Gaz carbonique 40. … .. 33,5 
Anotel MED OOT MA. , 15.8 , 45,9 
Dsicene . 2" .- 6,2 
gr. 
Carbonate de chaux. . . . 0,195 


Sulfate de chausiat-0 . - . "0,001 
Chlorure de sodium. . . . 0,006 
Asotates . 1 Fe - : » 

Matières organiques. . . . 0,01 environ. 


SUR LES EAUX DE LYON ET DES ENYIRONS. 509 
L'eau de la fontaine Camille est la moins calcaire de toutes 
celles du même plateau que j'ai analysées. Cependant, au sor- 
tir du canal souterrain où elle coule d’abord , elle commence 
déjà à former des incrustations. Il est à remarquer que, 
depuis leur point de départ jusqu’au moulin des Foulons, près 
de la Saône, les eaux de la Vosne et de Camille donnent 
naissance à des dépôts d'autant plus abondants qu'elles s’é- 
loignent davantage de leur source. Elles doivent, en effet, 
avoir , à l'origine, un excès de gaz carbonique , par rapport 
au carbonate de chaux; et, de plus, il y a lieu de penser 
que la précipitation du sel calcaire et le dégagement du gaz 
carbonique ne s'eflectuent pas simultanément. Ne voit-on 
pas fréquemment des dissolutions salines, faites à l'aide de 
la chaleur, conserver, malgré la perte de leur calorique , 
pendant plusieurs heures , et même pendant plusieurs jours , 
l’excédant de sel que l'élévation de température leur avait fait 
dissoudre ? De même, probablement, le départ du gaz carbo- 
nique n'entraine pas une précipitation immédiate du carbo- 
nate de chaux qui s'était dissous sous son influence. 


Voici maintenant les résultats qui ont élé fournis par les 
eaux de Fontaines et de Ronsier ( territoire de Sathonay ) : 


Fontaines. Ronsier. 

Acide carbonique . . . 43c,9 302,0 
Aebie D NS AA D EME Gore 6 16,3 
ASE IE TAON Su Dir ECG 5 6,6 
Total desgasele » 66% ,0 54,9 


1 Ces eaux ont toutes élé apportées dans des bouteilles bouchées et cachetées 
soigneusement. Cependant, comme je n’ai pu quelquefois les analyser que long- 
temps après, le dosage des gaz, et particulièrement de lacide carbonique , n’a peut« 
être pas été obtenu toujours très exactement. 


T. Hi: 34 


510 RÉCHERCHÉS ANALYTIQUES 


Fontaines. Ronsier. 

Carbonate de chaux avecun gr. 0,240 
peu de silice. . . . 0,090 0024 
Sulfate de chaux . . . 0,004 0,005 
Chlorure de sodium. . . 0,016 0,014 
Arotates lc <) a 0 ETOsTa 0,010 


Total des mat‘ salines . 0,562 033 


Ces eaux contiennent , comme les précédentes, des ma- 
tières organiques. Je n’en ai point évalué la quantité. 

M. Boussingault a analysé, il y a quatre ans, l’eau de Royes, 
prise au réservoir de la manufacture de toiles peintes de 


M. Coubayon. Il y a rencontré : 


Acide carbonique . . . : 31,7 
Acotesmemne nee e gg is RS Hara 
CREER LT RS NE 6,2 

Carbonate de chaux. . . . 0,239 

Sulfate deschaux: ce so 03043:35$:0.268 
Chlorure de sodium. . . . 0,011 Le 


Matières organiques. . . . 0,0015 & = 


J'ai trouvé les eaux puisées au même réservoir composées 


de la manière suivante : 
CE 


Acide carbonique +: . . :. 33,5 
ER OL D Der ne s OU » Doi 
M On Lee,» 7,6 


r. 


Carbonate de chaux . . + 0,235 
Sulfatedeschauxs … … « . 0,0% 
Chlorure de sodium . . . 0,013 0,280 
Aotatesit, 21, 0tupbtan 1 yo 080 


Matières organiques . : . 0,01 ou 0,02 environ. 


LÉ] 


SUR LES EAUX DE LYON ET DES ENVIRONS. 511 

Recueillie aux sources mêmes , l’eau de Royes n'offre pas 
une composition semblable à celle que je viens de rapporter. 
Le trajet qu’elle fait , quoique très court, la modifie. Dans le 
parcours des galeries souterraines , elle perd de l’acide carbo- 
nique et du carbonate de chaux. Son lit est même incrusté 
de calcaire, qui soude ensemble les cailloux roulés qui s'y ren- 
contrent. J'ai trouvé, dans l’eau prise à l’une des sources , 
quelques centigrammes , par litre , de carbonate calcaire de 
plus qu'au réservoir , et jusqu'à 47 centimètres cubes de gaz 
carbonique au lieu de 33. 

En résumé , toutes les eaux de source dont il vient d’être 
question renferment trop peu de matières salines pour donner 
lieu de craindre de leur part aucun effet fâcheux sur la santé, 
et l'expérience est d'accord avec cette conséquence de l’ana- 
lyse. 

Ces substances salines seront aussi sans influence sensible 
dans presque tous leurs emplois industriels. Leur vertu 
incrustante est la plus grave matière de reproche qu'on 
puisse leur adresser. 


Eaux du Jardin-des-Plantes et des Trois-Cornets. 


L'eau de la source du Jardin-des-Plantes est beaucoup plus 
impure que les précédentes. Elle est complètement impropre 
aux usages de l’économie domestique. Sa saveur séléniteuse 
n'est pas tolérable. Son mélange avec l’eau de savon donne 
lieu sur-le-champ à un dépôt en grumeaux. 

Prise à sa source ,elle a donné : 


cc 


= 


AoIdeGNAnIQUE- em + . . . 1.0 
RC ARR Sn. * . 14.9 78,5 
Oxigène L . . . L . . L . 7 , 0 


512 RECHERCHES ANALYTIQUES 

gr. 
Carbonate de chaux et silice . . . 0,28 
Sultate débat ici cases: 0,17 
Chlorures de sodium et de potassium . 0,12 0.99 
Chlorures de calcium et de magnésium. 0,19 
Azotates de chaux et de magnésie . . 0,20 
Azotate de potasse . . . . . . 0,05 


Matière organique soluble dans l'alcool. 0,05 | 0.07 
Matière organique insoluble dans l'alcool 0,02 | CRT 


Enfin, dans l’eau de la fontaine des Trois-Cornets , j'ai 


trouvé les matières suivantes : 


cc. 
Acide carbonique: 4m, metres zic tot 450 
ABS de Eee dites Busct a / D TES 67,6 
ORNE CR ee ne CR, | 
g 
Carbommtetde Chan Sr Sn + 0,29 
SADÉEEORRA RRE RE +. OUI 
Sue dé CHauS 27 7, . à «+ ON 
Chlorures de sodium et de potassium . 0,09 0,76 
Chlorures de calcium et de magnésium. 0,10 
Azotatéss a et 2h 0 agree Di TN7 
Matières organiques . . . . . . 0,05 


L'eau des Trois-Cornets est réputée , m'a-t-on dit, d’une 
qualité supérieure , et beaucoup de personnes la regardent 
comme la meilleure de Lyon. Cependant on voit qu’elle est 
loin d’être pure. Les sels qu’elle renferme influent même sur 
sa saveur d’une manière désagréable, et la font paraitre à 
une température plus élevée qu’elle ne l’est en réalité. Elle 
précipite le savon en caillebottes , comme celle du Jardin- 
des-Plantes , quoique moins promptement et moins forte- 
ment. Ne pourrait-clle pas avoir quelquefois une action 


SUR LES EAUX DE LYON ET DES ENVIRONS. VE 
avantageuse sur l’économie animale, et serait-cé à cette 
cause qu'il faudrait attribuer sa renommée populaire ? Je ne 
sais si la quantité assez notable de nitrates qu'elle renferme 
doit donner lieu de pencher pour l’aflirmative. Quoiqu'il en 
soit, pour les usages ordinaires , l'eau de nos rivières et les 
eaux précédemment citées du plateau de la Bresse doivent 
avoir sur elle une supériorité incontestable. 


OBSERVATIONS 


SUR 


LES CELORURES DE CARBONE, 


PAR 


M. A. BINEAU, 


PROFESSEUR À LA FACULTÉ DES SCIENCES DE LYON. 


GER DEEE 0 © 


Il nese produit pas d'iodure de carbone dans des cir- 
constances semblables à celles qui donnent naissance au 
chlorure. De plus, les substances qui dérivent de l’action de la 
potasse sur l’iode dissous dans lalcool, et que l’on a considé- 
rées pendant queique temps comme formées d’iode et de car- 
bone , ont dévoilé à des recherches ultérieures une composi- 
tion plus compliquée. L’iodure de carbone reste donc encore au 
nombre des composés hypothétiques que soupconne seulement 
la théorie. Ne serait-il pas possible de l’obtenir par aouble 
décomposition , à l’aide ce l'ioaure de potassium et du shlo- 
rure de carbone ? L'expérience que j'en ai faite m'a éonné 
un résultat négatif. Mêlé avec de licdure de potassium ct 
soumis à l’action du feu, le perchlorure de carbone s'est 
distillé sans s’altérer. Conduit à l’état de vapeur sur ce même 


516 OBSERVATIONS 

iodure chauffé au rouge naissant , il est encore resté en par- 
tie intact, tandis que la portion qui s’est décomposée a 
donné lieu à du protochlorure de carbone, à de l’iode libre 
et à du chlorure de potassium. 

L'action de l’ammoniaque sur le chlorure de carbone, sous 
l'influence de la chaleur, fournit des produits extrèmement 
variés. On peut voir surgir de cette réaction : du chlorhy- 
drate d'ammoniaque, et même de l'acide chlorhydrique 
libre, du cyanogène , de l’azote, du chlorure de cyanogène 
solide , une matière noire soluble qui provient probable- 
ment de l'effet de l’'ammoniaque sur le cyanogène ,; une ma- 
tière charbonneuse , et enfin du chlorure de carbone liquide. 
Mais ces différents corps ne se montrent pas toujours tous à 
la fois, et leur quantité varie suivant l'intensité de la cha- 
leur. Les plus essentiels d'entr'eux me paraissent être l’a- 
cide chlorhydrique et le cyanogène. Leur formation s’ex- 
plique parfaitement à l’aide de lPéquation suivante , où l’on 
voit l’azote et le chlore se substituer l’un à l’autre, équivalent 
par équivalent , en admettant pour l'équivalent de l'azote le 
nombre 60,01 (Az. ?/5) : 

Ch°,62.-h Az H = Ch H 7% Cr. Az, 

Dans les premiers temps où je me suis occupé des re- 
cherches qui font l’objet de cette note et qui ont été inter- 
rompues par le travail sur les eaux que j'ai eu dernièrement 
l'honneur de présenter à la Société, r’ai cherché à déterminer la 
densité des vapeurs du perchlorure de carbone et du chlo- 
rure liquide. Pour le premier , j'ai trouvé le nombre 8,4 :, 


1 Voici les données de l’opération exécutée par la méthode de M. Dumas : 


Æxcés du ballon contenant la vapeur sur le ballon plein d’air 0 gr:, 930 


Tempértnre de levapeute $ SODOMIE. A À 230° 
Température de l’air au moment de la pesée . . . . . 18° 
Pression atmosphérique . T44mm 
CAPACÉ AMPANON EE AOENRRRIE NT CEOMEN CE | 275 cc 


Airrresié andl8 eee TO TE MEME D re 36 cc 


SUR LES CHLORURES DE CARBONE. 1 
et pour le second, 5,65 *. D'après le calcul théorique, 
ces densités doivent être 8,16 et 5,72, Ch * C* et Ch : C : 
étant les formules qui leur correspondent. 

La première densité trouvée s'éloigne assez fortement de 
celle qu'indique le calcul. C'est qu'en effet la matière em- 
ployée à l'expérience a laissé un léger résidu noirâtre. Je 
me proposais de recommencer l'épreuve avec un produit 
mieux purifié , lorsque j'ai vu, dans les #nnales de chimie 
et de physique, que M. Regnault a obtenu des résultats qui 
s'accordent avec les miens. 


r Cette densité a été ohtenue par le procédé de M. Gay-Lussac. 


Poids de la matière employée . . . : . . . . . Ogr., 218 
Volume de la vapeur. PM De PT le amis 58 ce 
HEDIPETAIUTE NL. ee, cpu Dee MPa - 1000 
Pression barométrique. . . . . . . + . + . . HS 
Hauteur du mercure dans la cloche . . . .. . . . 202mm 


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SUR LA 


THÉORIE DE L'AMÉNAGEMENT DES FORÈTS , 


PAR 


M. INOIROT=SONIAMTET . 


GÉOMÈTRE-FORESTIER , ET MEMLRE CORRESPONDANT DES SOCIÈTÉS 
D'AGRICULTURE DE TROYES ET DE LYON. 


Quand les législateurs anciens proclamerent 
les bois des lieux sacrés, ils furent inspirés 
par le ciel lui-même. 

Voyage du duc de Raguse ; v. , p.204. 


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( DEUXIÈME SUITE. } 


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CHAPITRE III. 


DES FORÈTS CONSIDÉRÉES SOUS LE RAPPORT COMBINÉ DE LEURS 
PRODUITS EN MATIÈRE ET EN ARGENT. 


SECTION PREMIÈRE. 


RECHERCHES SUR LES DIFFÉRENTS MODES D'AMÉNAGEMENT. 


Dans l’état où la propriété forestièr2 se montre aux regards 
de l'observateur , les nuances assez variées * que présente l'a- 


r Les foréts sont traitées en futaies pleines, en taillis simples , en laillis composés; 


puis en coupes par jardinage ; puis les surlages , ete. 


520 DE L'AMÉNAGEMENT 

ménagement peuvent être rapportées à deux divisions princi- 
pales, l'aménagement en futaie et l'aménagement en taillis ; 
distinction caractéristique qui dérive des deux différentes ma- 
nières dont s'accomplit la régénération des bois. Nous avons 
dit qu'aménager une forêt , c’est constituer un capital maté- 
riel , c'est établir ce capital dans les conditions d’un produit 
annuel et soutenu , et, par conséquent, dans les conditions 
d'une existence permanente ; ainsi , tout aménagement com- 
biné sur des bases rationnelles doit pourvoir à la conservation 
du capital dans son intégralité , doit garantir le maintien à 
un niveau déterminé de la puissance productrice de la forêt. 
Il ne suflit donc pas de régulariser pour une certaine révolu- 
tion la production des bois ; il faut encore en assurer à jamais 
le retour périodique ; il faut enfin ménager des moyens natu- 
rels et eflicaces de régénération. « Toute méthode d’exploita- 
tion , dit M. Parade, doit,en général, satisfaire aux deux 
conditions fondamentales suivantes : 1° régler la quotité des 
coupes annuelles de manière à procurer un rapport soutenu ; 
2° assurer par ces coupes mêmes la régénération des forêts. 
Or, deux procédés nous permettent également de parvenir à 
ce but : le premier réside dans la dissémination des graines 
que donnent les arbres parvenus à l’âge de la fécondité ; mais 
cet âge est, en général, bien éloigné pour l'impatience de 
l'homme, ou plutôt pour la brièveté de sa carrière. Heureu- 
sement que la plus nombreuse famille de nos végétaux li- 
gneux : possède la faculté de se repreduire par les souches ; 
faculté précieuse , à la faveur de laquelle nous nouvons ap- 
proprier à nos besoins les produits forestiers long-temps avant 
leur maturité, et sans que cette interversion des lois de la 
nature tarisse la source de ses bienfaits. 


Toutefois les souches ne conservent pas indéfiniment leur 


1 En famille des bois feuillus , tont le monde sait que les bois résineux ne se repro- 
duisent que de semences. 


DES FORÈTS. 521 
force régénératrice ; parvenues à un certain âge, comme 40 
ans à peu près pour les espèces les plus vivaces telles que 
le chène, 30 ans pour le hêtre, et 20 ans pour les bois 
blancs , elles ne donnent plus guère que des rejets rares et 
languissants , dont beaucoup périssent prématurément : 
cependant on peut admettre à la rigueur qu'une forêt résiste à 
deux ou trois exploitations faites à des âges prolongés; mais une 
époque arrive inévitablement où l’on voit les clairières se 
former, les arbustes s'emparer du sol, les souches rester 
improductives , et la forêt s’acheminer vers une entière des- 
truction, qu'on ne peut prévenir que par l'abandon du sys- 
tème des coupes surannées et par l'application d’un régime 
réparateur. 

D'un autre côté , il est reconnu que les arbres qui crois- 
sent dans l’état serré ne deviennent aptes à la fructification 
que vers l’âge de 60 à 80 ans (pour les bois durs) , et qu'ils 
ne parviennent au plus haut point de fertilité que vers l’âge 
de 120 ans. On pourrait partir de ces faits, sur lesquels l'ex- 
périence a prononcé positivement , pour tracer une ligne de 
démarcation bien dessinée entre les taillis et les futaies. Les 
taillis, dirait-on, sont les bois dont l’exploitabilité ne dépasse 
pas la limite de 40 ans, et les futaies sont les bois dont l'ex- 
ploitabilité , très rarement inférieure à 80 ans, ne descend 
jamais au-dessous de 70 ans. 

Cependant à s'en tenir à la réalité des faits, on voit des 
taillis de tous les âges depuis 5, 8 et 10 ans jusqu'à 50 , 
60 ans, et même 70 ans. Les périodes d’exploitabi- 
lité sont le plus ordinairement réglées à des âges multi- 
ples du chiffre 5, comme 10, 15, 20, 25 ans, etc. On 
n'apercoit pas de motifs à ce mode de progression , aussi 
existe-t-1l quelques aménagements à périodes anomales , 
comme 18, 21, 22, 24 ans, etc. On trouve beaucoup 
moins de variété dans les aménagements de futaie; la plu- 


529 DE L'AMÉNAGEMENT 

part sont réglés à 100 , 120 et 130 ans : un petit nombre 
de forêts de l’État ou de la Couronne s'élèvent jusqu'à l’ex- 
ploitabilité de 200 à 250 ans :. 

Voici ce qu'a écrit M. Baudrillart sur le sens que l'usage a 
donné aux mots taillis et futaie ; ainsi que sur la classifica- 
tion de nos forêts de toutes catégories. 

« Les chênes, les hêtres , les pins et les mélèses sont 
presque les seules espèces qu'on laisse croître en futaie, par- 
ce que, parmi les grands arbres forestiers les plus répandus, 
ce sont ceux qui fournissent le meilleur bois pour les con- 
structions et les autres objets de haut service : les ormes, 
les frênes, les érables, et surtout l’érable sycomore et l'éra- 
ble-plane, méritent aussi d'être réservés en futaie, mais 
ils sont plus rares. 

« On distingue généralement deux sortes de futaies, sa- 
voir : les futaies pleines ou en massifs, et les futaies éparses 
ou sur taillis. Les futaies pleines sont celles qui composent 
tout une contenance de bois : elles sont ordinairement amé- 
nagées à 100, 120 et 150 ans. Les futaies sur taillis sont 
celles qui se composent de tous les baliveaux anciens , MO- 
dernes et de l’âge du taillis que l’on réserve à chaque révo- 
lution sur les coupes. 

Dans le langage ordinaire on distingue les futaies en 
3 classes : la nes proprement dite, celle qui approche 
de 100 ans: haute futaie , celle de 150 ans, et enfin vieille 
écorce, celle qui dépasse ce dernier âge, comme la futaie 
de 200 ou 250 ans. 

« On entend par taillis, dit encore Baudrillart, les bois de 
la classe des arbres non résineux qui se coupent à différents 
âges, c’est-à-dire depuis 5 ou 6 ans jusqu'à 30 ans ; nous 


1 M. Dralet assure qu’il existe des aménagements de futaie poussés jusqu’à 300 nn: 


el nommément dans la forèt de Fontainebleau. 


DES FORÈTS. 523 


19 


disons de la classe des arbres non résineux, parce que les ar- 
bres résineux ne repoussent point , et qu'il faut qu'un bois 
puisse repousser de souches et de racines, après avoir été 
coupé, pour être considéré comme taillis. » 

Ce même auteur ajoute ce qui suit sur la distinction 
entre les taillis et les futaies : 


« Les forêts et bois s’exploitent en futaies pleines et en 
taillis : le premier mode a lieu surtout dans les pays riches 
en forêts, tels que l'Allemagne et la Russie, et quelques 
parties de la France. Le mode d'exploitation en taillis est 
suivi plus particulièrement dans les états populeux, par- 
ce que , dans les premiers temps, les forêts y ontété moins 
ménagées soit par les défrichements , soit par les mauvaises 
exploitations ; qui ont amené les anciennes futaies à l'état 
de taillis”, et souvent à l'état de friche. En effet, on remarque 
par les anciens procès-verbaux de réformation ; et notam- 
ment par ceux de M. Froidour , que les forêts avaient été 
dégradées par les exploitations fréquentes et sans règle, et 
surtout par les exploitations en jardinant; mais alors le dé- 
sordre à fait place à l’ordre, et des règlements conserva- 
teurs ont prescrit des règles sur les coupes, et ordonné 
la réserve d’un certain nombre d'arbres pour assurer le re- 
peuplement, et fournir ensuite les pièces nécessaires aux 
constructions. 

« Au surplus, continue Baudrillart, il n'est point exact 
de dire, du moins d’une manière générale et absolue ; qu'un 
taillis est un bois que l’on coupe à 30 ans, puisqu'il est plu- 
sieurs espèces de bois, qui, après cet âge, se reproduisent en- 
core de souches ; mais quand l'exploitation est tellement dif- 
férée que le repeuplement doit se faire beaucoup plus par les 


d Ce cvs 
1 On verra plus loin que cette transformation, pour les bois de particuliers , à été 
la suite, non de l’abus, mais de l'usage. 


524 DE L'AMÉNAGEMENT 
semences que par les souches , c’est alors que les bois doivent 
prendre le nom de futaie , et s'appeler futaie sur souches, si 
c'est un taillis qu'on a laissé élever en futaie, et futaie de 
brins , si elle provient de semences. En effet , le mot futare 
vient de fust, haute tige ; ce qui indique qu'il ne convient 
qu'aux bois destinés à parvenir à leur plus haut degré d'élé- 
vation , et par conséquent à se repeupler de semences. » 

Voilà donc deux moyens de reproduction qui fondent 
la distinction principale admise entre les taillis et les fu- 
taies; d’après cela, notre auteur pense qu'on peut établir 
cette définition : un taillis est un bois que l’on coupe à un 
age tel qu'il puisse se reproduire de souches et de racines ; 
tandis qu'une futaie, est celui qui est destiné à n'être abat- 
tu qu’à un age où la reproduction se fera principalement par 
les semences. 

cc Il faut bien remarquer , ajoute encore Baudrillart , que 
la reproduction est plus ou moins avantageuse suivant les 
âges auxquels se coupent les différentes espèces de bois dans 
tel ou tel terrain. En effet, un propriétaire qui couperait ses 
bois fréquemment, soit pour profiter d'une cherté momen- 
tanée, soit pour satisfaire à des besoins pressants, les rui- 
nerait infailliblement , en fatiguant les souches, en mettant 
obstacle au développement des racines, qui ne croissent que 
dans la proportion des branches et des feuilles, en exposant 
plus souvent les recrus aux effets de la gelée et aux abrou- 
tissements , en s’opposant au repeuplement par les semences 
qu’auraient données les brins des taillis dans un âge avancé , 
en favorisant la multiplication des genêts, des bruyères et 
autres plantes nuisibles, qui ne sont étouffées que sous les 
taillis d’une certaine force. D'un autre côté, 1l est d’obser- 
vation que les bois ne se reproduisent pas en taillis aussi 
long-temps qu'ils auraient vécu s'ils n’eussent pas été cou- 
pés, et que plus les coupes sont rapprechées , plus la repro- 


DES FORÊTS. 225 
duction est affaiblie : d’où il suit qu'un tallis exploité plus 
fréquemment donne un recru plus chétif, et exige plus de 
réparation qu'un taillis dont les coupes sont plus éloignées :. 

Mais si, au contraire, on retarde trop l'exploitation d'une 
forèt , les souches dépérissent , un grand nombre d’essences 
disparaissent, et les vides s’établissent. IL est certain que la 
reproduction est l’objet principal qu'on doit se proposer dans 
l'aménagement d’une forêt , et l'expérience, qui a démontré 
cette vérité, prouve également que l’on obtiendra le maxi- 
mum des produits en matière toutes les fois que l’on retar- 
dera assez l'exploitation pour que les bois soient en état de 
donner les plus belles productions , c’est-à-dire pour que les 
bois soient parvenus à l’état de haute futaie. » 

D'après le même écrivain, la statistique forestière fait 
connaitre que les âges auxquels les futaies de la France sont 
aménagées varient depuis 80 jusqu'à 200 et 250 ans. Mais 
les âges les plus ordinaires sont de 100 à 130 ans. Quelques 
futaies sont exploitées à 150 et 180 ans, fort peu à 200 et 
250 ans : plusieurs forêts de la Couronne s’exploitent à 
300 ans : ce dernier âge est l'extrême limite. Quant aux tail- 
lis, beaucoup sont aménagés de 20 à 30 ans; mais il s’en 
trouve aussi un grand nombre dont l'aménagement est borné 
à des âges inférieurs à 20 ans; il en est même qui n'excè- 
dent pas l’exploitabilité de 5 à 7 ans. 

Toutes les remarques qui précèdent se résument dans 
cette proposition, que les aménagements, en général, peuvent 
être rangés en deux ordres, fondés sur la considération du 
mode de reproduction naturelle : c’est ainsi qu'on distingue 
lesfutaies qui se renouvellent par les semences, et les taillis 


1 Ces considérations sont évidemment justes, mais elles n’ont aucune in- 
fluence sur la fixation des périodes d’aménagement dans les bois de particuliers. Il est 
beaucoup de ces bois qui s’exploitent à 8 ou 10 ans, et que les propriétaires ne son- 
gent point à transformer. 


T1 +5 


526 DE L'AMÉNAGEMENT 

qui repoussent de souches et de racines. Mais cette classifi- 
cation, claire en théorie , est loin d'offrir la même précision 
dans la pratique. On voit dans les forêts de l'État des aména- 
gements réglés en taillis de 50, 60 et 70 ans , c’est-à-dire 
à des âges qui ont cessé d’appartenir à l'exploitabilité en 
taillis , et qui ne s'élèvent pas encore à l’exploitabilité en fu- 
taie. On ne trouve , dans ces aménagements , ni l'avantage 
particulier au taillis , celui de donner des produits fréquents, 
ni l'avantage inhérent à la futaie, celui de donner la plus 
belle production : ces forêts présentent d’ailleurs un incon- 
vénient très grave, celui de lincertitude dans les moyens 
de repeuplemeut. Si, dans un aménagement à 60 ans, on fait 
reposer l'espoir de la régénération sur la reproductivité des 
souches , on court le risque d’une déception complète; et 
si, au contraire, on attend cette régénération d’un semis natu- 
rel , les bois de cet îge ne donnant encore que des semences 
la plupart stériles, on peut se trouver entièrement trompé 
dans les prévisions que semblerait autoriser une abondante 
récolte de graines. 

Ainsi, malgré la différence bien prononcée des deux carac- 
ières sur lesquels se fonde la distribution des aménagements 
en deux classes principales : lesaménagements en futaie et les 
aménagements en taills , il n'existe point, à proprement 
parler, de point réel de séparation, de véritable solution de 
continuité dans la série des exploitabilités. On peut même 
dire que les aménagements forment une chaîne non inter- 
rompue depuis le taillis le plus jeune, celui de 10 ans par 
exemple, même celui de 5 ans, jusqu'aux futaies dont l’exploi- 
tation n’a lieu qu'à 200 , 250 ans ou 300 ans. Cependant , 
si l'on part des considérations pratiques qui paraissent devoir 
faire exclure du système forestier les aménagements inter- 
médiaires, c'est-à-dire ceux de 50, 60, 70 et 75 ans, on 
peut établir en principe que toutes les exploitabilités infé- 


DES FORÈTS. 527 
vieures à 40 ans constituent l'aménagement en taillis, dont 
le caractère esseritiel est la régénération par les souches, et 
que toutes les exploitabilités au-dessus de 80 ans constituent 
l'aménagement en futaie , dont le caractère essentiel est la 
régénération par les semences. 

Relativement aux exploitabilités de 40 à 80 ans, comme 
on ne peut les ranger déterminément ni dans l’une ni dans 
l'autre de ces deux catégories , il semblerait qu'on püt en 
composer une troisième classe, qui aurait pour caractère dis- 
tinctif une régénération mixte, fondée sur l'alliance des deux 
moyens qu'offre la nature. Mais, d'une part, ces deux pro- 
cédés sont très peu susceptibles d’être combinés utilement, 
et, d'autre part, tous deux se présenteraient à leur moindre 
degré d'énergie. En effet, aux âges compris entre les ex- 
trêmes 40 et 80 ans, les souches ont déjà perdu une grande 
partie de leur force de reproduction, tandis que les 
tiges n'ont pas encore acquis la faculté de donner naissance 
à des graines abondantes et fertiles. Rien n’est donc plus 
équivoque , plus incertain que la conservation d’une forêt 
soumise à une pareille exploitabilité, qui est à la fois trop et 
trop peu prolongée. 

En définitive, il n'existe que deux genres d'aménagements 
bien déterminés. Une forêt est cultivée soit en futaie de 
80 ans à 300 ans, soit en taillis de 10 à 40 ans. Cher- 
chons à découvrir le rapport de dépendance ou de filiation 
qui rattache l’un à l’autre ces deux modes de traitement. ‘ 

Nous savons que les forêts sont un composé de deux im- 
meubles de nature différente. Dans les temps anciens, ces 
deux immeubles avaient chacun leur utilité particulière , et 
partant leur valeur spéciale. Le sol fournissait la pâture pour 
les troupeaux, et offrait, aux propriétaires des forêts, la jouis- 
sance ct les produits de la chasse : l'immeuble superficiel, 
dont rien alors n’entravait le développement, procurait des 


528 DE L'AMÉNAGEMENT 

fruits pour l'alimentation des animaux sauvages , peut-être 
de l’homme lui-même. Tels étaient les seuls fondements de 
la valeur vénale des forêts. Les produits ligneux , qui alors 
surabondaient, étaient recueillis par le premier occupant. 
En tout cas, ces produits ne représentaient guère que la va- 
leur du travail nécessaire pour transporter et débiter des ar- 
bres morts, ou pour ramasser des débris épars sur 
le sol. 

Pourrait-on douter que tel nait été l'état à peu près gé- 
néral des forêts à une époque lointaine , lorsqu'aujourd'hui 
encore nous voyons des propriétés boisées qui existent 
dans des conditions absolument semblables ? 

« On trouve en Europe, et même en France, dit un au- 
teur: , des forêts qui ne rendent pas de rente foncière , si ce 
n'est celle du pâturage et de la glandée. Dans quelques parties 
du département du Var , et dans bien d’autres contrées , les 
chènes ne s’estiment que d’après le produit de leurs glands ; 
les pins ne se vendent que 2 fr. la pièce lorsqu'ils sont abat- 
tus. IL est d’autres forêts moins productives encore ; unique- 
ment destinées au pâturage , elles rendent à peine de quoi 
payer les frais de garde et l'impôt : elles ne subsistent que 
parce que l’on ne prend pas la peine de les détruire. » 

Cette dernière phrase nous retrace le tableau et, en 
même temps , nous offre l'explication du passé des forêts. 
Elles sont restées sous la forme de massifs de futaie aussi 
long-temps qu’elles n’ont donné d'autre rente que celle du 
pâturage et de la récolte des fruits; mais lorsque le travail 
et l'industrie eurent créé des richesses , c’est-à-dire des élé- 
ments d'échange , et qu'il y eut possibilité d'acheter des 
produits ligneux ; on ne se contenta plus des débris qui jon- 


ÿ M, Noirot ainé, Traité de la culture des Forêts, pag. 117. 


DES FORÈTS. 529 
chaient le sol; on attaqua les arbres sur pied. La cognéce 
pénétra dans les forêts vierges et fit tomber de préférence 
les plus gros arbres, et, par conséquent, les plus dépérissants. 
Le prix des bois s’élevant peu à peu , l'exploitation s’étendit 
graduellement, et cependant, le massif n'étant pas encore 
interrompu , la forèt s’entretenait par les semis naturels. 
Mais bientôt les arbres séculaires disparurent totalement , 
et, comme les besoins allaient toujours en croissant, on 
abattit de jeunes arbres qui repoussèrent aussitôt de souches. 
De ce moment le système des taillis fut inventé. Ce mode 
d'exploitation a donc été une suite naturelle du développe- 
ment du travail et de l’accroissement du bien-être social. 
Aïnsi , la disparition d'un grand nombre de massifs de fu- 
taie, tant déplorée par divers écrivains forestiers, a été l'heu- 
reux effet des progrès de la civilisation et de la multiplication 
des richesses ; elle a été un bienfait et non une calamité. 

On a dépeint, dans les termes que nous allons rapporter , 
l'état primitif des forêts, et les modifications successives 
qu’elles ont subies jusqu'à nos jours. 

« Quel est le sort d'une forêt abandonnée à la nature? 
Par quels moyens se reproduit-elle? Comment peut-elle se 
perpétuer dans la suite des siècles? 

« On se représente de vieux arbres qui ont survécu à la 
foule de ceux qu'ils ont étouflés,. des tiges renversées , d’au- 
tres tiges debout et: dépouillées de leurs rameaux, de jeunes 
arbres qui s'élèvent sur ces débris, des places vides qui se 
repeuplent par les semences que les vents y transportent , 
ou que les oiseaux y déposent : telle est la peinture que les 
voyageurs nous ont faite des forêts du Nouveau Monde, et 
tel a été primitivement l’état de nos propres forêts. 

« Nous allons considérer celles-ci dans l’état où les progres 
de nos institutions civiles les ont amenées. Le problème dont 


celles sont l'objet consiste à en retirer le plus grand produit 


530 DE L'AMÉNAGEMENT 
possible, et à le perpétuer. Les différentes manicres de les 
exploiter sont liées par des nuances presqu'insensibles. 

« Si, au lieu de laisser pourrir les arbres morts, comme 
dans les forêts abandonnées à la seule nature , nous les enle- 
vions pour les faire servir à nos besoins, nous entretiendrions 
les forêts dans une vigueur perpétuelle. Mais à quel usage 
pourraient servir des arbres déjà morts ? Il faudrait au moins 
les enlever au terme qui précède la décrépitude, au terme 
où ils ont pris tout’leur accroissement ; nous retirerions 
ainsi des forêts le plus grand produit possible. Tel est, sû- 
rement, le plus ancien mode d'exploiter, mais qui n'est plus 
guère praticable dans les pays où l’agriculture et les arts ont 
fait de grands progrès. 

« Lorsque le bois devint plus rare par l'augmentation des 
richesses ; on coupa des arbres qui n'avaient pas encore pris 
tout leur accroissement. Jusque-là on avait conservé des 
massifs de futaie; mais lorsqu'on coupa, dans le même 
espace, un grand nombre d'arbres voisins les uns des 
autres, on détruisit ces massifs, qui furent remplacés par 
des taillis. Si, dans ce grand nombre d'arbres que l’on vou- 
lait abattre à la fois, on en laissait quelques-uns sur pied , 
ceux-là grossissaient au milieu des taillis qui les environ- 
naient ; et dès-lors se trouva créé le mode d'exploitation des 
taillis sous-futaie. Lorsqu'on réserve un trop petit nombre de 
futaies, on tarit la source de ses richesses, on n’a bientôt 
plus d'arbres de construction ; lorsqu'on en réserve un trop 
grand nombre, le taillis est étouffé. Les baliveaux se 
joignent par leur branchage , et l'on n'a plus qu'un massif de 
futaie. 

« Tel est l’enchainement des différents modes d'exploita- 
tion entre lesquels se partagent toutes nos forèts : elles sont 
aménagées soit en futaies, soit en taillis. Cette dernière 
classe, qui comprend la majeure partie de notre sol forestier, 


DES FORÈTS. al 
se divise en taillis simple, ou taillis sans arbres de réserve , 
et taillis composé , ou taillis sous futaie, » 

Voici quelques réflexions du même auteur, sur lutilité 
respective de ces différentes formes d'aménagement : 

« L'invention du traitement des forêts en taillis composé 
paraît due à la fois à la cupidité et à la prévoyance de ceux 
qui en ont concu l’idée ; on avait besoin de bois de charpente ; 
mais, empressés de jouir, les propriétaires coupaient les 
arbres avant qu'ils eussent la grosseur convenable ; on ne 
trouva pas d’expédient plus commode que de réserver quelques 
brins et de couper tout le reste : ces brins, quon nomma 
baliveaux , formèrent les futaies sur taillis. 

« Si la conservation des massifs de futaie est désavanta- 
geuse aux particuliers , il s'ensuit que le système des futaies 
sur taillis est celui qu'ils adopteront, comme le plus con- 
forme à leur intérêt, Cette réserve de baliveaux, qui se fat 
avant l'exploitation , est d’une valeur presque nulle lorsqu'on 
coupe les taillis ; 1l n’est aucun propriétaire qui ne se déter- 
mine à ce léger sacrifice , dont il trouve la récompense dans 
l'avenir, Rien n’était donc plus convenable que le mode des 
futaies sur taillis, pour concilier les intérêts des possesseurs 
avec ceux de la postérité. 

_« Sides particuliers mettaient le quart de leurs bois en ré- 
serve pour les laisser croître en haute-futaie , en se dispensant 
toutefois de conserver des baliveaux dans leurs coupes ordi- 
naires , ils se croiraient privés du quart du revenu de leurs 
bois, ils ne compteraient pour rien l'augmentation du produit 
de leurs taillis dans les coupes où ils ne laisseraient plus de 
baliveaux ; l'exploitation d'uneréserve, qui aurait lieu au bout 
d'un siècle , ne leur paraïîtrait qu'un dédommagement tardif 
pour eux ; combien de fois l'impatience de jouir n'attenterait- 
elle pas à cette réserve avant l'âge où elle pourrait produire des 
pièces de service ! La méthode des futaies éparses ne présente 


532 DE L'AMÉNAGEMENT 

point cet inconvénient. On compte pour rien les baliveaux 
que l’on réserve, et cependant, dans les forêts qui ont été 
bien administrées, le produit annuel des futaies surpasse 
ordinairement celui des taillis : l'on enrichit sa postérité 
sans s’appauvrir soi-même; voilà ce qui donnera, dans 
tous les temps, au système des futaies sur taillis la plus 
grande faveur. » 

La conséquence à déduire des obvervations précédentes , 
c'est que l'aménagement est susceptible d’être organisé de 
deux manières différentes. Une forêt peut étre soumise à 
l'exploitation en futaie ou à l'exploitation en taillis. Nous 
venons de voir que cette dernière forme convient éminem- 
ment aux propriétaires particuliers, c'est-à-dire aux pro- 
priétaires à existence restreinte ; par la raison réciproque , il 
est de toute évidence que le mode d'exploitation en futaie ne 
peut convenir qu'à l'État et aux communes , c’est-à-dire aux 
propriétaires à existence illimitée. Cette distinction, sans 
doute, se justifie d'elle-même, et, toutefois, c’est en ce sens 
seulement que la création d’un massif de futaie ne peut être 
l'œuvre d'un particulier, à raison de la longue attente que 
suppose une pareille création , attente que pourrait seul sup- 
porter un corps moral, un être impérissable. Il n'est point 
douteux que la formation d’un massif de futaie ne soit deve- 
nue impossible * à la propriété individuelle ; mais ce qui est 
incontestablement vrai pour le cas de création d’un aména- 
gement en futaie, paraît n'être d'aucune application au cas 
de possession actuelle d’un aménagement de cette nature. On 
voit très bien pourquoi un particulier ne peut raisonnablement 
songer à élever une futaie , à conduire à 150 ans, par 
exemple, un taillis actuellement âgé de 15, 20 ou 30 ans; 


1 La création d’un pareil massif a élé possible aux particuliers tant que la richesse 
propre des forêts n’a offert qu'un capital inerte. I était facile d’épargner des produits 


dépourvus de valeur, 


DES FORÈTS. 533 
mais on ne trouve pas de motif qui doive empêcher ce parti- 
culier de conserver en futaie une forêt qu'il trouverait tout 
aménagée de cette sorte , et dont il tirerait un revenu annuel, 
comme d'un autre bois, comme d'une propriété rurale, ou 
comme d’un capital monétaire. 

Si donc nous nous adressons cette double question : quel 
mode d'aménagement est plus profitable pour un particulier, 
et quel autre pour l'État? nous ne pouvons répondre, en 
termes absolus, que le taillis est ce qui convient le mieux au 
particulier , et la futaie, ce qui convient le mieux à l'État ; 
car , d’un côté, rien ne nous a montré encore que l’exploi- 
tation en taillis ne soit pas aussi utile à l'État qu'à tout autre 
propriétaire, et, de l’autre , nous ne trouvons point en quoi 
une futaie qui donnerait, par exemple , un revenu fixe de 
10,000 fr. ou de 20,000 fr., vaudrait moins ou serait 
moins avantageuse pour un particulier que pour l'État. Il est 
très positivement reconnu que la propriété particulière est 
désormais impuissante à créer des massifs de futaie; mais , 
d'un autre côté, des preuves historiques établissent que 
beaucoup de forêts particulières ont existé en massifs de 
futaie. Or, à revenu égal, une forêt à l’état de futaie est 
À coup sûr aussi utile qu'une forêt à l’état de taillis ; ce sont 
des capitaux à productions identiques. Dès-lors , comment se 
fait-il qu'aucun massif de futaie n’ait été transmis héréditai- 
rement dans les riches familles ? Un fait certain , c’est qu'on 
ne voit plus de forêt en futaie dans le domaine des parti- 
culiers : ; mais ce fait, quelque indubitable qu'il soit , nous 
paraît encore entièrement inexpliqué. 

De ce qu'une forêt appartient à un particulier, nous ne 
serions donc point fondés à conclure qu'elle ne peut exister 


1 À moins de forèts encore dans j’état de nature, comme celles dont il à été 
question page 528 : ces foréls seront converties en taillis aussitôt que la produetto 
ligneuse y aura acquis quelque valeur vénale. 


534 DE L'AMÉNAGEMENT 

que sous la forme de taillis, et, réciproquement, de ce qu'elle 
appartiendrait à l'État, nous ne pourrions pas davantage en 
tirer la conséquence qu'elle doit être aménagée en futaie. La 
double question que nous avons énoncée tout-à-l’heure reste 
donc sans réponse. 

Il ya plus : füt-il établi démonstrativement qu'une forêt 
particulière doit toujours être aménagée en taillis, nous n’en 
serions pas plus rapprochés de notre but; car alors se pré- 
senterait la question de savoir si c’est un taillis de 10 ans, de 
20 ans, de 30 ans, etc. que nous devons préférer. Et:«., 
au contraire ; 1l était évident que l'État ne peut faire mieux 
que de créer une futaie , 1l nous resterait à faire un choix 
entre toutes les exploitabilités comprises entre 80 et peut-être 
300 ans; c’est-à-dire que lors même qu'il serait prouvé 
sans réplique qu’en aucun cas un particulier ne peut posséder 
une futaie , ni l'État un taillis, cette solution serait d'autant 
plus insuflisante, qu’il y a telles exploitabilités, celles de 40 à 
80 ans, qui ne sont plus des exploitabilités en taillis , et ne 
sont pas encore des exploitabilités en futaie, ou qui ont à la 
fois l’un et l’autre caractère. En sorte que décider que tel 
bois doit être aménagé en futaie, tel autre bois en taillis, 
c'est laisser dans l'indétermination la plus entière la question 
même de l'aménagement. 

Jusqu'à présent, nous n'avons point trouvé la réponse à 
cette question : Quel est l'aménagement le plus profitable 
pour une forêt donnée ? La division des exploitations en 
deux classes , celle des taillis et celle des futaies, est utile ou 
plutôt indispensable sous le point de vue de la culture fo- 
restière, mais elle n’a nulle valeur quant à l’objet de nos 
recherches. Ce n'est donc pas à savoir si un bois doit être 
aménagé en futaic ou aménagé en taillis que nous devons 
nous arrêter, mais à connaitre le chiffre exact de l’exploita- 
bilité la plus avantageuse. Est-ce à 10 ans, 15 ans ou 20 ans, 


DES FORÈTS. He 
ou tout autre âge, que doit être aménagée une forét , pour 
être établie sur les meilleures bases possibles ? Voila, ce 
nous semble, l'expression juste, l'énoncé complet du 
problème qui nous occupe, et qui à été posé, sinon 
dans les mêmes termes, au moins dans le même sens, 
par M. Dralet, lorsque ce savant forestier a écrit ce 
qui suit : 

« Il ne suflit pas d'enseigner à un propriétaire que cer- 
tains bois ne doivent pas être exploités ; par exemple ; avant 
l’âge de 25 ans, ni après celui de 35 ans : il lui importe de 
connaître précisément l'année dans laquelle il doit abattre 
les taillis; s’il devance cette année , il perd de la quantité 
et de la qualité; s'il la laisse écouler, il perd un temps 
précieux. » 

C’est donc le chiflre rigoureux de l'exploitabilité qu'il est 
nécessaire de rechercher ; et, en effet, une fois ce chiffre 
trouvé, tout le reste est déterminé. Le calcul nous donne-tl, 
par exemple, 35 ans, ou 30 ans, ou 20 ans, etc., ou tel 
autre âge inférieur à 40 ans, nous savons alors que nous de- 
vons appliquer à la forêt les règles culturales particulières 
aux taillis. Si l’âge trouvé est de 90 ans, ou 100 ans, ou 
120 ans, ou tel autre âge au-dessus de 80 ans, nous 
sommes avertis qu'il s’agit d'élever un bois en futaie, et 
qu'en conséquence la forêt doit être traitée d’après les prin- 
cipes de culture les plus propres à élever et à entretenir un 
massif de futaie. Ainsi se trouverait obtenue , de la manière 
la plus explicite , la solution que nous poursuivons, et que 
jusqu'alors nous n'avons pu atteindre. à 

Toutefois, remarquons que nous avons acquis une connais- 
sance assez lucide de l'aménagement en général ; que nous 
en avons étudié la constitution et analysé les effets ; en sorte 
que nos recherches ne peuvent guère maintenant avoir d'autre 
objet que de découvrir quel est l'aménagement le plus utile , 


536 DE L'AMÉNAGEMENT 

le plus profitable parmi tous ceux que peut recevoir une 
forêt donnée. Ce point étant admis, nous apercevons un 
moyen de parvenir au résultat cherché : c’est de nous 
représenter la série entière de ces aménagements possibles. 
Dans cette vue, nous supposerons une forêt de la 3° des 
classes de M. Cotta , c'est-à-dire la forêt que jusqu'ici nous 
avons prise pour le type moyen des forêts de la France. Nous 
déterminerons, à l’aide de la table d'expérience de cet au- 
teur, insérée au présent écrit, page 317 , l'état de 
production et de consistance dans lequel serait amenée cette 
forêt par suite de l’établissement de chacune des exploita- 
bilités progressives , à partir de celle de 10 ans jusqu'à celle 
de 300 ans ; mais, pour ne pas multiplier inutilement les 
termes de la série, nous nous bornerons à graduer les pé- 
riodes de 10 années en 10 années, jusqu'à 100 ans. Au-delà 
de ce point, nous les ferons succéder de 20 ans en 20 ans. 
Cette comparaison des aménagements, depuis le plus infé- 
rieur jusqu'au plus élevé , nous paraît propre à jeter une assez 
vive clarté sur la question que nous discutons. 

Les raisonnements dont ce parallèle nous fournira le texte 
auront une telle influence sur la solution finale du problème, 
que nous ne saurions apporter trop de soins à exposer clai- 
rement l’économie du tableau par lequel nous établirons ce 
rapprochement : ce tableau, qui va clore la présente section, 
sera, au début de la section suivante, l’objet d’une description 


détaillée, puis formera la base de toute la suite de notre 
travail. 


ne Q) ire —— 


IONDANTE A LA 3me DES CLASSES DE M. COTTA. 


ÉTENDUE ELEUR VALEUR VALEUR DU SOL CAPITAL CAPITAL RÉEL RAPPORT 
TOTALE DE LA REPRÉSENTANT! DE LA FORÈT, DU CAPITAL RÉEL 
TOTALE D'HECTARE RÉSERVE D'UN HECTARE LA PLUS OU SOMME AU REVENU ANNUEL 
IMMOBILISÉE , HAUTE VA- INTÉGRALE DES DE LA FORÈT 
DE BIIA COUPE OU RICHESSE DANS CHAQUE LEUR DU SOL | VALEURS DU SOL AU TAUX DE LA 
PROPRE DE LA DE TOUTE |ET DE LA RÉSERVE|RENTE DANS CHAQUE 1 
LA FORÈT. | MÉENNE. FORÊT. AMÉNAGEMENT. LA FORÊT. IMMOBILISÉE, AMÉNAGEMENT. À 


= 


: 4 
5 
5 
5 
2 2 
ä 16 » 60,600 151 38 28,526 89,196 2 
é M » 76,100 195 51 28,326 104,626 2 
£ M» 90,100 102 18 28,526 118,626 | © 
5 36 » 108,600 82 19 28,526 157,126 2 
= H >» 124,100 63 350 28,596 152,626 2 
n [0 > 157,000 40 55 28,596 185,526 l 
= 18 » 196,800 29 88 28,526 295,326 1 
à 16 » 240,600 12 46 28,596 269,196 1 
15 >» 280,300 6 635 28,526 509,026 1 
(ie, 327,700 5 46 28,526 356,296 1 
6 » 311,600 1 T6 28,526 406,126 1 
6 » 419,600 » 88 28,526 448,126 1 ; 
(9 > 453,900 » 40 28,526 482,496 » 86 id. | 
2 AE 495,409 » 418 28,596 521,996 > DAS. | 
9 » 531,900 08 28,526 560,426 l 


(a) intes du chiffre entier 4 p' 0/0; il a été établi, pag. FAT, que déjà dans cet 
aména, 


rinio0 


D'extL0 


PILITÉ OÙ 


DES AMÉNAGEMENTS PRO 


GRÉSSIFS QUE L'ON Pol 


TABLEAU SYNOPTIQUE 


ATT ÉTARLIR DANS UNE 


FORËT E: 


GE DE CHÈNE : CORRESPONDANTE 


où analogue à la moyenne des foréts de la France 


ANA 3me 


DES OLASSES DE M, 


COTTA : 


c Leneute or prix 
FROBLCTION EX 
na | sanine rotn | Pnocressir 
LA NECTARE 
va] n'arnës Les pe 
EXPÉRIENCES 


aésacexesr.| om corra. |luéree cure: 


ELLE DE 
PRODUCTION 
EN ARGENT; 
| où vatrcas 
PROGRESSIVES 
D'CX NECTANE 
DE RECU 


LTENDUE DE LA 


COUrE AXNCELLE 


wAXS CHAQUE 


AMÉNAGEMENT. 


FRODEIT 
DE LA coure 
ANNUELLE 
RENENL 
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LA ronËr. 


Carirau 

LAuceLé scn 

LE REVEND AU 
taux ne 

$ vocr 0/0, 
OÙ cariraL 


XOMINAL 


AGE DE 


LA COURE. 


DE YALEURS 


MOYEXNES 


Écueuvr 
DE PRODUCTION 
EX MATIÈRE 

CORRESPONDANTE 
AUX Coures 
DE VALeur 
MOYENNE 


moonesar | us necrane 
CD UE LA courr 


Mèrae cupe MOYENNE 


Yaceun 
TOIALE DE LA 
nÉSENYE 
DEMONILISLE , 
où nicurssr 
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VALEUR nu s0L 
D'EX HECTARE 
DANS CHAQUE 


AMÉNAGEMENT 


earirau 


CANTAL RÉEL 


AEPAÉSENTANT| DE LA ronûr 


LA Ets 
HAUTE Vi 
LAN ou SOL 


où souue 
INTÉGRALE pe 
VALEURS nus Où 


Dont isfe. 


DU CATAL AÉEL 
AU REVENU 433 0EL 
s|. va ronèr 

L | AUraëx ne LA 


x be LA nésEnvE |nENTE DANS CMAQUE 


EPÉRREErER 


1300 
4,800 
18,400 
50,600 
76,400 
90,100 
108,600 
124,100. 


196,800 
240,600 


) L'égalité dû capital récllet da capital nominal, dans l'am 


aménagement 


il y a one dépression de la rente. 


gement à 10 ans, n'est qu'une fiction, dont le but est de faire parti la décro 


nee des rentes du chiffre entier 4 pr 0/03 ila été établi, pag, A7, que déja dans cet 


BRTRAITS 


DES 


PROCES-VERBAUX. 


Séance du 23 août 1839. — PRÉSIDENCE DE M. BotTex. 


M. Magne entretient la Société de l'emploi du boïs de châtaignier 
pour la teinture en noir. Il voudrait voir la préparation des principes 
utiles de cet arbre se propager dans les départements de l'Aveyron, 
du Lot et de la Corrèze, où les châtaigniers sont très communs et 
l'argent fort rare; mais il craint que les frais de transport ne s’op- 
posent à ce que le sirop de châtaignier ( seule substance générale- 
ment employée jusqu'ici) soit vendu à Lyon avec avantage. Il a es- 
sayé si le principe utile ne pourrait pas, comme celui du galon, 
être réduit à l’état sec; et il a obtenu une substance solide, qui, 
d’après des essais faits en petit par M. Berger, teinturier de cette 
ville , s'applique parfaitement à la soie et donne une belle couleur 
noire. Il pense que l'extrait pourrait, plutôt que le sirop, être prépa- 
ré dans les pays éloignés des grandes voies de communication. Le 
premier se vendrait de 85 à 90 fr. les 50 kil. , tandis que le sirop 
n’est payé à Lyon que 45 fr. les 100 kil. Les frais de transport se- 
raient ainsi diminués de beaucoup. 


M. Parisel dit que des tentatives infructueuses ont été faites sur 
les bords du Rhône. Il annonce qu’on tente en ce moment de nou- 
veaux essais à Boën ( Loire ) , où l’on associe le sirop de châtaignier 


à la fécule pour en former des boules du volume de la noix de 
gale. 


538 EXTRAITS 

M. Magne pense , d'après les expériences des teinturiers de Lyon, 
que le bois épuisé suffirait pour entretenir la combustion. Quant à 
l'union du produit du châtaignier avec la fécule , il ne la croit pas 
utile; selon M. Magne, l'extrait sec, étant un produit identique, ho- 
mogène , doit être plus facile à doser qu'un mélange quelconque. 

M. Tissier fait un rapport favorable sur un nouveau moulin à 
bras , soumis à l'examen de la Société par M. Guillet, propriétaire 
el meunier à Rochetaillée. Ce moulin est portatif, d’un bas prix. 
La force d’un homme suffit pour le faire fonctionner, et, comparati- 
vement à des moulins plus volumineux, il moud une quantité de 
blé proportionnellement plus grande. 

M. Rocher donne quelques détails sur la construction d’un nou- 
veau genre de puits. Il promet une note détaillée sur ce sujet. 


+ 
x *# 


Séance extraordinaire du 19 novembre, 


PRÉSENTATION DE LA SOCIÉTÉ 


A SON ALTESSE ROYALE MONSEIGNEUR LE DUC D'ORLÉANS. 


M. le Préfet ayant informé M. le Président que la Société serait 
recue par M. le duc d'Orléans le 19 novembre , jour de l’arrivée du 
prince à Lyon, les Membres qui la composent ont été convoqués 
extraordinairement , et se sont rendus en grand nombre à l'hôtel de 
l'Europe. 

La Société ayant été présentée à S. À. R. , M. Bottex , président, 
lui a adressé le discours suivant : 


« MOonSEIGNEUR , 


« La Société royale d'agriculture , histoire naturelle et arts utiles 
de Lyon, s’'empresse de vous offrir l'hommage de son respectueux 
dévoûment. 

« Elle prie Votre Altesse d’être , auprès de Sa Majesté , l’inter- 
prète de sa reconnaissance pour les encouragements qu’elle a re- 
cus du Gouvernement , aux efforts duquel elle s'associe avec zèle 
pour contribuer , par tous les moyens qui sont mis à sa disposition ;, 


DES PROCÈS-VERBAUX. 539 
aux perfectionnements des diverses branches de l’agriculture , et 
surtout de l’industrie manufacturière de notre grande cité, industrie 
en faveur de laquelle a si souvent éclaté votre généreuse solli- 
citude. 

« Puisque le temps ne me permet pas de tracer un aperçu rapide 
des travaux auxquels se livre la Société, je rappellerai seulement à 
Votre Altesse qu'elle s'efforce continuellement d'encourager l’agri- 
culture en général, l’horticulture si importante dans les environs 
d'une cité populeuse , et surtout l’industrie séricicole qui intéresse 
à un si haut degré la grande manufacture lyonnaise. 

« La Société publie des Annales qui ont pris un rang distingué 
parmi les recueils scientifiques les plus estimés de la France et de 
l'Étranger. 

« En persévérant dans cette voie , elle espère mériter toujours la 
bienveillante coopération du Gouvernement éclairé qui préside aux 
destinées de notre belle patrie. » 


Le Prince a répondu que les encouragements que le Gouver- 
nement accordait, chaque année, aux Sociétés d'agriculture, de- 
puis la révolution de juillet, prouvaient tout l'intérêt qu’il portait 
à des travaux d’une utilité si incontestable ; qu’il n’était point étonné 
que la Société de Lyon, dont il connaissait le zèle , s’occupât non- 
seulement d'agriculture , mais encore de tout ce qui pouvait contri- 
buer aux progrès de l’industrie ; que le Gouvernement appréciait de 
pareils travaux et qu’il saurait loujours les encourager. 


Séance du 6 décembre. — PRÉSIDENCE DE M. BotrTex. 


L'ordre du jour est le renouvellement du bureau. Il est ainsi 
constilué : 
MM. Montain , président ; 
Sauzey, vice-présidenl; 
Hénon, secrétaire-général ; 
Lecoq, secrétaire-adijoint ; 
Mulsant , bibliothécaire-archiviste ; 


540 EXTRAITS 
MM. Seringe , conservateur des machines et instruments ara- 
toires ; 
Deschamps, trésorier. 


MM. Borrex, Président ; 
Lecoe , Secrétaire-adjoint. 


+ 
+ * 


Séance du 13 décembre. — Présence DE M. Mona. 


La Société a recu une lettre de M. le Préfet , qui lui adresse un 
Mémoire sur un Procédé propre à remplacer le rouissage du 
chanvre. Ce Mémoire est renvoyé à l'examen d’une commission. 

M. Petive , mécanicien aux Brotteaux, envoie des échantillons 
de soies filées avec des appareils perfectionnés par lui. Il demande 
que ses procédés soient examinés par la Société. — Renvoyé à la 
Commission des soies. 

M. Boltex, président sortant , prononce le discours suivant : 


« Messieurs , 


« Je vais tracer un apercu rapide des travaux auxquels la Société 
d'agriculture s’est livrée pendant les deux années qui viennent de 
s’'écouler ; il prouvera, de la manière la plus évidente, qu'elle n’a 
pas mérité le reproche qu'on adresse généralement aux sociétés 
savantes de s'occuper trop exclusivement de théories purement 
spéculatives; on verra, au contraire, qu'elle s'est continuel- 
lement efforcée de propager les meilleurs enseignements pratiques, 
soit pour l’agriculture en général, soit surtout pour l’industrie’séri- 
cicole , qui intéresse à un si haut degré la prospérité de la grande 
manufacture lyonnaise. 

« Ainsi, elle s’est empressée de seconder les efforts du gouverne- 
ment en se mettant en rapport avec les divers comices agricoles du 
département, afin d'encourager le perfectionnement des labours , 
des instruments aratoires, et surtout l’amélioration de la race 
bovine. 

« Deux des membres de la Société, MM. Gariot et Reverchon, ont 
présenté des modèles de charrues qui offraient des’avantages réels 


on 


DES PROCÈS-VERBAUX. 541 
sur toutes celles imaginées jusque-là ; l'une d'elles , la charrue ju- 
melle en fer, a figuré honorablement à la dernière exposilion des 
produits de l’industrie française. 

« La Société a envoyé, dans les communes du département où l’on 
cultive le mürier , des jardiniers experts, chargés de donner aux 
propriétaires des leçons pratiques sur la culture et la taille de cet 
arbre précieux. 

« La commission des soies s'est livrée avec zèle à une éducation 
de vers, afin d’expérimenter comparativement les méthodes de 
Dandolo et de M. D’Arcet, et de faire connaître les avantages et 
les inconvénients des diverses espèces de müriers. 

« L'art de filer la soie, déjà porté à un si haul degré de perfec- 
tion à l’aide des machines ingénieuses imaginées par M. Gensoul, 
un de nos plus regreltables collègues, a recu, dans ces der- 
niers temps, de quelques membres de la Société , entre autres de 
MM. Alexandre et Bourcier, de notables améliorations ; aussi la 
soie que la Société a obtenue l'emporte-t-elle sur tout ce que l’Ita- 
lie nous envoie de plus beau, et la robe sortie des ateliers de 
M. Mathevon, dont Sa Majesté la Reine des Français a bien voulu 
agréer l'hommage, n’était pas moins remarquable par la beauté de 
la matière première que par la perfection du tissage. 

« La Société s’est toujours oceupée avec beaucoup de sollicitude 
de l'horticullure , cette branche d'industrie si importante dans les 
environs d’une cité populeuse : ainsi, non-seulement elle a dis- 
tribué des récompenses aux jardiniers pépiniérisies ou aux maraî- 
chers qui avaient obtenu les plus beaux produits, ou qui excel- 
laient dans l’art de cultiver les pêchers ou autres arbres à fruits , 
mais elle a en outre instilué des expositions de fleurs, dont les heu- 
reux résullats sont aujourd’hui parfaitement constatés ; aussi at-elle 
arrêté qu’à l'avenir les expositions auraient lieu tous les deux ans. 

« La Société, ayant eu l'avantage de posséder dans son sein le sa- 
vant qui a étudié avec une si admirable sagacité les habitudes de 
la pyrale, a profilé de ses travaux pour publier une instruction 
qui a puissamment contribué à la destruction de cet insecte, qui, 
depuis nombre d'années, portait la désolation sur les plus riches 
coteaux du Beaujolais. 

« Un des correspondants les plus distingués de la Société , 
M. Nivière , qui vient de représenter si dignement les agronomes 

PTE 36 


542 EXTRAITS 

francais au congrès agricole de Postdam, a fait, l'hiver dernier, 
sous le patronage de la Société , un cours d'agriculture, qui a été 
suivi avec le plus grand empressement ; ce qui prouve l'utilité 
d'un pareil enscignement ; aussi devons-nous faire des vœux pour 
qu'il soit rendu permanent par la fondation d'une chaire d'agri- 
cullure dans notre ville. 

« Enfin, depuis deux ans, la Sociélé publie des annales qui 
ont pris un rang distingué parmi les recueils scientifiques les plus 
estimés de la France et de l'Étranger. 

« Cetie analyse succinete des travaux auxquels la Société s'est 
livrée pendant les deux années qui viennent de s’écouler suffira 
sans doute pour démontrer, de la manière la plus évidente, qu'elle 
n'a point élé au-dessous de sa mission, qu'elle a complètement 
accompli le but de son institution , qui est le perfectionnement de 
l'agriculture et des arts utiles, et qu’elle s’est montrée digne de la 
bienveillante coopéralion du gouvernement. » 


La Sociéié vote des remercîments à M. Bottex, qui cède le fauteuil 
à M. Montain , élu président dans la séance précédente. M. Mon- 
tain prononce le discours qui suil : 


« Permettez-moi, Messieurs, de vous exprimer mes sentiments 
et ma reconnaissance, en vous remerciant du haut témoignage d’'es- 
time et de confiance que vous venez de m'accorder. 

« Oui, Messieurs, c’est parmi mes titres les plus honorables 
et au premier rang que je placerai celui que vos suffrages viennent 
de me décerner , et je ferai tous mes efforts pour me rendre digne 
de la noble mission que vous m’avez confiée. 

« Je ne me dissimule pas les difficultés que présente une pa- 
reille tâche : aussi chercherai-je à remplacer par le zèle, l’exacti- 
tude et la bonne volonté les qualités si nécessaires pour remplir 
d'aussi importantes fonctions. Pour atteindre ce but, je tâcherai 
d'imiter mes prédécesseurs, qui ont laissé dans cetle enceinte de 
si honorables souvenirs. Je m'efforcerai surlout de marcher sur les 
traces de l'estimable collègue qui a rempli si dignement les fonc- 
tions dont vous venez de m’honorer. Qu'il recoive aujourd'hui, au 
nom de toute la Société , dont je me félicite d'être l'organe, des 
remerciments unanimes et sincères, et les expressions d'estime ef 
de reconnaissance qu'il a si bien méritées. 


DES PROCÈS-VERBAUX. 543 

« Quant à moi, Messieurs , fier de vous appartenir par un titre 

aussi honorable, j'ose espérer que vos bons conseils, votre exemple 

et surlout votre indulgence rendront ma tâche aussi agréable que 
facile. » 


M. Dufour, agronome à La Gardette , territoire de Pierre-Vert 
(Basses-Alpes ), présente à la Société un modèle en petit de charrue 
double, dont il donne la description. MM. Gariot, Bouchard et 
Seringe sont chargés d'examiner cette charrue. 

MM. Bottex , Thiaffait , Dugas, Duquaire , Guillard père et Gui- 
met sont nommés Membres de la Commission des finances. 

MM. Seringe , Mulsant, Gariot, Grandperrel , Pravaz et Parisel 
sont nommés Membres de la Commission de publication. 


MM. Monran, Président ; 
Lecog , Secrétaire-adjoint. - 


x 
+ *# 


Séance du 20 décembre. — Présinexce De M. Moxrax. 


Parmi les pièces de la correspondance est un Mémoire pour ser- 
oir à l'histoire des insectes ennemis de la vigne , et à l'indication des 
moyens propres & prévenir leurs ravages, par M. Vallot, docteur- 
médecin , professeur d'histoire naturelle à Dijon , correspondant de 
la Société , ete. Ce manuscrit est soumis à l'examen de la Commis- 
sion chargée de l'étude de la pyrale. 

M. Montain présente à la Société du vin cynarique, dont il a ré- 
cemment démontré les propriétés toniques et fébrifuges. 11 met aussi 
sous les yeux plusieurs préparations faites avec l’oxalis crenata. I 
a utilisé le principe acide de cette plante. Le sirop en est agréable 
et rafraîchissant. Le suc est extrêmement diurétique. M. Montain a 
trouvé dans l'O. crenala, d’une part, un principe alealoïde , et , de 
l'autre , un principe particulier ayant quelques rapports avec l'acide 
cydonique. 

M. Gariot lit un rapport sur la charrue de M. de Valcour , per- 
fectionnée par M. Dufour. Il reconnaît à cette nouvelle charrue 
plusieurs avantages ; il en signale aussi quelques inconvénients ; 


544 EXTRAITS DES PROGÈS-VERBAUX. 

mais il conclut à ce que la Sociélé, en votant des remereîments à 
M. Dufour pour sa communication, lui exprime le regret de la Com- 
mission, qui n’a pu porter un jugement définitif sur la bonté de sa 
charrue , à cause de la petitesse du modèle. Il aurait fallu pour cela 
avoir une charrue établie sur un pareil modèle , mais en grand , de 
manière à pouvoir labourer. 


MM. Monran, Président ; 
Héxon , Secrétaire-générat. 


OUVRAGES 


RACUS PAR LA SOC É 


PENDANT L'ANNÉE 1859. 


Annales agricoles de Roville. — Supplément in-8°. 

Annales de la Chambre royale d'agriculture et de commerce de 
Savoie. — Chambéry , 1836 , un vol. in-8°. 

Avviso ai coltivatori sui bachi trevollini ossia bachi da tre raccolte, 
di Matteo Bonafous, direttore del R. Orto agrario. Letto all adunanza 
della R. Socielà di agricoltura del di 14 febbraio 1839. — Torino, 
1839 , èn-8°. 

Canal de jonction de la Loire au Rhône, entre Lyon et Roane. 
Irrigalion des terres dans la plaine du Forez. Approvisionnement 
d'eau pour les villes de Lyon et de Saint-Étienne , par M. Peyret- 
Lallier. — Saint-Etienne, F. Gonin , 1839 , in-8°. 

Catalogo generale del R. Stabilimento agrario botanico. Burdin, 
Maggiore et C*?. — Torino. 

Catalogue des pépinières et graines des frères Simon-Louis , cul- 
tivateurs à Metz. 

Comice agricole de l'arrondissement de Chartres. Concours du 
5 mai 1839. 

Comice agricole de l'arrondissement de Chartres. Mémoire par 
M. Vaugeon , artiste vétérinaire, et M. Fresnaye , propriétaire- cul- 
tivateur , sur celte question proposée par le Comice : « Indiquer 
les causes , les symptômes, la nature , le siége, les moyens préser- 
vatifs et curatifs des maladies de la race bovine, ovine et chevaline , 
connues sous le nom de sang, sang de rate, gastro-entérite, fièvre 
charbonneuse, qui exercent leurs ravages dans le département d'Eure- 
et-Loire, et principalement dans l'arrondissement de Chartres : 
déterminer si elles sont enzootiques, contagieuses où non. » — 
Chartres , in-8°. 


546 OUVRAGES REÇUS PAR LA SOCIÉTÉ 

Comice agricole de l'arrondissement de Chartres. Programme des 
concours qui auront lieu à Chartres, le dimanche 5 mai 1839- 
— Chartres , in-4°. 

Comparaison des routes, des voies marilimes et fluviales , des 
canaux et des chemins de fer, par M. Berthaud, ingénieur en chef 
des ponts et chaussées. 

Compte-rendu administratif des deux hôpitaux civils de Lyon pour 
1838 , présenté au conseil général d'administration desdits hôpitaux 
par la commission exécutive , le 17 juillet 1839.— Lyon, L. Per- 
rin , in-49. 

Compte-rendu de la première séance du Comice agricole de Dole 
(Jura). —1839 , in-8°. 

Compte-rendu des travaux de la Société philotechnique , par le 
baron de Ladoucette , secrétaire perpétuel , imprimé par ordre de la 
Société. Séance du 26 mai 1839. 

Congrès scientifique de France. Programme arrêté par le comité 
d'organisation de la septième session, qui s'ouvrira au Mans le 12. 
sepiembre 1839. 

De l'influence des chemins de fer, et de l’art de les tracer et de les 
construire , par Seguin aîné. — Paris et Londres , 1839, in-8°. 

Description des machines et procédés consignés dans les brevets 
d'invention, de perfectionnement et d'importation dont la durée est 
expirée , et dans ceux dont la déchéance a élé prononcée. Tomes 34, 
35 et 36.— Paris ,in-4°. 

Description géologique du département de l'Aube , extrait commu- 
niqué à la Société d'agriculture , sciences , arts et belles-lettres du 
département de l'Aube dans sa séance du 21 juin 1839 , par M. Ley- 
merie , canton de Soulaines.— 7royes , Ath. Payn, in-8°. 

Description topographique et géognostique du Kaïsertuhl , par le 
docteur Eisenlohz (1839), traduite de l'allemand (1837), par 
M. Gley, employé des subsistances militaires à Aiger , imprimé sous 
les auspices et aux frais de la Société d'émulation du département 
des Vosges. — Epinal, 1838, in-8°. 

Détermination des caractères spécifiques des roches , appliquée 
particulièrement aux départements de la Drôme et de l'Ardèche, par 
M. Johanys. — /n-8°. 

Deuxième série de notes horticulturales, par M. Pépin. ( Extrait 
des annales de Flore et de Pomone , août 1838.) — Paris, in-8”. 


PENDANT L'ANNÉE 1839. 547 

Dictionnaire de médecine , de chirurgie et d'hygiène vétérinaire, 
par M. Hurtrel-d'Arboval , seconde édition. Tomes 4, 5 et 6.—Pa- 
ris , 1838, in-8°”. 

Documents relatifs à l'emploi fait par l'Académie royale de Metz 
des sommes allouées en 1838 , par M. le Ministre de l'agriculture et 
du commerce , pour encouragements à l’agriculture dans le dépar- 
tement de la Moselle. — Metz , Lancort, 1839, in-8°. 

École royale vétérinaire d’Alfort. Exposition et vente publique de 
béliers et de brebis à laine longue, mérinos, et de taureaux de la 
race de Durham. 


Économie théorique et pratique de l’agriculture, par le baron 
E. V. B. Crud. 2 vol. in-4. 

Éducation de vers à soie faite, en 1838, à la magnanerie-mo- 
dèle départementale de Poitiers , par MM. Millet et Robinet. (Extrait 
des annales de l’agriculture francaise. )— Paris , 1838, in-8°. 

Éléments d'agriculture pratique , par David Low , traduit de l'an- 
glais par J.-J. Lainé, consul de France à Liverpool. — Paris , 
Mad. Huzard , 1839, 2 vol. in-8°. 

Éloge de M. Huzard , inspecleur-général des écoles royales vélé- 
rinaires de France, prononcé, le 24 août 1839, à la distribution des 
prix de l’école vétérinaire de Lyon, par M. Rainard, doyen des 
professeurs. — Lyon, 1839, in-8°. 

Éloge historique d'Antoine-Laurent de Jussieu, par M. Flourens , 
secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences , lu à la séance pu- 
plique du 13 août 1838.— Paris, in-4”. 

Éphémérides de la Société d'agriculture du département de l'Indre. 
— Chäteauroux, 1838, in-8°. 

Ephémérides de la Société d'agriculture du département de l'Indre. 
Séance générale du 29 mai 1839. — Chäteauroux,in-8°. 

Exposition agricole et horticole de Maine-et-Loire. Catalogue de 
graines , fruits, légumes , plantes fourragères et économiques pro- 
duits à cette exposition. —/n-8.. 

Exposition des produits de l’industrie du département de la 
Drôme.—1839. 

In funere amplissimi viri J.-B. Huzard carmen , auclore C.-G. 
Mangosio. — Saviliant, in-8°. 

Joseph-Marie Socquet.(Extrait du journal de Savoie.) — Septembre 
1839. 


548 OUVRAGES REÇUS PAR LA SQCIÉTÉ 

Leçons élémentaires d'anatomie et de physiologie , ou Description 
succincte des phénomènes physiques de la vie dans l’homme et les 
différentes classes d'animaux , à l’aide de l’analomie classique, par 
L. Auroux. — Paris, J.-P. Baillère, 1839, in-8°. 

Le sucre colonial et le sucre indigène , par L. Fournier, membre 
du Conseil général de commerce et de la Chambre de commerce de 
Marseille. — Paris , Gosselin, 1839 , in-8°. 

Lettre à M. Maith. Bonafous, sur l'utilité du mûrier des Philip- 
pines, par le comte Villa de Montpascal. — Turin , in-8°. 

Maladies régnantes en 1838 à Lyon. Esquisse de la topographie 
médicale de cette ville, par A. Chapeau, médecin litulaire de l'Hôtel- 
Dieu. — Lyon, in-80. 

Mémoires de l'Académie des sciences , agriculture, commerce , 
belles-lettres et arts du département de la Somme. — Æmiens , Du- 
val et Herment, 1839 ,in-8°. 

Mémoires de l'Académie des sciences , arts et belles-lettres de 
Dijon , années 1837, 1838. 

Mémoires de l’Académie royale des lettres, sciences , arts, agri- 
culture de Metz, 29° année. — 1837-1838. 

Mémoires de la Société d'agriculture de Meaux, de mai 1837 à 
mai 1838.— /n-8o. 

Mémoires de la Société d'agriculture , sciences naturelles et arts 
du Doubs , pour les années 1838 , 1839. 

Mémoires de la Société de physique et d'histoire naturelle de Ge- 
nève. Tome 8 , seconde partie. 

Mémoires de la Société royale et centrale d’agriculiure, sciences 
et arts du département du Nord, séante à Douai. — 1835-1836, 
4 vol. in-8°. 1837-1838 , 9 vol. in-8°. 

Mémoires de la Société royale d'agriculture et des arts du dépar- 
tement de Seine-et-Oise , publiés depuis sa séance publique du 30 
juillet 1837 jusqu’à celle du 15 juillet 1838. 38° année. — Yer- 
sailles, M. Fossone, 1838 , in-8°. 

Mémoires de la Société royale des sciences, de l’agriculture et 
des arts de Lille. Année 1838, seconde partie. — Lille, À vol. 
in-8°, fig. 

Mémoires de la Sociélé vétérinaire des départements du Calvados 
ct de la Manche. 8° année.— 1837. 

Mémoire sur la fabrication du coke , par M. Salmon. — /n-8°. 


PENDANT L'ANNÉE 1839. 549 

Mémoire sur la filature de la soie, par M. Robinet, membre de 
l'Académie royale de médecine, ete. — Paris, Mad. Huzard, 
1839 , in-8°. 

Mémoire sur les engrais, par M. Monnier , secrétaire-adjoint de 
la Société centrale d'agriculture de Nanci, lu en séance les T mai 
et 18 août 1839. (Extrait du Bon Cultivateur.) — Metz , in-8°. 

Mémoire sur les monuments religieux et historiques du dépar- 
tement de la Somme, par M. J. Garnier, membre de l'Académie 
d'Amiens , de la Société des antiquaires de Picardie , ete.— miens, 
Duval, 1839, in-8°. 

Mémoire sur l'établissement d'une école d'agriculture. dans les 
Dombes , par M. C. Nivière. 

Notice biographique sur J.-B. Huzard, par L. Bouchard. 
— Paris , 1839 , in-8°. 

Notices biographiques sur J.-B. Huzard , par MM. de Sylvestre , 
Mérat et Renaud. — Paris , 1839 , in-8°. 

Notice sur L.-F. Grognier, par M. Magne, professeur à l’école 
royale vétérinaire de Lyon.— Lyon, L. Boitel, 1839 , in-8”. 

Nouvel essai sur la culture vauclusienne et l'histoire naturelle de 
la garance , par J. Bastet. — Orange , 1839 , in-8”°. 

Nouveau tableau synoptique de l’éducation hâtive des vers à 
soie, d'après la méthode de M. C. Beauvais et les procédés de 
M. D'Arcet. 

Observations sur la sous-réparlilion de l'impôt foncier et mobi- 
lier, par M. Béatrix , notaire à Collonge, membre du conseil d’arron- 
dissement de Gex, ete. — Vantua, Auguste Arène, 1839 , in-8°. 

Observations sur quelques mémoires lus à la Société d'agriculture, 
sciences et arts de l'arrondissement de Trévoux, département de 
l'Ain, relativement aux étangs de la Dombes, et sur la raison de 
l'existence de ces élangs, par M. Nolhac. — Lyon, 1839, grand 
in-8°. 

Préceptes d'agriculture pratique. J. N. Schevertz, directeur de 
l'institution royale wurtembergeoise d'expériences et d'instruction 
agricoles. Traduit sur la deuxième édition, par P. R. de Schavem- 
bourg , député du Bas-Rhin , ete. — Paris, Huzard, 1839, in-8°. 

Procès-verbal de la 107° séance publique de l'Athénée des arts , 
dimanche 12 mai 1839 , présidence de M. Devillers. — Paris, Félix 
Malleteste et Ce, 1839 , in-8°. 


550 OUVRAGES REÇUS PAR LA SOCIÉTÉ 


Procès-verbal de la séance générale de la Sociélé royale d’agri- 
eulture du département de Loir-et-Cher, du 30 août 1838.— /dem 
du 30 août 1839.— Plois , in-80. 

Programme de l'Académie royale des sciences , belles-lettres et 
arts de Bordeaux. — Pordeaux , 1838 , in-4°. 

Programme des prix de l’Académie des sciences , arts et belles- 
lettres de Dijon , pour 1839.— Dijon, in-8'. 

Programme des prix proposés par l’Académie royale des sciences, 
belles-lettres et arts de Lyon, pour 1840. — /n-8”. 

Programme des prix proposés par la Société de médecine de Lyon, 
pour 18#1. 

Quatorzième supplément du catalogue des spécifications des bre- 
vets d'invention , de perfectionnement et d'importation (année1838). 
Imprimé par ordre de M. Martin du Nord, ministre secrétaire- 
d'État des travaux publics, de l’agriculture et du commerce.— Pa- 
ris , L'homassin et Huzard , 1839 , in-8°. 

Rapport fait en 1814, sur un travail de M. D'Arcet , ayant pour 
objet l’extraetion de la gélatine des os et son application aux diffé- 
renls usages économiques; par MM. Leroux, Dubois, Pelletan , 
Duméril et Vauquelin. 

Rapport sur l'anatomie clastique du docteur Auzoux, profes- 
seur d'anatomie et de physiologie, ete. — Paris, Firmin Didot , 
1839 ,in-6°. 

Rapport sur l’industrie des soies, présenté à M. le ministre des 
travaux publics, de l’agriculture et du commerce ,; par M. Henry 
Bourdon , suivi de considérations générales sur les diverses appli- 
cations des procédés de ventilation , par M. D'Arcet. 

Réciamation de l'agriculture francaise , l'une des plus arriérées 
de l'Europe, près du Gouvernement et des Chambres , par M. Ber- 
thier, de Roville. 

Recueil de mémoires et d'observations de physique , de météoro- 
logie, d'agriculture et d'histoire naturelle, par M. le baron 
d'Hombre-Firmas. — ÂVimes , 1838 , 1 vol. in-8° , fig. 

Résultats des expériences failes à Lyon, sous la direction et sur- 
veillance d’une commission spéciale, nommée par la Chambre de 
commerce, pour l'essai en grand d'un nouveau procédé de MM. Ta- 
labot frères , pour le condilionnement de la soie par la dessication 
absolue. — Lyon, Burret, 1839 , èn-8°. 


PENDANT L'ANNÉE 1839. 551 

Résumé des observalions météorologiques faites à l'observatoire de 
Lyon, en 1838 , par M. Clerc. 

Séance publique annuelle de l'Académie des sciences , agricul- 
ture , arts et belles-lettres d'Aix. 1838-1839.— Aix, Nuotet Aubin, 
1839 , in-80. 

Séance publique de la Société d'agriculture , commerce , sciences 
et arts du département de la Marne. Année 1838.—/n-8°. 

Société d'agriculture de Trévoux. Analyse de la statistique pro- 
posée. 

Société royale d'agriculture et de commerce de Caen. Séance du 
15 mars 1839.— 7n-8°. 

Société royale d'agriculture et de commerce de Caen. Séances des 
19 avril et 31 mai 1839.— 7n-8°. 

Société royale d'agriculture et de commerce de Caen. Observa- 
tions communiquées, à la séance de novembre 1838, par M. Foache’: 
« Quels sont les débouchés pour la vente des chevaux de luxe élevés 
en Normandie? — Quels sont les encouragements offerts aux éleveurs 
pour améliorer cette race? » 

Société royale et centrale d'agriculture. Compte-rendu des tra- 
vaux de l’année , par M. Soulange-Bodin , vice-secrétaire. Séance du 
7 avril 1839. 

Société royale et centrale d'agriculture. Rapport sur la nécessité 
de modifier l’état actuel de la législation sur des biens communaux , 
par M. le baron de Mortemart-Boisse, rapporteur. — /n-8°. 

Stalistique du canton d'Orgon , par M. Quénin. 

Supplément à l’ictiologie française , par M. Vallot. 

Sur la pomelière ou phthisie pulmonaire des vaches lailières de 
Paris et des environs, par M. Huzard fils. (Extrait des Ænnales 
d'hygiène publique.) — Paris , 1833 , in-8°. 

The journal of the english agricultural Society. Volume the first, 
part. 1.—1839. 

Traité complet des saccharolés liquides sous le nom de sirop de 
sucre , de mélites et d'oximélites; par Em. Mouchon , pharmacien 
à Lyon. — Lyon, 1838 , gr. in-8°. 

Traité des assolements de l'Alsace, par M. Victor Rendu. 

Traité des fruits, tant indigènes qu'exotiques , ou Dictionnaire 
carpologique , comprenant : l'histoire botanique , chimique, médi- 
cale, économique et industrielle des fruits ; formant un manuel des 


592 OUVRAGES REÇUS PAR LA SOCIÉTÉ 


arts qui doivent aux fruits leur importance , tels que ceux de l’ami- 
donnier, du boulanger, brasseur, vigneron, pharmacien , con- 
fiseur, parfumeur et distillateur; par M. Couverchel. — Paris , 
Mad. Huzard , 1839 , un gros vol. in-8°. 

Trailé général des eaux et forêts, chasses et pêches. — 17° li- 
oraison. 


PUBLICATIONS PÉRICDIQUES. 


Actes de l’Académie royale des sciences , belles-lettres et arts de 
Bordeaux. — Bordeaux et Paris, in-8°. (Aer, 2° et 3° trimestres 
1839. 

Annales agricoles , littéraires et industrielles de l’Arriège , formant 
la continuation du journal d'agriculture et des arts de ce déparle- 
ment. — Foix, in-8°. (Juillet 1838 , janvier, avril, juillet el octobre 
1839.) 

Annales d'agriculture publiées par la Société d'agriculture, de 
sciences , d'arts et de belles-lettres du département d'Indre-et-Loire. 
— Tours , in-8°. (De décembre 1838 à août 1839.) 

Annales de l’agriculture française , contenant des observations el 
des Mémoires sur toutes les parties de l’agriculture et des sciences 
accessoires , fondées par M. Tessier. — Paris,chez Mad. Huzard , 
in-8°. (De janvier à juillet 1839.) 

Annales de la Société académique de Nantes et du département de 
la Loire-Inférieure. — Vantes , in-8°. (8° et 9° volumes, contenant 
de la 43€ à la 54: livraison. ) 

Annales de la Société d’agriculture., arts et commerce du dépar- 
tement de la Charente. — Ængouléme, in-8°. ( De mai à août 1838, 
de mai à août 1839.) 

Annales de la Société d’agriculiure de l'Allier. — Moulins , in-8°. 
(de la 9€ à la 11€ livraison de 1838 , et de la 1€ à la 5° livraison de 
1839.) 

Annales de la Société séricicole pour l'amélioration et la propaga- 
tion de l’industrie de la soie en France.— Paris , in-8°, 2e N°, année 
1838. 

Bibliothèque universelle de Genève. Nouvelle série. — Genève et 
Paris, in-8°. (De juillet à octobre 1838, de décembre 1838 à 
septembre 1839.) 


PENDANT L'ANNÉE 1839. 53 

Bulletin de la classe d'agriculture de la Société des arts de Ge- 
nève. — Genève, in-8°. 

Bulletin de la Société d'agriculture du département de l'Hérault. 
— Montpellier , in-8°. (Août, septembre , octobre 1838, de janvier 
à mai 1839, de juillet à octobre 1839.) 

Bulletin de la Société d'agriculture, sciences et arts de l’arron- 
dissement de Trévoux.— Zrévoux , in-8°. (Du N° 3 au N° 12.) 

Bulletin de la Société d'agriculture , sciences et arts de Limoges. 
— Limoges, in-8°. (Tome 14, IV° 3, et tome 17, N°5 1,3 et 4.) 

Bulletin de la Société d'encouragement pour l’industrie nationale. 
— Paris, in-4°. (Juillet, septembre et octobre 1838. Une table 
raisonnée des lrente-six premières années. } 

Bulletin de la Société industrielle d'Angers et du département de 
Maine-et-Loire. — Angers , in-8°. (9° année, N° 6. 10° année, 
Nes 2 et:32:) 

Bulletin de la Société industrielle de l'arrondissement de Saint- 
Étienne. — Saint-Etienne , in-8°. (N° 5 et 6 de 1838. N° 1 ,4et 5 
de 1839.) 

Bulletin de la Société industrielle de Mulhausen. — Mulhausen , 
in-8°. (Nos 57, 58 et 59.) 

Bulletin de la Société royale d'agriculture , sciences et arts du 
Mans , publié sous la direction de M. F. Étoc Demasy. — Le Mans , 
in-8”. (2° et 3° trimestres de 1838. 1er, 2€ et 4° trimestres de 1839.) 
: Bulletin des séances de la Société royale et centrale d'agriculture; 
compte-rendu mensuel, rédigé par M. Soulange-Bodin, vice-secré- 
taire. — Paris , in-8°. (D'août 1838 à septembre 1839.) 

Bulletin des travaux de la Société départementale d'agriculture de 
la Drôme.— Y'alence , in-8”. (N°7, 8,9 et 10.) 

Chronique scientifique, bulletin hebdomadaire des nouvelles , 
renseignements , faits, documents , etc., concernant les hommes et 
les choses du monde savant. — Paris. ( Du N° 1 au N° 17.) 

Feuille hebdomadaire agricole du grand-duché de Bade. (1836 , 
1837, 18381). 

Journal d'agriculture et d’horticulture , rédigé et publié par le 
comité central d'agriculture de la Côte-d'Or. — Dijon, in-8°, 
(3° année, N°° 7, 8, 9, et 10 , et d'août 1838 à juin 1839.) 

Journal d'agriculture pratique, de jardinage et d'économie do- 
meslique, publié sous la direction de M. Bixio. — Paris , in-8°, 
(Du N°7 au N° 17.) 


554 OUVRAGES REÇUS PAR LA SOCIÉTÉ 

Journal d'agriculture , sciences, lettres et arts, rédigé par des 
Membres de la Société royale d'émulation de l'Ain. — Bourg ,in-8°. 
(De juillet à décembre 1838; février, mars, avril, juin et juillet 
1839.) 

Journal de la Société d'agriculture et des comices agricoles du 
département des Deux-Sèvres. — ÎViort , in-8°. (Octobre 1838, de 
janvier à novembre 1839.) 

Journal de la Société de la morale chrétienne. — Paris , in-8°. 
CT PACNES, BR, bietOP F2 AS NET SAS 4 Sete, 
NÉPrEre 1 

Journal des vétérinaires du Midi, ou Recueil consacré à la chi- 
rurgie , à la médecine vétérinaire et à tout ce qui s’y rattache , pu- 
blié par une sociélé de médecins-vélérinaires , sous la direction de 
M. Bernard , directeur et professeur à l’école royale vétérinaire de 
Toulouse. —- Toulouse , in-8°. (Juillet et novembre 1838 , de jan- 
vier à novembre 1839.) 

La Revue agricole, bulletin spécial des associations agricoles, pu- 
blié sous la direction de M. Dutertre. — Paris ,in-8°. (De décembre 
1838 à novembre 1839.) 

Le Bon Cultivateur, recueil agronomique, publié par la Société 
centrale d'agriculture de Nanci, et rédigé par M. Soyez-Willemet , 
secrétaire-archiviste, trésorier. — Vanci, in-8°. (De septembre 
1838 à octobre 1839.) 

Le Courrier agricole , journal d'annonces agricoles , horticoles et 
d'économie rurale. — Paris, in-8°. (1838, N°2, et 1839, N°5.) 

Le Cultivateur , journal des progrès agricoles, fondé en 1829 , et 
adopté en 4835 comme bulletin du cerele agricole de Paris. — Pa- 
ris , in-8°. (De décembre 1838 à septembre 1839 , décembre 1839.) 

L'Égide , journal des garanties industrielles, commerciales et 
agricoles. Compte-rendu des tribunaux de commerce. — Paris , in- 
fol. (16 janvier, 10 avril et 2 mai 1839.) 

Le Propagateur agricole, journal d'économie rurale , publié par la 
Société mutuelle d'agriculture pratique. — Paris et Aurillac, in-8°. 
(Te, 8e , 9e livraisons de 16838, et 2°,3°, 5°, 6°, 7°, 8° et 9° li- 
vraisons de 1839.) 

Le Propagateur de l'industrie de la soie en France , journal men- 
suel, spécialement consacré à étendre et à perfectionner la culture 
du mürier, l'éducalion des vers à soie et la filature des cocons , ré- 


PENDANT L'ANNÉE 1839. 555 
digé par une société de cultivateurs , d’éducateurs et de filateurs 
des départements du midi de la France ; directeur M. Amans Carrier. 
—Rhodez , chez Carrère aïné , in-8°. (Août, octobre, novembre, 
décembre 1838 , février 1339 , d'avril à décembre 1839.) 

Le Propagateur du progrès en agriculture, recueil périodique de 
l'association pour la propagation en France de la culture en lignes, 
par le semoir Hugues. — Bordeaux, grand in-8°. (4°, 5° et 6° li- 
vraisons. ) 

Mémoires de la Société d'agriculture, sciences, arts et belles- 
lettres du département de l'Aube. — Troyes, in-8°. ( Du N° 67 au 
N°71.) 

Mémoires de la Société d'agriculture, sciences et arts d'Angers. 
— Angers, in-8°. (1'€ livraison du 4° volume. ) 

Recueil agronomique, industriel et scientifique, publié par la So- 
ciété d'agriculture de la Haute-Saône. — /n-8°. ( 17°, 2e et 3° li- 
vraisons. ) 

Recueil agronomique , publié par les soins de la Société des 
sciences agricoles et belles-lettres du département de la Côte-d'Or. 
— Dijon, in-8°. (T.20, N° 6,7,8.) 

Recueil agronomique , publié par les soins de la Société des 
sciences , agriculture et belles-lettres du département de Tarn- 
et-Garonne. — Montauban, in-8°. ( Novembre 1838, de janvier 
à mai 1839.) 

Recueil de la Société libre d'agriculture, sciences, arts et belles- 
lettres du département de l'Eure. — /n-8°. ( Juillet et décem- 
bre 1838, de janvier à juin 1839.) 

Revue sébusienne, journal de l'indépendance mensuel et des pro- 
grès. — Bourg et Nantua , in-8°. ( Mai et juin 1838 , de février à 
juillet 1839, septembre et octobre 1839.) 

Société d'agriculture, sciences et arts d'Angers. Travaux du Co- 
mice horticole de Maine-et-Loire. — Angers, in-8°. ( Premier vo- 
lume, N°°3,4et5.) 

Société libre d'agriculture du Gard. — Vômes , in-8°. ( Décem- 
bre 1838 et mai 1839.) 

Société royale d'agriculture de Toulouse. Journal d'agriculture 
pratique et d'économie rurale pour le midi de la France. — Tou- 
louse, in-8°. (D'août 1838 à octobre 1839.) 


O0000000000000000000 0 0006000000000008002900 


TABLE 


DES MATIÈRES. 


Pages. 

Tableaux des Membres de la Société royale d’agricul- 

ture, histoire naturelle et arts utiles. . . . . V—XIV 
Sur des Œufs de vers à soie exposés à une basse tem- 

pérature; par M. Matth. Bonarous. , . . . . 1—2 
Terrain néocomien de la Drôme; par M. Duvar. . 3—10 
Considéralions sur la Théorie et l’Application des la- 

bours ; par M. Dupurrs DE MAcoNEX. . . . .  11—37 
Typhus contagieux des bêtes à cornes ; par M. patins 

= {Mémoire couronne). (66e en, n 1992206 
Note sur le Développement d’un nuage parasite au Pi- 

lat; par M. FourneT. . . + . . 111—118 
Den d'un Genre nouveau da la tribu dés Lu- 

canides ; par M. E. MursanT. . . . . . . 119—121 


Note sur un Végétal fossile des terrains Hélérs de 

Rive - de - Gier ( Cycadium cyprinopholis ) ; par 

M2 GonLRen + MS DIRSEONR SOIR 3 MASSE 
Avis aux Cullivateurs sur une Espèce de ver à soie à 

trois récoltes, nommée en Toscane Zrevoltine ; par 

NL: Matih BON Ar OU MEME MORIN RENTE, .… . 131—134 
Quelques Considérations sur l’amélioration dés ani- 

maux domestiques; par J.-C. Favre. . . . . 135—166 


TABLE DES MATIÈRES. 


Rapport sur la Charrue de M. P. Reverchon (M. Garior 
LAPPOMENT). Jamal À .L : 

Note sur les Espèces du genre ealitéaiaite cultivé ces au 
fleuriste de la Couronne; par M. Ch. Gonpouix. 

Premier Mémoire sur les Sources des environs de Lyon ; 
par M. J. Fourwer. + = tie 

Défrichement des Bois; par M. RE 

Manuel du Vigneron ; par M. Dupurrs ne Maconex.— 
Plantation de la Vigne; Conduite les premières an- 
nées ; Espacement des souches, vignes pleines, 
Jjoalles ou joualles, hautains, vignes hautes, vignes 
basses . SE Ce , F 

Des Engrais et Mnend és qui conviennent à - 
Vigne et de la manière de les employer. ‘ 

Culture de la Vigne.— Climat, exposition, sol, choix 
des cépages, pluralité des cépages, arbres plantés 
dans les vignes. Conclusion. AC , 

Rapport sur la Filature d’un cocon de Phones ne: 
par M. J. Bourcrer. 

Notes sur l'Industrie utile et ébues Onserraitonn 
relatives à plusieurs lettres écrites à M. C. Nivière, 
sur le même sujet, par M. Gensoul, insérées dans 
les Annales de la Société d'agriculture de Lyon 
(2° livr. 1838); par M. Ruvrèee. A 

Essai sur la Théorie de l'aménagement des forêts : 3 par 
M. NorRotT-BonnNET. . , . . 

RS CR TE ar AC Le die due UGS Da TA T lenrnies 1 

RUTE Aie + sn PARC RE NE ET TD 

Rapport sur les différents Bidrais nt Eenes par di- 
vers industriels et agriculteurs ; par M. C. Garror. 

Rapport sur l’enseignement de la culture et de la taille 


du Mürier; par M. ALEXANDRE. , « … . 
Note sur le Cytise Adam ; par M. Héwox. 
Note de M. Senmner. . 0. 


Description d’une espèce nouvelle d'os Mordhes 
le Labrador (ornismya labrador) ; par M.J. Bourcrer. 

Sur l'Interversion de la Température atmosphérique 
durant les hivers rigoureux; par M. J. Fourwer. 


Da: 
Loi 
ia" y 
187—914 
215—9256 
DS —-251 
Ses 
4471—460 
259-255 
Do 0 
279—335 
393— 446 
519— 536 
359—367 
369—374 
DD 
371 
389—392 
461—501 


LS 


558 TABLE DES MATIÈRES. 
Recherches analytiques sur diverses Eaux de l’intérieur 
de Lyon et de ses environs ; par M. À. Brneau. . 
Observations sur les Chlorures de carbone ; par M. A. 
BINEAU EIRE). Diop. AE TAN CESR) NE à 
Extraits des Procès-Verbaux. 97, 179, 271, 379, 
Ouvrages recus par la Société. SET AN : CE 
Table des matières contenues dans le second volume. 


503—513 
515—517 
Ag" 

545—555 
556—558 


Rapport sur les apparences de la Récolte dans le département du 


Rhône (1839 ); par M. C. Gamor. — J'ableau. 


Rapport sur la situation des Récoltes en Grains et autres Farineux 
dans le département du Rhône (1839); par M. C. Garior. — 


Tableau. 


Observations Météorologiques , faites à l'observatoire de Lyon 


(1339) par M. Czerc. — 12 Tableaux. 


EN CS LESSe 
@ )e =Q 
ER AGVOÏES" 


TABLE ALPHABÉTIQUE 


DES AUTEURS DES ARTICLES CONTENUS DANS CE VOLUME. 


O-HIEEE RO 0 © 


MM. AzexanDre, page 369. 
BERNARD , p. 39. 
Bineau, pp. 503, 515. 
Boxarous ( Matthieu ), pp. 1, 131. 
Bourcrer ( Jules ), pp. 253, 389. 
Czerc, Observations météorologiques. 
Dupurrs pe Maconex, pp. 11, 237, 337, 444. 
Duvaz, p. 3. 
Favre, p. 135. 
Fourner, pp. 111, 187, 461. 
Garior, pp. 167, 359. Tableaux des Récoltes. 
GoxpouIx, p. 173. 
Gurzzann fils, p. 123. 
Hévow, p. 375. 
Muzsanr, p. 119. 
NornoT-Bonner, pp. 215, 279, 393, 519. 
Rivière, p. 257. 
SERINGE, P. 311. 


ERRATA. 


Page 142, ligne 32, au lieu de inutiles, lisez : infertiles. 

Page 164, ligne 31 , au lieu de ; lisez: , 

Page 165, ligne 13, au lieu de cicogne , lisez : vigogne. 

Page 185, ligne 8, au lieu de 60 ans, lisez : 6 ans. 

Page 185, ligne 19 , au lieu de placés perpendiculairement , 
lisez : très inclinés. 


OBSINDANT LE MOIS DE JANVIER 1839. 


VENTS 
AL. CIEL. 
INFÉRIEURS. 
LUNE. 
one TN D ER) 
2 Sl£s|s lé 
8 Elo le ÉDe7h.à |De9h.à|Demidià| De3h.àa| De 6 h.à 
S1 72 9h I fee LS 9 h. Midi. 5 h. 6 h. 10h. 
LENNE NI RN 
1h 755,77] 757,87] N ÏN IN IN Nuages. [Nuages. |Soleil. Soleil. Nuageux. 
24 751,54 N IN IN IN Gris. Nuageux. |Nuageux. |Nuageux. |Noir. 
5 751,88| 751,54] S-0/S-0/S-0 |S-0 EPluvieux. |[Pluvieux. |Pluvieux. |Pluvieux. [Brouillard 
44 747,38] 746,88| S-05-0!S-0 |S-0 À Brouillard [Brouillard | Soleil. Soleil. Nuageux. 
SA 744,88] 744,88 N IN IN Nuages. |Soleil. Nuageux. |Nuageux. |Pluvieux. 
GR 745,21| 745,21 RE N-EIN VIN Brumeux. |[Pluvieux. |Pluvieux. |Pluvieux. |Pluie. 
TA 742,71] 742,55 -EIN-E/N-EIN Pluvieux. [Pluvieux. |Brumeux. |Brumeux. |Pluvieux. Apogée. 
8h 742,04| 743,71| 5-0!s-0/S-0 |s-0 Nuages. [Nuages. |Pluie, Soleil. Etoilé. D. Q. 
9h 742,04! 742,04] N IN IN IN Nuages. Pluie. Pluie. Brumeux, |Etoilé. leT à 9h. 
254,20| 755,04| N IN IN IN Nuageux. |Soleil. Soleil. Soleil. Etoilé. 24’ soir. 
157,31| 757,51] N-EIN-EIN-E|N-E } Nuageux. |Soleil. Soleil. Soleil. Etoilé, 
157,53| 751,55] N-EIN-EN ON Nuageux. [Nuageux. |[Nuageux. |Nuageux. |Pluie. 
755,09 N-EIN-EIN IN Pluvieux. |Pluvieux. |Brumeux. |Brumeux., |Brumeux. 
752,87| 752,87 ‘-EN-EN N Brouillard |Brouillard |Brouillard |Brouillard | Pluie. 
746,21| 746,21] V-OiN-0 N-O!N-0 À Brumeux. |Pluie. Pluvieux. |Nuageux. |Nuageux. N. L. 
746,04| 746,04] \-O/N-O/N-O|N-Of Nuageux. [Nuageax. [Nuageux. [Nuageux. |Neige. le15à3h. 
745,21| 745,71] K-EIN-EIN IN Pluvieux. [Neige. Pluie. Neige. Neige. 15 soir. 
746,21! 746,71] 4 IN IN IN Nuages. [Nuageux. [Soleil Nuages. |Noir. 
750,24! 750,24! V-EIN-EIN-EIN Nuages. [Nuages. |Soleil. Nuages. |Nuageux. Périgée. 
749,88| 749,88| KV-EIN-EIN ÎN Neige. Nuageux. |[Nuageux. |Nuageux. |[Nuageux. 
749,34! 750,58] ; |E |N-EIN-EÏ Brumeux. [Brumeux. |Sol. pale. [Nuages. Etoiles. 
142,21) 742,21| Y IN IN IN Pluvieux. |Pluvieux. |Pluie. Pluie. Nuageux, P. (. 
744,38] 744,88] { IN IN IN Nuages. |Soleil. Soleil. Nuageux. |Lune. le 22 à 41h. 
152,55| 753,53] N IN IN IN Nuages. |Soleil. Soleil. Nuages. |Etoiles. 57° matin. 
253,71] 752,74] K IN IN IN Brouillard |Neige. Brumeux. |Brumeux. |Neige. 
740,53| 741,55] 5 |0O |0 lo Nuageux. [Nuageux. |Neige. Brumeux. |Brumeux. 
742,03] 742,04! KV-OÏN-O N-OÏN-OE Nuageux. [Nnageux. Nuageux. |[Nuageux. [Nuageux. 
742,09! 745,84) 3 |O |O |O Gris. Soleil. Nuageux. [Nuageux |Brumeux. 
738,88] 738,88| N IN IN |N Nuageux. [Nuageux. |[Nuageux. |Nuageux. Nuageux. P. L. 
128,88| 728,88] N IN IN IN Brumeux. [Neige. [Neige. [Neige. [Neige. le 29 à 4h. 
128,88| 729,38| K În IN IN Nuageux. |Soleil. Nuageux. |[Nuageux. |Brumeux. soir. 
a 
S. 23147,10|21648,53|21| 
IN. 31, 29, | 
UIM.N 746,62] 746,50! ! 
; OBSERVATOIRE. 
Sofnme des the d’eau, Latitude , 45° 45° 5730 
Nombre des,, a élé de Longitude , 90 99° 3375 


Moyenne delignes. Élévation au-dessus de la mer, 199,20", 
A l'apogée 


Au périgée 


746,04 
745,21 
746,21 
150,24 
749,88, 
749,54 


al 


OBSERVATIONS MÉTÉOROLOGIQUES, FAITES À L'OBSERVATOIRE DE LYON , PENDANT LE MOIS DE JANVIER 1839. 


BAROMETRE 


LA TEMPÉRATURE 
non. DE sAUSsUnE, SuPÉRIEUNS. 


THERMOMETRE HYGROMETRE VENTS VENTS 


INFÉRIEURS. 


De midi à 


De 6 h.à 
40h. 


22 | 
EE] 
[EE 


ce 


PEVEPETIEE 
So 


22277 
o 


22247 


741,05 
742,88 


22% 


7 
7 
7 
à 
z 
z 
7 
7 
7 
z 
7! 
T7 
T 


Z222221112224 


CEELEEFEEEPELEEEEEEEEEETEEELT 


222020222272 


o 


Brouillard 
Nua 


Nuageux 
Brur 


Pluxieux 
Brouillard |S 
Soleil. 
Pluvieux. |Pluvieux. |Pluvieux 
Pluvieux, |Brumeux, |Brumeux. 
Nüages. 
(Pluie. 


Soleil, 

Nuageux. 

Brumeux 

Brouillard | Brouillard 

Pluvieur. |Nuageur. 
dageux, 


Suageux. 
Brameux, |Sol, pâle. |Nuages. 
Pluvieux. |Pluie.  |Pluie. 

Soleil,  |Nuageux. 
Soleil.  [Nuages. 
Brumeux. |Brumeur, 
Ne Brumeux. 
Nuageux. Nuageux. 
Nuageux. |Nuageux, 
Nuageux. | Nuageux. 
Neige, 

Nuageux. 


Nuageux, 
Noir 
Brouillard 
Nuageux. 
Pluvieux. 
Plaie 
Pluvieux, 
Eloilé, 
Etoilé. 
Etoilé, 


Nuageux, 
Lune. 
Etoiles. 
Neige. 
Brumeux. 
Nuogeur. 
Brumeux 
Nuageux, 
Neige. 


Brumeux. 


Apogée. 
D, 0, 
leTh9b. 
A! soir. 


N. 
le1543h, 
15" soir, 


Périgée 


P. 0. 
le 22 à 11h 
57 matin, 


P. L. 
le 29 à 4b. 


soir. 


750,88 
8,88 
N 
744,88 N 
754,05! { f 5 5 1 53 || 62 N 
752,03 35] 749,05) 2 6 |-0, 75 80 N 
741,53 ï ; 7 80 0 
745,53] 745,05| j H ; b 70 ü} N-0 
241,54] 740,84 1] 759,84) -7, k : 69 0 
731,11 9,67| 737,88 Ê 67 | 67 | 66 | 66 x 
727,88 1 728,88 74 | 78 x 
729,71| 729, k 68 | 68 | 70 N 
642,50/21640,86|22586,99|s 6 0 65, 1 2349/2229 2107|2: 
29, 2 F "0 [50, 31 | 30 | 29 
| 74630 5 h 6 15,1] 74,5] 15,8 
BARONÈTRE, TUERMOMÈTIRE HYGROMÈTRE, PLUVIOMÈTRE. 
Sotme des observ. du mois, 43; Somme des observ. du m Somme des observ, du mois, 13573, L'épaisseur de la couche d'ean, 
Nombre des observations , Nombre des observation Nombre des observations, 178, tombêc peudant ce mois, a été dé 
Moyence des observations , 7 Moyenne des observations , Moyenne des observations, 76,26 88 millimètres, = 19,4 lignes 


À l'apogée lunaire SAT 
Au périgée Junsire 742,50 


OPSERVATOME. 
Latitode , 45° 45° 5730 
Longitude , » 29° 5375 


Élévation au-dessus de la mer 


199,20w, 


OBSERVAANT LE MOIS DE FÉVRIER 1839. 


IST dns "te 


BARC 
|VENTS 


AUCEA T1 


PR AE D LEE CD a Te do « LEZ 
CREER VE SET ME 


PU 


EE 


MER SA Kb les fr, [9h1, [Demidia| be3h.| De6h. 
"| 9h) Mid! |SS | Daon 1, | à mid | 5h. | 26h. | 10h. 
ME a} 
73 5 
ge ee ve NN ÎN Nuageux. [Nes, Sol. |N°*, Sol. ÎN5, Soleil. Lune, étos 
751,51 TES 759 EIN-E|N-EIN Nes, Sol. |Neige. Neigeabo.|Neige. Grosse nei 
744,01 TAN 745, IN IN “IN Brumeux |[Prumeux [Nuages. |Brumeux |Brumeux 
75088| 751 88 759) à SA Brumeux Dégel. Brumeux |Brumeux |Brumeux 
784,75 184 88 755 -E|N-EIN-E Pluie. Pluie. Pluie. Pluie. Verglas. 
758 57 180 87 due S !S |S Brouillard Pluie. Pluie. Pluvieux. |Brouillard 
759,74 759 46 »D|S-0]S |S ÉBrouillard|Brume. Soleil.  |Nuages. Bien étoilé 
759,18 75968 N-EIN VIN Brouill. Broui. Sol. |Soleil. Nuages. |Brouillard 
758 18 158 18 N-O|N-0/N-0 Pluvieux. Brouillard [Brouillard |Brouillard | Brouillard 
751,18 TA 18 N-OÏN-OIN-0 BBrouill. |Brumeux [Brumeux /Brumeux |Brumeux 
138 13 ’ N-O[N-O/N-0 ÉPrumeux. [Nuages. Nuages. |Brumeux |Brumeux 
75 8.68 159.68 N-OIN Brumeux. |Brameux [Brumeux |Brumeux |Brumeux 
135.62 155 16 N-OIN Erumeux, |Brumeux [Pluvieux. |Pluie. Pluie. 
15 L url 75 1 17 N IN-OIN Brumeux |Brumeux |Soleil. Soleil. 
6 7: 6. 99! 74 6! 80 N (N-EIN-EMBrumeux |Brumeux |[Nuages. |Nuages. 
; 740,36 7 N-OIN-OIN-OH Nuageux. |Pluvieux. Pluie. Pluie. 
B 75592 758,9 a! N IN |N Pluie. Pluie. Nuages. [Nuages, |Q. étoiles 
oÙ 71,00 741 90 O Ï!s |S-0 Nuages. [Soleil.  |Soleil. [TS nuag. |T° nuag. 
OÙ 755.95 ; O |S |S Nuages. [Nes, Sol. |NS, Sol. Nuages. |TS nuag. 
A 740,32 S |s {s TS nuag. [TS nuag. [Ts nuag. [TS nuag. |TS nuag. LP. Q. 
2Ù 75285| 755,58 N [N-OÏN-OR Nuages. [Nuages. |Nuages. Nuages. |Lune, éto4 à 8 h. 
SU 7185 75 110 N IN |N Brumeux. |Soleil. Sol., Bru. |Triste. Nuageux. K 9s. 
M zu sl 7 15 90 N N IN Brumeux Brumeux |Brumeux |Brumeux. |Brumeux 
s 139, s0l 7 40 2 ñ S [!s Î|s Pluvieux. [Pluvieux. |Pluvieux. |Pluvieux. |Pluvieux. 
M 74675 74775 O ÏN Î[N Nuageux. |Pluvieux. |Pluie forte Nuageux. | Nuageux. 
| TS 75 716 60 N IN IN Nuageux. [Nuageux. [N5, Soleil.IN$, Soleil. ' Etoiles. a8h. 
| 138 40 780 58 N IN IN Brumeux |Brumeux |Soleil, N5.|Soleil, N5.'Lune, étos® 55° m 
{ ) 6 N |N-0lN-0 Pluie, Nei.[Né5, Pluie. |Soleil. Nuages. [N5, Lune. R P. L 
À 
À 


121075,16/17995,88/19479,3 hi A 
| 28 24, 26, | 


{ , 
152,68] 749,85| 749,20 


BAROME Le disque du soleil a présenté à l'œil de l'observateur des 
taches nombreuses et considérables. 

Le baromètre de l’Observatoire de Lyon est à 199,2 au- 
dessus du niveau de l'Océan. (Biot. ast., tom. 111.) 


Somme des observat. du, 4 
1e d’eau , 
Nombre des observ. dun, &té de 
Moyenne des observ. du # sn lignes 
A l'apogée lunaire, : 966. 
a. Au périgée lunaire, ; 
es hauteurs barométriques de S ées À É 
nc romélriques de cehn ; ensuite, on les a ramenées à la température 0, 
observée autant de fois , i tri ’hysè 
S À moment de l'observation barométrique. ( DEsPRETz, — Physique , 


en retranchant ou en ajoutant à 
pag. 13.) 


IOIS DE FÉVRIER 1839. 


OBSERVATIONS 1 


BAROMETRE 
HYGROMÈTRE VENTS VENTS 


DE sAUSSURE SurÉRIEURS INFÉRIEURS 


De midià| De 5h 
5h “6h 


Midi à 5h. 
Ppesacu 
Ga 10 8. 


Ne, Sol. . [N*, Soleil, | Lune, éto 
Neige \ Neige. |Grosse ne 

Brumeux |Erumeux Brumeux |Brumeux 

Brumeux |Dége Urumeux |Hrumeux |Drumeux À Apogée 
Pluie. . [Pluie [Pluie Verglas. 

Brouillard Pluie. Pluvieux. [rouillard} D, Q. 
Brouillard . [Soleil [Nuages. [lien étoilé] à 7 h 
Brouüll. |Broui. Sol.Soleil. Nuages. [Nrouillardf 0 
Pluvieux. |Brouillard Brouillard |Brouillard |Brouillard 

Brouil. |Brumeux |Brumeux |Brumeux |Brumeux 
Brumeux. |Nuoges. [Nuages. [Brumeur |Brumeux 
Brumeux. [Brumeux |Brumeux |Brumeux |Brumeux 
Erumeux, [Brumeux [Pluvieux. |Pluie.s [Pluie 

Brumeux |Brumeux |Solei. Soleil. [rumeur 

Brumeux |rumeux |Nuages. [Nuages 
Nuageux. |Pluvieux. |Plui Pluie 
Pluie. [Plüe.” Nuages. [Nusges, |Q. étoiles 
Nuages. |Solei. Soleil. JT® nuag. |T# nuag: 
Nuages. |Ne, Sul. |Ne, Sol. [Nunges. |Ts nuag. 
Te nuag, |T* ouag. [TS nuag. |T* nuag. |T* nuag. 
Nuages. [Nuages. [Nuages. Nuages. 

Brumeux. |Soleil.  |Sol., Bru. [Trisie. 
Brumeux |Brameux |Brumeux |Brumeux. 
Pluvieux. |Pluvieux. |Pluvieux, |Pluvieux. |Pluvieur. 
Nuageux. [Pluvieur. |Pluie forte|Nuageux. | Nuageux. 
Nuageux. [Nuageux. |N N*, Soleil. Etoiles 
Brumeux |Brumeux \,|Soleil, Ne, 
Pluie, Nei.[N®#, Pluie.|Solcil. [Nuage 


EU e9 EUR ET ET et ha 
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CC 
EPEEEEETIETEEE] 


EEEFPTITETEEE 


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SOS00m 


PEPELPEELITEEEEE: 


S 


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Smooooco 


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S 


5 


742,00 
154,86 


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Canbonooowcmanowaosë 


S 


PEFETEEE LT 
es 
AAZOTAAATOO 22222 


CERCLE EICE PEN TUE) 


744,04 
746,75! 
748,05 
751,85 


N-E N- 
CI] BI 


AAMONLAMR2OZL22Z222 
AA AO ZA 
CE ë 


CEPIXELELEEEEET 
EEPELEEELILE] 
AA OR 


E 
a 


,88/19479,51 16456,29/1 


ST lens 39 
749,85 1] 4 


BAROMÈTRE 


THERMOMÈTRE HYGROMÈTRE. VLUVIOMÈTRE. Le disque du soleil a présenté à l'œil de l'observateur des 


taches nombreuses et considérable: 


at. du mois 608,7 Somme des observ. du mois, 14488, L'épaisseur de la couche d'eau , 


Somme des obsersat. du mois 108006,09 Ÿ jm 
abre des observ. du mois, i s obsorv. du mo 146, Nombre des observ. du mois, 166 tombée dans ce mois, a été de Le baromètre PAT de Lyoniest à Fi 2 au- 
Moyenne des observ. du mois , des observ. du Moyenne des observ. dumois, 87,5 20 millimètres; ce qui fait en lignes dessus du niveau de l'Océan. (Biof. nt. , tom ) 


A l'apogée lunair de l'ancien pied de Roï, 8,966. 


éelnnaire, 
baron 


lonne observée autant do fois 4 


nées la température 0, cn retranchant c 


ed, telles que les aurait données le baromètre de l'Observatoire royal de Paris, si on l'avait transporté à l'Observatoire de Lyon: ensuite, 


eur, qu'un thermométre à mercure , centigrade et attaché au baromètre ; donnait de degrés au-dessus ou au-dessous de zéro, au moment de l'observation barométrique. ( Dusrner, — Physique, p 


riques de ce T: 


OPENDANT LE MOIS DE MARS 1830. 


VENTS 


A 


INFÉRIEURS. 


LUNE. 
ES. 
ENRNERER É san : $ 
4 | [2 EDeTh.à [De9h.1/2| De midià| De3h.à| De 6 h.à 
RTS [-s ls F9 h.1/2. | à midi. 5 h. 6 h. 
EAN 0] ESA a 
——— ——— [mme | a , 
N-OIN IN JIN-Of Nua., sol. |[Nua., sol. |Soleil. Soleil, 
N-EIN IN IN Nuages. [Beau sol. |Soleil. Soleil. 
-E|S-E |S-E |N Soleil. Soleil. Soleil. Beau sol. 
S 1ST ras Gris , sol. [Beau sol, [Nuageux. |Nuageux. |Tout noir. 
-EIS-EIS |S Nuageux. |[Nuageux. |Soleil. Nuages. |Nuageux. 
-0|S-0 |S-0 |S-0 E Brouillard {Brouillard |Brouillard |Pluvieux. 
-EIN IS-E |S-E ÉPluvieux. [Pluvieux. [Pluvieux. |Pluvieux. D. Q. 
-OIN-OIN IN Neige. Soleil. Soleil . Nuages. lek821h. 
-EIN-EIN IN Nuageux. |[Nuageux. | Nuageux. |Nuagcux. 51 soir. 
-EIN IN IN Pluvieux. |[Nuageux. |Sol., nua. |Soleil, 
-E[S-E |S-E |S-E KE Brumeux. |Sol., nua.|Sol., nua.|Nuageux. 
-EIE (|S-E |S-E RBrumeux. |Sol., nua.|Sol., nua. Soleil. Ë 
-EÏS-EIS |S Nua. , sol. |Sol., nua.|Soleil. Nuageux. |Et., pluie. NT 
N-EIN-EIN-EIN Pluie. Pluie. Pluvieux. |Pluvieux. [Noir. le15a2h. 
£ [S-EISE|S Brumeux. |N., sol.bl.|Sol., nua.|Pluvieux. [Nuit orag.} 32 soir. 
D |o |o |0 Pluie. Pluie. Pluvieux. |Pluvieux. [Noir Périgée. 
: S |S-0/S-0 Nuageux. [Nuageux. | Nuageux. | Nuageux. 
-EIN Ï|N (|N-0 4 Nuageux. [Nuageux. |Nua., sol. |Giboulées |Noir, pl. 
N IN IN Pluvieux. |Nua., sol.| Nuageux. |Nua., sol.|Et., lune. 
N IN IN ÎN Nuages. [Nua., sol.[Nua., sol. |Nua., sol.|Ét., lune. P. Q. 
N IN-O}N-O/N-O E Nuageux. [Nudgeux. |Nua., sol.| Nuageux. [Pluvieux. le 22 à 5h. 
D [O0 |0 10 Pluvieux. |Pluvieux. |[Nua., sol. |Pluvieux. 48° matin. 
-EIN ÎN IN Brumeux. |[Brumeux. |Nua., sol. |Soleil. 
-EIN IN IN Nuageux. [Nua., sol.|Beau sol. |Sol., nua.|Etoïiles. 
5 |S |S {S Nuages. |Soleil. Beau sol. |Sol. terne.| Nuageux. 
742,31| 5_O|s-0|S-0|S-0 ÉPluvieux. [Pluie.  [Pluie.  [Pluie.  |Pluie. 
148,50! Nos |s |S Nuageux. [Nuageux. [Nua., sol. |Nua., sol. Ét., pluie. 
745,51| 5-0|s-0|S-0|S-0 Pluie.  [Pluie. [Pluie abo.|Pluie abo.ÏNua P. L. 
141,56| 740,57| KEls |s |S Pluvieux. |[Pluvieux. |[Pluvieux. |Pluvieux. i le 3022h. 
741,56] 743,56 S-E |S-E |S-0 À Pluie. Pluie. Pluie. Pluie. 38 soir. 
142,56| 742,56 S-EIS |S-0 E Nuageux. [Nua., sol.|Beau sol. |Sol., nua. Apogée. 
48601,05 120829 19/2 
{| 25, 28, 
+1 744,04) 745,90 
T AR 2e D A gs à AU en MR re 
E. OBSERVATOIRE. 
Somme delche d’eau, Latitude , 45° 45° 4730 
Nombre dé ,a été de Longitude, 20 99° 3315 
Moyenne des. Élévation au-dessus de l'Océan, 199,20. 


A l’apogée 
Au périgéd nombreux et épais nuages. 


5 |20829, 19 


744,04 


BAROMETRE 
À LA TEMPÉRATURE 


©. 


5h 


70| 748,70} 
746,50 

746,50! 
745,40 
740,65 
758,07, 
751,28, 
745,35) 


744,90) 
741,92] 


755,19) 


743,10 


744,88) 
745,27 
747,97| 
742,97 
739,23 
74524 
741,16 


742,56 


I 


HYGROMETRE VENTS VENTS 


DE SAUSSURE, SurÉRIEURS, INFÉRIEURS, 


De9h 
à midi 


DeSh.à 
6h 


DeGh,à 
10h. 


6a10h 


746,71 
745,60 
745,05 
745,66 


745,18 


739,96 


S 


Soleil. 
Soleil. 
eau sol. 


.[Nua., set Br. ét. lu 


Beau sol. 


Soleil. 

Soleil: 

Nuageux 
Soleil 
Brouillard 
Pluvioux 
Soleil . 
. [Nuageux 


ist 
ro 
nos 


a 


FORZA Z 


Brouillard 
Pluyieux. 


a 


ë 


D, Q. 
Nua., éto À le 8 à 1 h. 
Pllan H'aoir 


S 


Nuageux. 
Pluvieux 
Brumeux. 
Brumeux. |S 
Nua. , sol. |S 
Pluie. Pluvieux 
Mrumeux. .|S 
Plui 

Nu: 
Nuageux. 
Pluvieux, 


Hon-o=ne oùc 


em 
CET 


N. L. 
le1#à2h. 
32 soir. 
Périgéc. 


Nuageux. 
Pluvioux 

Pluvieux. 
Pluvicux. 


PAIE EETI 


Hrobosocxmkbewos acc 


Nuit orag. 
Noir. 
Pluv. 


ERP E 


RE 
“ 


PERRPEFCEEECErEER 
o 


CEE TETTETELCTCE 
mm 
o 


.[Nua., sol. P. Q. 
Nua., sol Pluvieux. Île 29 à 5h. 
Nua., sol Lune, pl. D 48° matin. 
Nua., sol.[S Bien étoile] 

sol. les. 

sol. 


S 


Nuageux. 
Pluvieux. 


CEREPEEREREEEEE 
Vino © io © @ 0 0 0 & 9 10 © 0 œ à 
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bowbée 


Pluvieux, 
Brumeux, 
Nua., sol. 
Soleil. 


œioém10 
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AOA22740 


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EEELEEEEILEET! 


Nuages. 
Pluvieux. 


RTE 0 ce 10 18 


Be: 
Pluie, 
Nua., sol. 
Pluie abo: 
Pluvioux. 
Pluie. 

Beau sol. 


Sol. 
Pluie, 

Nu. sol. 
Pluie abo. 
Pluvieux. | Pluie forte} 
Pluie. Pluie, 
Sol., nua.[N: 


PPEEIELELT 


mn oo OS 


Plu 


Pluie. 
Pluvieux, 
Pluie. 
Nua., sol. 


110,0 |40, 
8,15 
10,62/14,25 


lune] 


745,24) 


745,86 


19552,66 2155507) 46355,25 
2 29, 


745,35 


4755 


257152] 175 40 
29, 124, 
9,25] 7,51 


1753 /1665/1638|1857] 
2 | 24 | 20 | 92 


1969 1919/8190 18441 


DAROMÈTRE. 


Sowme des observ. du mois, 118245,66 


Nombre des observations , 159, 

Moyenne des observations , 745,67 
À l'apogée lunaire , 151,15 
Au pénigée lunoire ; 736,38 


THENMOMÈTRE. HYGROMÈTRE. PLUVIOMÈTRE. OBSERYATOIRE. 
Somme des obsers.dumois, 1094,66 Somme des obierv. du mois, 10557, L'épaisseur de la couche d'e Latitude ; NAS 
Nombre des obsorvations, 159, Nombre des observations , | 199, tombée pendant ce mois , a Lans l'Océan, 199,20m 
Moyenne des obrervations, 6,88 Moyenne des observations, 81,80 0m, 046. = 29,59 lignes Élévation au-dessus de l'Océan, 199,20m. 


ÉCLIPSE. — L'éclipse solaire du 1% mars n'a été aperçue, à Lyon; que pendant quelques secondes , à cause de nowbreux et épais nuages 


VENTS 


Jours. 
Midià 3h. 
De 36h. 


740,02 0 

741,64 0 
741,06|. 741,06D|N-0 -0 
| 749,06| 745,06E |N-E -E 

746,06| 746,06D|N-0 -0 


744,46 
148,99 
150,16 


745,10 
749,17 
150,16 


© CO AT Où UE En O1 RO = 


[| 


749,95 
745,67 
744,51 
749,52 
749,52 
TAT,53 
749,76 
741,01 
746,13 
748,08 
745,86 
151,71 
749,90 
749,98 
743,86 
TA ,37 
741 47 
745,27 
745,10 
145,06 
745,86 


22222222 
222222222227 


© 


et © 


222222222420 PO0N002222 


Z45,4ATEÏN-E 
146,08E|N-E 


2222222222%ROQOn0R'Z 


-E 


S. K21614,32/20870,56 
29, 98, 
745,52] 745,57 


RE. 

Somme des obserlcouche d’eau : 
Nombre des obsebis , a été de 
Moyenne des obsé 6,21 lignes. 
Au périgée lunaird 

A l'apogée lunairé 


INFÉRIEURS. 


2200 


222222 


6 à 10 h. 


OFPENDANT LE MOIS D'AVRIL 1830. 


CIEL. 


De 3 h. 
aGh. 


De midi à 


GA 


6h. 1}, 
à9h.:/ 


9h. 


à midi. 


PI. la nuit. 


Pluvieux. 


Nuageux. |[Nuageux. |Pluvieux. 


Pluie. Pluie. Pluie. Pluie. Pluie forte { 

-0 Pluie. Pluvieux. |Pluvieux. Nuageux. | Nuageux. 

-E D Brouillard |Brouillard /Nuageux. |Pluie. Pluvieux. 

-0 À Nuageux. [Nuageux. |Pluvieux. [Pluvieux. |Pluvieux. 
N.,fonde.|Fond clair Nuageux. [Neigeux. |Neï.,étoil, 
Clair. Soleil. Soleil. Sol., nua. Bien étoilé} D. Q. 
Gel.àglac.| Nuageux. |Neige. Nuag.,sol.|/Nua., étol le 7 
Clair. Clair. Clair, sol. |Clair, sol. |Belles éto.Ë à 4 h 
Brumeux |Soleil. Beau sol, ISol., nua. Bien étoiléf 52° m 
Sol. pale. |Soleil. Soleil. Soleil. jEtoilé, Le 43 à 414 
Soleil, NS, |Soleil. Soleil. Nuag.,sol. Etoilé. h. 57 s 
Clair, sol.|Ciel bleu. [Beau sol. |[Bleu. Etoile. N. L 
Nuageux. [Nuageux. |[Nuageux. [Nuag.,sol.' Bien étoiléf Périgée 
Clair. Clair. Clair. Clair. Etoilé. 
Clair. Clair, sol.|Soleil. Nuag.,sol. Nua., éto. 

O ÉPluvieux. |Pluvieux. |Pluvieux, [Pluvieux. |Tout noir. 
Vaporeux Soleil. Soleil. Soleil. Gross.éto. 

O À Vaporeux |Vaporeux |Soleil. Brumeux |Gris, le, éL. 
NSfond b].|Sol. pâle. [S!, neSbl.|Nuages. |Foutnuag@ P. Q. 
Nes, sol. |Beau sol. |Beau sol. [Beau sol. |Lune, éto le 20 
NS, sol. [N°S, sol. [N° , sol. [Nuag.,sol. Le, ges ét. E à 5 h. 
NS, soleil. |NS, soleil. |N°S, sol. [Nuag.,sol.|NS,lu., ét. 13 s. 
Tout nuag.[ Nuageux. |Nuageux. |Nuageux. | Nuageux. 
Nord ora. [Nord ora. Soleil. Nuag.,sol. Tout nuag. 
Nx,pluv. [Nnageux. [NS, soleil. NSfond ble Tout nuag. 
Tout nuag. [Nua. , plu.|NS, soleil.|NS sans sol NS, lune. RApogée 
Nuag.bl. |NSs5 sol. |Toutnuag.|Sans sol, |S. étoiles. P. L. 
Sans sol. |Sans soleil, Fout nuag.|Sans sol. |S. étoiles le 28 
Sans sol. [Nuages. |Nua. , sol. [Sans sol. (Bien étoiléf à 7 h. 

44 s. 
OBSERVATOIRE, 
Latitude, 450 45° 5730 


Longitude , 20 29 3375 
Hauteur au-dessus de l'Océan , 199,20". 


néon hindntntlntivatinnlnthtertner 


OBSERVATIONS MÉTÉOROLOGIQUES , FAITES À L'OBSERVATOIRE DE LYON , PENDANT LE MOIS D'AVRIL 1839. 


BAROMÈTRE 
à La TEMPÉRATERE 


0 


Midi. 5h. 6h 


Th. [9h 


740,02! 759,84] 759,68 
Tab] 7. 740,84 
741,51 
746,06) 


740, 
741,64 
741,06) 


745,70) 

745,48] 744,00 

741,96] 740,04 
742,86 

746,20) 

749,71| 750,14 

746,68 


741,60, 


NORD. 


Midi. 


9h 


THERMOMETRE 


| 
| 


HYGROMÈTRE 


DE SAUSSURE 


9h 


5h 
Q 


10 h. 


VENTS VENTS 


suPÉéniEURs InrÉnIEUNs 


EE = 


6h. 
39h. 7, 


De6h. 
a10h 


ÉPECEREE 
RRPEETES 
ÉEÉEÉÉEE) 


EEEELELTIETEEEEEEELEE 


CPEETEFEE PE 
2222222222 


2 
5 5 
n-ElN-El0 |o 0 
0 Lo 0 Lo 0 
x x |N | N-0| 
N |N IN |N N-E 
N IN |N N-0 
N IN x N 
N N N 
N |N N 
N N N 
N N N 
N N |N x 
x x |N N 
N N |N x 
N N |N N 
N N |N 
à É 
o 
s 


Nuageux. 
Pluie. 
Pluie, 
Bruuil 


Brümoux 
Sol. pâle. 
il, À 
Clair, sol. 
Nuageu, 

Clair. 
Clair. 
Pluvieux, 
Yaporeux 
Vaporeux 


, soleil 
Toutourg: 
Nord ora, 
Ne, plu 
Toutnuag- 
Nuag. bi. 
Sans sol, 


- [Nung 
.]Fond clair|Nuageux. 


[Nuageux. 


Sol. pâle. 


Il 
Pluvieux, |PI. lanuit} 
Pluic, |Pluie forte 
Nuageux, [Nuageux 
Pluie. Plane: 
Pluvieux. |Pluvieux 


Pluvieux, 
Pluie 

Pluvieux. |Pluvicux. 
Brouillard {1 


| 


Soleil. Soleil 


Clair. 
Soleil. 


Nuageux. Bien étoilé 


Clair. Etoilé. 
Clair, sol. |Soleil. 
Pluvieux. |Pluvieux. 


Beau sol, |Beau sol. 
Nes , sol. 
[Ne , sol. 
. [Nongeux. 
Soleil. 

soleil 
N#, soleil. 
 [Toutnuag. 
Sans soleil Tout nuag,|Sans so], 


Nuageur. 
Tout nuag, 


14,20 Sans sol. (Nuages. |Nua. , sol. |Sans sol. 
s P1614,52/20870,56]20142,82/17418,28/15629,08 Ba jo 195:s0| 104,80 M242/1248/1065) 798 
.39, | 98, |, 23, 94, e7, | 19, | 19 | 15 | 45 | 20 
745,52] 745,57] 744,92] 74428] 744,24 6,76) 5[40,51 6210/559%/5520 5600! 6119 
BAROMÈTRE, THERMOMÈTRE. HYGROMÈTRE. PLUVIOMÈTRE. OBSERVATOIRE. 
Somme des observat. du mois,  116260,80 Somme des obsersat. du mais, 4428,87 Somme des observ. dumois, 6429, L'épaisseur de la couche d'eau , Latitude, 45° 45° 57"30 
ombre des obsers. du mois, 156, Nombre des obsery. du mois, 446, Nombre des observ. du mois, 408, tombée dans ce mois, a lé de Longitude ; 2 29° 53°75 
Moyenne des observ. du moi , 745,26 Moyenne des observ. du muis , 9,78  Moycone des observ.dumois, 59,55 Om, U14, ou Lien de 6,94 ligues. Hauïcor au-dessus de l'Océan , 199,20. 
Au périgéelunaire, 747,39 
A l'apogée lunaire, 743,86 


FÉRIEURS. 
| g w | pes 
F1 KL 9h Midi.| | 5 [5 | 
D. 1 RES Re 
| 1 740,|8-EÏS |S 
2 7 & !5 js 
| 3 z40,[|S |O 10 
| 4 739,D[N-0[N-0/N-0 
L) 756,)[N-0[N-0|N-0 
6 759,! |S-E |S-E |S-E 
4 745,,|S |S-0 |S-0 
8 zmikls |S-0|s-0 
9 738,) |S-0 |S-0 |S-0 
40 755) |S-0 |S-0 |S-0 
41 741,) |S-0 [N-0!/N-0 
12 741.) |S-0 |S-0 ;S-0 
N-0/N-0 N-0 
N-0|0 |0 
N-EÏS |O 
N |N-O/N-0 
N-EÏN IN 
N |N IN 


L6206,06 06 M A 6517745, 
24, 
739, 


740 15 140 199 


Somme des observat. du 

Nombre des observ. du 
Moyenne des observ. du 
Au périgée lunaire, 

. À l'apogée lunaire, 


De 6 h. 
à 10h. 


De 3 h. 
26h. 


De midi à 
3 h. 


S. sl, tonn.| PI. petite. [NS s$ étoi. 


SL, ciel bl.[S!, ciel bl.|Ciel ‘bleu. Ciel bleu. |Etoiles. 

Sans soleil| Sans sol. |S.sl, tonn.|N$,pet. pl. |Tont noir. 

N5, soleil. [NS, soleil. |Nua. , sol. |Nua. , sol. |Etoilé. 

Nuageux. [Sans sol. |Sans sol. |Soleil. Nua., éto. 
Nuageux. | Nuageux. [Sans sol. |Soleil. Etoiles. 

Nes, sol. |Grosnuag.|Sol., nua.| Nuages. [|Noir. 

Vaporeux Toutnuag. |} Nuageux. |Nuageux. |Quelq.éto. 
Vaporeux |Sans sol. Gou.de pl.|Petite pl. [Noir. 

Sol. , nua.|Sans sol. |Soleil. Sans sol. |Etoiles. 

Nuageux. [Nuageux. |Soleil. Tonnerre. |Etoilé. 

Petite plu.| Nuageux. |Tonnerre. | Grande pl.|Noir. Périgée 
Pluvieux. [Nuageux. |Soleil. Nua. , sol.|Toutnuag.R N. L. 


Pluie. 
Quelq.éto. 


Pluie. 24h. 


Quelq. nu. 


Sol., 
Pluie. 


Sol. , nua. 
Nuageux. 


Sol. , nua. 
Pluie. 


nua, 


De6h. | De9h. 
à9h. | à midi. 
Nuag.,sol.|Nuag.,sol. 


Soleil, NS.[Sans sol. Pluvieux. |Noir. 
Pluvieux. |[Nuageux. .[Nua. , sol. 

Nes , sol. [Nuag.,sol. .[Nua. , sol. 

Nes , sol. |Soleil. Soleil. 


Soleil. Soleil. 
Soleil. il. Soleil. 
Nuag.,sol. il. Soleil. 
Nuageux. |Pluvieux. |Pluie. 
Nuageux. 
N°, sol. 
Nuag.,sol.[NS, sol. 
Sol.,nuag. |[Sol., nua. 
Brouillard |[Sol. , nua. 
Brouillard |[Sol., nua. 
Sol. , nua.|Sol. , nua. 


Sol. , nua.|Sol., nua. 


NS, soleil. 
NS, soleil. 
Nuag.,sol. 
Beau sol. 
Beau sol. 
Clair. 


Pluvieux. 
Clair. 
Clair. 
Etoilé. 
Etoilé. 
Etoilé. 
Etoiles. 
Nuageux. 
Nuageux. 


Nuageux. | Nuageux. 
Nua. , sol.|Nua. , sol. 
Nuag. bl. |[Nuag. bl. 

Sol. , nua.|Sol. , nua. 
Sol. , nua.|Sol. , nua. 
Fondbleu.|Sol. , nua. 
Sol, , nua.|Sol. , nua. 
Sol., nua.|Sol. , nua. 


OBSERVATOIRE. 
Latitude, 459 45° 5730 
Longitude , 20 29 53°15 


Hauteur du baromètre au-dessus de la 


mer , 199,50. 


OBSERVATIONS MÉTÉOROLOGIQUES , FAITES À L'OBSERVATOIRE DE LYO 


; PENDANT LE MOIS DE MAI :839. 


BAROMÈTRE 
THERMOMETRE HYGROMÈTRE VENTS VENTS 


LA TEMPÉRATURE 


DE SAUSSURE. surénieuns. INFÉRIEURS. 


DeGh 
àa9h. 


De9h 
à midi 


De 6 h. 
àJ0b. 


St, ciel bi 


N®, soleil 
Nuageux 


5 onmmo 
500 ommmE 


N-0 N-0 
o lo 
s lo 
NN 


o 


HHMOCODOOMMHOS 


mo 
tm © 


Beau sol. 


Beau sol 
742,54, 


Sol. ,nuag 
Brouillard 
Brouillard 


739,07 Sol. , oua 


Nuag, sol. [à 


Sol. , nua.|S 


S!, ciel bi 


Sans soleil|Sans sol. 
Ne, soleil. 


os nung 
Toutnuag 


Nuageux, 
Net, sol. 
, sol. 
Sol , oun. 
Sol, ; nua 
Sol., nu, 


Sans sol 
Sans sof. 
Sol. , nua. 


.|Sol., nua, 


S.s!, tonn. 


S.s},tonn. 
Nua, , sol. 


Tonnerre, 
Grande pl 
Nua, , sol, 


. Pluie. 


Quclg. ou 
Pluvieux, 


.[Nua., sol 


Sol. , nua.|E! 
:|Sol: , nua 


Ne 5° doi, 
Etoiles, 
Tout noir. 
Etoilé. 
Nun,, éto} 


Etoiles. 


Tout nuag, 
Pie 
Quelq.éto | 
Noir. 

Noir 

Très étoilé] 


9/16274 ,66| 519,8/427,5 444,0/206,6 290 111521 4124/4259 
5 2 9 20! 20 


69,1 , 56,2] 62,9 


740,90] 759,40) 
1 


DAROMÈTRE 


THERMOMÈTRE IYGROMÈTRE. PLUVIOMÈTRE. 
Nan qu Ada obéertats (du mois, Somme des observ. du ml 1615, L'épaisseur de In couclie d'eau , 
Hp de CRE RE Nombre dés abservs du nibii® Nombre des observ. du moi 197, tombée dans ce mois ; à été de 
Mueane des bn. du mo Moyenne des observ, du muis , Moyenne des observ. dumois, 59,96 Om, 038, ou Lien de 46,85 lignes. 


A l'a lunaire 


Latitude , 
Longitude 


OBSERVATOIRE. 


45 45° 


go 99 


5730 
3375 
Hauteur du baromètre au-dessus de la 

mer , 199,50m. 


OBSERDANT LE MOIS DE JUIN 1839. 


3 ÉDbcGh.à | De9h. | Demidia| De5h.à| De 6 h.à | 
Midi. ee ONE: à midi. 5 h. 6 h. 10h. | 
hs | 
(Se AE, RER EE ER | 
759,07] 759,07| 739,00 N Nua., sol, |Sol., nua.|Sol., nua.|Sol. , nua.|Tout nuag. | 
739,52] 739,50] ‘739,50 S Gris. Sol., nua.[Sol., nua.|Sol., nua.|Pl,, tonn. 
159,80] 739,66| 739,72| k S-0 À Nuageux. |Sol., nua.|Sol., nua.|Nuageux. [Nua., éto 
156,81] 736,15| ‘151,40| | S-0 À Pluvieux. |Pluie. Pluvieux. |Pluvieux. [Noir. D. Q. 
741,20| 742,06! 741,56| , N-0 À Nua. , sol. [Nua., sol.|Pluvieux. |[Nuageux. |Noir. a 11 D 
745,10] 744,68| 744,64 N-0 À Pluvieux. [Nuages. |Soleil. Nua., sol.|Belles étS.Æ 56soir. 
745,174] 745,46] 745,40 S Soleil. Soleil. Soleil. Sol. , nua.|Bien étoil. 
743,90! ‘743,85| ‘743,14 N s-0 à Soleil. Fond bleu. | Soleil. Soleil. Etoilé. 
746,26] 741,14| ‘747,55 S-E M Sol., nua.|Sol., nua.|Petite pl. |Pluie. Noir. Périgée. 
250,71! 754,12] 751,08] [IN IN Sol. n.bl.|Sol., nua.|Soleil. Soleil. Bien étoilé 
151,75] 752,16| 752,00| |IN-EIN  E Nua. blas. INuag. bl. [Nuag. bl. [Beau sol, |Etoilé. N. L. 
151,48| 751,46] 749,34| [IN IN HBeausol. [Soleit.  |Soleil. Fond bleu. |Etoilé. à 3h. 
745,87] 745,35] 744,20| || |s Beau sol. [Beau sol. [Gris , sol. Soleil.  |Trèsétoilé£ 4? soir. 
749,52! 742,50| 742,20| |$s [|s Fondbleu.[Soleil.  |Soleil.  |Soleil.  |Etois, ora. 
741,90| 742,50! 745,181 |s |s Nuageux. [Nuageux. |Gros. gou. Nuageux. |Toul nuag. 
747,01! 747,61| 748,22| ||s_p |s-x À Nua., sol.[Nuages. |Sol., nua.|Soleil. Etoiles. 
748,85| 748,72] 747,60| |s |s Soleil. Soleil. Soleil. Soleil. Bien étoil. 
146,15] 146,58| 744,97| || |s Ciel gris. [Soleil.  [Soleil.  [Nuageux. [Nua., étof P. Q. 
… 748,04| 748,00| 747,95| |IN_EIN-E À Soleil. Fond bleu. [Fond bleu. | Soleil. Etoiles. à 40h. 
- 747,18] 746,68| 744,84| x În Nuages. [Nua., sol.[Nua., sol.[Nua., sol.[Nua.,étoi.f 21° soir. 
745,06| 744,92] 744,58] |S [| À Nua., sol.|Soleil. Soleil. Nuageux. |G.pl.,ton.h Apogée. 
- 141,62} 741,16] 740,00! ||s_E |N-0 À Fondbleu. [Fond bleu.|Peute pl. |Pluie. Pluv., ét. 
- 742,20] 745,16] 742,50] |IN_o|N-0 À TS nuag. [Nuageux. |Sol., nua. |Soleil. Clair. 
- 746,50| 746,70| 746,141 ||x-0|N-0 à Poudreux. (Soleil. Beau sol, [Nuages. |Nua.,étoi. 
145,74| 745,20| 744,10] |'x_olN-0 # Soleil. Fond bleu. | Soleil. Nuages. |[Ton.sourd 
if. 758,06| 739,05] 739,50 s |s Nuageux. |Toutnuag.|Sud viol. Nuageux. Gros nua. 
747,27 747,68 746,08 N-E N-E Nuages. Nuages. ” Soleil. Soleil. Beau ciel. P. L. 
242,80| 745,88| 744,925| |ls 0 |s.0 À Nuageux. Pluvieux. |[Sol. pâle. Nuages. [Belle nuit.{ à 0b. 
245,55] 745,55] 744,91| ||j_olx-0 É soleil. Nuag., pl.[Nuag., pl. [Nuageux. 19 matin. 
….146,68| 747,18] 747,60! ||N NS sans sol 


29350,48/29551 51/90551,29lod 
\ 30, 30, 39, 
MD 742,65) 745,04] 744,57 


nn 


ï 


OBSERVATOIRE. 


; So AS 7° 
«D Latitude , 459 45 37 30 
Nombre des observati 90 99° 33°73 


Longitude , 
‘ ? soyveatoire 

Hauteur du baromètre de l'Observatoire 

au-dessus de la mer, 199,50m. 


Moyenne des observal 
A lapogée lunaire, 
Au périgée lunaire, 


OBSERVATIONS MÉTÉOROLOGIQUES, FAITES A L'OBSERVATOIRE DE LYON , PENDANT LE 


BAROMETRE : 
THERMOMETRE HYGROMÈTRE 


À LA TEMPÉRATURE 
Nono. DE SAUSAURE inrénieUnE 


jh. | De midia 
à midi 5h 


Midi 


6àa40h 


Tout ausg 
PI, tonn 


Nua., sol. 
Gris. Sols, nua.|Sc 
Nuageux. à Sol, nun. [Nuageux 
Pluyieux, ec Pluvieux, |Pluvioux 
Nua:, sol: |N 1. [Pluvieux. |Nung 
Pluvieux Nud., so! 
Soleil. |s Soleil.  |Sol., nua 
Soleil Soleil 
Sol,, nun. elite pl. [Pluie 

Sol, n.bl a Soleil. 
Nua, blas. [Nuog A Beau a 
Soleil, Soleil.  |Fondieu 


29,0 Sol., nua.|Sol 
| 


, nu, |Sol,, 


EEE EE 
CEE TEETE 


FAZLATT 
CEE EELLEEL IT 


Fond bleu, 
N LS 
Nua., sol.|Nuages. |Sol:, ou Etoiles 
Soleil Soleil. Soleil. Ë Bien étoil,} 
Cielgris. Sole.  |Soteil, éol vo 
Soleil Fond Fond bleu. |S Etoiles à 40b. : 
Nuages ua., sol.[Nus., sol,[Nua, étoi 

. Nuageux, |G.pl,ton 
Peite pl. |Pluic 
Sol., nua, [Soleil 
Beau 50] Nu 
Soleil.  [Nuages, 
z. [Sud viol. Nuageux. [Gros nux 
Nuages. |A ! Soleil cau ciel, 
Nu a . |So he, [Nu 
Soleil.  |Nuags, pl|N 
N' sans sol 


Toul nuag 


S © 


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© 
PRE ELE LEE 


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EPEPETLEELITLIIT 


A ET EN ENT EU ET 


651,701783 
mix PEL h h 30, 50 50 
su 4 5 7 Dso,6! 58,5 


OBSERYATOIRE, 


. DAROMÈTRE. THERMOMÈTRE HYGROMÈTRE. PLUVIOMÈTRE 

OT GE env. du mois, 134047,52 Somme des observ.dumois, 4459,6 Somme des observ. du mois, 40130, L'épaisseur de la couche d' ñ 45° 45° 

rene dE A nn 180, Nombre des observations, 180, Nombre des observations, 180, tombée pendant ce mois, a 616 de Longitude , UE | 
Se A LONE } 744,54 Moyenne des observations, 23,11 Moyenne des observations, 55,12 On, 058. = 16,85 lignes, auteur di barombtre do l'Ob 
ë au-dessus de la mer, 199,50. 


A l'apogée lunaire, 742,26 
Au périgée lunaire 748,00 


OBSERDANT LE MOIS DE JUILLET 1839. 


o + 0P te + ” = s à CU A ar Ke md 


BAR( 
Exrs 
ë Cr CIEL. 
ÉRIEURS 
LUNE. | 
Co EEE D 
x se = DeGh. | De 9 h. | De midi al De 5 h. | De G h. 
6h, 9h. Midi.| 2 [55 | = à9h. | à midi. 3 b. à Gh. | a10h. À 
.— Kb] Er : N 
__l£}als | Li 
| 5 
749,30! Z49,17| 749,N IN IN NSbl., sol. |Sol. faibl. INuag.,sol. Nua., Ne étoiles 8 D. Q. || 
154,38] 751,35] Z51,/N ÎN IN Toutnuag.| Nuageux. |[NS, soleil. Nuag. sol. lEtoiles. le 2 | 
148,45] T48,45| YTAG,IN ÏN IN Grosnuag.| Nuageux. Nuageux. |Nuag.,sol.|Etoiles. BR a10h. | 
744,90| 745,20| 744,IN-EIN-E/N-E À Clair. Soleil. ISoleil. | Nua. , sol. Belles éto.8 8° m. |k 
744,86 744,18] Z46,IN-EIN-E/N-E À Nes, s.sol.| Nua. , sol. (Soleil. (Fond bleu. |Bien étoilég k 
741,88| “Z46,5S |S |S Beau sol. |Beau sol. |Soleil. | Fond bleu. {Bien étoilcé 1R 
145,55] Z45,S |S Î|S Beau sol. |Beau sol. |Soleil.  |Fond bien [feu éloiléf Périgée |À 
142,59| 742,S-E |S-E ,S-E À Nuageux. [ Nuageux. |Gou.de pl. Pluvieux. [PL lanuitf N. L j 
744,45! 744,0 |O IN-0 N'S, sol. [Nua. , sol. |Pluie, ton. Pluie abo.lEtoiles. K le 9 
749,83] TA49,N IN |N-0Ë Soleil. Soleil, Soleil. | Soleil. Belles ét. B à 9 h. 
146,41] 746,0 |O IN-OË Soleil. Soleil. Soleil. | Soleil. B. étoiles.f 38° m. | 
745,51| 744,S-E|O |O Nuag.,sol.| Nuageux. |[Nua. , sol. Nua., sol.[Noir. 
148,20| 748,S |S |S NS, soleil. |Soleil. Soleil. Soleil. Etoiles. 
141,06| 746,S |S VÎN-OË NES, sol. [Solcil. Soleil. Soleil. Étoiles. 
144,541 744,S-EÏS ÎN-0 Nes, sol. |Soleil. Soleil. Tonn., pl.|Tout noir.f 
148,05, 748,N ÎN IN NS, soleil. |Sol.,nuag. (Sol. , nua. Sol. , nua.lÉt.pla., lu} P. Q. 
745,50] ‘744,S Î|S |S NS, soleil.| Sol. , nua.|Beau. |Gris. Nuag., él le 17 
739,00| 739,8 S |S Nuag.,sol.|Sol. , nua.|NSs. sol. |Nua. , sol.|Nuag., ét.8 à 8 h. 
741,05 Z40,N-E N-E!N Nuag.,sol. Soleil, NS. Petite plu. Sol., nua.|Sans éloi. £ 57° m. 
NU Clair. Beau sol. |S! ba ard.|Clair, sol.[Étoiles. f Apogée 
151,90 SAIS Nuageux. |Pl.p' inte. Nuageux. |Nuageux. [Nuag., éL.R | 
150,54 N IN Beau ciel. |Beau. Beau. | Clair. Belles éto.k 
749,70 N Clair. Quelq. nu. Nuages. |Nuages. Étoiles. LP. 
S-0 |S-0 |S-0 Ê Beau ciel. [Nua. , sol. NS, sol. |Quel.gout.|Eto. , nua.f Ie 24 
745,46| 745,85-0 |s_0 |s-0 Nuageux. Nuageux. [GS n$, écl. Tonn., pl.!j. bien or.f à 9 h. 
Z44,00| 741,0 [|s Î|s: Brouillard [Nuageux. |Clair. Nuageux. [Nuageux. È 57° s 
0 |0 IN Nuages. [Nuages. |Nuageux. |Nuageux. | Nuageux. 
744,46 N IN IN Fondbleu.[Ns isol.,s. Nuag., pl. PI. printe.| Nuageux. # D. Q. 
748,65] 748,N x Î|N Nuageux. [NSisol., s.|Beau ciel. Beau ciel. Étoiles. le 54 
S Ï|S 1|S Beau. Beau. Clair. Beau. Étoiles. à 5h 
S-0 !S-0 IN Nuageux. |[Nuageux. |Nua., TR sol.|Nua., éto.l Ts. 
17907,06/20153,35/16599, 
29, 
116,15] 746,42] 745, 
+ : [ A : e 
BAROMMIQUE. Le OBSERVATOIRE. 
Somme des observat. du Érellite-: Lalitude, 459 45° 5730 
Nombre des observ. du 535$ 0” Longitude , 90 99° 5515 
| Royce ne observ. du | 98 4” Hauteur du baromètre au-dessus de la 
L A l’apogée lunaire, Lg sg» mer , 99m ,90. 


Au périgéelunaire, 


BAROMETRE 


THERMOM HYGROMÈTRE VENTS NENTS 


A LA TEMPÉRATERE 


sono DE siussune surénieun INFÉRIEURS 


| De miai A ne ; 
| sh. | :6 ‘10h 
ï N nn [x |n Ex | N ai, sol Nua 
z NUININMINNINUEN IX N  Toutng Nung 
ï N NN IN AN En IN N Nuag, so! 
7 NN IN IN IN EN IN N Nun, , sol:| 
Z x x [N [N [x xl Soleil |Fünd béu 
7 SES |S |S |S sels Héausols |Sotoil.  |Fondblou 
2 S s S SxI|S S S Boau sol, |Soleil, Fond bleu, 
T s |s lo |szisels lo Nuogeux u.déple Pluvicus. [PL lanuit® N. L 
T E |s |o lo În-ohe |s Nüa: ,s01,|Pluie, ton. Pluie abio. |Eoilé 
T4 N° NN NN EN IN Soleil. | |Solcils [Sol |üollus ét 
T x [x |s lo fx-olsels Soleil |Soleile [Soleil |: étoile 
7 sElsEl:selo |0 ses Nuageux, [Nua, sol: /Nua, sol] Noir 
T gulsulsuls ss uls Solél2 |Soléil Soleil Etoiles 
1510 z s |s |s |s |x |s |s soleil (|Solul. |Soleil  lÉtoite 
145 T s |s |s |S |s Îselse Soleil. /|Soleit Tonn?, ple|Taut noir 
18,10 T 7 NN NE IN IN N-E [Sol nuage |Sol. , nua.LSo!., nua.lÉt: pla, lu 
346,70 Ti 7 NN |S |s |s N-E Sole, nün {Gris 
740,00 7 7 à D ds & (solorise Sal muni [Nr ol) | Nue, 
TA A8] 7 7 s |s sun x S-E Salcil, N#|Petite plu. /Sol. , 
ee N [NN NN NE Beau sol: |SUbe ard.|c 
| s-0/s-0|s-0|S-0 s-0 5 Plipr inte ux 
Je N ON |N IN IN IN Beau ciel. |Bea | Belles éto, 
g NS s N Clair lg nu./Nuages. Nuages, |Étoiles. | PL 
. L UNE SuIs ls |S ; sLIN#, sol. |Queligout ja] Lo 24 
7 HAS ED) LL s-0 5-0 s-0 s-0}s-o|s-0|s eux. |G# nt, écl(Toun:, plij. bien or 
2400 AT Z NÆEN=EIN [0 |S De E lo |s |s x. (Clair. [Nuagoux, [Nungeux 
74316 7 o lo o IN Lo lo lo lo À (Nuageux. | Nuageux, [Nuageux 
Pise | rare N |N NON En N° IN |n |N . ge, pl Pl printe 
ë ras 6S A ZA8, 51 748 08 M7A8, N |N S AN Un Ann ÀN x Naisol [Beau ele (eau ciel. | Étoiles 
ER 745,96] 740 N | s [x Ans |s |s û clair: 2 [nesuse Étoiles. Ds13h 
742 s F 0 !s |s [solsoin , [Nune, s0l.|Nun,, so! 
17156,79|20847 76 4057lruns 
RE 18] 18 
245,08] 744,36 161,7 


ane dec PAORÈTRE THERMOMÈTRE. HYGRONÈTRE. ONSERVATION ASTRONOMIQUE. > OUSERYATOIRE. 
Sas de obieral di mgis} 108097,99 Somme des observat. du mois, 3246,3 Somme des obsery. dumois, 6755,0 6 juillet. lumersion du 3€ satellite Latitude, as 4 
Moyenne des olserv, du mois re Nombre des observ. du m 140, Nombre des observ. du mois, 444, A Lyon, qu. 58 0" Longitude , CETTE 
A l'apogée lunaire Pr AARIES Moyenne dés obsers. du muis, 23,0 Moyenne des observ. du mi 60,6 À Paris , 912801" Hauteur du baromêtre au- 
éclaire, He Différence, oh, 9° 59" mer , 199,20. 


Au périgéelnnaire, 748,51 


OBENDANT LE MOIS D'AOÛT 1830. 


p 
VENTS 
À (C Il E EX 
INFÉRIEURS. 
LUNE. 
D 
. © À DcGh.à | De9h. | Demidia| De5h.à| De Gh.à 
6 h. 9h. 5 ll) à 9h. | à midi. | 5h. G h. 10h. 
= 10 © 
748,58| 746,64 DNPOIIN" C IN Ciel bleu. |Bl.,beaus.|S., g5 nua.|Soleil. Belles étS.Æ Périgée. 
746,11| ‘T47,27 N-EIN VIN Bleu. Bleu, sol. |Bleu, sol, [CT bI., sol.|Bien étoil. D: 0: 
145,84! 745,51 S-E |S-E ÎN Vaporeux |Ciel bleu. [Sol. ard. |Sol. ard. |Etoiles. à 40 h. 
745,24| 745,11 N-O!N-0/x-0 ff Vaporeux [Soleil Ciel bleu. [GS nua. |PI., tonn.f 8° matin. 
748,50| 748,68 N IN IN Gros nua. [Bleu Bleu. Soleil. Très étoilé 
141,18| 746,98 NOINMRIN N.bruyan. [Bleu Bleu. Soleil. Très étoilé 
745,05| 744,98 -E|N-O/N-0/N-0 À Bleu. Soleil. Soleil. Nuageux. |Tout nuag, 
745,18| 744,84 -OIN-O!N-0/N-0 Ë Nuageux. [Nuageux. [Nuageux. [Sans sol. |Belles ét. 
748,40| 748,76 -EIN IN IN Nua. blas. [Nua., sol.|Soleil. Sans nua. [Bien étoilé{ NN. L. 
749,76 250,71 N N N Beau ciel. [Beau ciel, |Bleu, sol. Bleu, sol. |Belles ét, à 9h. 
748,72| 748,50 N IN IN Vaporeux [Beau ciel. [Beau ciel. [Beau ciel.|Belles ét, H 38° matin. 
750,65| 750,62 N IN IN Beau. Beau. Bien bleu.|Bleu, sol.|Bien étoil. 
746,66] 746,77 N IN |N Fond bleu, [Nuag. bl. |Fond bleu. |Soleil. Très étoilé 
745,56| 744,20 -EIN-EIN IN Nuag. bl. |Soleil. Soleil. Nuages. |Sans étoi. 
| 189,56| 739,50! 4 |s |s |S Ciel gris. [Nuages |Nua., sol. Nuageux. |Tonn., pl.f Apogée. 
| 41,54] 749,19| TEÏS-OIN ÎN Nuageux. [Pluvieux. |Nua., sol.|N*, pluie.| Tonnerre, 
Er 742,80| 742,22) % |S-E |S-E |S-E À Nuageux. [Gros nua. |Soleil. Nuageux. |Bien ét. LAC E 
| 146,05! 746,90] 7 IN IN IN Vaporeux. [Fond bleu.|Grand s!. |Nuag., pl.[Non éi. à 8h. 
19 746,92| 746,90] 7 IN IN |N Vaporeux. [Nua., sol.|Nua., sol.|Nua., sol.|Sans ét. H 57° matin. 
pi 746,00| 746,93| 7 IN IN IN Nuageux. [Nua., sol.|Nua., sol. Nuageux. [Non ét. 
{ 747,90| T41,15 N IN IN Ciel bleu. [Nuag. bl. |Très bleu. |Très bleu./Lune. étos 
ON 719,41] 750,54 N IN IN Bleu. Bleu, sol. |Bleu, sol. | Beau ciel.|[Belles ét. 
Î 151,40| 751,30 OIN-0/N-O/N-0 Ë Beau ciel. [Beau ciel. | Soleil. Beau ciel. [Lune, éto 
{ 749,653| - 749,60 CNE NN Bleu. Bleu. Bleu. Bleu. B. lune. PAS. 
; 746,52| 746,50| 77 S S S Vaporeux. Bieu Bleu. Bleu. B. lune. à 9h. 
j 744,95| 745,16 S S S Vaporeux. [Nua. , sol.|Nuages. |Nuages. [Sans él. ST soir. 
| 145,86| 745,86] %0/5-0 |S-0 |S-0 E Brumeux, [Petite pl. [Pluvieux. |Pluie forte| Pluie. 
Î 745,66| 743,60 Ü IN IN IN Pluvieux. [Nuageax. |[Nuageux. Nuageux. |Etoilé. Périgée, 
: 144,45] 746,68] À IN IN IN ÆVaporeux.[Soleil.  |Soleil.  [Soleil.  fEtoilé. à 5h. 
30 744,45] 744,45 S |S |[S  FVaporeux. Soleil. Soleil. Nuages. [Nua., ét. À T' soir. 
1 144,45] 742,17 S |S ÎS Soleil. Soleil. Soleil. [Nuages. Nuages. D. Q. 
À Len NE JR 
Sles17s, 51 125155,21 1208 
51, 51, 
747,55| ‘746,94 


Somme des of d’eau, 
Nombre des d été de 
Moyenne des 
A l'apogée I 
Au périgée | 
Au périgée l 


OBSERVATOIRE. 


Latitude , 

Longitude , 

Hauteur du baromètre de l'Observatoire 
au-dessus dela mer, 499,50, 


So 
51350 
LA-£ELA 4 


29 19 


450 45 


90 29° 


: FAITES A L'OBSERVATOIRE DE LYON , PENDANT LE MOIS D'AOÛT 1839. 


BAROMETRE = =: es 
THERMOMETRE HYGROMETRE VENTS VENTS 


A LA TEMPÉRATURE 
He sAussone. aurÉnieuns inrénieurs 


DeGh,à Oh. | De midia 


9h. | Midi 6h. [40h 9h dmidi, || 5h 


Gicl bleu. |B1:;ben À Périgéc 
Bleu Dion, ,a01 | D. 0 
Yaporeux |Giélibleu and |Sol. ani ile \ 40h 
Vaporeux [Soleil, [Ciel bleu. |G BUnatin 
Grostnua. [lilou NT ol THÉ to 

Nruyan. [Bien hou k |rrès étoilé 

Heu Soleits | Réteil Tout nuag 

Ningeux Nüngeux. Sans sol. |ficlles ôt 

Nün. bas [Noa fsol!| BOT Lion étoilé} NL 
Héau tel ciel: |Dléu, sol , sole [elles ét s0h 
Vaporcux , [eau ciel Bellos ét, À 58: matin 
L ï Bic bleu, [D 1, [ien étoil 


Fond bleu [ ol Trés dtoilé 
Sans étoi 


Tonn., pl Apogéc 
[NX ; pluie. [Tonnerre 


PEPEETEE 


2222222421 22% 


PEPEPE] 
PEPELPEEPErETEE 

PEEETEEEEETE TR: 
PAEEEE 


ELEPEPEPEEFEE] 


Soleil Nuageux. [Bien ét p. 0 
Non dt a 8h 
San #7! matin 


Ë 
mo 


Vaporeu Grand s1 
Vaporeux , sol. |Nua., sol 
Nua., 01. |Nun Non 
Giel bleu. |A Trés bleu bleu. |Lune, éto9 
Blou. ol. [Bleu, sol. [Beau ciel.[elles ét 
Beau ciel. |Heau ciel. |S Beau ciel. [Lune, éte 
Bleu Heu. Bleu. B. lune 
Diou Lou Dlou. 
Nuages, [Nuages 
Plüvieux, [Pluie forte 


EEELEFETE: 


2222227 
PEPPEEETEI 
PEEPEFET 

S 


GR 


aporeux. [Soleil oleil. 
Vaporeux, [Soleil Soleil. 
Soleil Soleil. 


© 
LEE ELPEEEEEEELEE 
LEPELEFEEEEPELTIS 
© 


CEE TET 


20149,2 


51, 26, 
746,94] 746,29 745,66] 


OBSERYATOIRE. 


Latitude , 450 
Longitud! 2e 


BAROMÈTRE THERMOMÈTRE HYGROMÈTRE PLUVIOMÈTRE 


des observ. du mois, 


Somme des observ.du mois, 5631, 
Nombre des observations, 172, Nombre des observa 


Somme des observ. da mois 
Nombre des observations , 


Moyeone des observations , Moyeone des observations,  ©21,1 Moyenne des observations, Hauteur d 
lunaire, Le 16, au-des 
ée lunaire da 4er, Le 25 


BARO 
| NTS 
| À LA TE 
| RIEURS. 
| 
Il 
| £ on LA ET E 
SE 60. 9h Midi. n © 
£ à 
Eu 
Oo lo 
IN 0 
Lo N-OIN-0 
BR -0,N-OIN-0 
MP u747,45| 741,68| 748,510 N Î|N 
141,48| 747,16 610 N-O/N-0 
6 750,57| 751,57| 749,8! IN TN 
9 749,85| 749,85] 749,10 /N-O)N-0 
10Ù 748,65] 748,50 HE S |S 
MR 748,55] 748,52] 747,24 |S |S 
BR 741,54| 744,44) 74,7 |S |S 
150 720,42) 741,19| 741,7 |S |S 
14h 752,52] 752,52] 751,53 IN ÎN-0 
| 126,46| 750,20| 755,20 |S-0 |S-0 
6 | lo |o 
147 à 0 S-0 S-0 
8} 745,46| 745,46| 745,10 |S-0|S-0 
OÙ 745,15| 745,58| 741,80 |[S-0|S-0 
UN 744,22] 744,41| 744,50 |S-0|S-0 
159,00| 739,20] 740,74 |S |S 
2h 742,6] 742,46| 749,4] |S |S 
Op 741,10| 741,08! 741,5 |S |S 
2h 745,05] 745,45| 745,8 !S |S 
DS 746,45| 746,58| 746,5HIN ÎN 
6 745,74] 741,92) 744040/N IN 
2} 740,80| 739,50] 757,840 N-O|N-0 
SR 721,04| 758,51| 756,340 N-0|N-0 
DD 720,16 ST Le 
Ou 720,54| 720,40] 740,21 IN Î|N 
4 
7 
S117089,68/16350,09/16542,8 
D 25, 29, 29, 
"D 745,05) 745,19] 749,8 
BAR( 


OBSERVAIÏT LE MOIS DE SEPTEMBRE 1839. 


Somme des obsery 
Nombre des obser 
Moyenne des obser 
A l'apogée lunair 

Au périsée lunaire 


CIEL. | 
LUXE. F 
EE | j 
DeGh.à | DeQh. | De midia| De5h.à| De G h. à Ë 
9h à midi. 5 h. 6 h. 9h. \Ë 
ne. Pr ! 
Pluie. Pluie Pluie. Pluie. Piuie, | 
Pluvieux. |[Nuages. |Pluie. Pluvieux. | Pluie, ; 
Pluvieux. [Pluie Nuageux. |Pluvicux. | Nuageux. ] 
Nuageux. [Nuageux. |Pluie. Pluie. Pluie, H 
Nuageux. [Nuageux. |Solei!. Soleil. Nuageux. 
Nuageux. [Nuageux. [Nuageux. |Soleil. Bien étoil. 
Nuageux. [Nuageux. |Soleil. Soleil. Etoilé, N: L. ù 
Nuageux. [Nuageux. |Soleil. Soleil. Bien étoilé Le 7, à 10 h. 
Beau. Beau. Fond bleu. | Soleil, Très étoiléf 40° soir. |È 
Beau. Beau Beau. Beau. Très étoilé | 
Beau. Beau, Trés beau, | Beau. Bien étoil. n 
Nuages. |Nua., sol.|Nua., sol.| Nuages. [Nua. ét. 4 
Tonn., pl. [Pluie Pluie. Nuages. |[Quelq.éto. { 
Pluieabo. [Pluie Sans sol. [Sans sol. |Sans étoi. } 
Orageux. |Gross.plu.|Pluie. Pluie, Quelq.éto. 1 
Beau. Nuageux. |PI. averse. |Soleil. Etoilé. P. 0: ik 
Nuageux. |Pluie. Nua., sol. Nuageux. |Bien ét. le 16, à2 h.h 
Pluie, Pluvieux. |Pluvieux. [Nuageux. [N., lune.f 49° matin. 
Brumeux, |Brameux. |[Nuageux. [Nuageux. [Sans ét. i 
Soleil. Soleil! Soleil. Soleil. Etoiles. î 
Orageux. |Sl, neS nrs|Pl. abond.|Pluie. Nuageux. ; 
Nuageux. |S., 85 nua.|Sol., nua.|Nuageux. |Pluic. ‘ 
Pluie. Pluie. Nua., sol.|Nua., sol.|Pluvieux. pete 
Sol. , nua.|Beau sol, [Beau sol. |Soleil. Etoiles. le23, à 7 h.]h 
Soleil. Fort sol. [Beau sol. |Beau ciel.|Bien étoiléf 29 matin. 
Beau sol. [Fort sol. |Beau sol. [Nnageux. |Nuageux. 
Petite plu.|Pluvieux. |Pluvieux. |Nuageux. [Nua., éto. 
Pluie. Pluie. Pluie. Pluie. Pluie. 
Pluie. Pluie. Pluie. Nua. , sol. /Etoiles. D. (. 3 
Brumeux |Soleil. Fond bleu. |Soleil. Bien étoilé le 29, à 40 h./ê 
3° soir. || 
} 
te 
; 
ï 


OBSERVATOIRE. 


Lautude , 45° 45° 5730 
Longitude , 20 29 
Hauteur du barométre 


mer, 499m,50. 


99719 
! - 
au-dessus de la 


OBSERVATIONS MÉTÉOROLOGIQUES, FAITES À L'OBSERVATOIRE DE LYON, PENDANT LE MOIS DE SEPTEMBRE :18 


BAROMET 
THERMOMETRE 


LA TEMPÉRATURE 


VENTS 


LxFÉRIEURS 


TA ET EUR A EN 


740,03 


744,05 


ù lo 
o lo 


N Elx- 


N-0[N 
N-oJN 


lo 
0 
| 
EIN 
o[x-0| 
o[N-0 
üN-0| 


o lo | 
x x | 
N-o!N-0|N-0 
=0{N-0|N-0 
ON IN 
6 1N-0/N-0 
[Nos 
o!x-0/x-0 
|s 


Pluie 

Plusieux. 
Pluyieux 
Nusgeux 
Nugoux 


Drumeux. 
Soleil 
Orageux 
Pluie 


Sol, nua 


Pluvicux 
Pluie 
Pluie 


Soleil 


Nungoux 


Fond bleu 


Quelq.éto 
Etoile 
Bien ét 
N,, lune 
Sans ét 
Etoile 

pl 
Plusicux 
Étoiles, 
Bien étoilé 
Nuageux 
Nus,, éto 


Etoiles 
Bien étoilé 


D, Q. 
le29,5 40h 


LAROMÈTIE TUERMOMÈTIE IYGROMÈTRE 


du moi 
bseralion ï ls D Tér vaio an ce moi 
Crvationt 5 ne do abarnarion 


r vds L'Hÿgromètre n'a pu être 


L'épai 


poudaut ce mots 


PLUYIOMÈTILE 


Latitüde, 
Longitude , 
auéur 


OBSERVATIT LE MOIS D'OCTOBRE 1839. 


BAROMÉT, 


À LA TEMPÉ 


00. 


ne — ÿ 


s | +: DeGh. | De 9 h. | De midi | De 5 h. | De G h. k 
2 | Gh. 9h. Midi. à9h. à midi. a3h. à Gh. à9h. 
= 
EE | Rad Re fn, CRUE er 2 
AMIT 745,55] 744,02] 745.85] N-EÎN-E À Brouillard | Nuag.,sol. [Nua. , sol.|Ciel clair. [Très étoilé 
Al 24 744,08| 744,80] 745,80| 7 H Ouragan. |Nua. , sol. |Sol.,nuag.|Petite pl. |Pluvieux, À 
HIM5Y 745,96, 744,96] T45,11| 7 à Pluie abo.|Averse. Sol. , nua.|Sol., nua.|Nuag., éL.À 
Î 4 744,96| 742,80] 742,05| 7 Ë Clair. Nuag. , pl.INS, soleil. Nuageux. |Ec. ton.pl. 
MINS 742,08) 745,71| 745,46] 7 à Pluie forte|Sol. , nua.[NSs. sol. [NSs.sol. [PI la nuit.f 
HNGY 745,08 745,08] 745,96] 7 N fBrum., pl.|Nuag.,sol.|Pluvieux. Nuages. }ÉL., pluie.k 
7 746,96] 747,00] 747,60! 77 N  SBrum., pl.|[PI.,sol.,nS/Nua. , sol.|Brume. |Très étoilék 
DNSE 747,54| 149,16| 747,24| T7} |S Brouillard [Soleil, NS.[N$, fort sl. | Clair. Bien étoilé 
ON“ 741,92] 147,22, TA46,45| 7 -E N-E # Beau sol. [NSsanssol. [Petite pl. Nu.auN-0 Étoiles. 
| | OÙ Z745,06| 744,60) 745,50| 7] !|S À Nua., sol.|N°, sol. |N$, fort sl. |Clr:au cou Vent imp. 
MUR 741,46) 741,10! 740,93] 7 S A Ventimp. !Sls$ vent. [Slard.,v.i.| Tonn. ,av.|Eloilé. 
HMOË 745,60] 745,60] 745,96] 7 S  HNuageux, [Nuag.,sol.[Nuag.,sol./Tonn., av.[N., pl.-grt} 
A 745,00 745,00 Z745,00| 71 |S  ÉBrumeux. |Br° s$ sol. |Sans sol. |Sans sol, [Sans étoi. 
745,06| 745,001 745,95) 7 S  FBrumeux. [Sans sol. [Sans sol. |Sans soleil} S. étoiles À 
145,50] 742,96! 742,87| 7 S RBrumeux. [N°S, sol. [NS, soleil./Sol., pl. Pluie. 
745,10] 745,50] 745,60| 7 O  ÉPluvieux. |Pluvieux. |Pluvieux. |Pluvieux, [Pluvieux, & à 
145,62| 745,62] TA46,46| 77 O  KBrumeux. |Pluvieux. [Pluvieux. |B.couc., le Pl.énorme 
745,10| 744,86] 744,72] TA-EIN-E E Nuageux. |v.imp., sl. [NS, soleil. Nua. , sol.|Etoilé. 
745,08| TA45.71| 745,74| T -0N-0 Nuageux, [Nuageux. [NS , sol. |Nua.lune.|Lune, ét. À 
746,21| 746,18] 746,09] 7 -0 jN-0 À Brumeux. [Nuages. |Nuages. [Nuages. [|Nuag., CR 
-OÏN-0 Ë Nuageux. [NSs. sol. [Nua., sol. Nuageux. |Nuag., ét.R 
N° Nuageux. [Nua., sol. Nua. , sol. /Nua. , sol.INuageux. Æ 
TÉ N Nuageux. [Nuageux. |Nua., sol. Sol., nua.|Belle lune.h à 4 
746,51 TA IN  ÉNuageux. [Nuageux. INuag.,sol. Sol. , nua.|S. étoiles.R 5 
TAT, 15 7% (O0 ÉBrumeux. [Pluvieux. |NSs. sol, |Toutnuag.|S. étoiles.k 
147,52 14 |O Nuageux. [NS sanssol NS s. sol, |Nuageux. |Etoilé. 
Z47,62 74-0 |S-0 É Nuageux. [NS s.sol. |NSs.sol. Nuageux. Nua, lune.Ë 
S  ÉNuageux. [NS, soleil. Nuag.,sol. NS, sol. |Brouil. ép. 
741,21 74 O  ÉBrouillard |Pluvieux. [Pluvieux. |Brumeux. | Pluvieux. k 
745,21 74]-0 |N-0 À Neige. Pl, neige. |PI., neige. PI., neige. 'PI., neige. 
742,61 74Ï-EIN-E À Nesrmont.|Vent imp. [Vent imp. Orag., pl. Nuil orag.# 


a 


20108,01120121,55/20111,55[2084 
27, 27, 27, 9 
Doria) 745,21| 744,87| 74 


BAROMÈTRE. OBSERVATOIRE. 
Somme des observat. du mois,  bm- Latitude, 459 45° 5730 
Nombre des observ. du mois, 200 Longitude , 90 99 35”15 


Hauteur du baromètre au-dessus de la 


Moyenne des observ. du mois, 
mer, 199,50. 


À l'apogée lunaire, 
Au périgée lunaire, 


AROMÈTRE : L 
E " HYGROMÈTRE VENTS VENTS 


LA TeurÉRATeRE 
DK SAUSSURE “crérieuns iNFéniEURs 


DeGl 
19h 


IE 
illand Na, 201.|Giell clair, [Trés étoilé 
Ouragan sal |Sol:,nuoge [Petite pile Piuvieux 
Pluie abo JSôl:; nun.|Sol:, na. [Nuag., dt 
Clair pl: [N#; solcil. Nuageux. |Ee: ton.pl 
Pluié forte INtsesol. [Ne s.cot, [Pl la nuit 
Brum,, pl ol. |Plüvieux, |Noages. JL, pluie 
Hrum,, pli [1 [Nuas, Trés lo 
Brouillard | Su AN, fort al Bien étoilé 
Héau sol asso! [Petite pl. |NurauN-0 Étoile 
Nua:, sol. [Ne#, sol. |N4 fort al. |CireaucoulVontimp 
Slrdivi./Tonne av. |Etoilé 
Nusg.;sol. [Toi N., pl 
sol, [Sans sole | Sans » 
Sans sol Sans soleil 
Brumeux. , sul Sol, pl 
Pluvicux Muvieux 
Brumeux . Hicouc 
Nuageux il. [Nue , ol, 


À 
PIE 


SOPRERAAN ALTER ARS 


LL ALLETEETIET EE: 


19,40 


120, 


PPEPETTET: 


nm 


TALLAAOORRR ERA 


Sans étoi. 


CELL EETTEETE 


CÉAPRRLAZLLOUTATZ 
CIEL ELEEELLEETE 


Z1S 


boom 


Lune, ét 
Nu 


PEPEEEE] 


RUES EU AU ET ET ET 


#01. Nua,, #01, | Nuageux 
elle lun 
$, étoiles 
ux, [N#4, sol, | g.|S2 Go 
Nesanssol Nes, sol, |? Etoilé 

N4 5.30] è Nu. lune 
ail. 6p 


PPEET 
RAZLLILASS TIR RARALAT UE 


2222222 


CS 


Nuageux 
Brouillard [Pluvieux. | Pluvioux 
Neige M, neige. |N., noige, Pl, neige. ÆPl,, noïge 
Nesrmont Limp. (Org. , pLiNuit org 


SA 


Z 


nl 
lv 


Ha 
Z 


20849,09 245 20415,09 
2 ! , FER 
744, k ral 5,97 14,07 16, 


BAROMÈTRE THERMOMÈTRE HYGROMÈTRE. PLUYIONÈTRE. 
Somme des observat, du mois, Somme des observat, du mo L'Ilygromètre n'a pu Être observé ‘épaisseur de la couche d'eau, tom- L ñ p 
Nombre des observ. du Nombre des obsers, dumois, durant ce mois, hée dans ce mois, est de Üm,200 Longitude , 9e 99 33075 
88 lig. 66. Hauteur du baromètre au-dessus de la 


, 190m,50. 


oser Moyenne des obsers. du n 
pogée lunaire, 


Au périgée luoaire 


OBSERVATIO LE MOIS DE NOVEMBRE 1839. 


BAROMÈ 
LA TEMPÉ CTI 
0. 


ER | 


DeGh.à | De9h. | De midià| De3h.à | De 6 h.à 


9 h. Midi. DES à midi. 5 h. G h. 9h. 


De6à9h. 


© 


Nuageux. [Nua., sol. |Ciel pluv. [Nuag. bl, [Nua., éto. 

Pluie. Pluie. Nuageux. |Petite pl. |Etoiles. 

Nuageux. [Nua., sol. |Nua., sol. |Nua., sol. INua.s.éto. 

Pluie. PI. averse. |Pluie. Pluie. 

Brumeux [Nua., sol.|Nua., sol.|S.secou b,|S 

N., ciel bl. Soleil. Soleil. Soleil, Etoilé. N. L. 
Beau ciel, [Nua., sol. |Nua., sol.|Pluvieux. [Nua. ét. Êle6,à 3h. 
Brameux, |[Brumeux. |Sol., nua.|Beau sol, [Bien étoilé 20° matin. 
Nuageux. [Nua., sol. . .[Nua. , sol. 

Nuages, [Nua., sol. : .[Nuageux. |[PI.la nuit. 

Pluvieux. |[Pluvieux. ., f. sol, [Nua. , sol. Etoiles. 


© 5006 


FO2z0O 
© 


151,96 
158,58 
751,70 
740,12 
745,54 


au 
© 


00 


S 
N 
N-0 
(0) 


P. Q. 
le 15,à 40 h. 
8’ soir. 


Brumeux, [Nua., sol, [Nuag.,sol, |[Nuag.,sol. Très étoilé 

Brumeux. [Nua., sol. [Soleil. Nuag.,sol. [Bien étoilé 

Brumeux, |Brumeux. [NS sans sol|Sans sol. [Sans ét. 

Pluvieux. [Pluvieux. |[Pluvieux. [Pluvieux, [Sans ét, PE 
742,06 Nuageux. [Sans sol. |Sans sol. |Sans soleil Nuag., ét. le 20, à 1h. 
134,05 Nuageux. [Nua., sol. |Nua. , sol. Sans sol, |Sans éloi.f 4° soir. 

Nuageux. [Nua., sol.|Sans sol. |Sans sol. |Tout noir. 

Nuageux. [Sans sol. |Nua., sol. Sans sol. Nuag., éL. 
Nuageux, [Sans sol. |Nuageux. | Nuageux. [Nuag., ét. 


147,99 


D. 0. 
le27,à5 h. 
Pluvieux. |Pluvieux. [Nuageux. [Sans sol. Noir. 5’ soir. 
Pluvieux. |Pluvicux. [Pluvieux. |[Pluvieux. |Piuvieux. 


© © © I Où O0 & OI 19 = © © © A OO D OI © 


8886,34| 9624,20| 9625,08! 88 
19, 15, 
140,55] 740,32 


OBSERVATOIRE. 
Somme des observ. du n RE 4 LS ER 
\ ali ongitude . 
nl Hauteur a baromètre au-dessus de la 
9 
A l’apogée lunaire, mer, 199m,20. 
Au périgée lunaire, 


BAROMÈT 


OBSERVATIONS MÉTÉOROLOGIQUES, FAITES A L'OBSERVATOIRE DE LYON , PENDANT LE MOIS DE NOVEMBRE 1839. 


THERMOMETRE VENTS VNENTS 


SUPÉRIEURS INRÉNIEUNS 


nono 


DeQh. | De midià 
à midi 5h 


10 h s o Ds Nua Giel pluv. [Nuag. bi 
15,90 J Pluie. Nuageux. [Petite pl 6 
Nu [Nun., sol, Nua. , sol. [Nu 
Pluie Pl averse, [Pluie Pluie Pluic 
Hrumcux. [Nu [Nun., sol, [S:sceou bi, Sans ét 
Nscielbl, [Soleil Soleil, Soleil.  |Etoilé 
Beau ciel, |Nun:, sol. |Nun., sol. |Pluvicus. |Nun. ét 
Brame Brumeux. |Sol, , nua.|Beau Bien étoilé 
Nua! Nu Nüa., sol. |Nua Lune, ét 
Nuages. [Nua., sol. Nua Ni Pl: la nuit 


Pluvieux. [Pluvieux, |N., f sol. Nu. , sol. lEtoiles 


14,28 
10,50) 10, 
19, 10, 
, |40, 
9, 25/10, 


222222 


Brumeux, |N Nuag, sol. |Nuag,,sol, [Très étoilé 
Brumeux, [Nua., sol,|Soleil,  [Nuag,,sol. Bien étoité] 
Brumeux. [Brumeux. |N* sans sol|Sans s01. |Sans ét 

Pluvieur. |Pluvieux Pluvicux, |Sans € 

Sans sol. Sans Nuag., ét 
Nua,, sol Sans sol, |Sans étoi 
Nua,, sol, [Sans sol. [Sans sol. |Tout noir. 
Sans sol: |Nua., sol, Sans «01. |Nuag., ét 
Sans sol. |Nuagoux, |Nuageux. [Nuag,, ét 


749,70 


740,56 


2222120222 


748,06 


Pluvieux. [Pluvicux. [Nungeux. |Sans sol. [Noir 
Pluvieux, [Pluvicux, [Pluvieux. |[Pluvicux. |Pluvieux 


1} 


| 8801,18/10575,50] #927,02/ 81,8 1550 136,68 
F 14, 8, ui, 1, 19, 
740,96| 740,880 7,7 | 8,82/11,06/11,54/10,55| 0,17 


HYGROMÈTRE. PLUVIOMÈTRE. OBSERVATOIRE. 


DAROMÈTRE, TUERMOMÈTRE. ER 

Somme des observ. du mois, Somme des observ.dumois, 645,25 L'ygromètre n'a pu être observé L'épaisseur de la eouche d'eau Latitude , 43e 45! 57"50 | 
durant ce mois. tombée pendant ce mois a été de Longitude ; 9e 99° 53"75 
ur du haromètre au-hessus de la 


Nombre des observations , Nombre des observai 
ne des observations , 740,66 Moyenne di 
c lunai 740,00 G 
744,50 


Om,080, = 35 lignes 46 Li 
mer, 199m,20 


 lunai 


«O GC HT O UE En OÙ RO | Jours. 


M 
A 
A 
Au 


VENTS 


INFÉRIEURS. 


dans ce mois, est de 0,106 


ST lig. 


, PENDANT LE MOIS DE DÉCEMBRE 1839. 


CIEL. 


Longitude , 90 99 
Hauteur du baromètre au-dessus 


mer, 199m,90, 


CRETE 7 


af [2 | |e)S E De7h.|De9h.| De midi | De5h.| De 6 h.E 
Sn |<|s|is le à9h. | à midi. | à3h. à 6h. | à9h. 
__i|âalälà |S5|=|4/4) 2 
N Lx N-OIN-OIN IN VIN Nuageux. | Beau sol. |Soleil. Sans sol. [S. étoiles.8 
154 |IN :N N ON IN IN IN  EBrumeux. |Brumeux. |Brumeux, |Brumeux. |S. étoiles. 
244 IN IN AN-EIN-EIN IN (IN Brumeux. |Brumeux. [Nuageux. |Nuageux. Ë étoiles. 
156 |S .S N-EIE [S-E!S-E/S Pluie. Pluie, Pluie. |Pluie. Pluie. 
7580IN iN MAN-OÏN-OÏN-O N ON Pluie. Pluie. Pluvieux. |[Nuageux. INoir. 
749 In In Ex IN IN IN |N Nuages. |Soleil. Beau sol. Nuageux. [Etoilé. N. L 
. N ON EN IN IN IN N Brumeux. |Brumeux. [Nuageux. [Nuageux. (Nuageux. Ë 25h. 
745 |S 's S-E |S-E |S-E !IS-E ÊE à Brumeux. |Brumeux. [Nuageux. [Nuageux. | Nuageux. Ë 9(? m. 
159 |N-E N S-E IS-EIS IN-E'N  EBrumeux. | Pluie. Pluie, Pluie, Pluie. 
S ;S S-EI[S-EIS |S S H Brumeux. Soleil. Soleil. Ouragan. \Noir. 
S-0 :S-ORS-0 |S-0 |S-0 |S-0 S-0 É Nuageux. Nuageux. |Pluie. Pluie. Pluie. 
S-0 S-O0XS-0 [S-0 |S-0 |S-0 S-0 £ Pluic. Pluie. Pluvieux. |[Pluie. Iluie. 
S |S AS [|S-EIS-EIS S Nuageux. Soleil. Soleil. Nuageux. [Nuageux. H P. Q. 
1S S-OS-OIS-OÏS !S Nuageux. |[Nuageux. [Nuageux. [Nuageux. [Nuagenx. E à 10 h. 
S S |S [S |S !|S ANuageux. Nuageux. [Pluvieux. [Pluvieux. |Pluvieux. Ë 8 s 
15 S SUIS IS SIS Nuageux. |Nuageux. |Pluie. Pluvieux. INuageux. È 
T4 N EN IN IN IN IN Nuageux. Soleil. Soleil. Soleil. Nuageux. À 
Z410/N-0 N-ON [N-O[N-0/N-O/N-0 É Brumeux. |Brumeux. |Pluvieux. [Pluie. Pluie. # 
15 |S N-EIN-EIJS |S !S ABrumeux. |Brumeux. [Nuageux. |Sol. , nua.|Nuages. 
15 S S |S |S [S {S  ÉPluvieux. |Pluvieux. |[Pluie. Pluie. Pluie. P. L. 
74 S SAIS. |S !S Pluvieux. |Pluvieux. [Pluvieux. :Pluvieux. |Pluvieux. & à 4h 
14 S N-EIN-EIS |S JS Nuageux. !Nua., sol.|Soleil. Soleil. Nuageux. f 45 
145 SDS |S |S !S |S Nuageux. | Soleil. Nuageux. [Nuageux. |Etoilé. 
T4 S {s-ofs-0|S-0/S-0IS ÊS-O orag. S-O orag.[S-0 orag. ;Orageux. |Noir. 
14 S S |S S !S |S  #Nuageux. Pluvieux. |Brumeux. Brumeux. |[Pluvieux. Ë 
14 S O 10 10 |S Ï!S ÆBrumeux. Pluvieux. |Brumeux. | Pluvieux. |Pluvieux. 
tés S ES |S |S [|S !S Nuageux. Nuageux. [Pluie. Pluie. É D. 

À $ | Dan h 
T4 # 
754 | ; 
7153 | 

1931 
2 
149 Ë 
. RCA CR Re 
PLUVICMÈTRE. OBSERVATOIRE. 
Ne lépaisseur de la couche d’eau, tom- Latitude B, 450 45 5130 


AITES A L'OBSERVATOIRE DE LYON, PENDANT LE MOIS DE DÉCEMBRE 1839. 


BAROMÈTRE 86 
THERMOMÈTRE HYGROMEÈTRE VENTS VENTS 


A LA TEMPÉRATURE 
nono DE sAuSsuRE SUPÉRIEURS IxrÉRIEUNS 


do, 


De 91h 
à midi 


De 


æ 


Nusgeux. |Beau sol 


Brumeux. |Bruneux 
S.à 


Pluic [Pie Mluie. 
Pluie [Pluie Noir 
Nuages eur so) Eloilé 
Bruneux x 


CFE ES 
ie 
PPEPPE 


Gi 


Brumeux, |Brumeux. 


Fe 


uneux, Pluie 
. [Soleil 
Nu 
Pluie 
Soleil 
Nuageux 
Nuigeux. 


e 


LOGÉLTAAATAZZ 


736,66| 
16 


TAaT 


Solcil. Soleil. [Soleil 

Brumeux. |Plavieux. |Pluic 

Brumeux. ,Hua. [Nuages 

|Pluvieux [Pluie Pluie 
Pluvioux Puvieur. |Pluvioux 
Nuageux, | , sol.[Soleil,  |Soleil Nuageux 
Nuageux. [Soleil [Nuageux Etoilé 
s-0 S-0 ong.[S-0 ora Noir 
Nuag Pluvieux. |Brumeux. | D Plusieux 
Brumeux. Pluvieux. [Brumeur. |Pluvieux. [Pluvieux 
Nuageux, Nuageux. [Pluie Pluie 


190) 
739,38] 
739,20 


Men 
o 


TORALTEAALIT 


rs 
CEA LELLEEELIITTITEIIIEEE 


TETE TAAÎTER 


Sousse poemowmmweus 


CET 


19514,24/10519,90 20708,46 À 116,0/149,1 
IE FAIRE 25, (86, 


745,07| a, 6] 742,5: À 4,64] 5,74 


; BARONÈTRE THERMOMËTRE HIYGROMÈTRE. UVIOMÈTRE. OBSERVATOIRE 
servat. du m 


Nombre des obsérs: dimois , 


issour dé la couclie d'eau, tom= 
ce mois, cst de Om 106 


Somme des observ. du mois, 
Nombre des obscrv, du mois , 
Moyenne des observ. du mois , 


des obsersat. du mois, 
obsers, dur 


Moyeune des obsery, dumois, 
A l'apogée lunaïre du 3 déc, 
A l'apogée lunaire du 34 dé 
Au périg Ea 


Moyenne des observ. du mois, 


1 90m, 


mer 


ANNAL.DES SCIEN. AGRIC.ET INDUST. (VOL. 2) PLANCHE 1. 


Long. ed Lite à Æ Prunetel 


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ANNAL.DES SCIEN. AGRIC.ET INDUST. (vou. 2) PLANCHE 


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PLANCHE III. 


ANKNAL.DES SCIENC. AGRIC. ET INDUST. (VOL. 2) 


Planche 1 dre lexle. 


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PLANCHE IV. 


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-ANNAL.DES SCIENC. AGRFC.ET INDUST. 


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 ANNAL. DES SCIENC. AGRIC. ET PLANCHE V. 


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Zn: Lith, de H Brunet et là Lyon. Dessiné par Loprevole éleve à la Martinière. 


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DES SCIENC. AGKIO. ET INDUST.(VOL.2:) 


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Charrue jumelle de Frd Reverchon, membre de las Socrèle d'Agrrentlurs le Lyon. 


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ANKAL. DES SC. AGRIC.& INDUST. (vou. 2) PL. VI 


Phalæna. Faphia- 
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ANNAL.DES SCIENC. AGRIC, ET INDT 


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